19/05/2014

Malgré l’hystérie antifrontalière, construire le Grand Genève

 

 

Ainsi, une courte majorité de Genevois a rejeté le projet de financement des parkings en France très voisine. Certes, le premier mouvement serait de rire ou pleurer après ce vote émis par des citoyens qui, chaque jour, vitupèrent les bouchons causés par les frontaliers. Eh bien, ils auront désormais encore plus d’embarras routiers ! Ont-ils voulu sauvegarder leur principal sujet de grogne ? Il faut dire que râler est un plaisir amer et délectable comme une amande. Comme tout le monde, même les plus grands génies, il arrive au peuple de commettre des, restons polis, de monumentales stupidités. Il ne sert à rien de s’en lamenter. Le peuple a toujours raison. Et c’est bien ainsi.

 

Toutefois, cette votation présentée par d’aucuns comme la mort du Grand Genève, est susceptible de lui prodiguer une vigueur nouvelle. Car la démocratie directe peut tout, sauf effacer les réalités géographiques. Qu’on s’en afflige ou qu’on s’en loue, Genève continuera à se développer, conformément à son statut international qui est le sien depuis la Réforme. Pour ce faire, il lui faudra des espaces, des accès et de la main d’œuvre que les seules terres vaudoises seraient bien en peine de lui apporter. Or, ces espaces, ces accès, cette main d’œuvre, c’est  son arrière-pays savoyard et gessien qui les lui a toujours fournis et lui fournira encore. A moins de jumeler notre Piogre avec Proxima du Centaure et créer de vastes liaisons intergalactiques (ce qui, d’ailleurs, n’exclurait pas d’éventuels référendums).

 

Il faut donc prendre acte de ce rejet et d’en tirer les leçons. Le Conseil d’Etat a présenté le Grand Genève comme une superstructure technocratique sans âme, sans saveur. Or, le peuple rejette toutes les technostructures. Ce Grand Genève il faut désormais le faire vivre ailleurs que dans les plans conçus par les hauts fonctionnaires. Cela passe par la culture, les échanges, les émotions partagées de part et d’autres d’une frontière mouvante. Pourquoi ne pas soutenir l’aventure du Servette Rugby Club qui s’apprête à participer au championnat de France , entre autres exemples ?

Le Grand Genève, pour qu’il vive, il faut le faire vibrer. A quand un forum de la frontière ? A quand les états-généraux du Genevois ? D’un rejet peut naître un projet.

 

Jean-Noël Cuénod

12:43 | Lien permanent | Commentaires (35) | Tags : frontières, frontaliers, mobilité, transport | |  Facebook | | |