14/12/2017

Jérusalem ? Et Dieu dans tout ça ?

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Les penseurs de l’athéisme ont beau s’efforcer d’enterrer Dieu, le voilà qu’il resurgit dès la dernière pelletée. Increvable, Dieu. Il nous enterrera tous, vous verrez ! Et à Jérusalem, il paraît tout particulièrement réveillé. Il a fallu que d’un touite diabolique, Trump reconnaisse cette sacrée ville comme capitale de l’Etat d’Israël, pour que Dieu redevienne la pomme de discorde favorite des juifs et des musulmans, avec la myriade d’Eglises chrétiennes en arrière-plan.

Si l’humain était un être rationnel, la résolution 181 serait passé de l’idée à la réalité, sans coup férir. Qu’est-ce que cette résolution 181 que tout le monde a oubliée? Adoptée le 29 novembre 1947 par l’Assemblée générale des Nations-Unies, elle érigeait Jérusalem en entité séparée des territoires arabes et juifs, placée provisoirement sous l’égide du Conseil de tutelle de l’ONU qui devait désigner un gouverneur, élaborer un statut et prévoir l’élection au suffrage universel d’une assemblée. Une fois rédigé, ce statut était prévu pour durer dix ans, puis réexaminé par le Conseil de tutelle, avec consultation de la population hiérosolymitaine (essayez de placer cette épithète dans la conversation; succès d’estime assuré !).

Mais voilà, les penseurs rationalistes peuvent bien se tordre les mains de désespoir et ne pas ménager leurs méninges, l’humain n’est pas réductible à la raison raisonnante. Et s’il résonne, c’est surtout comme un tambour. On connaît la suite. La guerre de 1948 a tué dans l’œuf ce rationnel fœtus, en partageant Jérusalem en deux, l’Est à la Jordanie et l’Ouest à Israël. Puis en 1967, Israël a pris le contrôle de la totalité de la ville après sa victoire lors de la Guerre des Six Jours.

A ne prendre en compte que les rapports de force politiques, sociaux, économiques, à n’user que de la réflexion rationnelle, on se condamne à ne rien comprendre à un phénomène aussi puissamment émotionnel. Il faut donc bien remettre Dieu sur le tapis. D’ailleurs, il s’y remet tout seul et il ne manque pas de bras pour l’y aider.

Alors, parlons-en, de Dieu. Ou plutôt de la manière dont les protagonistes en parlent. Les plus enflammés des dirigeants confessionnels[1] de tous les camps ont fait de Jérusalem un motif d’adoration.

Et dès que l’on transforme un élément matériel, quel qu’il soit, en objet d’adoration, on tombe dans l’idolâtrie. Or, il s’agit-là du pire péché que peut commettre un juif, un musulman, un chrétien. Les trois grandes religions du monothéisme professent ce commandement : «Tu n'adoreras pas d'autres dieux que moi. Tu ne te fabriqueras aucune idole, aucun objet qui représente ce qui est dans le ciel, sur la terre ou dans l'eau sous la terre ; tu ne t'inclineras pas devant des statues de ce genre, tu ne les adoreras pas.» Donc, en suivant ce commandement assigner Dieu à résidence relève du blasphème.

Mais voilà, il se trouve toujours des dirigeants confessionnels pour tordre les textes dans le sens voulu par eux et leurs passions terrestres. Pour ces Tartuffes, certes, Dieu est partout chez lui mais il l’est un peu plus dans certains lieux. A Jérusalem, surtout, où fût érigé le Temple de Salomon, d’où le prophète Mohamed aurait effectué son voyage, où le Christ fut mis en croix avant de ressusciter. Et voilà Dieu oublié au profit de leurs récits particuliers. Son message est étouffé sous les pierres par ceux-là même qui disent le servir alors qu’ils s’en servent à leurs fins identitaires.

Aux uns, aux autres, au monde, sous diverses formes, le message divin se résume en une loi trop simple pour ces esprits tordus : «Aimez-vous les uns les autres». Tout le reste n’est que mauvaise théologie.

Jean-Noël Cuénod

Aria: "Jerusalem, Jerusalem" tiré de "Paulus" composé par Mendelssohn-Bartholdy. Soprano: Helen Donath avec le Berliner Sinfonieorchester dirigé par Claus-Peter Flor (1987).

 

[1] Le Plouc n’écrit pas « dirigeants religieux » à dessein ; le mot « religieux » évoque la notion de « relier » qui est bien étrangère à nos théologiens cracheurs de feu.

16:02 Publié dans Laïcité, Politique internationale | Lien permanent | Commentaires (15) | Tags : dieu, religions, jérusalem, trump | |  Facebook | | |

11/12/2017

Qui s’intéresse encore aux Palestiniens ?

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Lorsqu’un dirigeant politique parle de la Palestine, il a la tête ailleurs. Passons sur l’actuel gouvernement Netanyahou qui avance ses colonies avec la constance d’un char d’assaut et sur Trump qui doit satisfaire son socle électoral en reconnaissant Jérusalem comme capitale d’Israël. Il fait ainsi d’une rocket deux coups en remplissant les carnets de commande du complexe militaro-industriel américain grâce au surcroît de désordre ainsi créé. Complexe dont le président Eisenhower en dénonçait déjà les dérives lors de son ultime discours en 1960 (voir vidéo).

Pour les Etats arabes et la nébuleuse irano-chiite aussi, les Palestiniens sont quantité négligeable ; ils ne servent que de variables d’ajustement pour conforter leurs gouvernements basés sur la corruption et la tyrannie ou satisfaire leurs visées hégémoniques. On agite les Palestiniens avant de s’en servir.

A leur égard, le cynisme des Saoudiens s’est illustré de façon brutale en novembre, comme l’a révélé le New York Times. Le prince héritier Mohamed ben Salmane (MBS) a fait cette proposition pressante à Mahmoud Abbas, le président de ce qui reste d’autorité palestinienne : renoncer à faire de Jérusalem-Est la capitale de la Palestine. Et si Abbas n’accepte pas, MBS lui a clairement signifié qu’il serait aussitôt remplacé par un sbire plus malléable.

Comme on le sait, Israël est devenu pour Ryad un allié objectif dans le conflit qui l’oppose à l’Iran et au chiisme. Les Palestiniens sont donc d’autant plus aisément sacrifiés que le Royaume wahhabite ne s’en est jamais soucié.

Il en va de même pour l’Iran et son allié libanais du Hezbollah : les Palestiniens ne comptent pas, sinon pour tenter d’enfoncer un coin dans le camp des sunnites (confession largement majoritaire en Palestine) et servir de prétextes à des campagnes non seulement anti-Israéliennes mais carrément antisémites.

Quant à l’Europe, la France est le seul pays qui a une vision digne de ce nom du Moyen-Orient. Son président Emmanuel Macron prend des positions équilibrées et censées. Mais que pèse-t-elle ? Et que peut-elle ?

Il fut un temps où la Suisse développait une politique discrète et active en faveur de la paix entre Israël et la Palestine. Mais désormais la diplomatie helvétique n’est mobilisée que sur un seul objectif : le commerce extérieur.

Qui veut vraiment la paix entre Israéliens et Palestiniens ?

Peu importent les justifications bibliques ou coraniques concernant Jérusalem comme capitale des uns et des autres ; ils sont là, les Palestiniens. Alors qu’en faire ? Conserver leur statut de citoyens de troisième zone, évoluant dans une sorte d’occupation à perpétuité ? Cette situation ne peut pas durer éternellement, au risque de devenir explosive et de se retourner contre Israël. Les inclure dans le territoire israélien ? Les musulmans deviendront majoritaires, ruinant ainsi les efforts des pionniers pour construire un Etat juif. Créer un Etat démilitarisé qui risque fort de devenir croupion ? Les Israéliens n’en veulent pas et les Palestiniens ne semblent guère enthousiastes.

Jadis brillante, la classe politique israélienne s’enfonce aujourd’hui dans la médiocrité. Quant aux dirigeants politiques palestiniens, entre la corruption, la présence du Hamas fascisant à Gaza et l’incapacité à mobiliser la population sur des objectifs réalistes et démocratiques, leur faillite est sans appel.

Alors, les commentateurs y vont de leurs conseils : « Les Palestiniens ne doivent compter que sur eux-mêmes. » Et comment fait-on, pour compter sur soi-même avec de tels handicaps ? La situation semble d’autant plus inextricable que le désir de paix ne fleurit que dans des discours débités façon automate.

Au fond, ni les dirigeants palestiniens ni ceux d’Israël n’ont vraiment intérêt à ce que la paix survienne. L’état de guerre développe les petits et grands trafics clandestins qui font vivre grassement les chefs du Fatah et du Hamas ; il permet à Israël de devenir une place forte de la cyberéconomie grâce à la solidarité financière des Etats-Unis. Ce n’est pas d’hier, hélas. La guerre reste une formidable opportunité pour les rapaces et une calamité pour les peuples.

Alors, peut-être, peut-être, que les moulinets mercantiles de Trump transformeront le désordre actuel du Moyen-Orient en foutoir tellement incontrôlable que la guerre deviendra économiquement moins intéressante. On peut toujours rêver à défaut d’espérer.

Jean-Noël Cuénod

 

 

16:35 Publié dans Politique internationale | Lien permanent | Commentaires (25) | Tags : jerusalem, palestiniens, israéliens, trump | |  Facebook | | |