26/01/2012

Anne Sinclair, la reine de l’info pour pas un rond?

Le lancement à Paris par Anne Sinclair de l’édition française du Huffington Post – en compagnie de la fondatrice américaine de ce site d’information – a remporté un succès médiatique qui n’étonnera personne, compte tenu de la notoriété de l’ancienne star de TF1. Mais, après le champagne de l’inauguration, nombre de journalistes parisiens ont la gueule de bois. La cause de ce malaise? Les contributions gratuites des blogueurs et des 200 personnalités qui écriront dans ce nouveau journal numérique. Pour les internautes, l’accès y est d’ailleurs lui aussi gratuit, les recettes étant générées par la publicité.

 


Alors, Anne Sinclair, reine française de l’info pour pas un rond? Directrice éditoriale, elle ne reçoit pas de salaire. «Je suis intéressée aux résultats, s’il y en a», précise-t-elle. Cette gratuité agace d’autant plus que Huffington Post – «HuffPo» pour les intimes – brasse des millions aux Etats-Unis. Créé en 2005 par Arianna Huffington, qui y avait investi un million de dollars, «HuffPo» a été vendu 315 millions de dollars à AOL – groupe américain de services sur internet – en février 2011. Toutefois, Arianna Huffington est restée à la tête de ce site qui s’est étendu au Canada, à la Grande-Bretagne, à la France et gagnera l’Italie et l’Espagne.

 

 Quel que soit le pays, le concept est le même: un minimum d’investissement dans le secteur rédactionnel pour un maximum d’exploitation de ce qu’internet peut offrir en contenus gratuits: réseaux sociaux, liens avec des articles provenant d’autres sites ou journaux, blogs et tribunes libres. Ainsi, l’édition américaine accueille… 9000 blogueurs, dont maintes célébrités et moult experts. Arianna Huffington indique que 95% de ces contributeurs ne reçoivent aucune rétribution. Quant aux 5% restants, le mystère demeure. Chaque mois, «HuffPo» accueille 28 millions de visiteurs uniques, un trésor pour la publicité.

 


Aux Etats-Unis, la méthode Huffington a été stigmatisée, notamment, par Bill Keller, l’ancien rédacteur en chef du New York Times, qui accuse «HuffPo» «de prendre des mots écrits par d’autres, de les emballer sur son site et d’en tirer un profit qui, normalement, aurait dû revenir à ceux qui ont généré le matériel rédactionnel». Pourtant, force est de reconnaître qu’Arianna Huffington a eu l’intelligence de comprendre plus vite que d’autres le fonctionnement de l’internet et qu’elle n’a pas inventé la cybergratuité. La plupart des sites pompent ici ou là du contenu sans bourse délier.


 Cela dit, ce phénomène est train d’évoluer. Comme l’indique une remarquable enquête de Dan Israel pour le site @rrêt sur image, (lien de l'enquête) un nombre croissant de blogueurs et de contributeurs reçoivent désormais une rémunération. Avec l’effervescence des premières années, les blogueurs se souciaient peu d’être payés, éblouis qu’ils étaient par ce nouvel outil. Aujourd’hui, ils commencent à tendre la sébile. Le miracle de la cybergratuité n’est pas éternel.

 

Jean-Noël Cuénod

Et voici la vidéo de la conférence d'Anne Sinclair et Arianna Huffington

 

09:58 | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : anne sinclair, huffington, video | |  Facebook | | |