04/11/2015

Il y a 20 ans, Yitzhak Rabin…

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Ancien premier ministre, Yitzhak Rabin a prononcé un vibrant discours pour la paix, place des Rois-d’Israël à Tel-Aviv, en cette soirée du 4 novembre 1995. Avec l’assistance, il vient de chanter l’hymne du Mouvement pour la paix israélien Shir LaShalom afin de clore le rassemblement. Homme d’arme, il dirigeait l’Etat-Major lors de la Guerre des Six-Jours. Homme de Paix, il a signé les Accords d’Oslo avec son adversaire de toujours Yasser Arafat. Yitzhak Rabin s’apprête à regagner sa voiture lorsqu’il est assassiné  à coups de pistolet semi-automatique par le fanatique religieux Yigal Amir. Quarante minutes plus tard, l’une des plus grandes figures d’Israël s’éteint sur la table d’opération, atteint au poumon et vidé de son sang (Photo de Rabin en train de chanter Shir LaShalom, juste avant d'être assassiné).

Si c’est l’intégriste Amir qui a tenu le Beretta, d’autres l’ont moralement armé. Pendant les mois précédant l’attentat, une campagne de haine inouïe contre Rabin avait été fomentée par l’extrême-droite et le Likoud de Benjamin Netanyahou. Lors de leurs meetings les va-t-en-guerre brandissaient des pancartes présentant Yitzhak Rabin en uniforme SS ou portant le keffieh palestinien. Ou en cible visée par un snipper.

Force est de reconnaître qu’Amir a réussi son coup. Il voulait tuer la paix. Vingt ans après, elle semble plus que jamais inaccessible. Certes, on ne saurait réduire l’actuelle situation à la seule disparition de Yitzhak Rabin. Mais elle y a joué un rôle essentiel. Brillant général de l’armée israélienne ­­– qui s’était notamment illustré durant la Guerre d’Indépendance en 1948 -1949 à la tête de la brigade Harel du Palmach, l’unité de choc des Juifs de la Palestine mandataire – Rabin était mieux placé que quiconque pour promouvoir la paix. Un peu comme un autre général, Charles de Gaulle, dont le passé militaire avait convaincu l’armée française de ne pas s’opposer à la fin des combats en Algérie.

Aujourd’hui, Israéliens et Palestiniens se sont installés dans cette guerre qui dure depuis 67 ans. Plus personne dans cette région ne semble souhaiter la paix. Des économies, des liens sociaux se sont tissés dans cet état de conflit récurent. Les pacifistes de tous bords sont donc considérés au mieux comme des empêcheurs de survivre en rond, au pire comme des traîtres à leur camp.

La solution dite « des deux Etats », l’un Palestinien et l’autre Israélien, est rejetée par l’actuel gouvernement et par une grande partie des Israéliens qui voient dans un Etat Palestinien, une machine de guerre contre Israël. Mais la solution d’un Etat israélien régnant sur les terres palestiniennes semble encore plus périlleuse pour Israël, en raison de l’accroissement démographique de la population musulmane et des sources permanentes de conflit que cela entraîne. Bref, tout le monde paraît se contenter de cette existence menée « à l’aveugle » et au jour le jour, tout en sachant qu’elle ne saurait se prolonger indéfiniment.

Pour l’instant, le gouvernement israélien peut faire fi de l’avis des autres pays en développant ses colonisations en Palestine, puisqu’il s’appuie sur la puissance américaine. Mais rien n’est éternel en ce bas monde, pas même le soutien de Washington.

Le danger pour Israël – seule démocratie du Moyen-Orient, faut-il le rappeler ? ­– réside dans la lassitude qui s’installe progressivement dans les opinions publiques un peu partout dans le monde. Déjà, le président Obama se montre plus préoccupé par la Chine et l’Extrême-Orient que par Israël et la Palestine. Et de la lassitude à l’indifférence, il n’y a qu’un pas. Sur qui, alors, Israël pourra-t-il compter ?

Au moment où il a été tué, Yitzhak Rabin portait dans son portefeuille, une feuille sur laquelle étaient rédigées les paroles de Shir LaShalom (voir la vidéo). La paix, dit ce chant, la paix parce qu’ «on ne nous ressuscitera pas / Du fond de la fosse obscure».

 Jean-Noël Cuénod

 

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12/01/2014

Ariel Sharon, d’une nuit à l’autre

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Sauveur de la patrie israélienne ? Criminel de guerre ? A chacun son Ariel Sharon. Un homme est mort, avec ses verses et controverses. L’histoire jugera, sans doute. Mais elle est un magistrat qui change ses verdicts au fil du temps. Alors, laissons le silence ouvrir le chemin à cette âme qui s’en va comme des millions d’autres au même moment.

 

C’est moins la vie de ce combattant, pour le pire et le meilleur, qui nous interpelle aujourd’hui que son entre-vie-et-mort, long de huit années. Peu importe les raisons qui ont poussé familles et médecins à prolonger ce coma. A notre place, nous ne pouvons que les ignorer. Les progrès éblouissants de la pratique médicale place l’humain devant des énigmes d’un type radicalement nouveau. Pour les résoudre, les expériences passées ne nous servent à rien. Naguère encore, il y avait un moment-clé précis où la vie se terminait et la mort commençait son ouvrage de destruction-reconstruction. Il n’appartenait à aucun humain de le déterminer. Aujourd’hui, nous pouvons jouer les prolongations. Mais pour quel match ? Qui donnera le coup de sifflet final ? Et quelle responsabilité ! Car il n’est pas facile à l’humain de se prendre pour Dieu.

 

Durant ces huit ans, quelle fut la vie intérieure d’Ariel Sharon ? L’an passé, il a été transporté à l’Hôpital Soroka de Beer-Sheva pour y passer une batterie de tests. Un examen IRM avait montré, selon le communiqué officiel, « une activité cérébrale significative, ce qui témoigne d’une mise en œuvre de l’information sensorielle ». En revanche, les médecins ignoraient si Sharon était ou non conscient de se passait autour de lui. 

 

A-t-il souffert, plus ou moins confusément, d’être ainsi enfermé dans cet entre-deux avec l’incapacité de rejoindre les siens ou de partir vers un autre rivage de nous inconnu ? Le saurons-nous un jour ?

 En tout cas, si souffrance il y a eu, elle reste indicible, dans tous les sens du terme. Indicible parce qu’il est impossible de la décrire. Indicible par son caractère rendu d’autant plus douloureux que celui qui l’éprouve ne peut, justement, pas la dire.

 

L’humain est assez avancé pour reculer l’heure de la mort. Mais il reste ignorant de ce qui fait le grand mystère de la vie qui va et qui vient. Les mortels feraient mieux de ne pas oublier qu’ils le sont, mortels, et de s’abstenir de prolonger des instants qui, dans cette dimension qui est la nôtre, ne seront jamais éternels.

 

Jean-Noël Cuénod

Photo Max Brice-CERN

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31/05/2010

L’assaut israélien au large de Gaza: on ne sait rien mais on condamne

 

Elles ne sont pas encore connues, les circonstances qui ont présidé à l’assaut par l’armée israélienne de la flottille humanitaire au large de Gaza. Mais cela n’empêche ni les médias, ni les dirigeants politiques de prendre position, de dire le droit, de distinguer entre les tenants du Bien et du Mal, de condamner les uns et d’absoudre les autres.

 


 Voilà qui est bien dans l’air du temps. Michel Onfray pond-il un bouquin sur Freud, qu’il est descendu en flamme avant de sortir des presses. Le cinéaste Rachid Bouchareb réalise-t-il un film sur le massacre de Sétif, que des nationalistes énervés défilent contre cette œuvre qu’ils n’ont pas pu voir.

 


Attendre que les événements se décantent, se renseigner sur ce qui s’est vraiment passé, prendre du recul, cela relève désormais de la haute trahison. Vous êtes sommé de choisir votre camp, alors que la fumée des événements empêche de voir où vous mettez les pieds. La réflexion n’est plus une vertu, elle s’est muée en vice dans la société médiamercantile.

 


Le temps est aboli, remplacé par une sorte de présent compulsif qui change d’indignation à chaque soubresaut et de disque à chaque hoquet.
Aujourd’hui, Israël est condamné. Peut-être à raison. Peut-être à tort. Personne n’en sait rien. Et demain qu’apprendra-t-on ? On s’en fout. Ne gâchons pas par l’effort de comprendre, le plaisir de vilipender.

Jean-Noël Cuénod               

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