23/02/2014

Ukraine : le moment magique des révolutions avant les trahisons

Dans toutes les révolutions, il y a un moment magique. Les individus qui ne formaient jusque là qu’un assemblage disparate font corps. Naissance du peuple qui devient un être autonome et fait basculer l’Histoire dans le sens qu’il veut lui donner. Impression éprouvée par chacun de ses atomes de conduire son  destin.

 

Moment magique, le 4 juillet 1776 à Philadelphie, lorsque les délégués des régions alors colonisées par la couronne britannique proclament la Déclaration d’Indépendance de  ce qui deviendra les Etats-Unis d’Amérique.

Moment magique, le 20 septembre 1792 à Valmy, lorsque 32 000 citoyens français en armes, bourgeois, sans-culottes et va-nu-pieds triomphent des armées coalisées de la noblesse européenne.

Moment magique, le 27 février 1917 à Petrograd (l’actuelle Saint-Pétersbourg) lorsque la foule en feu depuis de nombreux jours de défilés contre la faim et la guerre  fraternisent avec l’armée pour abattre le tsarisme.

 

C’est un semblable moment que les Ukrainiens ont vécu samedi, place Maïdan à Kiev, lorsque le parlement a éjecté de président corrompu Ianoukovitch et que les foules devenues peuple ont entonné l’hymne national.

 

Et puis, à ces moments magiques succède le temps des trahisons et des déceptions. Les Etats-Unis ont longtemps toléré la discrimination raciale sur leur territoire. L’unité forgée au feu de Valmy a été éteinte par les massacres de Vendée et la Terreur. Le bonheur du peuple russe libéré a été dissipé par la nuit totalitaire.

Les Ukrainiens seront-ils trahis et déçus, à leur tour ? Sans doute. Mais ce moment magique qu’ils ont vécu, ils le garderont en eux. Cet instant de grâce, personne ne pourra le leur voler.

 

L’étincelle qui s’est allumée un jour sera étouffée. Mais elle ne sera jamais éteinte et s’enflammera à nouveau. L’étincelle de Philadelphie a brillé lorsque les Etats-Unis ont barré la route à la barbarie nazie. L’étincelle de Valmy a éclairé la France lorsque tout semblait perdu en 1940. L’étincelle de Pétrograd a réchauffé les cœurs dans les Goulags.

 

«L’Ukraine n’est pas encore morte», chante l’hymne de ce pays.  Que vive, malgré tout, l’espérance.

 

Jean-Noël Cuénod

 

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11:00 | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : ukraine, indépendance, hymne, maïdan | |  Facebook | | |