28/06/2018

Macron s’encouble sur le tapis de la migration

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S’encoubler… Voilà un verbe tiré de l’arpitan[1]qu’Emmanuel Macron ferait bien d’intégrer dans sa nov’langue. Il signifie: se prendre les pieds dans quelque chose qui se trouve par terre. Alors que le président français se rend aujourd’hui à Bruxelles pour le sommet européen sur la migration, il s’est donc encoublé dans sa stratégie du «en même temps». 

Ni à gauche ni à droite, les deux en même temps… Macron est parvenu à l’Elysée grâce à cette démarche chaloupée et oxymorique. Il a donc voulu la reprendre pour tenter de gérer l’ingérable question des migrants. Ingérable, dans la mesure où la réalité est estompée par les fumées âcre et épaisse des fantasmes de tous ordres, voire de tous désordres.

A gauche : j’incrimine l’extrême droite au pouvoir en Italie en traitant le nouveau gouvernement transalpin d’ «irresponsable» et de «cynique» après son refus d’accueillir les réfugiés embarqués dans le bateau Aquarius. A droite : je jette l’opprobre sur l’ONG allemande Lifelineen l’accusant «de faire le jeu des passeurs» et en concluant ainsi ma diatribe : «C’est d’un cynisme absolu!»

Permettez cet aparté: Macron utilise le même qualificatif insultant – «cynique»! – pour fustiger le gouvernement italien et l’ONG allemande. Le président français maîtrise trop son verbe pour que cet emploi soit dû au hasard ou à la pauvreté lexicale. Emmanuel Macron n’est pas Nicolas Sarkozy. Il s’agit donc bien de renvoyer dos-à-dos l’extrême droite italienne qui rejette les réfugiés et l’organisation humanitaire qui vient à leur secours. L’objectif : se placer au centre, comme figure morale (salut la gauche) et rationnelle (bonjour la droite). Cela dit, on peut se demander si cette démarche n’est pas, elle aussi, cynique !

Mais en faisant l’habile, le président jupitérien s’est encoublé dans ses foudres. Le démagogiste Matteo Salvini, ministre ligard de l’Intérieur, n’a eu aucune peine pour lui répliquer que l’Italie avait accueilli bien plus de migrants que la France. Paris est d’autant plus mal placé pour faire la leçon que l’extrême droite transalpine a été portée au pouvoir, en grande partie à cause du manque de solidarité des pays européens (exceptée l’Allemagne) dans la prise en charge des migrants échoués sur les rives italiennes.

De l’autre côté, la réplique de l’ONG aux accusations d’Emmanuel Macron est tout aussi cinglante : «Aurions-nous dû laisser se noyer les migrants?» A cynique, cynique et demi.

Emmanuel Macron veut défendre le droit d’asile tout en verrouillant énergiquement ses frontières. Un choix aussi ambigu n’aurait été soutenable que s’il était accompagné d’explications détaillées et sereines. Le président aurait alors pu se hisser à la position de patron de l’Europe qu’il convoite depuis l’effacement d’Angela Merkel. Au lieu de cela, par ses fulminations intempestives et ses coups de menton à contretemps, il s’est mis à dos à la fois la partie humaniste des peuples européens et les tenants de la fermeture des frontières nationales. Un beau chenit comme l’on dit aussi en arpitan !

Jean-Noël Cuénod

[1]Langue originelle de type francoprovençal, propre à la Suisse romande, à la Savoie et au Val d’Aoste

14:38 Publié dans Politique française, Politique internationale | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : migration, migrants, macron, france, italie, europe | |  Facebook | | |

08/05/2012

François Hollande au pied de la citadelle Merkel

François Hollande n'a pas le temps de souffler. Il sera investi dans sa fonction présidentielle mardi prochain. Mais dès maintenant, les dirigeants des principaux pays européens le poursuivent de leurs appels téléphoniques. Voilà le nouveau président français sommé de prendre position sur le pacte budgétaire adopté par vingt-cinq Etats membres de l'UE. Les fameux marchés financiers s'impatientent, ce qui rend nerveux les dirigeants d'une Europe fragile.

François Hollande veut renégocier ce pacte qui prône l'austérité budgétaire. Jusqu'à maintenant, la chancelière allemande refusait même d'entrer en matière. Mais l'échec de son allié Nicolas Sarkozy, s'ajoutant aux six autres changements à la tête de pays membres de l'Union, change la donne. Désormais, Angela Merkel sait qu'elle peut connaître à son tour la défaite aux élections législatives allemandes de septembre 2013.

François Hollande a donc un petit atout à jouer afin d'ajouter au «pacte d'austérité» un volet destiné à prendre des mesures en faveur de la croissance. Alors que Nicolas Sarkozy avait brûlé toutes ses cartouches en acceptant d'emblée les positions allemandes, le nouveau président français peut arguer de sa victoire pour persuader Angela Merkel d'accepter un protocole «croissance» à ce pacte budgétaire. Mais il devra s'allier à d'autres dirigeants européens, à commencer par Mario Monti.

Certes, le président du Conseil italien souhaite, lui aussi, que l'Allemagne assouplisse sa position et accepte d'allier croissance et rigueur. Mais le libéral italien et le socialiste français parlent-ils de la même croissance? Quand l'un s'efforce de libéraliser l'économie, l'autre veut financer des grands travaux. François Hollande et Mario Monti devront donc se mettre d'accord sur leur définition du mot «croissance» avant de monter à l'assaut de la citadelle berlinoise.

 

(Cet éditorial a paru mardi 8 mai dans la Tribune de Genève. Le plouc le reprend à l'attention, notamment, de ses amis français)

15:22 | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : france, italie, allemagne, europe, crise | |  Facebook | | |