13/06/2014

Du Front national au PS et l’UMP : la grande déglingue des partis français (Les Jeudis du Plouc)

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Le paysage politique français ressemble à un champ de ruines. De ruines ? Non, l’image est à jeter. Il y a de belles ruines, évocatrices et attachantes. Rien de tel en l’occurrence. Disons qu’il est semblable à un champ de détritus et n’en parlons plus. Enfin si, parlons-en. Car depuis la guerre d’Algérie, jamais la France n’a traversé une période aussi périlleuse.

 

Sa situation sociale bloquée et son économie en déclin accéléré sont encore aggravées par une caste politique d’une rare médiocrité et qui ne cesse de sombrer dans le ridicule. Vis-à-vis de ses voisins, la France décroche, même par rapport à l’Italie. Après avoir chaussé le clown Berlusconi, la Botte a sombré au fond du gouffre. Elle est en train d’en sortir grâce aux réformes que Matteo Renzi a su faire accepter à son peuple, en damant le pion aux partis démagogistes. A ce rythme, le fameux couple franco-allemand sera remplacé par le couple italo-allemand.

 

Le Parti socialiste au pouvoir est incapable d’expliquer aux citoyens les réformes qu’il envisage d’appliquer, réformes qui se transforment vite en demi-mesure, voire en chiffon de papier dans une poubelle. Son président n’est pas seulement impopulaire, il est méprisé, même par une grande partie de ses électeurs.

Les petites combinaisons de François Hollande qui ont fait merveille durant son règne de patron du PS ne lui servent à rien lorsqu’il s’agit de négocier les intérêts de son pays auprès des instances européennes. Hollande s’y est d’ailleurs fait rouler dans la farine par Angela Merkel qui a réussi à prendre le commandement de l’Union en imposant sa politique d’austérité qui sert les intérêts de l’Allemagne. Hollande suit donc la même politique d’abdication face à Berlin que celle qu’avait suivie de son prédécesseur Nicolas Sarkozy. Or, le socialiste a été élu pour, justement, en faire une autre.

 

Le principal parti d’opposition, l’UMP, réussit l’exploit de tomber encore plus bas que le PS au pouvoir. On ne compte plus le nombre d’affaires politico-financières qui accablent plusieurs de ses dirigeants, à commencer par Sarkozy qui veut, malgré tout, reprendre du service pour 2017. La casserole la plus récente – le dossier Bygmalion ­– déborde de fausses factures qui ont asséché les comptes de l’UMP, alors que les militants de base avaient dû cracher au bassinet pour renflouer les caisses de leur parti à la suite d’un Sarkothon resté dans toutes les mémoires. Et voilà que certains protagonistes murmurent qu’ils se pourraient bien que l’argent détourné ait servi à la campagne présidentielle de Sarkozy en 2012. Pour un parti qui veut gérer la France, voilà qui fait vraiment très sérieux !

 

Le Front national se montre tout aussi lamentable. Grand vainqueur des élections européennes, le FN offre l’hilarant spectacle d’une polémique familiale opposant publiquement les Le Pen père et fille, à propos de la « sortie » antisémite du paternel frontiste contre le chanteur Patrick Bruel. Mais ce n’est pas tout. Selon Mediapart, le Parquet de Paris a ouvert une enquête préliminaire afin de connaître l’origine d’un enrichissement personnel de Jean-Marie Le Pen, enrichissement évalué à 1,1 million d’euros entre 2004 et 2009.

 

Les trois principaux partis français perdent chaque jour de leur crédibilité. Les autres (centristes divers, Front de gauche, Verts) ne se montrent pas plus convaincants. Les Français sont désormais persuadés qu’avec de pareils bourrins son attelage ne sortira pas de l’ornière. Et c’est ce qui les angoisse. Par qui les remplacer ? En fait, c’est tout le système de la Ve République qui est mort et dont le cadavre ne cesse d’empuantir l’Hexagone. Deux tribus néfastes encombrent les allées du pouvoir. La plus ancienne, l’Enarchie, continue à pondre des textes de lois abscons, tarabiscotés, totalement déconnectés de la réalité, inapplicables et incompréhensibles. La plus jeune, la Comm’, multiplie les «éléments de langage» à l’intention des politiciens, ce qui consiste à diffuser un sabir tellement prévisible et formaté qu’il en devient comique.

Au sommet, trône un roi élu, revêtu de tous les pouvoirs symboliques mais ne pouvant plus guère en exercer. Car, le pouvoir politique ne s’active plus dans le pré carré national mais au sein des instances mondialisées. On peut s’en lamenter et grossir le chœur des pleureuses, la globalisation est un fait particulièrement têtu qui a transformé le Roi républicain en un bouffon qui agite ses grelots en croyant encore brandir un sceptre.

 

Mais pour élire ce Roi impotent dans son omnipotence de papier, il en faut de la galette! Les campagnes électorales deviennent des spectacles avec effets spéciaux (et spécieux) gigantesques et onéreux. D’où le recours à la gymnastique comptable dans le meilleur des cas et aux magouilles crapuleuses dans le pire.

 

Ce système n’est plus réformable et pour que la France se ressaisisse, il lui faudra passer par un changement radical et profond de ses structures. Seul son peuple, trouvant en lui des forces nouvelles, peut mener cette transformation. Ce pays s’est toujours réformé dans la douleur et parfois le drame. Espérons qu’il affrontera la douleur en évitant le drame.

 

Jean-Noël Cuénod


ESPACE VIDEO

ANALYSE D'UN JOURNALISTE POLITIQUE SUR L'UMP


Jeudy Politique : Fillon/Juppé 1 – Sarkozy 0 par lejdd

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02/02/2012

Marine Le Pen gagnante, sauf en cas de victoire

A deux mois et demi du premier tour de l’élection présidentielle française, Marine Le Pen paraît gagnante dans tous les cas de figures. Enfin presque, comme nous l’allons voir.

Le scénario le moins probable serait qu’elle ne parvienne pas à réunir les 500 signatures d’élus exigées pour concourir au Grand Prix de l’Elysée. La candidate du Front national (FN) serait en droit de crier au déni de démocratie, et son discours contre le système «UMPS» (contraction d’UMP et de PS) prendrait consistance. La diva de l’extrême droite embourgeoisée aurait beau jeu de dénoncer les manœuvres conjointes des deux grands partis français.Dès lors, l’abstention atteindrait un taux vertigineux, le mécontentement populaire se transformerait en colère avec tous les risques de désordres sociaux que cela comporte. Le président sorti de ces urnes en carton-pâte perdait une part importante de sa légitimité.

Si elle réunit les 500 paraphes et qu’elle réalise un bon score au premier tour sans pour autant se qualifier pour le second, elle prendra encore un peu plus de grade et se posera en recours pour une droite qui risque fort d’être déboussolée, même en cas de victoire de Sarkozy.

Et si elle se propulse au second tour? A en croire l’hebdomadaire Marianne qui ne cite pas ses sources, Nicolas Sarkozy et François Hollande auraient en main un sondage aussi secret qu’explosif qui donnerait la candidate du FN au coude-à-coude avec l’actuel président. Sarkozy pourrait ainsi être battu par la frontiste dès le premier tour, comme le fut, en 2002,  le socialiste Lionel Jospin. Jean-Marie Le Pen, père de Marine et du Front national, avait alors affronté «en finale» Jacques Chirac, qui l’emporta très nettement avec plus de 82% des suffrages.

Si Le Pen fille rééditait cet exploit, son score serait, selon toute vraisemblance, bien supérieur aux 17,79% qu’avait obtenus le chef frontiste. François Hollande gagnerait certes, mais ne parviendrait pas à atteindre le même résultat que Chirac dix ans auparavant. Dès lors, Marine Le Pen deviendrait vraiment le deuxième personnage de la vie politique française, ce que son père n’a jamais été en mesure de réaliser, même en 2002.L’UMP serait réduite en miettes.

Ses élus les plus modérés partiraient vers le MoDem du centriste François Bayrou – autre vainqueur dans cette configuration. Quant à l’aile droite, elle s’envolerait aussitôt vers le nid frontiste.

Marine Le Pen serait donc toujours gagnante, sauf en cas de victoire. Une fois présidente, elle devrait appliquer son programme en sortant la France de l’euro, réduisant ainsi l’épargne des Français à un franc aussi nouveau que dévalué. Ou alors jeter ses propositions aux orties et décevoir profondément les électeurs.

Vaincre dans ces conditions, quelle tuile!

Jean-Noël Cuénod

Et voici une vidéo qui évoque ce sujet: comment réunir les 500 signatures d'élus pour être officiellement canidat à l'Elysée?


Présidentielle: La chasse aux signatures est... par canal32-wizdeo

13:02 | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : le pen, élection présidentielle française, vidéo | |  Facebook | | |

13/01/2012

La France à la recherche du président "triple A"

La perte du triple A de la France était attendue, elle n’en constitue pas moins une punition sévère pour Nicolas Sarkozy, qui achève son mandat dans les pires conditions sur le plan économique. Est-il mort politiquement, comme lui-même le laissait entendre, il y a quelques mois, en évoquant la dégradation de la note française?

Tout d’abord, il ne faut jamais enterrer un politicien français. Cette espèce particulière semble posséder, à l’égal des chats, neuf vies. Au moins. Alain Juppé est là pour le démontrer.

Ensuite, Sarkozy donne toute la mesure de son énergie lorsqu’il est assiégé par l’adversité. Ce coup du sort va sans doute agir sur lui à la manière d’un produit dopant. Il mènera sa campagne présidentielle avec encore plus d’agressivité qu’auparavant. Les missiles voleront plus bas que jamais.

Enfin, l’alternative offerte par ses adversaires n’enthousiasme pas les Français. François Hollande et les socialistes n’ont pour l’instant guère expliqué leur programme, ou alors de façon confuse, comme ce fut le cas avec la réforme du quotient familial. Marine Le Pen grimpe dans les sondages, mais personne ne la voit prendre en main le destin économique de la France. Taper sur les immigrés musulmans est une chose, sortir une vieille nation de l’ornière en est une autre.

Il reste François Bayrou qui, lui aussi, a réussi une percée spectaculaire dans les sondages. Incontestablement, le patron du MoDem (centriste d’opposition) a conduit son début de campagne de façon convaincante en dénonçant la désindustrialisation de la France. Sur le plan économique, il a démontré sa crédibilité en décrivant les ravages de la dette, dès 2007. Mais Bayrou reste un homme seul. Face aux gros bataillons sarkozystes et socialistes, les troupes de son MoDem font petite figure.

Avec angoisse, les électeurs français cherchent encore un président triple A.

 

Jean-Noël Cuénod

(Texte de l'édito paru samedi 14 janvier 2012)

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07/04/2011

Les deux faces de l'extrême-droite

Tout au long de son histoire, l’extrême-droite présente deux faces. Ou plutôt, il existe deux extrêmes-droites d’origine différente.

doriot.jpgEn France, l’extrême-droite de Charles Maurras (photo à droite) et de l’Action Française n’avait guère de points communs avec celle du principal parti fasciste de l’entre-deux-guerres, le PPF de Charles-Maurras.jpgl’ex-communiste Jacques Doriot (photo à gauche). Maurras avait réuni autour de lui moult représentants de l’aristocratie intellectuelle, Maurice Barrès, Jacques Bainville, Léon Daudet. On y cultivait la fleur de lys. Le style était élégant et la moustache, cirée.

Pendant ce temps, sur une autre galaxie, le chef du PPF Doriot turbinait en usine et possédait pour quartiers de noblesse ceux de Saint-Denis, cette ville de la banlieue ouvrière de Paris dont il fut le maire. Un écrivain passé comme lui de gauche à l’extrême-droite, Ramon Fernandez, le décrit ainsi: «Doriot est grand, gros et fort; il sue beaucoup» (cité par Dominique Fernandez dans «Ramon» paru aux Editions Grasset). Chez Maurras, personne n’aurait eu l’idée de suer.

Ces deux extrêmes-droites qui se méprisaient se retrouveront dans la collaboration durant l’occupation nazie de la France, non sans que plusieurs maurrassiens refusent le nazisme pour s’engager à Londres aux côtés du général de Gaulle.

marine-le-pen2.jpgToutes proportions gardées, le congrès de Tours du Front national en janvier dernier a fait émerger au grand jour ces deux extrêmes-droites. D’un côté, les partisans de Bruno Gollnisch, des jeunes gens aux crânes rasés, à la mise coûteuse, portant souvent des noms à particules. De l’autre, plus nombreux mais moins bien organisés, les supporteurs de Marine Le Pen, à l’allure nettement plus prolétarienne. Dans les discours aussi, la différence se fait sentir, alors que Gollnisch salue le souvenir de l’émeute antirépublicaine du 6 février 1934, Marine Le Pen célèbre la République. L’un en appelle à la tradition chrétienne, l’autre à la laïcité. La tendance «sociale» l’a donc emporté sur la mouvance «traditionnelle».
 Si Marine Le Pen parvient à réunir ces deux extrêmes-droites, le Front national deviendra, de façonbruno-gollnisch.jpg durable, une force politique majeure. Mais cette cohabitation est prête à voler en éclats aux premiers coups de Trafalgar, car ses bases demeurent fragiles du fait même de cette hétérogénéité sociale.

On retrouve aussi, sous d’autres formes, ces deux extrêmes-droites à Genève, avec le MCG au discours nettement plus social que celui de l’UDC qui reste fort soumis aux intérêts économiques.
Malgré leurs différences d’origine, les deux extrêmes-droites partagent une idéologie commune, celle qui privilégie un cercle humain contre les autres, perçus comme des entités à rejeter. Cercle aristocratique ou élitaire pour l’une, cercle nationaliste et populaire pour l’autre. Quand les deux cercles se superposent, l’extrême-droite unie devient un adversaire redoutable pour la démocratie. Mais dès qu’ils ne coïncident plus, elle implose.

 

Jean-Noël Cuénod

09:18 | Lien permanent | Commentaires (14) | Tags : extrême-droite, fascisme, populisme, le pen | |  Facebook | | |

01/03/2011

Quand la France « lepénise » la Suisse

Naguère encore, les médias français n’accordaient pas le moindre intérêt à la Suisse, tache blanche au milieu de la carte européenne. Puis, les initiatives et référendums blochériens ont capté le paresseux regard des journalistes hexagonaux. De ce traitement médiatique prescrit outre-Jura, l’image de la Suisse est ressortie distordue. La déformation a succédé à l’ignorance.

Vue de France, la Confédération s’est transformée en repaires de racistes invétérés, de xénophobes frénétiques, en pays habité par des Harpagon crispés sur leurs cassettes emplies de ducats scintillants et tintinnabulants. Dans la foulée, le Front National et les Le Pen père et fille se sont emparés du «modèle suisse» pour le glorifier, suscitant un surcroît de malentendus. Comment s’est opérée cette déformation? Par l’usage systématiquement sélectif que font les médias tricolores des résultats de nos votations. Voici quelques exemples.

Juin 2008, l’initiative de l’UDC pour procéder à la naturalisation par les urnes est rejetée à près de 64% des Suisses. Impact médiatique en France: nul.


Février 2009, près de 60% des citoyens accepte d’étendre à la Bulgarie et à la Roumanie la libre circulation entre la Suisse et les pays de l’Union européenne. Impact médiatique en France: nul.

Novembre 2009, l’initiative de l’UDC contre les minarets est votée à une majorité de 57,5%. Impact médiatique en France: considérable.

Novembre 2010, l’initiative de l’UDC pour le renvoi des criminels étrangers emporte 53% des suffrages. Impact médiatique en France: important.

Ainsi, chaque fois que l’extrême droite suisse est battue, les journalistes voisins veulent ignorer cette information. Mais lorsqu’elle gagne, ils mettent sa victoire en exergue. Cela fait l’affaire du Front national qui a beau jeu d’affirmer que notre pays est en voie de «lepénisation» galopante.

Pourquoi les médias français agissent-ils ainsi? En raison de «l’effet d’excitation» qui a remplacé la traditionnelle «hiérarchie de l’information» dans le choix des rédactions.

 Expliquer que les Suisses acceptent d’étendre la libre circulation aux Bulgares et aux Roumains — ce qui n’allait pas de soi — est certes intéressant, mais une telle information réclame un effort d’explication que n’apprécient guère les médias voués à l’instantané. Alors, qu’un vote contre les minarets suscite d’emblée des réactions, sans que le journaliste soit obligé de se creuser la tête. Nous ne sommes plus informés mais excités. Et ce phénomène dépasse les frontières de l’Hexagone.

 

Jean-Noël Cuénod

09:11 | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : le pen, udc, médias, suisse, france | |  Facebook | | |

17/04/2010

Le Front national nouveau est arrivé!

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La mort politique n’est que rarement définitive. C’est bien ce qui la sépare du trépas véritable. Nicolas Sarkozy, avec sa hâte coutumière, s’était glorifié d’avoir enterré le Front national. Or, une analyse que vient de publier l’IFOP (Institut français d’opinion publique) — sous la plume de Jérôme Fourquet et Damien Philippot — démontre que le parti de la famille Le Pen s’est installé confortablement dans le paysage politique français.

 

On sait que ce mouvement d’extrême droite a réalisé de bons scores aux dernières élections régionales de la République voisine. Ce que l’étude de l’IFOP révèle, c’est à quel point il a pris racine. Lors des régionales de 2004, le Front national avait perdu des suffrages au second tour, malgré ses excellents résultats d’ensemble.

 

En mars dernier, pour la première fois, le FN a progressé de plus de 2,5 points entre les deux tours. Le parti de Le Pen n’est donc plus cet épouvantail que l’électeur protestataire brandit au premier tour pour faire peur aux formations de gouvernement mais qu’il range au second tour en reprenant place dans le «cercle de la raison».

 

L’abstention ne profite pas aux frontistes

 

Contrairement à une idée reçue, l’IFOP relève que l’abstention ne bénéficie pas aux frontistes. Au contraire, une partie de leurs électeurs ne s’est mobilisée qu’au second tour. «Tout semble indiquer que le FN disposait parmi les abstentionnistes d’une armée de réserve», soulignent Jérôme Fourquet et Damien Philippot. Ce qui donne à l’extrême droite une appréciable marge de progression. Autre phénomène tout aussi inquiétant pour ceux qui craignent la montée de la démagogie nationaliste. Naguère encore, le plus gros de l’électorat frontiste se recrutait à l’Est de la France. Aujourd’hui, l’IFOP constate que le FN perce aussi à l’Ouest. Si l’écart entre les deux moitiés de l’Hexagone reste important, il tend à se réduire, ce qui ferait du Front national une formation d’envergure véritablement... nationale!

 

Retour au bercail

 

Pour l’IFOP, cette remontée du FN est due en grande partie au retour au bercail frontiste de l’électorat «siphonné» par Nicolas Sarkozy à l’élection présidentielle de 2007 et qui se montre fort déçu par l’action de l’actuel président. Toutefois, ce regain de forme du frontisme est aussi dû aux perspectives offertes par la fille du Chef, Marine Le Pen, qui a fait un «tabac» dans la région Nord-Pas-de-Calais.

 

Comme nous l’avions constaté lors de notre entretien avec elle à Béthune (« Tribune de Genève » et « 24 Heures » du 13 mars), la vice-présidente du FN ne reprend pas la vieille armature fascisante qui corsète la rhétorique de son père; elle se place sur le terrain du mal-être social. L’analyse de l’IFOP remarque que la campagne de Marine Le Pen «a mis l’accent sur des thématiques nouvelles pour le Front national, susceptibles d’attirer un électorat élargi ou de rassembler les déçus du sarkozysme (...) Elle travaille ainsi manifestement à faire du vote FN, un vote d’adhésion et de confiance et non plus seulement un vote protestataire».

 

C’est donc un Front national nouveau que dessine la fille de Le Pen, qui pourrait trouver sa place dans un gouvernement de droite. Elle réaliserait alors ce que l’ex-néofasciste Gianfranco Fini a réussi en Italie.

Jean-Noël Cuénod

(Ce texte a paru jeudi 15 avril 2010 en rubrique "Perspective" de la Tribune de Genève et "Réflexion" de "24 Heures")

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