13/06/2018

La leçon de Kim Jong-un à Emmanuel Macron

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Qui aurait dit qu’un jour le dictateur le plus méprisé de la planète – pourtant, la concurrence est vive – serait considéré par le président de la première puissance mondiale comme un interlocuteur à caresser dans le sens de la brosse chevelue ? Comme un chef d’Etat si important que le dit président doit se déplacer à ses portes pour parler avec lui, d’homme à homme ?

A Singapour, Kim Jong-un apparaît comme le grand vainqueur du bras de fer que le tyran nord-coréen avait initié contre Donald Trump dès l’élection de ce dernier. Promenade en duo, secouage de raquettes présidentielles, pose en commun devant la postérité, c’est tout juste si Trump et Kim ne se sont pas précipités dans un french kiss fougueux, tels jadis les camarades Brejnev-Honecker. Kim Jong-un a donc réalisé l’inaccessible rêve de son grand-père et de son père : que la bolcho-dynastie soit reconnue comme partenaire à part entière par Washington.

Et pour obtenir ce résultat, la Brosse Infernale n’a pas eu besoin de signer un acte de contrition. La déclaration d’intention paraphée par Trump et Kim n’engage à rien et relève, même écrite, de la parole verbale. La voici :

  • Les Etats-Unis et la République populaire démocratique de Corée s’engagent à établir de nouvelles relations E.-U. – RPDC, conformément à la volonté de paix et de prospérité des peuples des deux pays.
  • Les Etats-Unis et la RPDC associeront leurs efforts pour bâtir un régime de paix durable et stable dans la péninsule coréenne.
  • Réaffirmant la déclaration de Panmunjom du 27 avril 2018, la RPDC s’engage à travailler à une complète dénucléarisation de la péninsule coréenne.
  • Les Etats-Unis et la RPDC s’engagent à restituer les restes des prisonniers de guerre et des portés disparus au combat, avec un rapatriement immédiat de ceux déjà identifiés.

Aucun calendrier, aucune contrainte. Trump adopte vis-à-vis du nucléaire Coréen l’attitude inverse que celle qu’il a opposée à l’endroit du nucléaire iranien. Et voilà le pire des régimes, celui des Kim, blanchi gratuitement par la Maison de même couleur.

Quel contraste avec le sort réservé par Donald aux chefs d’Etat du G7 : Emmanuel Macron, Justin Trudeau, Angela Merkel traités comme des valets de ranch, tout juste bons à recevoir des volées de coups de pieds aux fesses entre deux bordées d’injures !

 A cet égard, le président français ferait bien de prendre leçon sur le sanguinaire hérisson replet qui règne sur Pyongyang. Lorsque Trump a poussé sa trogne sur le devant de la scène internationale, Emmanuel Macron a cru bon lui réserver un accueil triomphal. Puis, en avril dernier, juste avant que les Etats-Unis se retirent de l’accord nucléaire avec l’Iran, Jupiter avait désamorcé sa foudre pour se faire tout miel et oindre de flatteries, de protestations d’amitiés et autres onguents onctueux l’ours à la tignasse jaune.

Dans l’esprit de Macron – si tant est que l’on puisse s’y glisser – ces jolies manières devaient inciter Trump à ne pas oublier qu’il avait ses fidèles alliés en Europe et qu’il serait du meilleur goût de les ménager ; qu’il se retire progressivement de l’accord iranien mais sans que cela nuise à l’Europe.

 Ces sucreries diplomatiques ont donc fait sur le président américain l’effet inverse. Il les a considérées comme autant de marques de faiblesse, provoquant chez lui une réaction de mépris vis-à-vis de ce frenchie aux manières chantournées de petit marquis parfumé. Rien de tel que les rudes bourrades entre vrais mecs dans les vapeurs du fumier.

Lorsqu’un porteur de bottes texanes rencontre un chausseur d’escarpins, on sait vite lequel des deux va boiter.

Kim Jong-un a pris le parti opposé. Provocation sur provocation. Et que je te menace d’envoyer des missiles nucléaires sur l’ile américaine de Guam. Et que je te traite Trump de « gâteux mentalement dérangé » (à Pyongyang, on ne craint pas le pléonasme), de « vieux fou », de « gangster », de « fripouille ». Tout heureux de trouver enfin un gus à sa mesure, Trump s’est mis en duo avec la Brosse Infernale : « Rocket man », « petit gros affameur de son peuple », « attend voir que je te balance ma big bombe pour t’éclater ». La température ayant grimpé juste là où il fallait, les duettistes ont pu changer d’octave : « Maintenant qu’on s’est bien engueulés, causons ».

Trump et Kim ne connaissent qu’une chose, le rapport de force dans toute sa brutalité. Ils sont donc faits pour s’entendre. La Brosse Infernale a bien jaugé son adversaire-partenaire. Il n’aime pas les petits Mickey tout faibles, Donald. Il apprécie qu’on lui résiste, ça le met en valeur, bien plus que de faire des ronds de jambes devant les costumes Smuggler ou, pis, les tailleurs Chanel. Et même, ça le rassure ; il se trouve en terrain plus adapté à sa démesure. Après tout, le monde impitoyable des dealers immobiliers est-il si différent de celui des propriétaires de la Corée du Nord, mis à part les exécutions de ministre au tir de missile ?

Emmanuel Macron est un tueur aux yeux bleus, mais à l’échelle de la politique française seulement. Pour s’imposer dans les rapports de force mondiaux, la ruse et les coups de billard à trois bandes ne suffisent pas. Il faut encore faire l’apprentissage de la brutalité. Monsieur Macron, il faudra chausser vos bottes texanes. Point besoin de les cirer.

Jean-Noël Cuénod

08:40 Publié dans Politique française, Politique internationale | Lien permanent | Commentaires (12) | Tags : trump, macron, kim | |  Facebook | | |

08/01/2016

Kim Jong-un ou la défaite de l'école bernoise!

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Sur cette planète, deux chefs d’Etat parlent le bärndütsch.

Aparté destiné aux non-suisses : il s’agit d’un dialecte tudesque, situé entre la laryngite aiguë et le cri de la corneille courroucée, utilisé par les habitants de la majorité germanophone du canton de Berne.

Reprenons : il y a donc deux chefs d’Etat qui causent ce redoutable langage. D’une part, le président de la Confédération helvétique pour l’an 2016, le Bernois Johann Schneider-Ammann, ce qui n’est pas surprenant ; d’autre part, le dictateur de la stalinienne Corée du Nord, Kim Jong-un, ce qui l’est plus. Si les deux dirigeants se rencontrent un jour, ils n’auront pas besoin d’interprètes : Gruessdi, Kimi, wie geits ? Süper, Johanni, wie drr Chouche im Chuchichaeschtli ! (Dessin: Pierre Dubois)

 Il faut dire qu’enfant Kim Jong-un a subi le sort que tous les petits Romands redoutent : être dressé dans une école bernoise. Selon Le Matin d’il y a deux ans, il a résidé en Suisse de 1991 à 1998, soit entre l’âge de huit et quinze ans. Son séjour en Helvétie a été entourée par un silence de barbelé ; il était inscrit dans les établissements scolaires sous un nom d’emprunt et chaperonné par de faux « parents » dévoués au véritable paternel, l’alors tyran Kim Jong-il, amoureux de la Suisse et fondu de fondue… Amateur aussi de secret bancaire, puisque le clan Kim aurait planqué près de deux milliards de francs dans nos coffres.

On sait tout de même que Kim Jong-un a fréquenté l’école publique de Steinhölzli à Liebefeld, de 1998 à 2001. Depuis lors, il a poursuivi son périple helvétique dans des établissements secondaires.  Peut-être à l’école internationale de Gümlingen. Il y était décrit comme un amateur de basket et de natation, grand fan des films de Jean-Claude van Damme et de voitures sportives. Il faut dire qu’entre un essai nucléaire et une exécution de rival potentiel, son papounet lui avait offert une Mercédès adaptée à sa taille de garçonnet de trois ans.

 C’est sur les bancs des classes primaires qu’il a appris le dialecte bernois et l’allemand. Plus tard, il se perfectionnera en anglais et acquerra les rudiments de la langue française.

Depuis Kim Jong-un a fait son chemin en succédant à son père et à son grand-père. Désormais, c’est lui qui a le droit d’exécuter tous ceux qui ne se sont pas courbés assez vite à son passage. Il le fait à coups de canon de DCA, ce qui est beaucoup plus rigolo et plus moderne qu’une banale pendaison.

Tout le monde le sait, le Suprême Joufflu a fêté ses 33 ans en faisant la bombe. La bombe H, en l’occurrence. La plus puissante. Et le voilà qui menace la terre et ses environs de ses foudres mortifères. Un dingue. Mais un dingue thermonucléaire.

Force est de constater que le dressage bernois n’est pas paré de toutes les vertus, contrairement à ce que soutenait mon père, il y a quelques millénaires, en menaçant de m’expédier outre-Sarine à chaque mauvais carnet. La Suisse – qui a donné au monde trois de ses plus grands pédagogues, Johann Heinrich Pestalozzi, Jean-Jacques Rousseau et Jean Piaget – a donc lamentablement échoué à faire du Dodu Irascible un citoyen raisonnable et modéré, prompt au compromis et rompu au respect de la collégialité.

Notre pays ne lui a même pas inoculé ces virus occidentaux qui vous rendent le plus extrémiste des enragées en groupie de Lady Gaga. Et pourtant, la Suisse y était parvenue avec les deux frères ainés qui ont suivi le même parcours bernois (et aussi genevois dans leur cas) que l’Epais Nucléocrate. Ils vivent aujourd’hui à l’étranger, l’un parce qu’il a préféré Disneyland aux casernes coréennes et l’autre parce qu’il a troqué les hymnes martiaux contre le rock anglais.

Espérons qu’à son tour, Kim Jong-un confiera sa future progéniture à l’école bernoise. Afin que cette fois-ci, elle parvienne enfin à fondre la dynastie Kiminelle dans le mol magma du chocolat fondu.

 

Jean-Noël Cuénod

18:46 | Lien permanent | Commentaires (17) | Tags : kim, corée du nord, bombe a, bombe h | |  Facebook | | |