02/06/2010

Qui veut la paix au Proche-Orient?

L’assaut sanglant par l’armée israélienne du navire turc Mavi Marmara s’est donc transformé en piège pour le gouvernement Netanyahou, sans doute le ministère le plus calamiteux depuis la création de l’Etat hébreu. Il paraît évident que cette flottille menée par IHH, une association humanitaire à vocation islamiste radicale, visait moins de nourrir la population de Gaza que de pousser Israël à la faute. Sur ce plan, l’opération est réussie. Sautant sur l'occasion offerte, voire programmée, la Turquie bascule dans le camp des adversaires de Tel-Aviv qui se trouve encore plus isolé qu’auparavant. La presse israélienne se montre d’ailleurs d’une extrême sévérité lorsqu’elle détaille les multiples erreurs des décideurs militaires et la cécité des décideurs politiques.

 


Notons en passant, l’incomparable liberté de presse et d’expression qui règne en Israël et que l’on serait bien en peine de trouver dans d’autres pays de la région.

 


L’affaire du Mavi Marmara n’est qu’un épisode noir de plus dans cette guerre de soixante ans. Force est de reconnaître que toutes les stratégies ont échoué pour faire régner la paix. Alors, qui veut qu’elle s’installe au Proche-Orient ? Les peuples israélien et palestinien la souhaitent-ils ? La souhaitent-ils vraiment?


 En Israël, le corps électoral a réservé un triomphe au nationaliste arabophobe Avigdor Liberman et à son parti, à côté desquels Blocher et son UDC font figure de modérés. A Gaza, les urnes ont plébiscité le Hamas et sa charte directement inspirée par le fascisme et le nazisme (lire cette traduction assurée par Jean-François Legrain, chercheur au CNRS - Centre national de la recherche scientifique).
Certes, tant en Israël que dans la Bande de Gaza, ce succès des extrémistes s’explique par des « facteurs internes ». Mais justement, cette tendance démontre que la paix n’est pas ou plus la préoccupation première au sein de la majorité des peuples concernés. Ils se sont installés dans la guerre.

 


 Les dictatures proche-orientales sont heureuses d’avoir Israël pour manipuler leurs peuples. Les Etats-Unis se satisfont de cet abcès de fixation qui, pour l’instant, ne trouble pas les échanges économiques. La Chine n’a qu’une obsession, trouver du pétrole. Les autres pays émergents se contentent… d’émerger et l’Europe ne pèse pas plus que la Suisse.

 


Dans un remarquable et courageux ouvrage, l’ancien ambassadeur d’Israël en France Eli Barnavi -Aujourd'hui, ou peut-être jamais. Pour une paix américaine au Proche-Orient (André Versaille Editeur) souhaite que le président Obama impose cette paix introuvable. Mais en Terre Sainte, le Messie tarde à venir.

Jean-Noël Cuénod

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31/05/2010

L’assaut israélien au large de Gaza: on ne sait rien mais on condamne

 

Elles ne sont pas encore connues, les circonstances qui ont présidé à l’assaut par l’armée israélienne de la flottille humanitaire au large de Gaza. Mais cela n’empêche ni les médias, ni les dirigeants politiques de prendre position, de dire le droit, de distinguer entre les tenants du Bien et du Mal, de condamner les uns et d’absoudre les autres.

 


 Voilà qui est bien dans l’air du temps. Michel Onfray pond-il un bouquin sur Freud, qu’il est descendu en flamme avant de sortir des presses. Le cinéaste Rachid Bouchareb réalise-t-il un film sur le massacre de Sétif, que des nationalistes énervés défilent contre cette œuvre qu’ils n’ont pas pu voir.

 


Attendre que les événements se décantent, se renseigner sur ce qui s’est vraiment passé, prendre du recul, cela relève désormais de la haute trahison. Vous êtes sommé de choisir votre camp, alors que la fumée des événements empêche de voir où vous mettez les pieds. La réflexion n’est plus une vertu, elle s’est muée en vice dans la société médiamercantile.

 


Le temps est aboli, remplacé par une sorte de présent compulsif qui change d’indignation à chaque soubresaut et de disque à chaque hoquet.
Aujourd’hui, Israël est condamné. Peut-être à raison. Peut-être à tort. Personne n’en sait rien. Et demain qu’apprendra-t-on ? On s’en fout. Ne gâchons pas par l’effort de comprendre, le plaisir de vilipender.

Jean-Noël Cuénod               

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