18/05/2016

Esotérisme et politique, un couple sous haute tension

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Georges Washington, franc-maçon et bâtisseur des Etats-Unis

Remarque liminaire avant d’aborder ce sujet. Les Loges interdisent d’aborder les questions politiques et religieuses. Or, sous tous les cieux maçonniques, les Ateliers ont abordé, abordent et aborderont ces deux sujets qui forment la base de la vie collective. Et il ne saurait en être autrement, dans la mesure où rien de ce qui est humain n’est étranger à la Franc-Maçonnerie. Il reste à savoir comment les évoquer.

En matière politique et religieuse, ce que la Franc-Maçonnerie proscrit, c’est le débat politicien, partisan, au cours desquels on s’étripe pour l’une ou l’autre cause, pour l’un ou autre leader, ainsi que les expressions purement confessionnelles qui tournent forcément au prosélytisme et aux déchirures communautaires. Le débat partisan et le débat confessionnel divisent, alors que le propos de la Franc-Maçonnerie est de réunir ce qui est épars, selon la formule consacrée dans de nombreux rites.

Dès lors, aborder la politique - au sens de son étymologie tirée du mot grec politikè qui signifie, science des affaires de la Cité – est légitime en Loge. De même, la religion – déconnectée de ses aspects confessionnels – a toute sa place dans un travail en Atelier, notamment selon l’étymologie latine de la religion qui recèle trois significations possibles :

  • Relegere- Recueillir, avec la notion de scrupule.
  • Relinquere- Laisser, avec les notions de distance, respect, précaution.
  • Religare - Attacher, avec la notion de lien, relier.

Par commodité de langage – ou par paresse intellectuelle –  le mot « religion » est trop souvent réduit au synonyme d’  « Eglise » ou d’  « institution religieuse » alors qu’il est beaucoup plus riche en significations.

Venons-en maintenant au thème indiqué par le titre: « Esotérisme et politique, un couple sous haute tension ».

Ne pas confondre emblème et symbole

Tentons cette définition de l'ésotérisme : démarche visant à connaître ce qui est caché à la première vue de l'humain et forme les trames cachées de la vie.

  L'ésotérisme est un mot dérivé du grec ésotérikos, soit « doctrine des choses intérieures », destinée à un petit nombre d’adeptes dûment préparés pour l’étudier. Son contraire est l’exotérisme, doctrine destinée à être diffusée pour tous. Cela signifie-t-il que l’ésotérisme est réservé à une élite autoproclamée telle et l’exotérisme, à la masse ? Non. Chacun peut se lancer sur le chemin de l’ésotérisme, s’il se sent appelé à l’emprunter. Nul besoin de diplôme, de certificat d’hérédité. Mais cette approche nécessite un travail à la fois personnel et collectif qui ne peut s’accomplir sans autodiscipline et assiduité. Il s’agit donc d’un état d’esprit et d’une ascèse qui, par la force des choses, n’attirent pas les foules. L’effort reste un épouvantail efficace.

L’ésotérisme se propose d'appréhender le point idéal où les contradictions qui forment l'univers tangible apparaissent complémentaires dans leur unité première.  Pour ce faire, les ésotéristes disposent d'un mode d'enseignement particulier basé sur la réflexion, la méditation et la compréhension intime des symboles qui ont traversé les siècles par le truchement d'organisations initiatiques, régulières et traditionnelles, telles que la Franc-Maçonnerie.

  Ce langage symbolique permet à l'ésotérisme de déployer tous ses effets. N'étant pas entravé par la barrière des conventions édictées pour les langages oraux et écrits, il va au coeur de la connaissance par un réseau de relations analogiques. Il s’agit, selon le philosophe français Pierre Riffard, d’un langage naturel, qui établit des relations non conventionnelles entre le signifiant et le signifié. Un symbole contient en lui-même moult significations – à la manière des poupées russes. Pour découvrir cette multiplicité de sens induit par un seul élément, l’adepte doit suivre, étape par étape, son parcours vers une compréhension toujours plus fine et plus diverses.

Cette démarche symbolique et progressive utilise le raisonnement par analogie et la réflexion sur les correspondances. Un élément A correspond à un élément B qui semble, en apparence, de nature ou d’aspect différent mais dont l’ésotériste perçoit – par raisonnement et/ou intuition – les liens cachés qui les unissent. Et de correspondances en correspondances, l’ésotériste cherche à aller toujours plus avant dans sa quête de vérités (avant de prétendre aborder la Vérité, mais cela est une autre histoire). C’est Baudelaire qui a le mieux illustré ce processus dans son célèbre poème tiré des Fleurs du Mal et intitulé, justement, Correspondances:

La nature est un temple où de vivants piliers

Laissent parfois sortir de confuses paroles;

L'homme y passe à travers des forêts de symboles

Qui l'observent avec des regards familiers.

    

Comme de longs échos qui de loin se confondent

Dans une ténébreuse et profonde unité,

Vaste comme la nuit et comme la clarté,

Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.

 

Il est des parfums frais comme des chairs d'enfants,

Doux comme les hautbois, verts comme les prairies,

- Et d'autres, corrompus, riches et triomphants,

 

Ayant l'expansion des choses infinies,

Comme l'ambre, le musc, le benjoin et l'encens,

Qui chantent les transports de l'esprit et des sens.

  Nous noterons que le poète a utilisé à sept reprises le mot « comme » qui est la clé du raisonnement analogique. Grâce à cet adverbe, la langue réunit ce qui est épars. Quant au nombre 7, il est douteux que Baudelaire, très au fait de la symbolique des nombres, l’ait choisi par hasard.

L’inconscient au boulot !

Le symbolisme maçonnique ne s’adresse pas qu’à la conscience. En Loge, l’inconscient, lui aussi, travaille. Ainsi, les rituels – qui mettent en mouvement les symboles – s’adressent-ils aussi à notre part d’ombre, ce qui ne va pas sans danger. D’où l’importance d’utiliser des rituels qui ont démontré leur caractère constructif – ce n’est pas pour rien que la Maçonnerie puise dans la construction une grande part de ses outils symboliques – et de les respecter. Le rituel n’est pas là pour faire joli ! Il s’agit d’une mise en œuvre qui mobilise de façon complexe tous les états de notre être et qui peut, au bout du processus – si tant est que celui-ci a une fin – faire émerger les contenus inconscients à la conscience, en d’autres termes, réconcilier l’individu avec lui-même en élargissant le champ de sa conscience, réunir ce qui, en lui, est épars.

 Concernant les relations entre ésotérisme et politique, il faut établir une distinction essentielle avant d’aller plus loin. Par sa pluralité de significations possibles, le symbole ne saurait être confondu avec l’emblème. Celui-ci ne signifie qu’une seule chose : le drapeau rouge à croix blanche caractérise la Suisse et non pas une autre entité. Le symbole est foisonnant, l’emblème est sec.  La recherche symbolique est une quête dont les découvertes sont constamment remises en question. Le symbole pose chaque fois de nouvelles questions et n’induit aucune réponse définitive. C’est la marche qui fait son prix et non pas le but. Alors que l’emblème, lui, ne donne qu’une seule réponse et n’en induit pas d’autres ou alors en nombre très limité. Il recèle en lui les germes d’une forme autoritaire de langage.

Premier écueil entre ésotérisme et politique : leurs difficiles et périlleuses relations buttent souvent sur cette opposition symbole-emblème. Le monde politique apprécie les emblèmes. Ses partis en sont de gros consommateurs, sous formes de drapeaux, logos, couleurs, slogans. De même, l’état d’esprit des femmes et hommes politiques est plus empreint d’emblèmes que de symboles. Le pouvoir ne peut pas se payer le luxe de faire succéder les questions aux questions. Il doit donner des réponses, temporaires, certes, mais des réponses tout de même. Et faire preuve d’autorité, ce qui se conjugue fort mal avec les libres associations d’idées et d’images, privilèges du langage symbolique de l’ésotérisme. Dans les médias, la confusion entre démarche emblématique et démarche symbolique intervient systématiquement. Tel ministre a pris une décision « symbolique », tel président a accompli un geste « symbolique ». Or, cette décision ou ce geste ne relève pas du symbole mais de l’emblème. Par sa décision, le ministre a voulu signifier une seule chose et non pas un élément avec une pluralité de sens ; par son geste, le président, a voulu adresser un message univoque à telle ou telle partie de la population. Nous restons donc bien plantés dans le domaine de l’emblématique.

Certes, les méchantes langues rétorqueront que les propos des politiciens sont souvent volontairement ambigus et signifient parfois une chose et son contraire. Feu le président Mitterrand ne disait-il pas que l’on sort de l’ambiguïté qu’à son détriment ? Mais on ne saurait confondre langage symbolique et double langage. Celui-ci procède de la tactique qui ne vise qu’un seul objectif : le pouvoir. A conquérir. Ou à conserver. Nous restons fort éloignés de la libre association d’idées et de la pluralité de sens propre au langage symbolique. Le double langage demeure donc dans la sphère du langage emblématique.

On le constate d’emblée, l’ésotérisme et la politique éprouvent de la difficulté à trouver un langage commun. Cela dit, pourquoi devraient-ils dialoguer ? Après tout, chacun pourrait rester dans son coin sans se soucier de l’autre. Mais voilà, tel n’a pas été le cas. Aussi loin que l’on remonte dans l’Histoire, politique et ésotérisme ont formé un couple sous haute-tension. Sans doute, ces noces étaient-elles inévitables, dans la mesure où la politique a souvent été fascinée par les pouvoirs occultes qu’elle attribue à l’ésotérisme. Celui-ci de son côté a parfois cédé aux sirènes des politiciens, pensant tenir ce pouvoir d’influence qui lui a été tant reproché. L’écrivain franc-maçon Daniel Béresniak a souligné les dangers de ces dérives dans son livre Les bas-fonds de l’imaginaire (éditeur : Detrad) :

Regarder toute définition comme l’écorce d’une autre à découvrir est (aussi) le but de l’ésotérisme. Ce qui est visible cache toujours quelque chose. Mais cette quête du « caché », si elle est libératrice, peut être aussi pathogène. Qui aspire à dominer ses semblables découvre dans la face cachée des choses des vérités éternelles propres à cautionner son désir. 

  Il n’y a donc pas de gentils ésotéristes, d’un côté, et de méchants politiciens, de l’autre. Il y a certains humains qui cherchent à en aliéner d’autres pour asseoir leurs profits, leurs pouvoirs, voire les deux à la fois.

Esotérisme et occultisme, ésotérisme et mystique

A la source de ce malentendu entre le politique et l’ésotérisme, apparaît la confusion entre ésotérisme et occultisme. Si certains hommes de pouvoir – surtout dans les dictatures – lorgnent vers l’ésotérisme, c’est en raison de cette confusion. Comme la plupart des gens, ils pensent que les deux termes sont absolument synonymes. Or, même si leur parenté est indéniable, ils ne sont toutefois pas superposables. Certes, l’un et l’autre signifient la même chose, à savoir la connaissance de ce qui est caché. Mais après ce tronc commun, ces deux branches divergent.

  Pour Robert Amadou,  l’occultisme est l’ensemble des théories et des pratiques fondées sur la théorie des correspondances selon laquelle tout objet appartient à l’ensemble unique et possède avec tout autre élément de cet ensemble des rapports nécessaires, intentionnels, non temporels et non spatiaux.  (cf.  L’Occultisme : esquisse d’un monde vivant, Editions  Chanteloup »).

Dès lors, l’occultiste s’attache à comprendre les forces dites psychiques (à défaut d’autres termes plus adéquats), ces puissances de l’ombre qui entretiennent entre elles et avec le monde visible des rapports occultes. Puis, il cherche à les utiliser en usant d’un ensemble de techniques que l’on qualifie souvent de « magiques ». Par cette utilisation de pouvoirs mystérieux – réels ou fantasmatiques – l’occultisme ne peut que séduire le monde politique, surtout dans ses versions totalitaires.

Dans l’ouvrage cité plus haut, Daniel Béresniak met en garde contre la confusion entre occultisme et ésotérisme :

Certes, les deux termes désignent ce qui est caché, mais tandis que l’occultisme est la recherche du pouvoir sur les choses, l’ésotérisme est la recherche des strates du sens d’un texte (…) L’occultiste se présente comme le manipulateur des choses afin d’exercer un pouvoir. L’ésotériste, quant à lui, veut percer le sens littéral d’un récit, d’un témoignage, d’une affirmation pour éclairer les strates plus profondes du sens.

De même, l’ésotérisme est souvent confondu avec le mysticisme. Le mystique cherche à s’ouvrir au Divin et peut d’ailleurs recevoir des marques de sa présence sans l’avoir forcément voulu, tel Paul Claudel frappé par la foi en 1886 derrière un pilier de Notre-Dame. L’ésotériste, lui, va soulever les jupes du Divin pour tenter d’aller toujours plus loin dans sa compréhension de ce qui nous dépasse.

En résumé, la mystique est une ouverture, l’ésotérisme, un travail et l’occultisme, une technique.

Si la confusion entre mysticisme et ésotérisme ne prête guère à conséquence, il n’en va pas du tout de même concernant l’amalgame entre l’ésotérisme et l’occultiste.

L’Histoire fourmille de rhizomes entre occultisme et le pouvoir politique. Utiliser l’invisible pour gérer le visible est une tentation des politiques, même de ceux qui font profession de rationalisme.

De toutes les collusions entre pouvoir et ésotérisme à sa forme d’occultisme dévoyé, celles provoquées par les dirigeants nazis se sont révélées les plus infâmes et les plus funestes. L’idéologie hitlérienne est née d’un mélange de paganisme, de christianisme germanisé et défiguré en antisémitisme, d’exaltation du panthéon des dieux germaniques, de célébration de la « race » aryenne, dont les Germains seraient les descendants les plus directs, et d’appel à la pureté raciale. Ces virus de la pensée se trouvent dans les écrits d’auteurs allemands et autrichiens du XIXe siècle, tous férus d’occultisme. Ils se sont répandus dans des cercles à prétention occultiste, tels l’Ordre des Germain et la Société de Thulé qui avait la croix gammée pour emblème. On sait l’usage que fera Hitler de ce signe, dont la puissance d’évocation se manifeste dans son universalité, puisque l’on trouve des traces du svastika en Europe, Asie, Océanie et même dans certaines tribus amérindiennes.

Cette passion nazie pour l’occultisme s’est traduite par la création, en juillet 1935 par Heinrich Himmler, de l’ Ahnenerbe (héritage des ancêtres), organisation à prétention scientifique qui dépendait de la direction des SS et dont le budget atteignait un million de Reichsmark, soit l’équivalent de 400 000 euros, une somme considérable pour l’époque. Formée de plusieurs instituts, l’Ahnenerbe a financé les recherches menées sur les Cathares par l’archéologue SS Otto Rahn, ainsi que des expéditions, notamment au Tibet. L’objet de ces recherches était vaste : symbolisme de diverses traditions, religions, histoires, anthropologies, archéologies.

En outre, Himmler, le chef de la SS, avait mis au point dans son Wewelsburg – château de forme triangulaire – des rituels à prétention initiatique destinés à la fine fleur vénéneuse de la SS.

Enfin, dès l’occupation allemande, les nazis ont mis la main sur les archives du Grand Orient de France en pillant la rue Cadet, comme le relate Sophie Coeuré dans son livre La mémoire spoliée. Les archives des Français, butin de guerre nazi, puis soviétique. Pour les autorités allemandes, il s’agissait de connaître l’un de ses adversaires les plus acharnés, mais aussi de percer ce fameux secret maçonnique. Celui-ci étant incommunicable par essence, on imagine la vanité de leurs recherches.

L’instauration du nazisme relève surtout des domaines sociaux, économiques et politiques. Toutefois, l’usage du svastika comme emblème, l’organisation méticuleuse et rituélique des grands-messes nazies, la sollicitation des pulsions irrationnelles ont tenu un rôle essentiel dans cette montée de l’ignoble.

Cela dit, le contexte que nous venons d’évoquer reste cantonné à celui d’une dictature totalitaire au sens propre, en ce qu’elle veut assujettir l’humain dans toutes ses dimensions. Mais il est nécessaire de le garder en mémoire afin de ne pas oublier à quel point l’ésotérisme peut être dévoyé.

Les relations entre politique et ésotérisme se définissent en termes bien différents dans les Etats démocratiques. Le recours à l’occultisme y est fort marginal et se réduit, la plupart du temps, aux consultations discrètes d’astrologues par des responsables politiques. Sur un plan moins anecdotique, ce contexte démocratique pose la question de l’engagement ou non de la Franc-Maçonnerie dans le libre débat politique.

L’Ordre  maçonnique, rappelons-le, propose à ses adeptes les symboles qui leur permettront de méditer sur ces questions qui taraudent l’humain dès que ses besoins vitaux sont satisfaits : qui suis-je ? Pourquoi suis-je sur cette terre ? L’initiation, peut-être, leur ouvrira l’œil intérieur qui capte la réalité suprême et véritable de chaque être, au-delà de ses formes changeantes. En ce sens, elle conduit à une ascèse que l’adepte choisit librement.

La double nature de la Franc-Maçonnerie

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Autre chef d'Etat franc-maçon, Winston Churchill

Pourtant, la Franc-Maçonnerie n’est pas uniquement destinée au perfectionnement individuel. Cet Ordre fait aussi partie d’un corps social, au sein duquel il doit jouer sa partition.

Alors, sur quel registre, la Franc-Maçonnerie peut-elle intervenir à l’extérieur?

Tout d’abord, elle devrait utiliser le langage propre au débat politique, c’est-à-dire, l’emblématique, en se gardant de parsemer de symbolisme son propos forcément exotérique. Le langage symbolique de l’ésotérisme reste réservé aux Travaux maçonniques internes. Non pas par quelque aspiration ségrégationniste et élitiste, mais en raison de la nature même de l’initiation. Le travail symbolique se forge dans le secret des consciences et non dans le tumulte de la vie publique. De plus, on voit avec l’occultisme nazi, à quelle dérive a conduit l’introduction d’éléments relavant du langage symbolique dans un contexte emblématique et politique.

Si elle se garde de brader son langage symbolique dans tous les azimuts, il n’en demeure pas moins que la Franc-Maçonnerie est forcément influencée par sa dimension ésotérique lorsqu’elle prend la parole en place publique. S’il ne faut pas mélanger les plans ésotérique-symbolique et exotérique-emblématique – afin d’éviter que le langage propre à chaque plan ne sombre dans la confusion – ils ne sont pas pour autant cloisonnés chacun dans une étanchéité absolue ; ils seraient plutôt séparés par une membrane poreuse.

La libre association d’idées, le libre jeu des correspondances suscitées par le langage symbolique ont pour corolaire l’abandon du recours aux dogmes et des arguments d’autorité. De cette pratique ésotérique de la Franc-Maçonnerie est née une éthique qui, elle, peut être dévoilée à l’extérieur de son sein.

Cela se traduit par la tolérance et la liberté de conscience qui, à son tour, génère les vertus républicaines, dont la laïcité qui n’est autre que la tolérance mise en acte. Dès lors, en défendant ces principes sur la place publique, la Franc-Maçonnerie tient parfaitement sa partition.

En revanche, elle trahirait ce qui fait sa substantifique moelle, si elle se mettait au service d’un parti, d’un leader, d’un gouvernement ou d’une opposition. Un tel asservissement irait à fin contraire de l’un des ses objectifs qui est – répétons-le une fois de plus – de réunir ce qui est épars. C’est dans cet état d’esprit que la Franc-Maçonnerie peut servir de laboratoire d’idées aux diverses entités qui forment la société.

La Franc-Maçonnerie remplit donc deux missions. D’une part, elle perpétue l’initiation à l’ésotérisme par l’apprentissage du langage symbolique. D’autre part, elle garde et développe les vertus républicaines.

Comme l’expliquait un ancien Grand Orateur pour la langue française de la Grande Loge Suisse Alpina :

 Dès ses origines, la Franc-Maçonnerie a reposé sur deux piliers. D’une part, un engagement humaniste et exotérique collectif, sur le plan culturel, social ou politique. D’autre part, une mission initiatique et ésotérique, individuelle, morale et spirituelle.

On ne saurait donc réduire la Franc-Maçonnerie à l’un ou l’autre de ces deux piliers. La considérer seulement comme un laboratoire d’idées à usage social ou politique est aussi fautif que de ne voir en elle qu’un cénacle uniquement tourné vers l’élévation spirituelle de ses adeptes. Elle comporte ces deux aspects, c’est d’ailleurs ce qui fait sa force et son originalité.

En guise de conclusion, évoquons cet adage inscrit au fronton de certaines Loges :

Médite dans le Temple ;

Agit sur le Forum

Mais ne prend pas le Temple pour un Forum.

Et j’ajouterai, ni le Forum pour un Temple.

Jean-Noël Cuénod

 

 

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11/09/2015

Le Grand Conseil valaisan rejette la proposition contre la Franc-Maçonnerie (2)

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 Par 55 voix contre 53 et 5 abstentions, le Grand Conseil valaisan a rejeté, ce vendredi en fin d’après-midi, la proposition de son bureau visant à exiger que les députés dirigeants une Loge dévoilent leur appartenance maçonnique. Décision prise de justesse certes. Mais décision surprenante dans la mesure où le parlement de ce canton s’acheminait vers une large adoption, seul le Parti libéral-radical ayant déclaré son opposition, la gauche ne semblant guère intéressée. Les remous médiatiques provoqués par cette proposition a sans doute dû faire réfléchir certains députés qui n’en avaient pas mesuré toutes les conséquences.

Pour l’UDC – qui a fait très pâle figure lors des débats ­– la défaite est cinglante. C’est elle qui est à l’initiative de ce projet liberticide, avec le soutien des démocrates-chrétiens. Mais le faible écart démontre l’importance de rester sur ses gardes. Les blochériens ne s’en tiendront pas là.

 D’où l’importance également de se débarrasser de toutes les crétineries que les antimaçons colportent sur les secrets maçonniques. Nous avions abordé précédemment le secret des rites, abordons aujourd’hui le deuxième, celui qui protège les délibérations en Loge.

On ne répand pas à l’extérieur, les propos échangés à l’intérieur. Ce deuxième secret est à la liberté d’expression, ce que le levain est au pain. Sans lui, les discussions au sein d’un Atelier (synonyme de Loge maçonnique) auraient la platitude des crêpes !

En effet, le franc-maçon qui prend la parole en suspectant que ses propos seront diffusés hors les murs, ne pourra s’empêcher de recourir à l’autocensure. Il n’osera pas énoncer ce qui pourrait être considéré comme une sottise ou une incongruité dans un contexte « profane ». De toute façon, il est dans ce domaine une certitude : toute parole rapportée par un tiers est déformée ; de relais en relais, ce qui était à l’origine un ver de terre dans une salade devient un serpent-minute dans un régime de banane. Le bouche-à-oreille déforme systématiquement le message initial. Le secret des délibérations a aussi pour but de désarmer la rumeur.

Le franc-maçon peut alors sortir du rôle social qui est le sien dans le monde « profane » pour dire ce qu’il pense, sans maquillage. Il accomplira ainsi quelques pas de plus vers son Etre véritable, sans les masques qui troublent sa vision.

 Dans un tel contexte, la transparence risque de prendre une tournure tyrannique en imposant le conformisme des pensées. On pourrait objecter à cela qu’un franc-maçon qui n’ose pas émettre publiquement une pensée fait montre de couardise ou de manque de confiance dans ses propos. Mais là n’est pas la question : l’Atelier est un laboratoire.  Le mot même « atelier » renvoie à la notion de travail avec tout cela suppose d’essais manqués, de tentatives avortées avant de produire l’objet final. En Loge aussi, on essaie, on tente, on émet une idée, on se rend compte de son imperfection, on la modifie. Le secret des délibérations couvre aussi le droit de se contredire. Le franc-maçon qui s’exprime sait que celles et ceux qui l’écoutent ne le railleront pas et le blâmeront encore moins.

Les rituels et les traditions maçonniques imposent - j’allais dire sécrètent - l’absolu respect de l’autre. Nous sommes hors du temps profane. Les combats quotidiens sont suspendus. La Loge est un des rares lieux où chaque humain sait que ce qu’il dit ne sera pas retourné contre lui, mais pour lui. Il en va autrement dans la vie « profane » où la parole attribuée à telle ou telle personne peut devenir une arme qui la vise.

 La pensée dite est un peu semblable à l’embryon qui croît à l’intérieur de la future mère. Elle doit se développer à l’abri de la clarté. Et c’est lorsque le temps est venu qu’elle peut voir le jour.

Tout ce qui se dit et préside à une décision de la Loge doit être tenu dans l’ombre propice de la fraternité. En revanche, le fruit de ces délibérations n’est pas soumis à l’obligation absolue du secret. Un Atelier ou une obédience (fédération de Loges) peut fort bien – si cela est jugé utile par ses membres – rendre publics ses travaux lorsqu’ils sont achevés.

La franc-maçonnerie doit donner au monde profane des signes de son existence afin de contribuer à la bonne marche de la société. Elle s’abrite des regards de cette dernière pour vivre pleinement et librement l’initiation mais elle n’en est pas isolée de façon permanente. En outre, la franc-maçonnerie doit également se faire connaître pour capter l’attention des profanes qui se sentent attirés par l’initiation qu’elle propose.

 La Loge est une peau qui recouvre ses membres. La peau protège les organes des agressions extérieures. Mais elle leur permet aussi de respirer.

 

Prochain texte : le secret d’appartenance

 

Jean-Noël Cuénod

19:13 | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : franc-maçonnerie, liberté, udc, blocher | |  Facebook | | |

05/09/2015

Contre la Franc-Maçonnerie : Une gousse de vieux fascisme dans la fondue valaisanne

 

Il en va toujours ainsi en Suisse. C’est dans les régions où les étrangers sont les moins nombreux que l’on vote le plus xénophobe. C’est dans les villes sans mosquée que l’on craint le plus l’érection des minarets. Et c’est dans un canton où il y a peu de francs-maçons, le Valais[1], que l’on s’apprête à prendre contre eux des mesures discriminatoires. Inouï dans un pays, la Suisse, qui doit tant à la Franc-Maçonnerie dans la création de ses institutions démocratiques !

 Le bureau du Grand Conseil valaisan propose, en effet, de contraindre les nouveaux députés à annoncer leur appartenance à une Loge maçonnique, sous couleur de transparence. Il ajoute les clubs de service (Rotary, etc). Mais ce n’est là que manœuvre. C’est, en effet, la Franc-Maçonnerie et, elle seule, qui est visée. Ainsi, l’Opus Dei n’est-elle point désignée à notre connaissance. Le Grand Conseil du Valais se prononcera bientôt sur cette mesure discriminatoire. Passons sur le caractère inapplicable de cette décision, si elle est prise. Et voyons plutôt ce que cette proposition nous révèle.

 Cette histoire d’obliger les Francs-Maçons à se dévoiler est vieille comme le fascisme et l’intégrisme papiste, deux larrons qui ont souvent fait bonne entente. Le chef ouvertement mussolinien des fascistes genevois, Georges Oltramare, avait publié dans les années 1930 des listes de membres des Loges du canton dans son torchon Le Pilori. De même, le colonel Fonjallaz, fondateur du groupuscule Fédération fasciste suisse, avait lancé  en 1937 une initiative visant à interdire la Franc-Maçonnerie ; elle fut balayée par le peuple. Plus récemment, en Valais, l’actuel conseiller d’Etat UDC Oskar Freysinger – dont on sait la place extrêmement extrémiste qu’il occupe sur l’échiquier politique suisse – avait proposé que les francs-maçons employés dans la fonction publique valaisanne déclarassent leur appartenance. La proposition avait été mise en échec au Grand Conseil du canton grâce à l'intervention du parlementaire radical Tornare.

 Aujourd’hui, les antimaçons valaisans s’y prennent d’une façon plus hypocrite en associant les Loges à un « lien d’intérêt ». Savoir qu’un député soit actionnaire de tel ou tel groupe financier ou économique, qu’il appartienne à tel syndicat, est souhaitable. Cela relève de la sphère publique. Mais obliger un parlementaire à dire s’il est juif, musulman, athée, pratiquant ou non-pratiquant ou franc-maçon brise cette sphère privée qui est l’ultime rempart contre le totalitarisme.

Personnellement, je n’ai jamais tu mon adhésion à la Franc-Maçonnerie, tant en Suisse qu’en France. Mais une telle décision relève du libre-arbitre de chacun. Pour certains, la Franc-Maçonnerie fait tellement partie de leur sphère intime qu’ils n’entendent pas la transformer en sujet de conversation. Sont-ils indignes, pour autant, d’exercer un  mandat politique ?

 Cette démarche du bureau du Grand Conseil du Valais a été initiée – si l’on ose dire – par l’UDC et suivie par les catholiques-conservateurs qui ont aujourd’hui pour nom, Parti démocrate-chrétien valaisan. Ce n’est pas un hasard, si ces deux entités mènent la guerre contre la Franc-Maçonnerie. Elles sont les héritières politiques et culturelles du fascisme et de l’intégrisme papiste de jadis qui se sont toujours opposés à la liberté de conscience. L’UDC et le PDC attaquent aujourd’hui la Franc-Maçonnerie sous l’angle de la transparence. Or, la transparence absolue– c’est-à-dire celle qui cherche à fouiller les consciences personnelles et la vie privée –est ce que les dictateurs ont toujours imposé à leurs sujets. C’est cela le totalitarisme, qu’il soit rouge, noir ou brun. Staline a persécuté les francs-maçons au goulag, Hitler les a expédiés en camp d’extermination, Mussolini les a bannis de la vie publique, Franco les a condamnés à mort. Et aujourd’hui, les islamoterroristes du Hamas veulent les anéantir comme ils le promettent dans leur charte.

 Ah ça, mesdames et messieurs les blochéro-papistes, on peut dire que vous êtes en belle compagnie !

 Pourquoi ces sempiternelles attaques contre la Franc-Maçonnerie par ces entités, en apparence, disparates ? Parce qu’elle propose un cheminement personnel vers une spiritualité sans dogme, par la libre interprétation des symboles ancestraux de la construction. Ce cheminement est intérieur et s’accomplit dans le silence. Contrairement aux sottises récemment débitées à la radio romande, la Franc-Maçonnerie n’est pas une société secrète. Mais il est vrai qu’elle ne fait pas de prosélytisme actif, contrairement aux institutions confessionnelles, aux partis et aux associations. On dit d’elle qu’elle est une société discrète. C’est une formule. Je préfère la qualifier de société tournée vers l’intériorité.

 Or, le papisme s’est toujours opposé à ce libre cheminement spirituel sans dogme, dans la mesure où justement, il se proclame gardien des dogmes de la conception vaticane du christianisme. Il est donc logique que cette institution s’oppose à tout ce qui promeut la liberté de conscience.

Tony Blair, faux socialiste mais vrai catholique converti, avec tout le zèle que cela implique, avait tenté, lui aussi, mais sans grand succès, d’obliger les fonctionnaires francs-maçons britanniques à se dévoiler.

 Jadis, l’institution vaticane[2] a usé de la terreur, comme celle de l’Inquisition, pour imposer ses dogmes. Aujourd’hui, loué soit l’Eternel, elle a mis de l’eau dans son vin. Mais ici ou là, elle tente de ranimer la flamme antimaçonnique dès qu’elle se sent en mesure de le faire. Ainsi, à Paris, au début de cette année, les hordes de Civitas, mouvement catholique intégriste, se sont-ils attaqués rue Cadet au siège du Grand Orient de France. Violemment.

D’une manière générale, toutes les formes politiques et sectaires qui veulent imposer leur conception du monde par la force – fascisme, communisme autoritaire, islamoterrorisme et autres – vouent une haine sans borne à la Franc-Maçonnerie et l’ont toujours persécutée.

 Les antimaçons ont pour argument qu’il faut contrer l’affairisme et le copinage, prétendue monnaie courante en Franc-Maçonnerie. Que des brebis galeuses broutent dans les prés de la Franc-Maçonnerie, cela peut arriver. Il y en a dans toutes les catégories de la population et au sein de toutes les associations, des sociétés d’anciens étudiants aux clubs de football. Mais un franc-maçon fautif n’entache pas toute la Franc-Maçonnerie. De même, les curés pédocriminels ne portent pas atteinte à toute l’institution vaticane. Dès lors, pourquoi s’attaquer à la Franc-Maçonnerie et à elle seule ? Ne serait-ce pas parce que – partout et depuis quatre siècles – elle constitue l’un des piliers des Lumières et de la démocratie ?

 Bien sûr, entre cette mesure hypocrite proposée par le Grand Conseil valaisan et les camps de concentration, il semble y avoir un abîme. Mais le passé nous a appris à quelle vitesse, cet abîme peut être franchi. On commence par ficher les parlementaires francs-maçons, puis on passera aux magistrats, aux policiers, aux fonctionnaires. Et on finit toujours par les utiliser, ces listes, sinon pourquoi les ferait-on, je vous le demande ? Au mieux pour discriminer les francs-maçons, au pire pour s’en débarrasser. Ce qui s’est passé hier, peut se reproduire demain. Il convient donc d’appeler un chat un chat, et la proposition du bureau parlementaire valaisan, une sacrée saloperie !

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Puisque certains de nos politicards d’aujourd’hui ont une mémoire de diptère amnésique, il convient de remettre le Temple maçonnique au milieu de l’Histoire helvétique. Et rappeler que le premier président de la Confédération, Jonas Furrer co-rédacteur de la Constitution qui a donné naissance à la Suisse moderne, était Franc-Maçon, vénérable (président) de la Loge Akazia à Winthertour. Cela nous change des lamentables faces blochériennes.

 

Jean-Noël Cuénod

 

PS. Le secret maçonnique étant mal compris par des confrères journalistes, ce blogue publiera une suite de textes sur ce fameux secret dont ceux qui en ignorent tout ne cessent d’en parler à tort, et surtout, à travers.



[1] A ma connaissance, ce canton compte trois Loges, toutes installées dans le Bas-Valais, terre moins influencée par l’institution vaticane. A comparer à la trentaine de Loges vaudoises et à la grosse vingtaine de Loges genevoises.

[2] C’est à dessein que j’utilise les termes de « papisme », d’ « institution vaticane » et non ceux d’ « Eglise catholique » ou, selon le nom officiel, d’ « Eglise catholique, apostolique et romaine ». L’Eglise catholique, à l’instar des autres Eglises protestantes et orthodoxes, a pour mission de diffuser le message chrétien. A ce titre, elle n’a pas à être évoquée dans un domaine qui relève de la politique. En revanche, l’Eglise catholique recèle un autre aspect, celui d’une institution étatique, politique et idéologique avec son monarque, ses agents gouvernementaux, sa force de maintien de l’ordre et sa très active diplomatie. Dès lors, c’est  cet aspect – l’institution politique et non l’Eglise en tant que porteuse du message chrétien – qui est justiciable du débat politique avec toutes les critiques que cela peut comporter. 

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25/05/2013

Le curé savoyard est Franc-Maçon? Viré!

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Connaissez-vous la «Congrégation pour la doctrine de la foi»? Jadis, elle s’intitulait Sainte Inquisition et se chargeait de torturer, puis de jeter aux bûchers les humains qui avaient la témérité de ne pas penser dans sa ligne. Avec son appellation contemporaine, elle a rangé dans ses coulisses, fagots et estrapades. Mais l’esprit est resté tel quel: intolérance, tyrannie, haine de la liberté, soif de domination, trahison du message chrétien.

 

Sa dénomination présente relève en soi du blasphème: une «Congrégation» formée d’humains s’arroge le droit illégitime d’assigner une «doctrine» à la Foi qui est un don de Dieu et ne relève que de Lui seul. Ce faisant, ces inquisiteurs modernes tentent d’enfermer Dieu dans des doctrines trop humaines pour être honnêtes et cherchent ainsi à rabaisser l’Eternel à leur niveau. Mais la Foi n’a que faire de ces doctrinaires ensoutanés. Elle vole librement d’âme en âme.

 

Le dernier coup tordu des inquisiteurs a pour victime le curé de Megève, le Père Pascal Vesin. A la demande du Vatican, l’évêque d’Annecy Yves Boivineau l’a démis de sa charge. Son crime? Le Père est aussi un Frère, car, selon Mgr Boivineau, il aurait été initié dans une Loge savoyarde du Grand Orient de France. Rome l’a sommé de choisir entre l’Eglise romaine et la Franc-Maçonnerie. Le Père Vesin a refusé ce choix qui relève du terrorisme moral et porte atteinte à ce qui constitue notre qualité d’être humain, la liberté de conscience.

 

Pour expliquer la décision vaticane, l’évêque Boivineau prétend qu’il y a «incompatibilité entre les principes de la Franc-Maçonnerie et ceux de la foi chrétienne». Mensonges! Que construisaient les Maçons opératifs de jadis? Des Cathédrales. Qui a rédigé la Constitution fondatrice de la Franc-Maçonnerie moderne? Deux pasteurs qui ont voué leur vie à diffuser la Parole du Christ, Jean-Théophile Désaguliers et James Anderson. D’ailleurs, ils proscrivaient l’entrée en Maçonnerie des «athées stupides » et des « libertins irréligieux». Nombre d’hommes d’Eglises ont figuré, figurent et figureront au sein des Loges.

 

La Franc-Maçonnerie – et particulièrement le Grand Orient de France – prône la liberté absolue de conscience. En quoi ce principe interdirait-il l’entrée des Temples maçonniques aux chrétiens? Au contraire. Cette liberté de conscience fait partie du message chrétien: C'est pour la liberté que Christ nous a affranchis. Demeurez donc fermes, et ne vous laissez pas mettre de nouveau sous le joug de la servitude (Epître aux Galates 5. I.

L’un des rites de la Franc-Maçonnerie, celui du Régime Ecossais Rectifié, puise directement aux sources du christianisme. Et dans les nombreux autres rites maçonniques, les références judéo-chrétiennes foisonnent; aucun d’entre eux ne contrevient aux principes du christianisme énoncés, non pas par les illégitimes officines romaines, mais par les Evangiles, le seul guide fiable des chrétiens.

 Alors, la machine papiste peut bien mouliner ses bulles sectaires, devant la Bible, elles ne sont que gribouillis infâmes.

 Le Plouc a croisé, il y a quelques années le Père Vesin. C’est un bel homme de Dieu qui, dans ses montagnes, a su donner des ailes à la Parole. Nous lui dédions cet extrait de la Profession de Foi du vicaire savoyard de Jean-Jacques Rousseau.

 Pénétré de mon insuffisance, je ne raisonnerai jamais sur la nature de Dieu, que je n’y sois forcé par le sentiment de ses rapports avec moi. Ces raisonnements sont toujours téméraires, un homme sage ne doit s’y livrer qu’en tremblant, et sûr qu’il n’est pas fait pour les approfondir: car ce qu’il y a de plus injurieux à la Divinité n’est pas de n’y point penser, mais d’en mal penser.

 

Jean-Noël Cuénod

02/09/2010

La Croix et le Triangle contre Nicolas Sarkozy

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portait-nicolas-sarkozy.jpgdelta-lumineux-or.jpgLes  mesures sécuritaires à relents xénophobes prises cet été par le président Nicolas Sarkozy suscitent la vive opposition des deux piliers antagoniques mais complémentaires de la morale française: l’Eglise catholique romaine et le Grand Orient de France.
L’une est la dépositaire des traditions chrétiennes de sa «fille aînée» contre les vents et les marées de l’Histoire. L’autre, principal pôle fédérateur de Loges maçonniques en France, est le vigilant gardien des traditions laïques et républicaines du pays voisin.
L’Histoire a souvent opposé ces deux piliers — la croix et le triangle. Aujourd’hui encore, le regard qu’ils portent l’un envers l’autre reste empreint d’une grande méfiance. Mais le renvoi massif des Roms et la remise en cause de la naturalisation française de certains criminels les placent dans la même position de refus, au nom des valeurs chrétiennes et républicaines.
 
 
La réaction de l’Eglise romaine s’est révélée d’une particulière virulence. Ainsi, un prêtre lillois — le Père Arthur — a-t-il renvoyé au ministre de l’Intérieur Brice Hortefeux sa médaille de l’Ordre du Mérite en guise de protestation. En proie à une sacrée colère, le Père Arthur a même déclaré qu’il priait «pour que Nicolas Sarkozy ait une crise cardiaque», tout en regrettant peu après cette prière peu catholique. Le pape a usé de mots plus choisis pour stigmatiser l’action sécuritaire du président français, mais son propos ne s’en montre pas moins ferme lorsque Benoît XVI exhorte le chef de l’Etat à «accueillir les légitimes diversités humaines».
 
 
Quant au Grand Orient de France, qui tient ses assises aujourd’hui et demain, il proclame à l’endroit de l’Elysée: «La stigmatisation et l'exclusion, la confusion et l’amalgame, ne sauraient résoudre les problèmes qui se posent».
Elevé à la dignité de chanoine du Latran par Benoît XVI au début de son quinquennat, le président français n’est donc plus en odeur de sainteté au Vatican. Et le fait que le secrétaire général du parti sarkozyste UMP Xavier Bertrand appartienne à une Loge du Grand Orient, comme il l’a publiquement annoncé, ne met aucune eau dans le vin des agapes maçonniques.
 
 
A notre connaissance, Nicolas Sarkozy est le premier chef d’Etat français à prendre le risque d’affronter l’Eglise et le Temple en même temps. Depuis le Consulat, le pouvoir politique a tenté, soit de se concilier les deux piliers, soit de jouer l’un contre l’autre, mais a toujours évité de les prendre de front ensemble. Certes, leur influence politique n’est plus celle qui prévalait au début du XXème siècle. Il n’en demeure pas moins que les 47 000 francs-maçons du Grand Orient de France pèsent encore d’un poids certain dans la vie associative, de même que les catholiques.
 
 
Par ses discours que ne renierait pas Blocher, Sarkozy a voulu récupérer ses électeurs d’extrême droite qui sont en train de rentrer au bercail de la famille Le Pen. Le pari est des plus hasardeux, car il risque aussi de légitimer le discours du Front national et de lui donner ainsi des voix. Tout en perdant celles de la droite chrétienne et du centre républicain.
Jean-Noël Cuénod
(Ce texte a paru en rubrique "Perspective" de la "Tribune de Genève" et en rubrique "Réflexion" de "24 Heures" jeudi 2 septembre)

10:16 | Lien permanent | Commentaires (14) | Tags : sarkozy, pape, eglise, franc-maçonnerie, grande orient de france | |  Facebook | | |

14/04/2010

La Franc-Maçonnerie est-elle soluble dans la politique ?

Ainsi, plusieurs Francs-Maçons ont décidé de créer une association – Dialogue et Démocratie suisse – annonce la « Tribune de Genève » (lire ce lien). Elle se définit ainsi : «Club d’inspiration maçonnique transversal, interobédientiel (1), mixte et accueillant des non-francs-maçons en accord avec notre démarche humaniste». Les fondateurs de DEDS se défendent de lancer un nouveau parti et se refusent à présenter des candidats à des élections. Ils veulent mener débats sur des thèmes politiques dans l’optique humaniste héritée des Lumières.


Ces Frères et ses Sœurs ont parfaitement le droit de s’organiser ainsi. De plus, la tolérance – mieux, le respect de l’autre – étant l’une des vertus cardinales prônée par la Franc-Maçonnerie, Le Plouc se garde bien de vilipender cette initiative. Cela dit, elle ne correspond pas à l’idée qu’il se forme de cet Ordre initiatique ; il y verrait plutôt une regrettable confusion des plans.


La politique relève de l’exotérisme dont l’action est dirigée vers l’extérieur de l’être humain. Elle a pour corollaire l’engagement.
La Franc-Maçonnerie appartient à l’ésotérisme dont l’action est dirigée vers l’intérieur de l’être humain. Elle a pour fondement l’initiation.
Il s’agit donc de deux termes, complémentaires certes, mais rigoureusement opposés.


Il est impossible de donner une définition succincte d’un ensemble aussi vaste et complexe que constitue la Franc-Maçonnerie. Esquissons-en quelques traits.


La Franc-Maçonnerie moderne, née à Londres en 1717, revendique l’héritage, au moins moral,  de la Franc-Maçonnerie, dite opérative, qui avait pour vocation d’initier les hommes – et les femmes dans certains cas ! – à la construction des cathédrales. Mais au fil du temps, nos sociétés n’ont plus érigé ces prières de pierres qui enchantent encore l’Europe. A l’aube du XVIIIème siècle, une nouvelle forme de Franc-Maçonnerie, dite spéculative, est née. Le Temple qu’elle se propose d’élever se situe dans le cœur de l’humain, un Temple qui demeure toujours à l’état de chantier. Les outils sont devenus des symboles dont la mise en œuvre aide chaque initié, à son rythme et de son propre gré, à se construire, à réunir ce qui, en lui, est épars pour donner à sa conscience un champ nouveau.


Ces outils symboliques lui permettront aussi de méditer sur ces questions qui le taraudent dès que les besoins vitaux sont satisfaits : qui suis-je ? Pourquoi suis-je sur cette terre ? L’initiation, peut-être, lui ouvrira l’œil intérieur qui capte la réalité suprême et véritable de chaque être, au-delà des formes changeantes.


Cela ne signifie pas que le Franc-Maçon se claquemure dans sa recherche intérieure. Il n’a pas de vocation monastique et reste plongé dans la vie active. Simplement,  - si l’on ose dire ! - son travail en Loge lui offre la possibilité de retrouver ce silence fraternel qui le revivifie.
Son activité sociale et politique s’en trouvera peut-être changée. Mais ce n’est pas à sa Loge d’en diriger le cours ni à gauche, ni à droite, ni au centre ! Ce qu’il a capté tout au long de sa démarche, il le restituera dans la société mais à l’extérieur du contexte maçonnique qui doit rester un lieu de ressourcement et non de débats partisans.


Comme le conseille un sage adage : « Médite dans le Temple et agit sur le forum. Mais ne prend pas le Temple pour le forum ». Ni le forum pour le Temple, est tenté d’ajouter Le Plouc.

Jean-Noël Cuénod

(1) Les Francs-maçons appellent « obédiences » les fédérations de Loges qui se constituent sur une base territoriale ou qui partagent la même conception de la Franc-Maçonnerie.

22:00 | Lien permanent | Commentaires (35) | Tags : franc-maçonnerie, ésotérisme, exotérisme, politique | |  Facebook | | |