05/04/2016

#NuitDebout Faire rentrer les rêves dans les urnes

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 «Nos rêves ne rentrent pas dans vos urnes». Inscrite sur une pancarte, place de la République à Paris, cette formule dit bien des choses sur le mouvement «Nuit Debout» qui prend de l’ampleur mais aussi sur la France telle qu’elle est aujourd’hui. Contrairement aux mouvements d’apparence similaire en Espagne ou aux Etats-Unis, les jeunes «indignés» français n’ont pas l’intention de créer un parti ou d’investir une formation existante pour la transformer. Certes, ils évoquent une révolution dont les contours ne peuvent qu’être flous mais sans se référer à des contenus idéologiques précis, à la différence de leurs lointains aînés de Mai-68.

Ce mouvement spontané trahit surtout le désarroi français devant l’inefficacité de son système politique qui n’offre pas la moindre perspective à la jeunesse, quel que soit le parti au pouvoir. Un système qui ne «fabrique» que des nains politiques n’ayant d’autres stratégies que communicantes.

Cette prise de parole spontanée – qui s’est répandue dans tout l’Hexagone avec une stupéfiante rapidité grâce aux réseaux sociaux – suscitera-t-elle l’émergence d’une structure politique d’un type nouveau? La France l’avait déjà espéré après la grande manifestation qui avait suivi les attentats de janvier 2015 contre l’HyperCasher et Charlie-Hebdo. Mais le soufflé était retombé peu après.

Si les rêves ne rentrent pas dans les urnes. Se priver d’urne peut virer au cauchemar. Soit en retournant dans une impuissance décourageante, soit en provoquant un chaos qui ne peut que profiter au Front national. Le temps du débat collectif est essentiel. Mais il faudra le dépasser et donner à ce mouvement un contenu politique qui permettrait d’offrir une alternative crédible à des institutions françaises devenues inaptes à répondre aux défis actuels.

   Jean-Noël Cuénod

 Editorial paru dans le quotidien 24 Heures, mardi 5 avril 2016

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02/04/2016

François Hollande ou la déroute en chantant

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(Photo: François Hollande tentant de s'extirper d'un de ses Himalayas)

Inébranlable. A ses visiteurs – qui sont priés de le répéter aux médias en prenant la mine mystérieuse des favoris du sérail – François Hollande affirme qu’il tient bon, qu’il cache dans la manche de son costume gris taupe des atouts pour se faire réélire en 2017. Peu importent le million de jeunes (et d’anciens jeunes) qui déboulent dans les rues de France, les colossales finesses qui se retournent contre lui, les échecs qui font mal, les initiatives qui font pschiiit et les projets qui font plouf.

Sa fameuse loi travail est détricotée à chaque fois qu’un corps social montre les dents. Si bien que l’on aura un texte typiquement «hollandais» qui, de concessions en corrections, transforme la grrrrande rrrréforme  – roulez tambours !– qui allait rendre l’embauche des chômeurs attractive pour les chefs d’entreprise, en réformette – résonnez pipeaux ! – qui, en voulant ménager chacun mécontente tout le monde.

Billard à trois bandes et à un mauvais trou

Pour la constitutionnalisation de l’état d’urgence, même scénario pourri. François Hollande a voulu jouer au malin en puisant ses projets dans l’arsenal démagogique de l’extrême-droite afin de court-circuiter Nicolas Sarkozy. La déchéance de nationalité pour les terroristes était l’une des mesures mises en avant par le président – on ne rit pas ! – socialiste. Cette vieille lune du Front national ne sert strictement à rien pour lutter contre le djihadisme. Qu’importe, ça fait vibrer les réseaux sociaux et ça empiète sur la droite. Vous ne pouvez pas comprendre. C’est du billard à trois bandes. Mais l’ennui avec Hollande, c’est que la balle tombe souvent dans le mauvais trou.

Il est resté bloqué par ce piège pourtant bien prévisible : soit on ôte la nationalité à tous les terroristes, même à ceux qui n’ont que le passeport français et l’on créé des apatrides, contrairement au droit international ; soit, on ne l’enlève qu’aux terroristes binationaux et l’on suscite une inégalité de traitements entre deux types de Français. On connaît la suite : incapable d’obtenir la majorité des trois cinquièmes des parlementaires pour changer la Constitution, François Hollande a dû renoncer à inscrire l’état d’urgence dans le marbre de la Loi fondamentale. Heureusement d’ailleurs pour la liberté des Français. On frémit à l’usage qu’une Marine Le Pen aurait pu faire d’une telle réforme, offrant plus de pouvoirs à la police et moins à la justice.

Il en est allé de ce projet comme des autres grandes propositions présidentielles : on dessine un Himalaya sur les écrans médiatiques et c’est une taupinière, dans le meilleur des cas, qui surgit sur la terre du réel.

Le capitaine de pédalo coincé au milieu du gué

François Hollande a été élu sur une politique clairement axée à gauche, avec une augmentation d’impôt pour les plus riches qui aurait permis d’aider les petites et moyennes entreprises. Mais il s’est laissé bloquer d’emblée par la chancelière allemande en acceptant le traité européen sur la rigueur budgétaire. Dès lors, sa marge de manœuvre a été réduite à un mince filet. Il aurait dû ouvrir une crise au sein de l’Union en refusant, par le biais de son parlement, de parapher le traité européen. Cela aurait permis au moins de vider un abcès qui continue à infecter l’UE.

Mais Hollande n’est pas un homme de rupture. Il préfère louvoyer. A cet égard, la formule lancée par Jean-Luc Mélenchon, faisant du président un capitaine de pédalo, s’est cruellement vérifiée. En se pliant au diktat de Berlin, le président socialiste n’a pas eu d’autres choix que de mener une politique libérale. Mais alors, il aurait fallu expliquer ce revirement aux Français, notamment à ses électeurs, et définir clairement la nouvelle optique sociale-libérale de son gouvernement. Au lieu de cela, Hollande n’a pas assumé publiquement sa volte-face, distillant ici et là des réformettes plus ou moins libérales et rarement sociales, tout en prétendant mener une politique de gauche.

En suivant la logique du capitalisme, son action ne va pas assez loin dans le sens du libéralisme. Mais dans une optique socialiste, elle trahit tous les objectifs poursuivis par la gauche. A cause de cette politique chafouine, la France se trouve au milieu du gué au moment de la plus forte crue. D’où l’angoisse collective qui parcourt l’Hexagone.

Le désarroi français est d’autant plus grand que personne ne voit d’issue à la situation présente. Il n’y a guère que François Hollande pour croire en ses chances en 2017. Nicolas Sarkozy et son catastrophique quinquennat ne sauraient constituer une alternative. Malgré ses succès électoraux, le Front national ne possède pas un appareil politique compétent et Marine Le Pen a démontré lors de son calamiteux voyage au Canada – où aucune figure politique, même de second plan, n’a accepté de la rencontrer –qu’elle ne dispose d’aucune crédibilité internationale. Sauf dans la Russie poutinienne qui participe au financement de son parti.

Le centre introuvable

Tous les regards convergent donc vers Alain Juppé, l’ancien premier ministre de Jacques Chirac. Ce qui, d’ailleurs, en dit long sur l’absence de renouvellement des élites politiques françaises. Libéral mais soucieux de régulation, partisan d’un centre-droit ouvert à certaines idées sociales-démocrates mais fermé au racisme d’extrême-droite, Juppé paraît en situation de fédérer les électeurs du centre-gauche et du centre-droit qui, numériquement, constituent la grande majorité des Français. Mais cette majorité numérique n’a pas – pas encore ? – trouvé le vecteur politique qui lui permettrait de parvenir enfin au pouvoir. Le mode de scrutin – majoritaire à deux tours – ne le permet pas. Il a créé le bipartisme qui a scindé le centre en deux parties opposées. Avec le tripartisme qui se dessine par le surgissement du Front national, cette situation ne va pas s’améliorer. Au contraire, la présence du FN va radicaliser tant la gauche que la droite classique, au détriment du centre.

Dès lors, la France ne pourra pas se sortir de sa mélasse sans une réforme profonde de ses institutions. Le mode de scrutin actuel favorise les forts en gueule. Il devient indispensable d’avantager, sinon les forts en thème, plutôt les forts en cervelle.

Jean-Noël Cuénod

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09/07/2014

Les perroquets fous du dialogue social à la française (les Jeudis du Plouc*)

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Le président François Hollande avait eu l’excellente idée de redonner vie au dialogue entre syndicats de salariés et organisations patronales, dialogue qui se trouvait bien malade depuis fort longtemps en France.

Mais du désir à la réalité, le fossé tient plus de l’Atlantique que de la Seymaz[1]. Car la France, c’est le pays, non pas du dialogue, mais du monologue à plusieurs. Chacun cause sans entendre l’autre. L’autre qui, de toute façon, ne cherche pas à vous à écouter puisqu’il bavarde de son côté. Le troisième fait la même chose. Et le quatrième. Et ainsi de suite.

 

Les tables rondes sociales, c’est en fait une assemblée de perroquets sourds mais non pas muets, hélas !

 

Chaque perroquet quitte ensuite son perchoir en gueulant encore plus fort que, décidemment personne ne l’écoute et que puisque c’est comme ça, il s’en va, non sans lâcher une fiente courroucée.

 

Enfin, chaque volatile glapissant se rend dans sa volière où l’attendent ses congénères pour leur brosser le topo de ses exploits de négociateur à la gauloise :

«Putain, les camarades, si vous aviez vu la mandale que je leur ai mis dans les gencives ! Ah, vous auriez dû voir ça! C’était du chaud et du lourd. Mais grâce à moi, on n’a rien lâché. Rien, j’vous dis!»

 

Une petite voix se fait entendre : «Ouai, euh, mais on n’a rien obtenu non plus». Tous ses camarades psittaciadae dardent alors sur l’intrus un œil aussi rond que furibard :

«Toi, le réformiste, tu fermes ta gueule! Compris?»

 

C’est donc ce qui s’est passé lors de la Conférence sociale que vient d’organiser par le président français et son premier ministre Manuel Valls. Le Medef, organisme patronal, a joué le grand air des maîtres chanteurs en affirmant qu’il refuserait de s’asseoir à côté du gouvernement et des syndicats si on ne le caressait pas dans le sens du plumage. Pour lui complaire, Valls a aussitôt annoncé le report d’une mesure en faveur des travailleurs qui subissent les travaux les plus pénibles[2].  Après cela, trois des syndicats les plus importants – FO, CGT et FSU (fonction publique et enseignants) ont claqué la porte, parfois même avant de l’ouvrir (la porte, bien sûr). Sont restés à négocier : la CFDT, la CFTC (les chrétiens), CFE-CGC (les cadres) et UNSA (les autonomes). Mais sans les trois autres syndicats, cette table ronde s’est révélée bancale.

 

Pourquoi la France est-elle l’un des rares pays avancés où le dialogue social relève de la mission impossible ? Comme toujours, les causes sont diverses. Parmi celles-ci, figure en bonne place l’esprit monarchique qui dort dans chaque français mais qui se réveille dès qu’il devient patron :

«Je suis le maître de ma boîte (de mon atelier, de mon entreprise, de mon groupe, de ma multinationale) et si je cède quoique ce soit, les gueux vont prendre ça pour de la faiblesse et n’hésiteront pas à me couper la tête, ou pis, à m’arracher une augmentation. On leur donne un ongle, à ces manants, et ils vous prennent un bras ou pis, une Rolex».

 

De plus, le syndicat des patrons joue sur du velours. Le Medef est, de loin, l’organisation la plus importante, côté employeurs, lors des négociations. En face de lui huit syndicats se disputent la représentation des travailleurs (CGT, CFDT, FO, UNSA, CFE-CGC, Sud, CFTC, FSU). Or, malgré leur nombre pléthorique, ces organisations représentent moins de 8% de l’ensemble des salariés français. Elles sont donc à la fois divisées et peu ou pas représentatives. C’est un peu comme si les juniors suisses allaient défier l’équipe d’Allemagne en Coupe du Monde.

 

Cette situation provoque de la surenchère entre les syndicats et empêche la recherche de solutions de compromis qui débloqueraient la France.

 

Au fond, ni les syndicats ni le patronat ne souhaitent vraiment que le dialogue social réussisse. Le patronat reste au sommet de sa puissance et dicte ses volontés au gouvernement qu’il soit de droite ou de droite, je veux dire de droite ou de gauche. Il ne veut rien céder de son pouvoir monarchique. Et pourquoi le ferait-il face à des syndicats aussi nuls ?

Quant aux syndicats, leurs permanents (salariés par les syndiqués) sont trop heureux de disposer d’autant d’organisations dans lesquelles ils règnent, eux aussi, en petits monarques. La fusion en une seule organisation puissante risquerait de mettre en péril leurs privilèges bureaucratiques.

 

«Français, encore un effort si vous voulez être républicains!» clamait le Marquis de Sade dans sa « Philosophie dans le boudoir». Plus de deux siècles plus tard, l’ouvrage est resté sur le métier.

 

Jean-Noël Cuénod

 

*PS : certes, nous sommes mercredi, mais demain Le Plouc et La Plouquette rejoindront les hauteurs du Lötschental. D’où ce jeudi prématuré.



[1] Pour ceux qui ne sont pas de Piogre-sur-Rhône, la Seymaz figure dans Wikipédia. Jetez-y un œil. Vous ne risquez pas la noyade.

[2] Lexpress.fr : En fonction de leur temps d'exposition à différents facteurs de pénibilité, ces salariés pourront accumuler des points sur un compte personnel qui leur permettra de partir plus tôt à la retraite, de se former ou de travailler à temps partiel. A terme, ce seront ainsi 3 millions de salariés qui seront concernés, selon le gouvernement.

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Exemple de conférence sociale...


Les perroquets attaquent!!! par MiGhTyToM

 

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01/07/2014

Nicolas Sarkozy et François Hollande, le duo des Calamiteux VERSION ACTUALISEE

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Version actualisée en fin de texte, caractères gras

Avec un Espace Vidéo.

Nicolas Sarkozy aime être le premier. En tout. La Police judiciaire vient de le satisfaire. Depuis tôt ce matin, il est le premier ex-président de la République à être placé en garde à vue. Même Jacques Chirac ­– pourtant condamné en 2011 à deux ans de prison avec sursis dans l’affaire des emplois fictifs de la Ville de Paris – n’avait pas dû subir cette humiliation de partager ses 24 heures (voire plus, si affinités avec les poulagas) entre une cellule et la salle d’interrogatoire. Les policiers, sur demande de deux juges d’instruction, sont en train de le cuisiner afin de tenter d’en savoir plus sur le vaste réseau d’information que l’entourage de Sarkozy aurait tissé au sein des plus hautes instances de la police et de la justice françaises. L’information pénale porte sur les chefs d’accusation suivants, «trafic d’influence» et «violation du secret de l’instruction». Deux hauts magistrats de la Cour de cassation, Gilbert Azibert et Patrick Sassoust, ainsi que l’avocat de Sarkozy, Me Thierry Herzog, sont également interrogés en garde à vue.

En résumé, le magistrat Azibert est soupçonné d’avoir donné des informations couvertes par le secret de l’instruction aux proches de Nicolas Sarkozy pour le tenir informé des développements de l’affaire Bettencourt, lui permettant ainsi de bien préparer sa défense. Pour ce service, le juge de cassation aurait reçu la promesse d’obtenir un poste plaqué or à Monaco. Cette affaire avait été découverte à la suite d’un autre dossier concernant Sarkozy, celui de l’éventuel financement de sa campagne présidentielle  par Kadhafi. Sarkozy se doutant qu’il était placé sur écoute par la police, avait acquis un autre téléphone portable pour s’abonner sous le nom de Paul Bismuth. Mais les policiers avaient aussi découvert cette «ligne Bismuth» et l’avait également branchée sur leurs longues oreilles, ce qui leur a permis d’engranger de précieux indices. 

Qu’il soit ou non innocent, Nicolas Sarkozy trimballe une batterie de cuisine complète à faire rêver les marmitons les mieux dotés. Dès lors, sa volonté de se représenter à l’élection présidentielle de 2017 prend un autre visage, celui d’un Berlusconi se faisant élire pour bénéficier de l’immunité présidentielle. Peut-être que ses nombreuses accusations tomberont dans le néant. Il n’empêche que le soupçon polluera sa campagne. C’est pourquoi la plupart des dirigeants de son parti l’UMP veulent à tout prix empêcher son retour. Ils savent qu’ils payeront très cher une berlusconisation de leur formation.

Nicolas Sarkozy pourrit la droite. A gauche, c’est l’actuel président François Hollande qui sert d’agent de décomposition. Certes, les affaires judiciaires ne plombent pas son quinquennat. L’affaire Cahuzac, pour aussi grave qu’elle soit, n’est pas le symptôme d’un système mais la faillite abyssale d’un homme. En revanche, l’incompétence du président dans l’exercice de ses fonctions saute aux yeux (et au porte-monnaie des Français) après plus de deux ans passés à l’Elysée. De reculades en reniements, la politique de François Hollande n’a ni cap ni contours, ni queue ni tête. En quatre mois et demi de pouvoir, le président du Conseil italien Matteo Renzo a accompli plus de réformes que Hollande en vingt-six mois. L’Italie est d’ailleurs en passe de remplacer la France comme interlocuteur privilégié de l’Allemagne en Europe. Le président français est contesté par ses propres troupes qu’il a menées aux désastres électoraux ; son impopularité l’empêche d’agir ; son crédit politique – et, partant, celui de la France – est au plus bas sur la scène internationale.

Dès lors, même si, par miracle, la courbe de l’emploi se redresse dans un sens favorable, François Hollande n’est même pas certain d’en recueillir les fruits qui risquent plutôt d’être chapardés par son premier ministre Manuel Valls.

Faisons un cauchemar. Nicolas Sarkozy se présente sous la bannière de la droite et François Hollande brigue un second mandat. Marine Le Pen aura en face d’elle un Sarkozy englué dans les affaires et un Hollande empêtré dans son bilan. Elle n’aura même pas besoin de faire campagne pour prendre possession de l’Elysée.

Il devient donc urgent pour les deux partis de gouvernement de se débarrasser de leurs faiseurs de défaites qui ont largement dépassé la date de péremption.

Ce blogue a été cité mercredi matin à la Revue de presse de France-Inter.

Jean-Noël Cuénod

Mercredi vers 2 heures du matin,  les juges d'instruction ont mis en examen Nicolas Sarkozy pour corruption active, trafic d'influence actif et recel de violation du secret professionnel. Il est ressorti du Pôle financier libre et sans contrôle judiciaire. D'ores et déjà, ses lieutenants s'activent pour protester contre cet "acharnement judiciaire". Le premier ministre Manuel Valls rétorque: "Les faits sont graves". Pour l'UMP, la grosse affaire concerne Bygmalion et les impressionnants frais de la campagne Sarkozy pour l'élection présidentielle de 2012.

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Garde à vue de Nicolas Sarkozy : quels sont les... par lemondefr


14/01/2014

François Hollande, apôtre du social-libéralisme à la recherche de nouveaux appuis.

Le président François Hollande a confirmé mardi, lors de la troisième conférence de presse de son quinquennat, le coup de barre à droite esquissé lors de ses vœux. Ce mouvement est la suite inéluctable du vice fondamental de sa présidence, à savoir l’acceptation du pacte budgétaire européen. Lors de sa campagne électorale, le candidat Hollande avait promis de le renégocier avant sa ratification par la France. Mais durant les premières semaines qui ont suivi son élection, le nouveau président n’a pas osé sauter le pas et s’est contenté d’ajustements cosmétiques. Ce pacte a donc permis à l’Allemagne de sortir son épingle du jeu en plombant ses partenaires et néanmoins concurrents. La logique de l’austérité a roulé – et roule encore ­– sur la France comme sur les autres.

 

François Hollande assume aujourd’hui les conséquences de cette faute initiale. Ceux qui se plaignent que le président français ne désigne pas de cap et qu’il se contente de naviguer dans le flou ont tort. Le cap est clairement défini : il est social-libéral, sans équivoque. Le président socialiste offre même au patronat une fleur que même la droite n’avait jamais osé lui cueillir : la fin des cotisations familiales qui ponctionnent les entreprises et les indépendants.

Pour développer cette politique ­– qui a pour cœur le « pacte de responsabilité » (les entreprises auront moins de charges et devront embaucher plus) – Hollande a besoin d’appuis sur les plans social et politique.

 

Sur le plan social, le courant semble bien passer entre le nouveau « patron des patrons » du Medef Pierre Gattaz et le président de la République. Côté salariés, le syndicat CFDT ­– mieux implantés que la CGT et FO dans le secteur privé et, surtout, plus déterminé que ces deux centrales à négocier ­– reste l’allié le plus sûr du gouvernement pour appuyer sa politique de concertation.

Sur le plan politique, François Hollande ne peut pas faire assumer son social-libéralisme par le seul Parti socialiste ; il doit chercher d’autres appuis pour le légitimer auprès d’un cercle plus large d’électeurs. En outre, le président éprouvera de la peine à convaincre son aile gauche de le suivre sur ce chemin. Mais quelques ministères judicieusement attribués transformeront les Che Guevara d’aujourd’hui en Tony Blair de demain. Les Verts ne comptent pas. Avec la gauche de la gauche, les ponts sont définitivement rompus. Il ne reste donc que le centre-droit, soit l’UDI, pour lui servir d’allié potentiel.

 

D’ailleurs, le leader des centristes, Jean-Louis Borloo a déclaré d’emblée qu’il soutiendrait le « pacte de responsabilité », « s’il est concret », ajoute-t-il. Dès lors, après les élections municipales et européennes du printemps prochain, pourquoi ne pas conclure une alliance gouvernementale entre l’UDI et le Parti socialiste ? La France aurait un exécutif de coalition comme cette Allemagne qu’elle a pris pour modèle.

 

Mais pour ce faire, les centristes doivent mettre de l’ordre dans leurs diverses maisons. La jonction entre l’UDI de Borloo et le Modem de Bayrou ne s’est pas encore réalisée. Dès lors, Hollande doit certainement brûler quelques cierges pour que la mayonnaise centriste finisse par prendre.

 

Jean-Noël Cuénod


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Les points forts de la conférence de presse présidentielle 

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01/01/2014

Les vrais vœux cachés de François Hollande

 

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 Légende: Jean-Luc Mélenchon et François Hollande se tournent le dos, plus que jamais.

Depuis que Charles de Gaulle en a inauguré la pratique en 1958, chaque président français doit accomplir la cérémonie des vœux. Parfois, elle est le vecteur d’annonces lourdes de conséquences historiques. Ainsi, le 1er janvier 1961 (voir la première vidéo), le Général avait prévenu les Français que s’ils n’acceptaient pas l’autodétermination du peuple algérien en vue de son indépendance, « par un oui franc et massif », il démissionnerait aussitôt de ses fonctions présidentielles. Une semaine après, le corps électoral lui donnait satisfaction. Un an et demi plus tard, l’Algérie n’était plus française.

 Mais la plupart du temps, les vœux présidentiels sont aussi passionnants à suivre qu’un programme de figures imposées en patinage plus ou moins artistique.

 

Si François Hollande ne saurait être comparé à de Gaulle, ni par l’époque ni par la stature, il n’en demeure pas moins que ses vœux pour 2014 n’ont rien d’anodins (voir la seconde vidéo). Ils annoncent clairement que le gouvernement socialiste accentuera encore plus son mouvement vers la droite.

 

Il est tout de même fort rare d’entendre sortir de la bouche d’un chef d’Etat socialiste de telles prises de position :

 

–      « les impôts sont devenus lourds, trop lourds, à force de s’accumuler depuis de nombreuses années » (mais alors pourquoi les a-t-il augmentés ? Pourrait-on lui rétorquer) ;

–      « je veux réduire la dépense publique » ;

–      « la sécurité sociale (…) doit en terminer avec les excès – nous les connaissons – et les abus » ;

–      « je veux simplifier (…) les démarches administratives  (…) c’est une condition pour que nous puissions être plus attractifs, plus modernes, plus souples ».

 

La mesure phare présentée par Hollande se situe dans la droite ligne de… cette ligne à droite ! Il s’agit du « pacte de responsabilité aux entreprises » : « Il est fondé sur un principe simple, moins de charges sur le travail, moins de contraintes sur leurs activités et, en contrepartie, plus d’embauches et plus de dialogue social », praeses dixit !

D’ailleurs, le Medef, syndicat patronal français, a aussitôt approuvé cette proposition, par la voix de son président Pierre Gattaz : « Le Medef est prêt à participer et à s’impliquer activement pour bâtir concrètement le pacte annoncé par le président de la République. Il faut cependant avancer rapidement car il y a urgence». Le Medef revendique même la paternité  de cette idée qu’il avait émise mi-novembre dernier.

 

Il reste à savoir si le patronat va vraiment jouer le jeu hollandais ou s’il se contentera de ramasser la mise en faisant fi de ses contreparties. La faiblesse des syndicats français pourrait l’y inciter. En ce cas, l’Etat tapera-t-il du poing sur la table patronale ?

 

Lors de ses vœux, le président français a donc confirmé que les ponts avec la gauche de la gauche étaient définitivement coupés, comme le confirme la violence du commentaire diffusé par François Delapierre, secrétaire national du PG de Jean-Luc Mélenchon : « Pour 2014, les intentions exprimées par François Hollande lors de ses vœux  sont claires, continuer d'arroser les puissants et de maltraiter le peuple. Le président nous a resservi un pot-pourri des poncifs néolibéraux qu'il a appliqués cette année ». En comparaison, la réaction du secrétaire général adjoint de l’UMP, Geoffroy Didier, paraît presque tendre : « Si ces vœux  étaient sincères, ils étaient surtout stériles ». Et au sein de l’aile gauche du Parti socialiste la gêne est perceptible.

 

Dès lors, les vœux de François Hollande en cacheraient-ils d’autres ? Relevons tout d’abord que, contrairement à l’an passé, le président n’a pas prononcé une seule fois le nom de son premier ministre Jean-Marc Ayrault. Serait-ce l’indice d’une prochaine éviction ? Sans doute puisqu’après les élections municipales et européennes (mars et  mai prochains), le chef de l’Etat changera son équipe gouvernementale. Si les socialistes peuvent éviter une déroute totale aux municipales ­– du fait de l’attachement des électeurs aux premiers magistrats de leurs communes et des triangulaires PS-Front national- UMP ­– ils risquent fort un Waterloo aux Européennes.

 

Dès lors, en plaçant la barre aussi à droite, le président socialiste ne prépare-t-il pas un gouvernement de coalition avec le centre-droit ? Certes, la Cinquième République n’a guère l’usage de ce mode de gouvernement. Mais rien n’est éternel en politique. Et la situation périlleuse que connaît la France pourrait induire une telle alliance. A ce propos, lors d’une interruption de séance à l’Assemblée nationale, lors du vote sur le budget en décembre dernier, Jean-Louis Borloo avait déclaré, devant des journalistes, qu’il était prêt à aider le gouvernement à mener sa réforme fiscale.

 

Si Hollande n’est plus du tout compatible avec Mélenchon, il le devient de plus en plus avec Borloo.

 

Jean-Noël Cuénod


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Les voeux de 1961...

Et ceux de 2014.


Le direct de la Présidence de la République by Présidence de la République

11/05/2013

Esclavage: Comment réparer l’irréparable?

 

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Comment indemniser les descendants d’esclaves? Comment réparer l’irréparable? Ces questions ont surgi, hier, en France, à l’occasion de la Journée nationale consacrée à la mémoire de l’esclavage et son abolition. La tendance impulsée par les Etats-Unis à saisir la justice comme lieu de réparation des injustices historiques a ses limites. Avec le génocide, l’esclavagisme est l’un des pires crimes que l’humain puisse commettre contre ses semblables. Dès lors, aucun arrêt de Cour ne saurait servir à l’horreur d’attestation de solde pour tout compte.

La justice n’est pas un substitut à l’action politique et à l’enseignement historique; toutefois, elle est capable de tenir son rôle lorsque les crimes de masse ont été commis à une époque point trop reculée. Les responsabilités peuvent encore être établies et les faits mis au jour; les témoins ou leurs descendants directs sont encore vivants.

Mais il existe un certain niveau de dilution dans le temps qui rend l’action en justice inopérante. Imaginerait-on les descendants suisses des huguenots réclamer des indemnités à la France? Dans le cas de l’esclavage, cette responsabilité se révèle particulièrement diluée. La traite humaine n’a pas été le fait que de la France, de la Grande-Bretagne ou des Etats-Unis. Toutes les nations ont participé à cette économie de l’esclavagisme, en Europe mais aussi en Asie, aux Amériques, dans le monde musulman. Dès lors, rechercher des responsabilités, au sens juridique du terme, ne ferait qu’ouvrir la boîte de Pandore des haines réciproques.

Vouloir réparer l’irréparable, c’est se donner bonne conscience pour éviter de réparer ce qui peut l’être ici et maintenant, en menant une politique active contre les discriminations à l’embauche et en contrant systématiquement la propagande de l’extrême droite.

Jean-Noël Cuénod

 

NB :

L’illustration en tête du texte est tirée de ce site : http://compilhistoire.pagesperso-orange.fr/servitude.htm

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Le président François Hollande célèbre la Journée du 10 mai au Jardin du Luxembourg et explique sa position sur l'indemnisation par la France des victimes de l'esclavage (FranceTV Info).

 

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06/05/2013

Un an de France hollandaise : la Ve République est hors d’usage

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L’uniforme du général de Gaulle n’est plus adapté aux modestes mesures de ses successeurs les plus récents (dessin: Acé) . En cinq ans, Nicolas Sarkozy n’était pas parvenu à entrer dans ce costume taillé pour un homme hors du commun à l’occasion d’une situation historique exceptionnelle, la guerre d’Algérie et la décolonisation.

 

Aujourd’hui, c’est François Hollande qui se noie dans les oripeaux de la Ve République, après un an d’exercice présidentiel.

 

Dans aucune autre démocratie, le chef de l’Etat ne détient autant de pouvoirs qu’en France. Même le président de la superpuissance américaine doit composer avec son Congrès qui se montre souvent rétif, voire hostile. François Hollande, lui, est maître de son parlement et de son gouvernement. Une partie essentielle de la justice - les Parquets - est hiérarchiquement soumise à son ministre de la Justice, autant dire à lui-même. Paradoxe apparent, cette hypertrophie aboutit à la paralysie. Dès qu’un phénomène est poussé à l’exagération, il dégénère en son contraire. Trop de pouvoirs entraînent l’impotence.

 

Le président français étant responsable de tous et comptable de tout, il devient l’unique cible vers laquelle convergent toutes les flèches. Et son propre camp n’est pas le moins prompt à décocher ses traits. Le peuple n’a donc nul besoin de se sentir responsable de son destin puisqu’il dispose d’une tête de Turc à trancher tous les cinq ans. Il peut même actionner chaque jour ou presque sa guillotine virtuelle, les sondages se chargeant d’en aiguiser la lame.Dès lors, n’osant plus entreprendre de réformes fondamentales, le président se réfugie derrière les écrans de fumée de la politique communicante.

 

La Ve République est devenue un fardeau pour la France, un fardeau qui l’empêche de se montrer réactive dans la tourmente de la mondialisation. Certes, changer de République est un processus qui réclame du temps et de la concertation. Mais autant ne pas trop tarder à l’amorcer.

 

Jean-Noël Cuénod

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20/06/2012

Valérie, Ségolène, François et Twitter: joindre le futile au désagréable

 

Mardi 12 juin 2012 restera marqué dans l'Histoire de France comme le jour où le futile l'a définitivement emporté sur l'utile.

 

Ce jour-là, le nouveau président de la République prononce au Conseil économique, social et environnemental un discours essentiel sur la direction qu'il entend donner à son quinquennat quand nous vivons une série de crises économiques sans précédent. Il lâche cette phrase lourde de conséquences pour un socialiste: «La croissance ne naîtra pas de dépenses publiques supplémentaires au moment où les Etats connaissent un endettement élevé.»

 

Mais alors d'où naîtra-t-elle? «Elle peut surgir d'une volonté commune, celle que l'Europe peut affirmer, de mettre en place des instruments nouveaux - euro-obligations, instruments financiers -, notre imagination peut être grande», poursuit François Hollande dans son allocution.

 

En temps normal, l'importance de ces propos n'aurait pas échappé aux journalistes. Les éditorialistes se seraient fendus de commentaires plus ou moins bien sentis. Les uns auraient demandé comment organiser la relance sans dépenses publiques. Les autres auraient entrevu les mesures d'austérité qui se profilent avec un titre du genre: «Français, apprêtez-vous à serrer votre ceinture!» Dans les colonnes des quotidiens, sur les plateaux de télévision et de radio, les économistes ou des diplomates auraient tenté de répondre à cette question qui découle du discours de Hollande: «Comment faire accepter à l'Allemagne les euro-obligations, dans la mesure où Berlin, par la mutualisation des risques des pays européens, devrait payer plus d'intérêts qu'il n'en verse actuellement?»

 

Mais comme nous vivons des temps anormaux, ce débat ne s'est pas tenu, et les propos de Hollande ont été réduits à l'état de brèves. Pourtant, ce sujet nous concerne au premier chef. Impossible de trouver thème plus utile. C'était sans compter sur la puissance hégémonique du futile et de son instrument le plus perfectionné: Twitter.

Ce même mardi, la compagne de François Hollande, Valérie «Twitterweiler», a lancé son fameux twitt de soutien à l'adversaire de Ségolène Royal à la députation de La Rochelle. La nou- velle femme du président qui poignarde virtuellement l'ancienne. Comment voulez-vous que le sort de la France et de l'Europe puisse entrer en concurrence avec ce vaudeville en 140 signes (nombre maximum que peut absorber Twitter)? Impossible!

 

L'événement était d'autant plus alléchant qu'il joignait le futile au désagréable, du moins pour Ségolène Royal, qui en a perdu son siège. Un comble à La Rochelle.

Bien entendu, le consommateur de médias, toujours aussi faux cul, incrimine la presse dans cette hiérarchie aberrante des informations. Pourtant, le vrai coupable, c'est lui. S'il ne se jetait pas sur la futilité dès qu'elle surgit avec ses bas résilles, les médias la relégueraient dans leurs bas-fonds.

 

 

Jean-Noël Cuénod

ESPACE VIDEO

Voici la vidéo du discours complet prononcé par François Hollande et qui a été médiatiquement occulté par le Twitt de la Première Dame contre la Première Femme

 
Discours de François Hollande devant le conseil... par publicsenat

12/06/2012

Valérie Tweeterweiler torpille la Royal en plein port de La Rochelle

Après cinq ans de vie commune avec les Bobos, le plouc reste émerveillé par l'imagination de cette tribu en matière de couillonnades. Il pensait avoir tout vu durant le règne de Nicoléon Sarkonaparte. Mais quelques semaines après son couronnement, celui de Sa Simplicité Hollandaise promet de le dépasser dans cet art si difficile de faire rire le monde et ses environs immédiats.

Valérie Tweeterweiler, Première Dame, vient d'envoyer un tweet mortel à l'ex-compagne de Sa Simplicité qui se bat pour obtenir le siège de députée en Charente-Maritime. Olivier Falorni, l'adversaire de la Royal au port de La Rochelle (1), est issu, comme Ségolène, du Parti socialiste. Dans ce combat fratricide, Sa Simplicité Hollandaise a choisi de soutenir l'Ex, suivi en cela par les instances du PS. La patronne rose Martine Aubry s'est d'ailleurs déplacée dans la cité portuaire pour supporter - dans tous les sens du terme - Ségolène Royal.

C'est à l'occasion de ce déplacement de la Méremptoire que Valérie Tweeterweiler a choisi de planter un couteau virtuel dans le dos de son ancienne rivale. Dans un tweet qui a crevé la Toile et battu tous les records de bruits médiatiques, elle a annoncé, mardi à 11 h 56, son soutien à l'adversaire de l'Ex abhorrée:

"Courage à Olivier Falorni qui n'a pas démérité, qui se bat aux côtés des Rochelais depuis tant d'années dans un engagement désintéressé".

Voilà la France prise au milieu d'un crêpage de chignons entre les deux femmes, l'ancienne et la nouvelle, de son président. Qui a vraiment l'air malin. Sa Simplicité voulait rassembler les Français. Il ne parvient même pas à faire le ménage chez lui.

L'idéologie social-nationaliste gangrène une grande partie de la droite en France et en Europe, la Grèce continue à sombrer, l'Espagne est en train de la suivre, l'Italie donne des signes de faiblesse, l'euro survit sous perfusion, le régime syrien massacre son peuple à ciel ouvert, le capitalisme financier continue sa folle prédation. Mais avant d'aborder ces broutilles, le président, du haut de Sa Simplicité, doit se plonger dans les eaux troubles du port de La Rochelle. Un port en eau profonde.

Jean-Noël Cuénod

  • (1) «La Royale», c'est ainsi que l'on surnomme la marine de guerre française.

ESPACE VIDEO

 
Valérie Trierweiler : 1 interview et..... par LeNouvelObservateur

15/05/2012

Le plouc installe François Hollande à l'Elysée et dit adieu à Sarkozy-Bruni

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Et voilà. Le Plouc regagne son antre de la Butte-aux-Cailles après avoir fait ses plouqueries dans la cour de l'Elysée pour assister, mardi matin, à l'intronisation du président François Hollande et au départ du nouvel «ex» de la République, Nicolas Sarkozy. Avec son confrère et compatriote Alain Menusier, il s'est dégotté un coin bien placé, juste à côté des escaliers. Histoire de faire le badaud accrédité, en attendant les deux grands moments: l'accueil de l'entrant par le sortant, puis la sortie du sortant saluée à l'entrée par l'entrant. Vous suivez le plouc?

Avant cette transmission symbolique sur tapis rouge, les photographes et cadreurs captent l'arrivée des Invités qui traversent la cour et avalent les marches pour être introduits dans le Saint des Saints de la République égalitaire: pipoles aux lunettes noires incorporées et souriant de toutes leurs fausses dents, corps vachement constitués, trognes galonnées faisant tintinnabuler leurs médailles, ecclésiastiques chamarrés et orientaux, gorilles au veston mal ajusté sur leur flingue, à l'oreillette greffée et à la tronche de casier judiciaire, politiciens arrivés mais dans quel état ‑ il y avait même un Gaudin (maire de Marseille) qui semble avoir dépassé largement la date de péremption -, décideurs très décidés, académiciens très caducs, médiacrates cherchant leur meilleur profil. Bref, la harde habituelle des lèche-escarpins.

Puisque le Festival de Cannes commence demain, le plouc a dressé son petit palmarès des invités. Il vous l'offre - internautes chéris - en exclusivité galactique.

La plus sublime. Valérie Trierweiler foule le tapis rouge avec la grâce féline et conquérante d'une Lauren Bacall. Les photographes deviennent fou, c'est tout juste s'ils ne marchent pas sur leur langue pendante comme le loup de Tex Avery. Ils crépitent de tout leur être. Mais ils feraient bien de se méfier. Les photographes, la journaliste et compagne du nouveau président les connaît bien, pour les engueuler avec la régularité d'un métronome courroucé. Manteau blanc cassé, tailleur à l'ample jupe bleu marine, talons interminables qui met en valeur ses mollets hollywoodiens, abondante chevelure blond vénitien (demain, toutes les Parisiennes se feront teindre les cheveux) qui frémit sous la caresse des Saints de Glace, elle monte à l'assaut des marches. A leur sommet, Carla Bruni-Sarkozy attend. Tailleur pantalon noir, teint pâle, souliers plats, sourire plaqué, celle qui est encore Première Dame pour quelques secondes porte le deuil de son statut. Les deux femmes se font la bise, se tournent vers les caméras. «Valérie, Valérie par ici, par ici » crient les photographes. Pour la première fois, Carla est éclipsée.

Le plus vaniteux. Pierre Bergé fait, bien entendu, partie des invités. Comment pourrait-il en aller autrement? Juste avant de monter les marches, il hésite. Et n'y tient plus. Comme happé par un aimant, il se précipite vers les caméras pour prendre un bain de cabotinage. Ah quel nirvâna d'être filmé, photographié ! Mais les photographes se fatiguent assez vite, sous le regard attristé de Bergé qui voit se tarir sa fontaine de Jouvence.

Le plus flagorneur. Dramaturge et directeur du Théâtre du Rond-Point, Jean-Michel Ribes triture le bras de Lionel Jospin, puis celui de la philosophe Sylviane Agacinski (femme de l'ancien premier ministre) pour tenter de les immobiliser, au moins pendant quelques secondes, devant les caméras. Jospin sourit l'air un peu gêné. Sylviane Agacinski cache son agacement. Mais Ribes est heureux comme le ravi de la crèche.

Les plus discrets. Nicolas Sarkozy attend François Hollande au bas des escaliers et s'efforce de se montrer chaleureux en serrant la main de son vainqueur. Le nouveau président a au moins le bon goût d'être de taille aussi brève que l'ancien. Les deux hommes ne s'attardent pas et filent à l'intérieur. Sarkozy va remettre à Hollande les codes de l'arme nucléaire. A la sortie, le nouveau président et sa compagne saluent l'«ex» et son épouse. Et Nicolas Sarkozy prend la main de Carla pour descendre les escaliers, fait un coucou au personnel de l'Elysée, part sans se retourner et s'engouffre dans sa voiture avec chauffeur. François Hollande est déjà à l'intérieur de son palais. Une page est tournée. Il se met à pleuvoir.

Jean-Noël Cuénod

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24/01/2012

Nicolas Sarkozy reçoit un sacré coup de mou

 

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Un meeting réussi ne fait pas le printemps présidentiel, certes. Toutefois, dimanche au Bourget, il s’est bien passé quelque chose. D’où cette impression diffuse que le destin a basculé, impression qui sera peut-être balayée le 22 avril, lorsque les Français glisseront leur bulletin dans l’urne. Tant d’événements peuvent encore survenir.

 

Mais aujourd’hui, François Hollande a repris la main et Nicolas Sarkozy a subi un sacré coup de mou. Les meetings de janvier demeurent essentiels dans les campagnes présidentielles françaises. Ils en constituent la rampe de lancement. Ou le candidat prend son envol. Ou il se casse le nez. Le 14 janvier 2007, le prétendant Sarkozy avait organisé une cérémonie hollywoodienne à la Porte de Versailles en mobilisant 50 000 fans, mis en scène par le télé réalisateur Didier Froehly. Du grand spectacle de pro. En comparaison, le meeting de Ségolène Royal faisait sortie de classe sous la gouverne d’une institutrice, jolie mais terriblement nunuche. On connaît le résultat.

 


Cinq ans plus tard, la mollesse a changé de camp. Dans la halle du Bourget, au cœur de la banlieue parisienne défavorisée, François Hollande emporte la foule par son verbe tantôt chaleureux, tantôt tranchant. Au même moment, le président Sarkozy adresse ses vœux à un millier de Guyanais et, sous l’œil des caméras, s’installe maladroitement dans une pirogue en prenant un air pincé, à côté de son ministre Guéant dont l’allure rendrait neurasthénique le plus démonstratif des setters irlandais.

 


Nicolas Sarkozy doit donc changer de tactique. Jusqu’à maintenant, il comptait sur les erreurs de son adversaire socialiste pour le battre, à la manière d’un joueur de tennis en petite forme. A ce jeu-là, l’actuel président perdra le trophée de l’Elysée. S’il attend trop pour se déclarer officiellement candidat, Sarkozy risque fort d’aggraver la déprime qui règne au sein de ses partisans.

 

Jean-Noël Cuénod

(Editorial paru dans 24 Heures de mercredi 25 janvier 2012)

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16/10/2011

François Hollande candidat contre Nicolas Sarkozy: l’édito du Plouc.

Désormais candidat officiel du Parti socialiste, François Hollande va s’atteler dès lundi à sa première tâche, à savoir recoller les morceaux du Parti socialiste français. Certes, le résultat qu’il a obtenu dimanche à l’issue de l’ultime tour de la primaire de la gauche semble assez large pour l’aider à atteindre ce premier objectif. Car seul un PS uni derrière lui peut envisager la victoire pour l’Elysée au printemps prochain.

Or, cette union fraîchement acquise a été récemment mise à mal. Les débats du premier tour et celui du second s’étaient bien déroulés, jusqu’à jeudi. Ce jour-là, malgré sa bonne prestation de la veille devant les caméras de France 2, Martine Aubry a constaté qu’elle n’avait pas réussi à faire la différence avec Hollande. Elle s’est donc répandue en attaques personnelles virulentes contre son rival socialiste, pensant capter ainsi des voix à la gauche de la gauche. En vain. Mais le venin qu’elle a instillé dans le corps socialiste continuera à faire son effet. Les forces de dissolution se révèlent souvent plus fortes que celles de coagulation dans la vie politique française.

François Hollande devra donc user de toutes les ressources de sa diplomatie pour soigner le PS et réduire le pouvoir de nuisance de Martine Aubry. L’ancien patron des socialistes pourra-t-il réconcilier ce parti avec lui-même, lui qui n’y était pas parvenu avant le calamiteux congrès de Reims en 2008? Toutefois, grâce à cette primaire qui a réuni dimanche près de trois millions d’électeurs, le président de la Corrèze dispose aujourd’hui d’une légitimité nationale qu’il ne possédait pas hier. Et cela peut vous changer un homme.

En face, Nicolas Sarkozy a entamé sa mue. De président impopulaire, il va se transformer en candidat pugnace. C’est son rôle préféré. Mais l’élection de 2012 ne ressemblera en rien à celle de 2007. Sarkozy traînera un bilan qui est jugé négatif par la plupart des Français, même par ceux qui ont voté pour lui il y a bientôt cinq ans. L’actuel président ne pourra plus brandir l’étendard de la rupture et devra se couler dans la posture du rassembleur. Or, il n’y est jamais parvenu, malgré ses efforts récents. François Hollande, en revanche, paraît meilleur dans ce rôle, même si Nicolas Sarkozy soulignera à gros traits son inexpérience gouvernementale, alors que lui fait partie de décideurs mondiaux.

Hollande devra donc recoller les morceaux du PS, puis ceux de la France, en persuadant les classes moyennes qu’il peut leur faire entrevoir un espoir d’éclaircie. Avec cette primaire qui a donné une crédibilité nouvelle au PS français, le candidat socialiste a gagné une étape. Mais pour arracher le maillot jaune à Sarkozy, il lui faudra en remporter bien d’autres. Et éviter les coups tordus.

Jean-Noël Cuénod

21:17 | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : françois hollande, primaire, ps, sarkozy | |  Facebook | | |