17/04/2010

Le Front national nouveau est arrivé!

LePenMarine.jpg

La mort politique n’est que rarement définitive. C’est bien ce qui la sépare du trépas véritable. Nicolas Sarkozy, avec sa hâte coutumière, s’était glorifié d’avoir enterré le Front national. Or, une analyse que vient de publier l’IFOP (Institut français d’opinion publique) — sous la plume de Jérôme Fourquet et Damien Philippot — démontre que le parti de la famille Le Pen s’est installé confortablement dans le paysage politique français.

 

On sait que ce mouvement d’extrême droite a réalisé de bons scores aux dernières élections régionales de la République voisine. Ce que l’étude de l’IFOP révèle, c’est à quel point il a pris racine. Lors des régionales de 2004, le Front national avait perdu des suffrages au second tour, malgré ses excellents résultats d’ensemble.

 

En mars dernier, pour la première fois, le FN a progressé de plus de 2,5 points entre les deux tours. Le parti de Le Pen n’est donc plus cet épouvantail que l’électeur protestataire brandit au premier tour pour faire peur aux formations de gouvernement mais qu’il range au second tour en reprenant place dans le «cercle de la raison».

 

L’abstention ne profite pas aux frontistes

 

Contrairement à une idée reçue, l’IFOP relève que l’abstention ne bénéficie pas aux frontistes. Au contraire, une partie de leurs électeurs ne s’est mobilisée qu’au second tour. «Tout semble indiquer que le FN disposait parmi les abstentionnistes d’une armée de réserve», soulignent Jérôme Fourquet et Damien Philippot. Ce qui donne à l’extrême droite une appréciable marge de progression. Autre phénomène tout aussi inquiétant pour ceux qui craignent la montée de la démagogie nationaliste. Naguère encore, le plus gros de l’électorat frontiste se recrutait à l’Est de la France. Aujourd’hui, l’IFOP constate que le FN perce aussi à l’Ouest. Si l’écart entre les deux moitiés de l’Hexagone reste important, il tend à se réduire, ce qui ferait du Front national une formation d’envergure véritablement... nationale!

 

Retour au bercail

 

Pour l’IFOP, cette remontée du FN est due en grande partie au retour au bercail frontiste de l’électorat «siphonné» par Nicolas Sarkozy à l’élection présidentielle de 2007 et qui se montre fort déçu par l’action de l’actuel président. Toutefois, ce regain de forme du frontisme est aussi dû aux perspectives offertes par la fille du Chef, Marine Le Pen, qui a fait un «tabac» dans la région Nord-Pas-de-Calais.

 

Comme nous l’avions constaté lors de notre entretien avec elle à Béthune (« Tribune de Genève » et « 24 Heures » du 13 mars), la vice-présidente du FN ne reprend pas la vieille armature fascisante qui corsète la rhétorique de son père; elle se place sur le terrain du mal-être social. L’analyse de l’IFOP remarque que la campagne de Marine Le Pen «a mis l’accent sur des thématiques nouvelles pour le Front national, susceptibles d’attirer un électorat élargi ou de rassembler les déçus du sarkozysme (...) Elle travaille ainsi manifestement à faire du vote FN, un vote d’adhésion et de confiance et non plus seulement un vote protestataire».

 

C’est donc un Front national nouveau que dessine la fille de Le Pen, qui pourrait trouver sa place dans un gouvernement de droite. Elle réaliserait alors ce que l’ex-néofasciste Gianfranco Fini a réussi en Italie.

Jean-Noël Cuénod

(Ce texte a paru jeudi 15 avril 2010 en rubrique "Perspective" de la Tribune de Genève et "Réflexion" de "24 Heures")

11:57 | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : le pen, front national, extrême-droite, élections, ifop | |  Facebook | | |