08/10/2016

Le pape, ce politicien en robe blanche

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Le pape François a souverainement pontifié sur l’un des plus fuligineux fantasmes des cathos intégristes : l’enseignement de la théorie du genre; cette satanique idée qui voudrait transformer les filles en garçons et réciproquement pour s’attaquer au mariage hétéro. Paradoxale indignation de la part d’un célibataire professionnel et d’un homme porteur de robe.

Que cet enseignement n’existe pas, peu importe. Le dernier monarque absolu de l’Occident se soucie plus de beuze que de vérité. Les écoles françaises diffusent un programme appelé ABCD de l’égalité qui a pour but de lutter contre les discriminations entre sexes. Un programme plutôt utile pour contrebalancer, dans de nombreux quartiers, les prêches machistes des imams islamistes.

Les cathos de la Manif pour Tous avaient tapé à coups de missels sur ce programme démontrant ainsi que les intégristes de toutes les institutions confessionnelles savaient s’unir sur l’essentiel : confiner la femme dans un rôle mineur. Le pape vient de les conforter en lançant une manière de croisade « contre la destruction du mariage ».

Son intervention vise plusieurs objectifs plus terrestres que célestes. A l’échelon international, tout d’abord. Après avoir donné de sacrés coups de barre à gauche, en

plaidant la cause des réfugiés, en dénonçant les frontières qui se ferment et les murs qui s’élèvent, le pape François doit maintenant virer à droite, afin de conserver cette position centrale qu’en bon jésuite il tient à conserver pour assoir son pouvoir sur l’Eglise.

 Si le Souverain Pontife ne craint pas les électeurs et peut donc prendre sans grand risque des positions d’avant-garde sur les questions de migration, il doit gérer sa Curie qui grenouille dans les bénitiers romains en coassant moult médisances plus ou moins conspiratoires. François donne donc des gages aux éléments les plus réactionnaires de son entourage.

Il vise aussi l’échelon français en apportant de l’eau polluée au moulin grinçant de la Manif pour Tous. Transformée en parti politique, ce mouvement ultracatho a mené la guerre que l’on sait contre le mariage gay. Aujourd’hui, le mouvement est en perte de vitesse. Plus personne, même à droite, ne veut remettre en question le mariage pour tous. En outre, sa figure médiatique, Virginie Tellenne alias Frigide Barjo, a fait dissidence en créant une boutique concurrente, Avenir pour Tous.

Certes, la Manif pour Tous a suscité un courant – appelé Sens Commun – au sein du parti LR (Les Républicains) qui revendique 8500 adhérents. A la manière des trotskistes dans les appareils de gauche, Sens Commun fait de l’entrisme pour s’emparer des leviers de commande au sein de LR. Il a réussi sa manœuvre en décrochant six postes-clé à la direction régionale du parti de droite en Ile-de-France.

Ce courant a choisi son candidat à la primaire de la droite, en la personne de François Fillon, jugé le plus catho-compatible des concurrents. Et puis sur les affiches, sa tronche d’ancien séminariste a de quoi émouvoir les punaises de sacristie.

Pour se redonner cette vigueur qui fut la sienne naguère, la Manif pour Tous organise un grand rassemblement dimanche 16 octobre. Le pape François ne pouvait faire moins que de l’aider à battre le rappel des fidèles en peignant sur sa muraille le diable de la théorie du genre. Ce faisant, il a pris le risque de prendre en pleine figure le boomerang des affaires pédomaniaques qui continuent d’apparaître dans plusieurs diocèses, dont celui de Lyon. Certains prêtres ont démontré qu’en matière de confusion des genres, il n’était point les derniers.

Avant de faire la leçon à la France laïque, le Saint Père ferait donc bien de balayer devant le porche de ses Eglises, ce qu’il a commencé à faire. Et bien qu’il continue en méditant ce verset de l’Epitre de Paul aux Galates :

Il n'y a plus ni Juif ni Grec, il n'y a plus ni esclave ni libre, il n'y a plus ni homme ni femme; car tous vous êtes un en Jésus-Christ.

Jean-Noël Cuénod

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07/04/2016

Une école bâloise baisse les bras devant l’intégrisme musulman

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Il y a une belle tradition à l’Ecole secondaire de Therwil, à Bâle-Campagne. En entrant dans sa classe chaque élève serre la main du prof. Ce signe de respect mutuel risque d’appartenir à un passé révolu. Fin 2015, deux écoliers de 14 et 15 ans ont refusé ce salut traditionnel à leur enseignante. Motif: leur religion musulmane interdirait aux garçons de «toucher la main d’une femme». A une autre époque, on aurait applaudi la main de l’enseignante qui aurait touché la joue de ces sales gosses d’une baffe bien sonore. Mais nous vivons des temps procéduriers. L’affaire a donc été examinée par la Commission scolaire, l’ensemble des enseignants et la direction de l’Ecole secondaire. Celle-ci a récemment donné sa bénédiction aux deux élèves en les exemptant du salut, à la condition que leur refus s’étende à tous les enseignants, y compris les hommes, «afin d’éviter la discrimination entre sexes». On ne rit pas !

Ajoutons que les parents des deux jeunes sont établis en Suisse depuis 14 ans ; leur père, d’origine syrienne, travaille dans une entreprise de transport. En outre, il officie comme imam au Centre islamique du roi Fayçal de Bâle, mosquée qui avait attiré l’attention sur elle en 2013 à la suite de prêche haineux contre les non-musulmans. Toutefois, selon l’administrateur de ce Centre interrogé par Le Temps (6 avril), leur père ne serait pas à l’origine de ce refus. Les deux collégiens auraient été intoxiqués par la propagande intégriste que diffuse sur Internet un Allemand converti à l’islam, Pierre Vogel, qui est interdit d’entrer en Suisse.

C’est peu dire que la direction de l’Ecole de Therwil a pris une décision aussi calamiteuse que dangereuse. Et le fait que les deux jeunes musulmans sont priés d’être aussi grossiers avec les enseignants qu’ils le sont avec les enseignantes relève de la plus ridicule tartufferie. Le comportement des deux jeunes est d’autant plus inexcusable qu’il ne s’agit pas de nouveaux arrivants encore peu au fait de nos us et coutumes. Ils ont toujours vécu en Suisse, non pas à l’intérieur d’un ghetto de banlieue, mais dans une jolie petite ville prospère et ouverte.

En outre, le président de la Fédération des organisations islamiques de Suisse (FOIS), Montassar BenMrad, a rappelé qu’il n’y a rien dans le Coran qui interdise à un homme de serrer la main d’une femme[1]. En accordant cette dispense, la direction de l’Ecole secondaire de Therwil n’a donc pas respecté la liberté religieuse, elle a donné son blanc-seing à une vision sectaire de l’islam qui alimente l’idéologie mortifère des djihadistes. Les premières victimes de cette lamentable décision seront les musulmans soucieux de vivre en harmonie avec leurs concitoyens. Alors qu’ils doivent contrer l’influence des intégristes qui ne cessent d’enfumer les jeunes têtes via internet, voilà qu’une école suisse donne gain de cause aux islamistes radicaux.

Contrairement à Genève, Bâle-Campagne n’est pas un canton laïque puisqu’il reconnaît trois confessions comme collectivités de droit public (les Eglises protestante, catholique-romaine et catholique-chrétienne appelée aussi Vieille-Catholique). Néanmoins, il devrait s’inspirer de certains principes de la laïcité pour assurer l’harmonie sociale entre citoyens de croyances ou non-croyances diverses. A savoir, respecter la liberté d’expression des religions, comme des associations athées, mais ne rien céder aux revendications des sectaires qui tentent d’élever des murs entre citoyens partageant une même communauté de destin.

L’intégrisme musulman n’est pas seul en cause. Le sectarisme infecte aussi d’autres religions. Et ces comportements intolérants restent particulièrement visibles en milieu scolaire comme le confirme ce conflit qui a opposé aux autorités scolaires du canton de Zurich, un père et une mère fondamentalistes chrétiens[2]. Ces parents voulaient interdire à leur fils de participer à des séances de yoga lors d’une leçon donnée dans une école enfantine, car il s’agissait, selon eux, d’une pratique relevant de la religion hindoue. Le 14 février 2012, le Tribunal fédéral a rejeté le recours du couple en précisant que ces cours n’avaient pour but que la relaxation et qu’ils ne véhiculaient aucun contenu confessionnel.

Devant le tollé que la décision de Therwil a provoqué en Suisse, il est probable que les autorités cantonales bâloises annulent en fin de compte cette «dérogation au salut manuel». Le plus tôt, en toute clarté, sera le mieux.

Jean-Noël Cuénod

 

[1] Cela dit, si l’on consulte des hadiths (consignation des paroles et actes du prophète) à ce propos, certains soulignent clairement que Mohamed refusait de serrer la main des femmes, comme l’indique ce site.

[2] Affaire évoquée dans le livre Ne retouche pas à mon dieu ! Un bilan de la laïcité, rédigé par l’auteur de ce blogue et publié en 2015 chez Slatkine. 

15:19 | Lien permanent | Commentaires (14) | Tags : islam, suisse, ecole, intégrisme | |  Facebook | | |

03/02/2015

Entre Galilée et Rome, la grande bataille du ciel

 

 book-07210650.jpgVoilà un roman qui tombe à pic – et du ciel – pour rappeler que l’intégrisme religieux traverse toutes les époques et contamine toutes les religions. Aux barbus du XXIe siècle répondent les tonsurés du XVIIe. «Splendor Veritatis», tel est son titre. Il vient d’être publié par Slatkine. Sous le pseudonyme de l’auteur – François Darracq (photo en fin d'article) – se cache un jeune historien, Genevois d’adoption. Ce faisant, il veut dissuader le lecteur de confondre cette sienne fiction avec son travail universitaire. Cela dit, les personnages qui figurent dans son ouvrage sont bien les produits de l’Histoire et les acteurs d’une époque cruciale pour l’humanité, celle où l’humain va changer radicalement sa place dans l’univers.

 

Depuis Aristote, le monde était inchangé et inchangeable. La Terre immobile se trouvait au centre de l’Univers, le soleil tournait autour d’elle et les étoiles lui servaient de guides nocturnes. Au centre du centre, l’Humain solitaire sous le regard de Dieu.

L’Eglise romaine était la gardienne de cette vérité qui, dévoilée par l’insatiable curiosité humaine, deviendra illusion, puis mensonge. Parmi les savants qui ont déniaisé le ciel en expliquant que la Terre tournait autour du soleil, Galileo Galilei ou Galilée.

 

Le roman met en scène ce prestigieux savant toscan et son adversaire acharné, le jésuite hongrois Melchior Inchofer. Le génie de Galilée balaiera tout d’abord les arguments traditionnalistes du jeune Inchofer, envoyé au casse-pipe par son supérieur Orazio Grassi. Et puis, le pape Urbain VIII fait partie des soutiens les plus fidèles de l’astronome. L’Eglise romaine serait-elle prête à changer son regard vers le ciel? Mais en humiliant l’un des leurs, Galilée a attiré sur lui la rancune des jésuites, une rancune opiniâtre, calculatrice, manipulatrice et efficace. A cette stratégie de la vengeance s’associe la force du dogme qui sert de bouée de sauvetage à une papauté malmenée par la Réforme. Pas question de changer la vision aristotélicienne du monde, au risque de donner libre cours aux hérésies!

Galilée sera donc sacrifié. Pour sauver sa peau, il a dû renier publiquement ses théories. Emprisonné, puis assigné à résidence dans sa maison villageoise sise à Arcetri, près de Florence, Galilée retrouve la protection de son ami Ferdinand II, grand-duc de Toscane ; ce représentant de la famille Médicis lui adjoint pour collaborateur, un jeune mathématicien, Vincenzo Viviani, qui se révèlera d’un précieux secours pour le vieil astronome.

 

Alors que le fier Galilée descend, son ennemi Melchior Inchofer, lui, grimpe dans la hiérarchie de son ordre, après avoir manœuvré pour obtenir la condamnation de l’astronome. Mais cette victoire lui laisse un goût de cendre. En secret, il va reprendre ses observations astronomiques.

 Pendant ce temps, les partisans de la liberté de penser s’organisent très discrètement autour de Galilée pour faire parvenir en terre protestante les écrits de l’astronome afin qu’ils soient publiés au nez et à la barbe de la papauté. Parmi ces propagateurs de la cause scientifique, le Genevois Elie Diodati tient un rôle capital.

 

Melchior Inchofer va traverser une violente crise intérieure. Lors de ses observations clandestines,  le jésuite découvre ce qu’il redoutait et espérait à la fois: la justesse des thèses de Galilée. La hargne déployée par Inchofer contre l’astronome toscan est à la mesure de l’immense admiration qu’il lui porte. Le jésuite se débat comme un diable dans un bénitier, entre la splendeur de la vérité et les contraintes du dogme. N’en disons pas plus afin de laisser le suspens ouvert.

 

Parmi les nombreuses conclusions que l’on peut tirer de ce duel, c’est le peu de confiance que les dogmatiques accordent au Dieu dont ils sont les dévots aussi zélés qu’encombrants. Leur foi est si vacillante qu’ils veulent la conforter par des certitudes immuables.

Or, c’est l’Eternel, la puissance de vie, qui a initié le mouvement de la création; aucun humain ne saurait la fixer, l’enfermer dans ses certitudes. L’immuable n’est pas de ce monde. Le scientifique qui doute est près de l’Eternel, alors que l’intégriste qui censure s’en éloigne, comme un astre mort qui va rejoindre son néant dans un trou noir.

 

Jean-Noël Cuénod

 

«Splendor Veritatis» - François Darracq - Editions Slatkine – Genève - 296 pages.

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09:32 | Lien permanent | Commentaires (15) | Tags : intégrisme, science, dogme | |  Facebook | | |

25/07/2013

A Trappes, le voile islamiste!

 Le contrôle d’identité d’une musulmane portant le voile islamiste a provoqué une émeute à Trappes, ville de la banlieue parisienne qui est le fief de l’acteur Djamel Debbouze. Il était patent que l’application de loi contre la bourka et le niquabe provoquerait des troubles de ce type, tant les tensions entre communautés s’échauffent dans les cités françaises. Fallait-il pour autant que le parlement renonçât à la voter?

 

Relevons tout d’abord que le couple qui se trouve à l’origine de cette flambée s’est converti à l’Islam; ni le mari ni l’épouse ne sont nés dans une famille musulmane. Le schéma est d’un classicisme évident, les convertis en font souvent trop dans la bigoterie afin de se sentir introduits dans leur nouveau cercle. Nombre d’islamoterroristes sont d‘ailleurs des musulmans de fraîche date. Leur connaissance de l’Islam risque fort d’être élémentaire et réduite aux clichés dont le voile intégral est la plus flamboyante et médiatique figure. Les musulmans feraient bien de se méfier de ces convertis qui rendent détestable leur religion aux yeux des autres citoyens.

 

Revenons à nos brebis intégralement voilées. Deux visions s’affrontent en Occident vis-à-vis de cette prison ambulante pour femmes. L’une, inspirée du libéralisme protestant et de la culture anglo-saxonne, l’autre, suscitée par les principes républicains et laïques qui croissent sur le terreau du monarchisme absolu centré sur le catholicisme. Pour la première, l’Etat n’a pas à légiférer sur le port d’un bout de tissu et n’a pas à dicter sa loi aux communautés religieuses; chacun est libre de s’habiller comme il l’entend. Pour la seconde, l’Etat doit préserver l’espace public (au sens large du terme) de toute invasion religieuse.

 

Ces deux visions ont leur ambiguïté et leurs limites. Le libéralisme communautaire des Anglo-Saxons n’a évité ni le 11-Septembre ni les attentats sanglants de Londres. Quant à la loi anti-bourka, son application est empreinte d’une hypocrisie qui la déconsidère. Des policiers ont donc interpellé une femme voilée dans une cité défavorisée de la banlieue parisienne. Mais promenez-vous avenue Montaigne, haut lieux des boutiques de luxe parisiennes. Vous y verrez maintes Séoudiennes et Quataries intégralement niquabées claquer chez Dior et Boucheron les pétrodollars de leurs cheikhs (bien provisionnés). Aucun policier n’aurait l’indécence de soulever leur voile et de contrôler leur identité, sous peine de se retrouver laveur de paniers à salade dans un commissariat de Forbach ou d’Issoudun. La loi s’applique aux pauvres mais pas aux riches. C’est peut-être «populiste» comme constat. Mais il est bien réel. Que vaut donc une loi dont l’exécution provoque une émeute dans une banlieue et que l’on s’ingénie à ignorer lorsque cela complaît au grand commerce?

 

Pourtant, à écouter la remarquable Elisabeth Badinter dans la vidéo que Le Plouc vous réserve ci-dessous, on en conclut que cette loi doit être conservée. Ce que la philosophe dit de la réciprocité est particulièrement convainquant: en me voilant, j’interdis la vision de mon visage mais moi, je peux contempler celui de mes interlocuteurs. Or, toute la société est fondée sur la réciprocité. Sans elle, il n’est point d’humanité possible.

 

Alors, comment appliquer cette loi avec le maximum de justice et d’efficacité? Il n’y a pas de recettes magiques. Les ambiguïtés, les malentendus persisteront. On peut espérer les limiter par une meilleure formation des policiers mais aussi par l’enseignement des religions. Non pas l’enseignement religieux prodigué par un ecclésiastique mais l’explication donnée aux enfants des multiples formes que prennent la foi et l’athéisme. Dans ce contexte, les responsables religieux de l’Islam ont un rôle essentiel à jouer. C’est à eux qu’incombe le devoir de rappeler que le port du voile intégral est une coutume ne relevant nullement des prescriptions coraniques. S’ils ne fournissent pas cet effort collectif, la bigoterie et la superstition rongeront, en premier lieu, leur propre religion.

Jean-Noël Cuénod

ESPACE VIDEO


mission parlementaire sur le voile intégral... par noop

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