24/02/2011

La Libye, la Suisse et la sarkodiplomatie

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L’Histoire ne se répète jamais, elle bégaye parfois et ricane souvent. Il y a quelques mois à peine, l’Hirsute des Sables tonitruait à l’ONU pour réclamer le dépeçage de la Suisse entre la France, l’Italie et l’Allemagne. Aujourd’hui, c’est son pouvoir qui part en lambeaux. L’Est de la Libye est tombé aux mains des insurgés, l’Ouest est en train de suivre, l’étau se resserre sur Tripoli. L’Infâme aura au moins respecté une promesse, celle de faire couler le sang. Un médecin français évalue les massacres du Kadhafou à 2000 morts.
Et dire que le fils Kadhafi s’est plaint des brutalités de la police genevoise, lors de son arrestation pour avoir, avec sa femme, maltraité ses domestiques ! Ceux qui avaient alors voué aux gémonies la justice genevoise, lui reprochant son manque de diplomatie à l’égard de  l’honorable rejeton du respectable dirigeant libyen, ont l’air fin maintenant. Quant à l’ex-président de la Confédération Merz, il n’a pas fini de remonter son pantalon, après les humiliantes – et contre-productrices – excuses qu’il avait prodiguées pour tenter, en vain, de libérer l’otage suisse que Kadhadingue avait jeté dans ses geôles.
 
Et Kouchner, le ci-devant ministre des affaires qui lui sont restées définitivement étrangères, à quoi ressemble-t-il maintenant ? Certes,  Sarkozy est parvenu à dénicher presque pire que lui à la tête de ce qui n’est plus la diplomatie française. Mais il ne faudrait pas oublier que le porteur de riz du quai d’Orsay avait  placé la Libye et la Suisse sur le même pied et poussé l’insulte en accusant notre pays de prendre Tripoli en otage. Un comble de stupidité, le seul otage dans cette affaire étant Suisse et embastillé en Libye !
Les responsables au pouvoir, en Italie et en France notamment, qui n’ont cessé de caresser l’Hirsute des Sables dans le sens de la crinière feraient bien d’examiner leurs mains. Il est malaisé d’en détacher les taches de sang.
Jean-Noël Cuénod

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14/06/2010

Kadhafi et libération de Max Göldi : comptes et mécomptes

 
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L’affaire Kadhafi est loin d’être terminée. Tout d’abord, l’Hirsute des Sables (notre photo, en costume estival de portier de prison avec balayettes à poussière incorporées) ayant obtenu un succès complet après le retour en Suisse de Max Göldi, la tentation sera grande pour lui de céder à son délire mégalomaniaque en inventant une nouvelle provocation.

Ensuite et surtout, l’heure des comptes a sonné en Suisse. On ne saurait imaginer désastre diplomatique plus spectaculaire. Il est vrai que nous autre Helvètes, persuadés que seuls les comptes comptent, nous avons négligé la diplomatie au seul profit des échanges commerciaux. A privilégier l’économique au détriment du politique – à l’instar de cancres qui auraient parcouru les œuvres de Marx trop hâtivement – le conseil fédéral est pris à son propre piège. Jadis, le Département des affaires étrangères se nommait « Département politique fédéral ».
Ce n’était pas si mal vu.

Le calamiteux cas Kadhafi démontre aussi à quel point nos institutions apparaissent inadaptées au monde actuel. Les contradictions internes au Conseil fédéral ont éclaté au grand jour. Chaque ministre mène sa propre barque sans souci de conduire le paquebot « Suisse ». Au premier coup de vent, les marins se dispersent tous azimuts. On le savait déjà. La confirmation est cruelle.

Certes, les réformes institutionnelles deviennent indispensables mais elles réclament du temps. Certaines mesures sont donc à prendre dès maintenant. La plus symbolique et la moins chronophage serait la démission du conseiller fédéral Rudolf Merz.

Pour notre plus grand malheur, Merz s’est pris pour un vrai président en voulant négocier avec l’Hirsute des Sables comme s’il avait en face de lui un « landamann » glaronais. Ne demandant aucun avis éclairé, mettant la ministre des affaires étrangères Calmy-Rey devant le fait accompli – ou plutôt inaccompli -, prenant en solo les initiatives les plus inopportunes, Merz n’a plus sa place dans le gouvernement fédéral.
Et qu’il ne fasse pas porter le chapeau à Genève ou à la « Tribune ». Il ferait mieux de manger le sien.

Jean-Noël Cuénod
 
 

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