28/03/2012

Après les crimes de Merah, bagatelles législatives pour un massacre

Non, Nicolas Sarkozy n'a pas changé, contrairement à ce qu'il répète à chaque intervention publique. A peine le siège du tueur de Toulouse Mohamed Merah était-il terminé, que le président français a laissé libre cours à son réflexe pavlovien: un événement violent déclenche aussitôt une nouvelle loi. Il en va ainsi chaque fois que l'émotion populaire entre en ébullition.

 

Au mieux, ces bagatelles législatives pour un massacre ne servent qu'à faire du bruit médiatique et n'ont aucune conséquence. D'autant plus que les réformes brandies existent déjà dans les codes. Il suffirait de les appliquer, ce qui est moins spectaculaire et plus efficace. Mais plus coûteux aussi, puisqu'il faut dégager des moyens en effectifs et en matériel.

 

Au pire, ces «LEMI» (Lois à effet médiatique instantané) sont nuisibles en ce qu'elles lèsent la liberté individuelle de façon disproportionnée et sans que cela augmente d'un iota la sécurité collective. La dernière annonce du président-candidat est à ranger dans cette catégorie. Rappelons-en la teneur: «Toute personne qui consultera des sites Internet qui font l'apologie du terrorisme ou qui appellent à la haine et à la violence sera punie pénalement».

 

Nicolas Sarkozy aurait pu envisager de réprimer le téléchargement de vidéos à contenu terroriste, comme cela se pratique pour les images à caractère pédopornographique. Mais non, c'est le simple fait de consulter un site qui catapultera l'internaute devant les tribunaux! Les chercheurs et les journalistes qui doivent se tenir informés des développements de la mouvance terroriste risquent d'être poursuivis eux aussi.

 

Les partisans de cette mesure rétorqueront que la loi prévoira des exceptions. Il y aura donc des justiciables qui auront le droit de surfer sur les sites terroristes et d'autres qui seront condamnés pour ce même acte. On souhaite bien du plaisir aux policiers et aux juges qui perdront un temps précieux à faire le tri ou décider si tel ou tel site appelle à la haine et à la violence.

 

Outre son caractère ubuesque, ce projet de loi dénote une inquiétante volonté de brider la liberté qui règne dans la sphère Internet. Une liberté menacée par les pouvoirs économiques - qui veulent faire payer demain sur la Toile ce qui est gratuit aujourd'hui - et les pouvoirs politiques - qui supportent mal de ne pas maîtriser cet espace. Dès lors, les causes les plus légitimes, telles que la sauvegarde des droits artistiques et la lutte contre le terrorisme, sont instrumentalisées pour grignoter progressivement le cyberespace de liberté et le réduire en peau de chagrin.

Sous le coup de l'émotion, nous sommes enclins à soutenir des lois liberticides, pensant qu'elles nous protègent.

 

 Et puis, un vilain jour, nous prenons conscience que cette liberté tant célébrée dans les discours est devenue coquille vide et qu'ainsi nous avons perdu une part essentielle de notre humanité.

 

 

Jean-Noël Cuénod

11:21 | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : toukouse, terrorisme, sarkozy, internet | |  Facebook | | |

19/05/2010

Vive les apéros géants !

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En France et en Suisse, tous les sondages l’affirment : la vox populi veut interdire les apéros géants. A l’occasion d’une de ces fêtes spontanées, un jeune homme de 21 ans est mort récemment à Nantes en tombant d’une passerelle. C’est ce coup du sort qui sert de prétexte aux partisans de l’interdiction.

 

Si l’on suit cette logique, dès qu’un accident mortel se produit à la sortie d’une fête trop arrosée, il faudrait aussitôt fermer discothèques, night-clubs, boîtes de nuit. Et - pourquoi pas ? - prohiber les ventes de voiture.

 

De même, lorsque des supporteurs du PSG s’étripent et tabassent à mort l’un d’entre eux, personne n’a proposé de dissoudre le plus antipathique club de foot de l’Hexagone.

 

Et puisque l’on aborde le football, restons-y. En un siècle, 1319 spectateurs sont morts à la suite de mouvements de foule, de bagarres générales ou d’effondrements de tribunes. Le premier accident recensé s’est déroulé le 5 avril 1902 à l’Ibrox Park de Glasgow (26 morts), le plus célèbre reste l’affrontement du Heysel à Bruxelles – 39 morts – le 29 mai 1985 et le plus sanglant – 340 morts   a eu lieu le 20 octobre 1982 au stade Loujniki de Moscou à la suite d'une panique.


A-t-on interdit la pratique du football ? Non. A-t-on prohibé le sport-spectacle de masse ? Pas d’avantage.

Alors pourquoi proscrire les apéros géants ? En raison des troubles à l’ordre public ? A ce compte-là toutes les manifs doivent être bannies. Y compris les défilés militaires, un coup est si vite parti ! A cause de l’absorption d’alcool ? Alors supprimons les bistrots et décrétons la prohibition qui a fait la fortune d’Al Capone aux Etats-Unis dans les années 1930.

 

Ces réunions sauvages organisées par des réseaux sociaux sur internet traduisent le besoin des jeunes de se rencontrer et d’exister collectivement hors des cadres tracés par leurs aînés. A leur âge nous en faisions autant. Et même pire. Alors, lâchons-leur un peu les baskets ! 

12:25 | Lien permanent | Commentaires (39) | Tags : apéro géant, jeunesse, internet, réseaux sociaux, football | |  Facebook | | |