26/05/2016

France bloquée et Marine Le Pen en embuscade

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La loi Travail fait souffler un vent de folie suicidaire sur la gauche, la droite libérale et la CGT. Qui va tirer, de ce jeu pervers, son épingle enduite de curare ?

Raffineries bloquées. Grèves dans les transports. Journaux empêchés d’être diffusés. Pays en panne. Menaces sur une reprise économique flageolante… La CGT ne dispose plus de la puissance de feu qui fut la sienne jadis, mais elle fait jouer à fond ce qui lui reste de pouvoir de nuisance contre la loi Travail.

Si l’on s’en tient strictement au texte de ce projet, la stratégie extrémiste de la centrale syndicale est incompréhensible. Après tout, le texte proposé comporte des avancées substantielles en faveur des salariés : compte personnel d’activité qui leur permet de conserver leurs droits même s’ils changent d’emploi ou de région, retraite anticipée en cas de travail pénible, meilleure protection des femmes, notamment en matière de congé-maternité et renforcement des contrôles contre le travail illégal.

La CGT (de même que FO et d’autres centrales de moindre importance) focalise ses critiques sur un point principal appelé en technolangue, « inversion de la hiérarchie des normes ». Cela signifie, en gros, que dans le domaine de l’organisation et de la durée du travail, un accord passé entre direction et salariés au sein d’une entreprise peut être « moins disant » qu’un accord conclu au niveau supérieur, soit celui des branches d’activité (la France en compte 942). Pour la CGT, la pression du patron est plus forte au sein d’une entreprise que dans le contexte plus général de la branche professionnelle, d’où risque de tirer les conditions de travail vers le bas.

Réplique de la CFDT, l’autre grande centrale syndicale, qui défend la nouvelle mouture de la Loi Travail:

La nouvelle architecture du Code du travail prévue par la deuxième version du projet de loi, suite à notre intervention, ne consiste pas en une « inversion » de la hiérarchie des normes. Elle donne la possibilité à la négociation d’entreprise et de branche d’adapter le droit aux situations concrètes, sans pouvoir déroger aux droits fondamentaux des salariés et sous certaines conditions strictes : les accords (accords temps de travail tout de suite, tous les accords en 2019) devront être majoritaires à 50 %. S’il n’y a pas d’accord, c’est le droit existant qui s’applique. Personne n’est donc obligé de négocier si le rapport de force ne lui parait pas favorable dans l’entreprise.

La bureaucratie syndicale aux abois

A l’évidence, ce n’est pas la teneur même du texte qui devrait susciter une réaction aussi disproportionnée. L’action de la CGT doit donc obéir à d’autres facteurs qui ressortissent surtout à sa perte d’influence et aux crises internes que la centrale est incapable de gérer depuis plusieurs années.

Son principal concurrent, la CFDT, est en passe de la dépasser en influence. Or, c’est ce numéro 2 qui est parvenu à modifier le texte initial dans un sens plus favorable aux travailleurs. Et cela, la CGT ne le supporte pas. Déjà, la CFDT est mieux représentée dans le secteur privé. Si elle progresse encore dans d’autres secteurs, c’est la survie même de la CGT est en jeu. Ou plutôt la survie de ses permanents. Dès lors, la CGT représente avant tout les intérêts de sa bureaucratie, sous couleurs de défense des salariés. Quant à l’intérêt général, on s’en moque comme de sa première calculette.

Le gouvernement, grand chorégraphe du faux pas

Il faut dire que dans cette affaire, le gouvernement socialiste a élevé le faux pas au rang de grande figure chorégraphique. Ce type de projet de loi techniquement complexe et socialement hypersensible aurait dû être lancé au début du quinquennat et non pas un an avant son terme, le temps d’organiser ce dialogue social dont François Hollande récite les louanges façon mantra mais dont il est un bien piètre pratiquant.

Au lieu de cela, nous avons eu droit à des séquences désordonnées entre versions très libérales, moins libérales, de nouveau libérales, puis moins libérales, avec les déclarations d’un ministre aussitôt contredites par un sien collègue, suivies dans la foulée d’un rétropédalage-recadrage du premier ministre Valls,  pour parvenir enfin, grâce à l’apport de la CFDT, à une version plus équilibrée entre les intérêts des entrepreneurs et ceux des salariés.

 Il s’en est suivi une impression de confusion, d’incohérence et d’incompétence suscitée par le gouvernement, ce qui a eu pour effet direct d’affoler les citoyens qui rejettent ce projet de loi sans l’avoir lu. En matière de communication, il est difficile de faire plus nul.

La réponse de la droite ? L’ultralibéralisme !

Mais que dire de la droite libérale ? Elle crie à la démission du gouvernement, alors que ce qu’elle craint le plus c’est de revenir maintenant au pouvoir, plus sûr moyen de perdre l’élection présidentielle de 2017. Là aussi, peu importe l’intérêt général. Jetons encore un peu d’huile sur le feu, ça risque de nous servir.

Quelle est la réponse de cette droite à l’inquiétude populaire soulevée par la Loi Travail ? La multiplication des programmes plus ultralibéraux les uns que les autres. Les propositions des candidats du parti LR à la primaire – François Fillon, Alain Juppé, Bruno Lemaire, mais aussi Nicolas Sarkozy, candidat sans l’être tout en l’étant – transformeraient Margaret Thatcher en harpie collectiviste et Ronald Reagan en porte-parole de Bernie Sanders. Ils ont vraiment tous compris, les candidats de la droite de gouvernement ! Si un texte modéré comme la loi Travail met la France à feu et à sang, on imagine l’état de ce pays lorsque leurs propositions seront à l’ordre du jour.

Pendant ce temps, Marine Le Pen…

Pendant que la CGT joue les pompiers pyromanes, que la gauche et le gouvernement ne savent plus où ils habitent et que la droite classique fait assaut d’ultralibéralisme, Marine Le Pen se frotte les mains. Tout ce beau monde est en train de d’aménager pour le Front national un boulevard bien asphalté.

Pour l’instant, les sondages d’opinion mettent les risques de pénurie, les menaces qui pèsent sur l’Eurofoot, les grèves, les cortèges sur le dos du gouvernement et épargnent la CGT. Mais rien n’est plus volatil qu’une opinion. Si les conflits persistent et que l’approvisionnement en carburant se tarit, la colère publique risque de se retourner contre la centrale syndicale. La France est sur le fil du rasoir. Il suffirait d’un drame, d’une mort pour que la violence sociale s’embrase.

La tactique de Marine Le Pen consiste donc à apparaître comme un rempart contre le désordre gauchiste, l’impéritie gouvernementale et la surenchère ultralibérale. Les commentateurs pourront toujours dénoncer le charlatanisme des propositions économiques du FN – étatistes au nord de la France, libérales au sud, en fonction de son électorat –, sa xénophobie inaltérable et l’amateurisme de ses cadres, ils n’auront aucune oreille pour les écouter, tant la colère contre les partis de gouvernement est intense.

Une idée risque de surnager de ce magma : « On a vu les autres, essayons le FN ». Cela n’empêche nullement la CGT, la gauche et la droite libérale de foncer vers les précipices en sonnant le clairon.

Jean-Noël Cuénod

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29/05/2014

Les amanites blondes et le grand vertige (Les Jeudis du Plouc)

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Tout s’écroule. Devant nos pas, un grand vide s’ouvre. Un grand vide sans fond. Fascinés, nous chutons. Affolés, nous nous tentons de nous accrocher aux branches. Des branches situées à main droite (extrême). Certains pays, comme l’Allemagne, semblent épargnés, en raison de leur bonne santé économique. Mais pour combien de temps ? D’ailleurs, la prospérité du Danemark et de la Suisse n’empêche nullement leurs partis nationalistes de s’imposer.  Car la cause du mal n’est pas qu’économique. Il n’y a que François Hollande pour croire qu’en faisant baisser le chômage ­–  la France en est bien loin ­– on éradiquera ipso facto le nationalisme. Ou plutôt les nationalismes, tant ils paraissent divers dans leurs origines et leurs programmes.

 

Les partis nationalistes n’ont pas surgi dans la forêt comme champignons après l’ondée. C’est toute la forêt qui s’est effondrée, laissant apparaître les amanites blondes, genre Marine Le Pen et Geert Wilders. Cette forêt était constituée par les partis qui privilégiaient la raison plutôt que l’émotion.

 

Ces partis de la raison étaient constitués de deux grandes familles : le libéralisme et la social-démocratie. C’est de leur camp respectif que l’un et l’autre ont subi les premiers coups, ceux qui leur ont causé des dégâts irréversibles.

 

L’infernal couple anglo-saxon Reagan-Thatcher a détruit, au nom du libéralisme, ce qui constituait un élément fondamental dudit libéralisme, à savoir la régulation. Le libéralisme avait pour principe de ménager le plus possible d’espace à la liberté d’entreprendre et prônait la libre concurrence. Mais, conscients qu’un laisser-faire absolu allait créer des désordres sociaux considérables, les libéraux de jadis ont encadré cette liberté par la loi et l’Etat de droit. Pour reprendre une vieille image, le renard disposait certes d’une grande liberté dans le poulailler, mais il lui était interdit de tuer toutes les poules. L’ultralibéralisme à la Reagan-Thatcher a fait voler en éclat ce vieux libéralisme permettant au renard de se lancer dans tous les carnages qu’exige son appétit sans frein.

 

Le libéralisme s’efforçait – sans forcément y parvenir – à ce que le meilleur l’emporte en fixant les règles du jeu. Avec l’ultralibéralisme, ce n’est pas le meilleur qui triomphe, mais le plus pervers, celui dont la course folle n’est entravée par aucun scrupule, aucune limite. L’industrie du porc breton paie-t-elle ses ouvriers au salaire minimal ? L’industrie porcine allemande réplique en rémunérant ses ouvriers roumains au lance-pierre pour vendre sa cochonnerie à vil prix. Les tisserands pakistanais des multinationales chinoises et occidentales demandent-ils quelques grains de riz supplémentaires dans leur bol? Leurs collègues bangladais sont prêts à prendre la relève. Le phénomène a été mille fois rabâché. Après la crise des «subprimes» – un sommet dans l’immondice ultralibérale – les partis libéraux ont promis que, cette fois-ci, on allait dresser le renard capitaliste. Qu’a-t-on vu ? Rien.  Ces formations «raisonnables» se sont montrées incapables de faire entendre raison à ce renard enragé.

Et l’on voudrait que le peuple vote pour eux?

 

Côté social-démocrate, ce n’est pas plus brillant, au contraire. Après la chute du Mur de Berlin, les partis socialistes démocratiques ont été privés de leur épouvantail favori : l’Empire rouge. Ils ne pouvaient plus l’agiter au nez des dirigeants économiques et des partis libéraux en leur disant : «Laissez aux travailleurs une part de votre gâteau, sinon ils se tourneront vers le Kremlin qui vous bouffera tout cru.» Au lieu de faire leur aggiornamento idéologique pour s’adapter à la nouvelle donne, les sociaux-démocrates ont continué comme si de rien n’était. La classe ouvrière, qui formait leur base, a été éclatée dans les miroirs brisés de l’individualisme induit par le capitalisme nouveau et ses stupéfiants technologiques. Or, sans conscience de classe, il n’y a pas de classe du tout, disait un certain Marx. Au lieu de parer au danger pour reconstituer cette conscience – ce qui est le boulot d’un parti de gauche ­– nombre de formations socialistes ont préféré s’investir dans les sujets de société, plus à la mode communicante. Certaines d’entre elles ont même abandonné leur camp en suivant docilement les traces du renard ultralibéral.

Et l’on voudrait que les travailleurs leur en soient reconnaissants?

 

A cela s’ajoute la sensation d’être emporté par le magma mou de la sous-culture américaine. Dans la pub, dans les conversations, partout, ce sabir américanolâtre s’insinue pour formater ce qui reste de nos neurones aux produits technologiques qu’il est chargé de promouvoir. Cet aspect est loin d’être secondaire, car il fait partie de la sensation d’être dépossédé.

 

 Pour que l’angoisse ainsi créée perde de sa virulence, nous cherchons à lui trouver un point ce fixation. Ayant mille visages, l’ultralibéralisme n’en a aucun. C’est donc l’autre le plus proche qui transformera l’angoisse en colère, à savoir l’immigré, le Rom, le frontalier, le bronzé, celui qu’on ne peut plus sentir. Le racisme devient ainsi un moyen d’expression qui trouve sa traduction politique dans les partis nationalistes qui ont la raison pour ennemie.

 

Or, si le nationalisme permet d’assouvir les passions, de tout temps il n’a créé que guerres et désolations. Ce qui fut vrai en 1914 et en 1939, entre autres, se vérifiera demain, sous d’autres formes.

 

Le libéralisme et la social-démocratie sont morts. Le temple de la raison politique et humaniste est à reconstruire sur leurs ruines. Le défi est à la mesure du grand vertige qui saisit le monde. Mais voilà, nous reste-t-il encore assez de temps? Commençons tout de suite par dresser l’acte de décès des partis de la raison, afin de ne pas se contenter de rafistoler un vieux moteur qui ne tiendra plus la route, et par dénoncer les impostures des partis nationalistes.

 

Jean-Noël Cuénod

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23/03/2014

Elections municipales françaises : triomphe du désarroi national

 

 La bataille pour la mairie était la compétition électorale préférée des Français, mise à part la présidentielle. L’imparfait s’impose désormais. Avec près de 40% d’abstention, le premier tour des municipales illustre le désamour des citoyens d’outre-Jura vis-à-vis de la politique.

 

 Les raisons sont multiples : impuissance des gouvernants à proposer une issue au déclin économique ; multiplication des affaires politico-judiciaires qui polluent autant la gauche que la droite de gouvernement ; coupure totale entre la sphère politique et la vie quotidienne ; incapacité de désigner une stratégie pour civiliser une mondialisation de plus en plus sauvage. A ce constat – qui pourrait s’appliquer à d’autres pays – s’ajoute une spécificité bien française : le millefeuille administratif.

 

Naguère encore, le maire était le symbole du pouvoir local ; chacun pouvait remarquer ses réalisations ou déplorer son inertie. Aujourd’hui, les communes sont devenues trop petites dans un monde trop grand et qui tourne trop vite. Mais pour satisfaire l’ego des roitelets de bourgades, l’Etat a préféré conserver les communes dans leur taille originelle.

Toutefois, comme il faut bien résoudre des problèmes qu’elle n'est plus en mesure de gérer, les gouvernements successifs ont ajouté d’autres structures au-dessus de l’entité municipale : syndicats intercommunaux, communautés de communes, communautés de pays, intercommunalités, entre autres «supramachins». Dès lors, petit à petit, même la commune a perdu sa visibilité. Le monde politique a disparu aux yeux des Français dans un épais brouillard, le laissant au bord de l’autoroute mondial où les poids lourds de l’économie globalisée menacent de l’écraser à chaque instant. Ce dimanche a rendu tangible le désarroi national.

 

Dans ce brouillard, perce une voix rendue éraillée par les cigarettes : celle de Marine Le Pen qui dit des choses simples : préférence nationale, retour dans le chaud giron de la France maternelle, loin des croquemitaines bronzés de la mondialisation. Peu importe que son programme soit irréalisable. Ce ne sont pas les paroles de la chanson frontiste que les Français apprécient mais sa musique. Il faut dire que celle des partis de gouvernement sonne tellement faux…

Quels que soient les résultats du second tour, le Front national sort d’ores et déjà vainqueur de ces élections municipales. Ne serait-ce que par la victoire, dès le premier tour, du frontiste Steeve Briois à Hénin-Beaumont.

Marine Le Pen semble avoir pris la mesure de la gestion catastrophique qui fut celle des maires frontistes dans les années 90 et dont les échecs ont tenu un rôle essentiel dans le déclin provisoire du FN.

Toutefois, la gestion au quotidien forcera les élus frontistes aux compromis. Ce qu’ils gagneront en respectabilité, ils le perdront en charisme. Le temps est venu, pour le Front national, de décevoir.

 

 

Jean-Noël Cuénod

 

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27/06/2013

L’Europe et le désespoir des peuples

 

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La France et bien d’autres pays d’Europe ne parviennent pas à se débarrasser de ce désespoir qui vous colle à la peau comme une suie grasse. Chaque semaine apporte son lot «de hargne, de rogne et de grogne» comme le disait jadis le général de Gaulle qui fait aujourd’hui figure d’ancêtre de plus en plus éloigné. Triomphale défaite du Front national à Villeneuve-sur-Lot, tensions entre Paris et Bruxelles et désarroi à tous les étages.

 

Ce désespoir en passe d’être chronique pose la question du pouvoir politique. Tant que les peuples ne sauront pas le situer, ils sombreront dans l’abstention ou le vote en faveur des formations du nationalisme démagogique. Les citoyens se rendent compte, avec angoisse, que leur bulletin électoral ne désigne que des faiseurs de vent et des diseurs de bonjour. A quoi servent les institutions les plus démocratiques qui soient, si elles ne créent que de l’impuissance savamment déguisée par les communicants?

 

La Suisse est en train d’en faire l’expérience. Sa démocratie directe ne lui a pas servi de bouclier contre les grandes puissances qui, désormais, dictent leur loi à la Confédération. A l’exemple des Etats-Unis qui, au moment voulu par eux, ont pulvérisé le secret bancaire helvétique. Toutes les rodomontades blochériennes n’y ont rien fait, alors même que l’UDC est aux affaires.

 

Les décisions politiques d’envergure ne peuvent plus se prendre à l’intérieur du cadre national. Chacun désormais le sait. Mais, lancinante, la question revient nous tarauder: où est-il donc ce sacré pouvoir? Dans nos contrées, seule l’Europe dispose de la bonne taille pour affronter l’économie globalisée. Or, cette idée est de plus en plus impopulaire. Elle ne fait plus rêver et s’est muée en cauchemar.

Même en Allemagne, cheffe de file de l’Union, l’europhobie a trouvé son expression politique avec la création, en avril dernier de l’AfD (Alternative für Deutschland) qui a gagné 7 500 membres en quelques semaines.

 

Si l’Europe possède la taille idoine, elle n’est pas devenue crédible pour autant, en raison de la faiblesse de ses institutions, à la fois sur les plans structurel et démocratique. En fin de compte, elle reste dans les mains des gouvernements des Etats membres qui, au lieu de renoncer à leurs prérogatives - décoratives certes, mais sans substance - ont gardé leur vieux logiciel national.

 

Or, l’addition des impuissances ne crée pas la puissance. Seul le fédéralisme pourrait faire de l’Europe, le lieu du pouvoir réel. Mais ce grand saut, les peuples ne semblent pas prêts à l’accomplir. Ils pestent contre leurs gouvernants incapables de les sortir du marasme, vitupèrent l’opacité des institutions de l’Union, chargent Bruxelles de tous les maux; mais devant une Europe à reconstruire, ils éprouvent encore les affres du vertige.

 

Jean-Noël Cuénod

 

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 "Europe ou chaos ? Reconstruire l'Europe ou mourir", ce manifeste a donné lieu à un débat organisé par Arte lundi 28 janvier 2013 au Théâtre du Rond-Point, à Paris. Avec les interventions de nombreux écrivains, comme Umberto Eco, Juan Luis Cebrián, Hans Christoph Buch, György Konrád, Julia Kristeva, Bernard-Henri Levy ou Peter Schneider. Un reportage de David Bornstein.

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22/05/2013

Tactiques parallèles de Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon

Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon ont en commun la véhémence. Aujourd’hui, c’est ainsi que l’on fait de la politique en France et aussi ailleurs, à ouïr nos «grandes gueules» de l’UDC en Suisse et du MCG à Genève. Il est vrai que vociférer des imprécations est un exercice nettement moins épuisant pour les cervelles politiciennes que de réfléchir à une situation sociale et économique diablement compliquée par la société globalisée.

 

Les deux figures françaises des extrêmes de droite et de gauche partagent une autre similitude: elles déploient la même tactique vis-à-vis de leurs grands voisins idéologiques. Leurs objectifs sont parallèles: Marine Le Pen cherche à démolir l’UMP et Jean-Luc Mélenchon veut en faire de même à l’égard du Parti socialiste. S’ils lancent leurs assauts maintenant, c’est que la calamiteuse situation des deux formations de gouvernement les y engage.

 

L’UMP paraît plus divisée que jamais. La récente réconciliation entre François Fillon et Jean-François Copé n’est que de façade. Leurs dévorantes ambitions sont trop concurrentes pour qu’une véritable entente intervienne. A ce conflit s’ajoute une myriade d’autres qui opposent entre eux les seconds couteaux (habiles à se planter dans le dos du voisin). Mais le mal qui ronge l’UMP ne se résume pas qu’à ces fumantes et fumeuses batailles d’ego boursouflés. L’aile droite de cette «Union», qui ne mérite pas son nom, partage bien plus de convictions avec le Front national qu’avec son aile modérée que rien ne sépare des centristes de l’UDI fondée par Jean-Louis Borloo.

 

Cette configuration permet à Marine Le Pen de jouer sur du velours. Avec son mouvement «Bleu marine», elle a créé un sas pour les membres de l’UMP que l’étiquette Front national gênerait encore.

 

L’autre parti de gouvernement, le PS, ne se porte guère mieux. Les socialistes se montrent eux aussi divisés entre sociaux-libéraux et aile gauche. Les uns veulent assouplir le Code du travail et faire avaler d’amères pilules à leur électorat des classes moyennes. Les autres rêvent d’une participation active et centrale de l’Etat dans la réindustrialisation. Plus le temps passe, plus ces divergences s’exacerbent.

 

Le Parti de Gauche de Jean-Luc Mélenchon attise donc les contradictions internes du PS afin de provoquer une rupture radicale entre les deux grandes tendances qui se déchirent jusqu’au sein du gouvernement. Une partie des troupes du PS serait alors aimantée vers Mélenchon qui se verrait bien en soleil autour duquel graviteraient les communistes, les divers mouvements gauchistes, les socialistes de gauche, sans oublier les Verts.

 

Si les scénarios des deux Fronts se réalisaient, la France aurait pour figures politiques dominantes Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon. Il faudrait alors débaptiser aussitôt la place de la Concorde*.

 

Jean-Noël Cuénod

 

*Voir la vidéo

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25/03/2013

Marine Le Pen et l'UMP: la tentation du baiser de la mort

La victoire obtenue de justesse - à 768 voix près - dans l’Oise par l’UMP contre le Front national repose la question d’une éventuelle alliance en France entre la droite et l’extrême droite, à l’occasion des élections municipales de 2014.

 

Même si les dirigeants des deux partis refusent pour l’instant cette perspective, leurs électeurs la souhaitent, comme le confirme un sondage CSA publié, hier, par le site d’information Atlantico (lire le lien ici). 51% des sympathisants de l’UMP et 66% de ceux du Front national se déclarent favorables à un accord électoral entre les deux formations.

 

Poussés par leurs propres électeurs, les futurs candidats UMP aux municipales de l’an prochain risquent de céder à la tentation d’une alliance avec les frontistes, en constatant la perte de vitesse de leur parti.

 

 Ressortiraient-ils requinqués de ce tango avec l’extrême droite? Rien n’est moins sûr. Alors que Marine Le Pen est parvenue à créer l’unité autour d’elle et à mettre sur la touche son principal adversaire interne Bruno Gollnisch, l’UMP apparaît plus divisée que jamais entre les partisans de Jean-François Copé, ceux de François Fillon, sans compter les seconds couteaux prêts à se tailler une place au premier rang. Sur le plan idéologique, le Front national a pris le dessus, puisque l’UMP est tellement à court d’idées qu’il en est réduit à singer celles du FN.

 

Dès lors, pour le parti de la droite classique, un tel accord se transformerait en baiser de la mort. Lorsqu’une formation politique en déclin s’associe à un mouvement en pleine dynamique d’ascension, c’est toujours ce dernier qui avale l’allié en position de régression.

 

 La voie est donc étroite pour l’UMP. Elle ne passe pas par une alliance mortifère mais par l’élaboration d’une nouvelle idéologie libérale et démocratique.

 

Jean-Noël Cuénod

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Marine Le Pen évoque le Front national comme "centre de gravité de la vie politique française"

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18/12/2012

Fillon, Copé et le cauchemar bleu Marine

 

 Malgré son abracadabrantesque crise interne, l’UMP a gagné dimanche trois élections législatives partielles en France. A Béziers, son candidat a même terrassé la représentante du Front national dès le premier tour. Cela signifie-t-il pour autant que le FN a cessé d’être un sujet de cauchemar pour l’UMP? Non.

Certes, le parti frontiste souffre pour l’instant d’une grave lacune. Il dispose avec Marine Le Pen d’une dirigeante charismatique qui draine un électorat de plus en plus nombreux. Mais il lui manque les relais intermédiaires, à savoir des élus de base bien formés et expérimentés. Or, cette faiblesse ne durera pas éternellement. Même si les chiffres avancés par Marine Le Pen sont incontrôlables, les frontistes sont en train d’étoffer leurs rangs, notamment grâce à l’apport d’anciens militants de l’UMP profondément ulcérés par la guerre Fillon-Copé. Avec un plus grand nombre d’adhérents, la sélection des futurs élus sera plus aisée à effectuer pour le parti d’extrême droite.

De son côté, si l’UMP est en train de s’extirper de son psychodrame, la violence de l’affrontement entre Jean-François Copé et François Fillon pour la présidence du parti a pris une telle ampleur que les plaies ne se refermeront pas rapidement. Copé devra remettre son mandat de président en jeu au mois de septembre prochain, lors d’une nouvelle élection ouverte aux membres de l’UMP. Pendant huit longs mois, la principale formation de la droite sera donc dépourvue de chef incontesté. En outre, des candidatures nouvelles ne manqueront pas de surgir avec, à la clé, une nouvelle campagne interne, qui mobilisera l’énergie de l’UMP au détriment de son rôle d’opposante principale au gouvernement socialiste.

Le Front national ne dispose que de deux députés. Mais on peut faire confiance à Marine Le Pen pour devenir, sur le plan médiatique, l’opposante numéro un.

(Edito paru lundi 17 décembre dans la "Tribune de Genève")

 

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Oldelaf dans "La Tristit'UMP". En France tout fini par des chansons.

 

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31/10/2012

L’UMP ou l’irrésistible tentation du hara-kiri

Par son appel à recourir aux manifs si le mariage homosexuel et le vote des étrangers aux municipales sont adoptés par le parlement français, le secrétaire général de l’UMP Jean-François Copé a rajouté ce week-end, une épaisse couche «droitiste» à son discours. Elle survient après l’épisode du pain au chocolat arraché de la bouche des petits Français par de vilains islamistes.

 

Comment une figure importante d’un grand parti conservateur peut-elle en appeler au désordre de la rue? La raison en est simple, Jean-François Copé doit rattraper François Fillon dans la course à la présidence de l’UMP. Et pour l’instant, son langage musclé plaît aux militants et aux sympathisants qui, toutefois, semblent préférer François Fillon, puisqu’il paraît être le seul à pouvoir mener son camp à la victoire lors de l’élection présidentielle en 2017.

 

Par ses discours extrémistes, Jean-François Copé lance des passerelles vers le Front national. Plusieurs facteurs l’y engagent. D’une part, 30% des sympathisants de l’UMP se déclarent favorables à des alliances électorales, selon un sondage d’OpinionWay. D’autre part, nombre d’élus locaux de l’UMP poussent leur parti à conclure des accords régionaux avec les frontistes de Marine Le Pen afin de sauvegarder leurs sièges. A court terme, la tactique de Copé paraît cohérente. A moyen et long terme, elle trahit l’inconfortable position de l’UMP sur l’échiquier politique français.

 

Tout d’abord, Marine Le Pen ne conçoit une alliance avec l’UMP que dans la mesure où le Front national se trouve en position hégémonique. Ensuite, les opinions des deux partis sont tellement éloignées sur des sujets majeurs comme l’Europe et l'économie, qu’un accord sur le plan national conduirait la formation de Copé et de Fillon à se faire hara-kiri.

 

En effet, l’électorat de l’UMP n’est pas homogène. Un autre sondage OpinionWay démontre qu’il est divisé en quatre grandes familles: les «gaullistes» (31% des sympathisants de l’UMP), les «conservateurs antilibéraux» (24%), les «libéraux» (21%) et les «progressistes» (24%). La part la plus favorable au Front national se trouve au sein des «conservateurs antilibéraux». En revanche, les «libéraux» et les «progressistes» seraient enclins à rejoindre les rangs du nouveau parti de Jean-Louis Borloo, l’UDI (centre-droit), en cas d’alliance avec le Front national. Dans cette configuration, le groupe «gaulliste» se partagerait sans doute entre pro et antifrontistes. Dès lors, l’UMP réduite à sa part la plus droitière risquerait fort d’être avalée par le Front national. Le champ serait ainsi laissé libre à l’UDI qui affiche clairement sa volonté de devenir le grand parti de la droite modérée et de gouvernement.

 

Borloo et Marine Le Pen ont au moins un point commun, ils veulent tous deux dévorer l’UMP. Le nouveau président de ce parti devra donc affronter des adversaires résolus et bien organisés au sein même de l’opposition.

Jean-Noël Cuénod

 Lors de la fête de l'Aït-el-Kébir, les musulmans français ont distribué un petit pain au chocolat en forme de croissant qu'ils ont, si l'on ose dire, baptisé le "Copé". Le secrétaire général  de l'UMP s'est au moins fait un nom dans la viennoiserie allal.

 

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02/05/2012

Le Pen fille et son cocktail bleu Marine

Le plouc s'est donc tapé, mardi les trois 1er-Mai, tout d'abord celui de Marine Le Pen entre le Palais-Royal et l'Opéra Garnier, ensuite le Sarkoshow au Trocadéro et enfin le défilé syndical, vers la Bastille. Tous trois ont bénéficié d'une forte affluence. Les métingues en plein air redeviennent ce qu'ils étaient jadis, des rendez-vous indispensables dans l'agenda électoral.

Le plus intéressant reste celui de la famille Le Pen et de sa petite entreprise qui connaît un succès considérable. On pourrait même le qualifier de "croissant" si le terme ne faisait pas trop songer à un minaret. Comme son père, la Marine nationale vogue avec aisance sur le flot des foules. Attendant que l'UMP explose, elle se prépare à récolter les débris de la droite dite "classique" pour devenir l'opposante numéro de François Hollande dont elle espère la victoire. Elle votera blanc, proclame-t-elle. Mais c'est un blanc teinté de rose.

Tout au long de son discours, Le Pen fille nous a présenté son cocktail bleu marine dont le plouc vous donne la recette en inexclusivité Coctail-Bleu-Marine.jpgmondiale:

  • une pincée de laïcité
  • une giclée d'esprit républicain
  • une cuillerée à soupe de social
  • une poignée de xénophobie
  • une rasade d'islamophobie
  • une louche de démagogie

Agitez tous ces ingrédients, réchauffez avant chaque élection et consommez sans la moindre modération.

 

Jean-Noël Cuénod

ESPACE VIDEO

Devant la journaliste Anne-Sophie Lapix, Marine Le Pen s'est montrée nettement moins à l'aise que devant l'Opéra, comme en témoigne cette vidéo prise sur Canal + dimanche 15 janvier 2012.

 

 

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21/03/2011

Le Jasmin et le retour des Etats-Nations


Les peuples du Proche-Orient qui se soulèvent contre leurs tyrans ne brandissent ni le drapeau rouge de la révolution internationaliste, ni celui, vert, de l’islamisme radical panarabe. Les Tunisiens, Egyptiens, Algériens agitent la bannière de leurs Etats respectifs. Et les rebelles libyens ont ressorti l’ancien emblème banni par Kadhafi après son arrivée au pouvoir (Photo).rebelleslibye.jpg

Ce choix, apparemment anodin, marque la persistance de la notion d’Etat-Nation dans les consciences, voire de son retour, tant elle semblait rangée au musée par la globalisation qui, en apparence, a transformé les villes en villages et les Etats en provinces. Brandir son drapeau devient ou redevient un acte révolutionnaire et n’est plus le seul symptôme d’une hystérie de nature footballistique.

Cela signifie-t-il que la globalisation n’a rien modifié dans les rapports entre peuples, Etats, institutions mondiales? En aucun cas. Le monde a bel et bien changé «de pôle et d’épaule» — dixit le poète Aragon — depuis l’effondrement de l’Empire soviétique, l’émergence de nouvelles puissances économiques, la mise en réseaux informatiques de la planète et l’intensification des échanges qui en est résulté.

L’Etat-Nation est en passe de changer d’aspect mais il n’a pas été supprimé pour autant. Il reste l’un des éléments principaux de ce puzzle mondial qui se constitue. Dans son remarquable ouvrage «La Voie» qui vient de paraître chez Fayard, le penseur français Edgar Morin aborde, parmi bien d’autres thèmes, la question de l’Etat telle qu’elle se pose maintenant:

«S’il faut que se constitue une conscience de Terre-Patrie (...) il faut aussi promouvoir le développement du local dans le global». Parmi les voies qu’il distingue, malgré son pessimisme, pour assurer un avenir à l’humanité, Edgar Morin évoque la tension entre «mondialisation» et«démondialisation»: «Il faut à la fois mondialiser et démondialiser (...) La démondialisation signifie le retour d’une autorité des Etats, abandonnée dans les privatisations au profit d’un capitalisme déterritorialisé, comportant le retour aux services publics».

Si des formes nouvelles de gouvernance mondiale doivent trouver désormais une légitimité qui leur fait défaut — afin de régler des problèmes politiques, économiques ou écologiques qui ne peuvent être traités qu’à grande échelle — il n’en demeure pas moins que l’Etat-Nation reste le lieu adéquat pour établir le lien entre les solidarités de proximité et la vastitude mondialisée.

En Europe, les succès des partis nationaux-populistes illustrent cette volonté des électeurs à ne pas être dépossédé de ce «lieu adéquat». Ils expriment un malaise qui est bien réel mais en offrant des solutions ineptes qui ne conduisent qu’à l’exclusion et à la haine. Aux partis de la droite libérale et de la gauche de gouvernement de reprendre ce drapeau national qu’ils ont laissé tomber.

 

Jean-Noël Cuénod

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10/03/2011

Comment endiguer la vague Marine Le Pen

marine-le-pen Langue.jpgQuel que soit le candidat socialiste, Marine Le Pen apparaît en tête du premier tour de la présidentielle 2012 en France, à en croire deux sondages de l’Institut Harris Interactive. Le dernier révèle même que Nicolas Sarkozy pourrait ne pas être qualifié pour le sprint final. Dès lors, une averse de réactions politiciennes inonde les médias.

 
Les uns s’acharnent à démonter les ressorts de ce sondage pour en dénoncer les vices cachés. C’est une attitude aussi efficace que de balancer à la poubelle le baromètre qui vous annonce un temps exécrable pour dimanche. Les autres s’affolent et renchérissent en matière de xénophobie sur le discours du Front national. Ainsi, la députée UMP Chantal Brunel a répété, façon merle des Indes, les propos de Marine Le Pen promettant de bouter hors des eaux européennes les Libyens et autres immigrés qui auraient l’étrange dessein d’échapper aux massacres et à la famine. Voilà donc le message de la frontiste banalisé par l’ancienne porte-parole officielle du parti sarkozyste.

 

Quant aux socialistes, personne ne les entend. Ils marchent à côté de leurs escarpins en priant un ciel incertain que leur sauveur Dominique Strauss-Kahn daigne descendre de son Olympe washingtonien pour se confronter à la rugueuse réalité hexagonale.

 
Marine Le Pen vit actuellement ces moments de grâce où quoi que fassent ou disent ses adversaires, elle engrange des suffrages. Un bémol tout de même dans le concert pour Front national solo, ces sondages flatteurs interviennent trop tôt, treize mois avant l’élection présidentielle. En 2002, Jean-Marie Le Pen avait pu se hisser au second tour par surprise, personne ou presque ne l’attendait à cette place. Aujourd’hui, chacun est averti des risques encourus.

 
Toutefois, même si la vague Marine n’a pas encore englouti l’Elysée, il n’en demeure pas moins que l’extrême-droite se renforce partout en Europe. Il faut donc s’attendre à ce qu’un jour ou l’autre, ici ou là, les partis racistes et xénophobes l’emportent. Contrairement aux années 1930, ils ne disposent pas de milices armées et ne se mobilisent pas contre la démocratie. Les traiter de «fascistes» relève donc de l’anachronisme. Il appartient maintenant aux partis qui rejettent toute politique basée sur l’exclusion de tirer les leçons de ce constat: les idéologies du XXème siècle — communisme, social-démocratie, libéralisme — sont mortes.

Sur ces ruines, il faut reconstruire une pensée politique qui prenne en compte la globalisation, le besoin de protection d’une population européenne toujours plus vieille, la sauvegarde de l’environnement. L’extrême-droite évoque ces problématiques en offrant des solutions sans issue. Aux partis de l’ «arc humaniste» de tracer des voies nouvelles. Le peuple se détournera des démagogues dès qu’il aura la certitude qu’on le prend, pour une fois, au sérieux.

 

Jean-Noël Cuénod

Ce texte est paru jeudi 10 mars en rubrique "Réflexion" de 24 Heures et, en version plus courte, en rubrique "Perspective" de la Tribune de Genève. 

15:00 | Lien permanent | Commentaires (13) | Tags : marine le pen, front national, extrême-droite | |  Facebook | | |

17/04/2010

Le Front national nouveau est arrivé!

LePenMarine.jpg

La mort politique n’est que rarement définitive. C’est bien ce qui la sépare du trépas véritable. Nicolas Sarkozy, avec sa hâte coutumière, s’était glorifié d’avoir enterré le Front national. Or, une analyse que vient de publier l’IFOP (Institut français d’opinion publique) — sous la plume de Jérôme Fourquet et Damien Philippot — démontre que le parti de la famille Le Pen s’est installé confortablement dans le paysage politique français.

 

On sait que ce mouvement d’extrême droite a réalisé de bons scores aux dernières élections régionales de la République voisine. Ce que l’étude de l’IFOP révèle, c’est à quel point il a pris racine. Lors des régionales de 2004, le Front national avait perdu des suffrages au second tour, malgré ses excellents résultats d’ensemble.

 

En mars dernier, pour la première fois, le FN a progressé de plus de 2,5 points entre les deux tours. Le parti de Le Pen n’est donc plus cet épouvantail que l’électeur protestataire brandit au premier tour pour faire peur aux formations de gouvernement mais qu’il range au second tour en reprenant place dans le «cercle de la raison».

 

L’abstention ne profite pas aux frontistes

 

Contrairement à une idée reçue, l’IFOP relève que l’abstention ne bénéficie pas aux frontistes. Au contraire, une partie de leurs électeurs ne s’est mobilisée qu’au second tour. «Tout semble indiquer que le FN disposait parmi les abstentionnistes d’une armée de réserve», soulignent Jérôme Fourquet et Damien Philippot. Ce qui donne à l’extrême droite une appréciable marge de progression. Autre phénomène tout aussi inquiétant pour ceux qui craignent la montée de la démagogie nationaliste. Naguère encore, le plus gros de l’électorat frontiste se recrutait à l’Est de la France. Aujourd’hui, l’IFOP constate que le FN perce aussi à l’Ouest. Si l’écart entre les deux moitiés de l’Hexagone reste important, il tend à se réduire, ce qui ferait du Front national une formation d’envergure véritablement... nationale!

 

Retour au bercail

 

Pour l’IFOP, cette remontée du FN est due en grande partie au retour au bercail frontiste de l’électorat «siphonné» par Nicolas Sarkozy à l’élection présidentielle de 2007 et qui se montre fort déçu par l’action de l’actuel président. Toutefois, ce regain de forme du frontisme est aussi dû aux perspectives offertes par la fille du Chef, Marine Le Pen, qui a fait un «tabac» dans la région Nord-Pas-de-Calais.

 

Comme nous l’avions constaté lors de notre entretien avec elle à Béthune (« Tribune de Genève » et « 24 Heures » du 13 mars), la vice-présidente du FN ne reprend pas la vieille armature fascisante qui corsète la rhétorique de son père; elle se place sur le terrain du mal-être social. L’analyse de l’IFOP remarque que la campagne de Marine Le Pen «a mis l’accent sur des thématiques nouvelles pour le Front national, susceptibles d’attirer un électorat élargi ou de rassembler les déçus du sarkozysme (...) Elle travaille ainsi manifestement à faire du vote FN, un vote d’adhésion et de confiance et non plus seulement un vote protestataire».

 

C’est donc un Front national nouveau que dessine la fille de Le Pen, qui pourrait trouver sa place dans un gouvernement de droite. Elle réaliserait alors ce que l’ex-néofasciste Gianfranco Fini a réussi en Italie.

Jean-Noël Cuénod

(Ce texte a paru jeudi 15 avril 2010 en rubrique "Perspective" de la Tribune de Genève et "Réflexion" de "24 Heures")

11:57 | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : le pen, front national, extrême-droite, élections, ifop | |  Facebook | | |