23/03/2018

Macron est-il soluble dans le mouvement social ?

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Hasard du calendrier, la première confrontation entre les syndicats et le président Emmanuel Macron s’est déroulée, jour pour jour, 50 ans après la création du Mouvement du 22 Mars lancé en 1968 par Daniel Cohn-Bendit à Nanterre et qui allait bouter le feu à la France deux mois plus tard. Mais la comparaison s’arrête là; entre la France d’alors et celle d’aujourd’hui, il n’y a guère de points communs.

L’actuel mouvement aurait plutôt comme modèle les grandes grèves de décembre 1995 qui avaient contraint le gouvernement Juppé à retirer ses réformes concernant les retraites, les statuts de la fonction publique et la remise en cause des régimes spéciaux dont, déjà, celui des cheminots. Autant de motifs de protestation qui ressemblent un peu à ceux d’aujourd’hui, à savoir l’arrêt des réformes que veut faire adopter le président Macron à marche forcée.

Toutefois, même avec les grèves de 1995, la comparaison atteint très vite ses limites. A l’époque, le mouvement était soutenu par la majorité de l’opinion publique française qui avait, en quelque sorte, délégué aux cheminots l’expression de la protestation générale. Or aujourd’hui, 58% des Français jugent injustifiable la grève du rail, selon Opinion Way. Certes, rien n’est plus volatil qu’un sondage. Toutefois, Emmanuel Macron a fort habilement agité le chiffon rouge de la fin du statut spécial des cheminots, pour mieux le désamorcer en conservant ce statut pour les actuels salariés, tout en faisant oublier l’essentiel, à savoir la transformation de la SNCF en société anonyme. Pour l’instant, la future SA restera en mains de l’Etat. Mais ce nouveau statut juridique rend possible la privatisation du rail dont on sait les effets néfastes qu’elle a eu en Grande-Bretagne.

Le rêve de Macron

Mais l’offensive Macron ne s’attaque pas seulement au transport ferroviaire, loin de là.

Le but de l’Elysée est clairement fixé:  insérer la France dans le capitalisme financier globalisé qui domine la planète. Après avoir réformé par ordonnance le Code du Travail, l’automne dernier, sans que les syndicats soient parvenus à l’en empêcher, Emmanuel Macron passe donc à la vitesse supérieure en demeurant fidèle à sa tactique : on écoute les uns et les autres, on leur concède quelques modifications à la marge, on ne cède rien sur l’essentiel et on lance la réforme par ordonnance afin d’accélérer le processus législatif.

Aujourd’hui, les réformes de Macron vont plus loin que celle du Code du Travail. Outre le rail, la fonction publique en général est visée: rénovation du statut de fonctionnaire, recours accrus aux employés sur contrat et rémunération au mérite.

 Macron joue maintenant son avenir. S’il parvient à passer le cap de l’opposition syndicale, un boulevard s’ouvrira devant lui et il pourra se vanter d’avoir réussi à imposer des réformes de fond alors que pendant des décennies ses prédécesseurs s’en sont montrés incapables. Il aura transformé la France selon ses vœux et conformément à ses promesses de campagne. En revanche, si la mobilisation sociale prend de l’ampleur, cet élan sera brisé et le quinquennat risque alors de sombrer, comme les précédents, dans l’impotence.

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Que Macron gagne ou perde, ce ne sera pas la joie…

Dans les deux cas, le résultat risque d’avoir un goût amer pour la plupart des Français. Si Macron gagne, ce pays sera livré – avec des capacités d’autodéfense fortement amoindries – au capitalisme financier globalisé avec son cortège de gestion inhumaine des ressources humaines, sa course au profit, la lutte de tous contre tous et l’individualisme aliénant.

Si Macron perd, tout son système s’effondre et il n’y a aucune force à gauche ou au centre crédible pour reprendre la main. Face au désordre généralisé qui risque de s’instaurer, la droite la plus réactionnaire, la plus nationaliste, la plus xénophobe pourrait alors s’imposer en instaurant un régime autoritaire qui, soit finirait par se plier aux exigences du capitalisme financier globalisé tout en maintenant la rigidité des mœurs et le racisme anti-immigré, soit imposerait des solutions de replis nationaliste et protectionniste qui rendrait la situation encore plus insupportable socialement et économiquement.

Dès lors, l’émergence d’une nouvelle force démocratique, qui n’est pas encore apparue, ne relève plus de l’espoir mais de l’urgence.

Jean-Noël Cuénod

16:26 Publié dans social | Lien permanent | Commentaires (14) | Tags : macron, grèves, manif, syndicats, sncf | |  Facebook | | |

23/01/2014

Coup de boule contre un cheminot et 150 000 Parisiens mis à pied - VERSION ACTUALISEE

 

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Photo : une pub de la RATP contre les incivilités dont l’efficacité reste à démontrer.

Scène ordinaire de la vie parisienne mardi vers 21 h. 30. Un train de banlieue est encore à l’arrêt, gare Saint-Lazare ; le départ est imminent. Le conducteur s’apprête prendre place dans sa cabine lorsqu’il remarque un voyageur qui tire sans vergogne sur sa clope. Il rappelle au tabagique l’interdiction de fumer dans une voiture. Refus de l’accro du mégot. Le cheminot réitère. Fumer rend sourd, apparemment. Comme certaine pratique solitaire. Le conducteur insiste. Le fumeur se lève et lui balance un coup de boule à la tête. Le cheminot y laisse toutes ses dents de devant et doit être transporté pour recevoir des soins. Le furieux est interpellé par la police peu après.

 

Le lendemain matin, les collègues du conducteur blessé arrêtent le travail pour protester contre cette agression en particulier mais aussi contre toutes les incivilités que ces travailleurs subissent chaque jour.

Les 150 000 banlieusards qui utilisent les lignes qui mènent à la gare Saint-Lazare sont ainsi privés de déplacements et doivent se débrouiller comme ils le peuvent pour rejoindre leur lieu de travail à Paris. Pour certains, un retard au boulot peut signifier la fin d’un CDD, contrat de travail à durée déterminée. Une catastrophe, en ces temps où la courbe du chômage résiste aux ordres d’infléchissement que lui intime le président Hollande.

 

Pourquoi punir tous les usagers pour une agression commise par un individu ?

 

Eh bien, la décision des grévistes n’est pas si injuste que cela !

 

Le Plouc a eu l’occasion de constater à quel point les utilisateurs des transports publics parisiens manquent de solidarité à l’égard des conducteurs et acceptent passivement les multiples incivilités dans le métro ou les RER. Lorsque Le Plouc réagit pour faire cesser le trouble provoqué par des d’jeunes et des moins d’jeunes (et même des d’vieux !), chaque fois, c’est le même constat. Les autres voyageurs regardent ailleurs ou alors plongent dans la contemplation intense de leurs godasses, voire continuent à dodeliner du chef en écoutant leur daube grâce à leur casque d’extraterrestres demeurés. Ils laissent Le Plouc se démerder avec le ou les perturbateurs, comme autant de Ponce Pilate aux mains douteuses.

 

Certes, ils ont peur de recevoir un mauvais coup, à l’exemple du malheureux cheminot de la gare Saint-Lazare… Ce n’est pas une réponse valable, car si tous les passagers d’une voiture se rebiffaient contre les malfaisants, ceux-ci fileraient doux aussitôt.

 

«Mais on n’a pas à faire le boulot des keufs ! » C’est l’argument-matraque du passager lambda. Réponse : les flics ont d’autres chats de gouttière à fouetter. Etre citoyens, ce n’est pas seulement utiliser les biens publics, c’est aussi veiller sur eux. Cette disposition d’esprit est très loin d’être partagée par les Parisiens. C’est dommage. S’ils se prenaient plus en main, ils pleurnicheraient moins sur la dégradation de leur cadre de vie.

 

C’est peut-être le message que les cheminots grévistes de la gare Saint-Lazare ont voulu faire passer.

 

DERNIERE MINUTE: le Tribunal de Paris a jugé l'agresseur du cheminot en comparution immédiate. Il a été condamné, jeudi soir, à six mois de prison ferme et trois mois supplémentaires avec sursis. 

Jean-Noël  Cuénod 

 


11:52 | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : incivilités, métro, rer, ratp, grèves, c | |  Facebook | | |