10/06/2016

L’Eurofoot, un concentré de contradictions. Comme la vie

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Dans le foot, il y a tout et son contraire. Souvent le pire mais aussi, plus rarement, le meilleur. Chacun peut y faire son marché au gré de ses besoins électoralistes, commerciaux, idéologiques, médiatiques.  

D’un côté, le sport le plus populaire de la planète ouvre la vanne aux idées et aux comportements les plus répugnants de l’humanité : le nationalisme, le racisme, la course au fric sans frein, les magouilles majuscules, la connerie élevée au rang de vertu mondialisée. Bref, tout ce que nous adorons détester.

Mais à chacun de ces éléments négatifs, le football fait correspondre son antidote.

Le nationalisme ? Il est indéniable. Mais cela n’empêche nullement un Français de vibrer pour le Brésil ou un Suisse, pour l’Angleterre. Comme nous sommes tous, peu ou prou, attachés par des liens divers à d’autres pays que celui de notre passeport, c’est à côté d’un drapeau français ou suisse que nous attacherons celui de l’Italie, de l’Espagne, du Portugal ou de l’Argentine. Sur la planète Foot, le nationalisme est à géométrie variable.

Le racisme ? Comment pourrait-on le nier ? Les cris de singe ou les jets de bananes sur le passage des joueurs noirs nous le rappellent régulièrement. Mais les équipes nationales, elles, sont de toutes les couleurs et les sélectionnés ont des origines les plus diverses. D’ailleurs, le Front National, ne s’y est pas trompé. Depuis 1998, date de la victoire de la France et de ses « Blacks, Blancs, Beurs », le parti du clan Le Pen ne plus voir les Bleus en peinture. L’entraîneur français Didier Deschamps a été, comme personne ne peut l’ignorer, traité de « raciste » parce qu’il a renoncé à sélectionner Karim Benzema. A consulter la liste des joueurs retenus en équipe de France, il est évident que l’on a fait à Deschamps le plus injuste des procès.

Et que dire de l’équipe suisse où les noms ont des consonances albanaises, yougoslaves, turques, espagnoles, africaines ? Cela n’empêchera pas l’électeur UDC de bondir de son fauteuil si « ses » joueurs parviennent (enfin !) à marquer des buts.

La course au fric sans frein ? Salaires exorbitants… Surenchère délirante entre oligarques russes et pétromilliardaires du Golfe pour s’arracher les vedettes, alors que l’on ne parvient pas à éradiquer nombre de maladies tropicales… Le constat est accablant. Mais au fond d’une cour à Lisbonne, des petits Portugais tapent dans un ballon en se prenant pour leur glorieux compatriote Ronaldo (phiti du haut). Le bonheur dans un pays livré à l’austérité. L’énergie suscitée par l’espoir que l’on peut s’en sortir. Peut-être pas comme Ronaldo mais avec ce qu’il faut de dignité pour devenir un homme.

Les magouilles majuscules ? Au niveau de tripatouillages atteint par les organismes internationaux du foot, on ne peut plus parler de magouilles, mais de grandes manœuvres corruptrices. Pourtant, le foot, c’est aussi ces milliers d’éducateurs bénévoles qui, chaque mercredi, prennent en charge les footeux en herbe. Combien de lascars ont-ils quitté le chemin de la délinquance grâce à ces travailleurs sociaux qui ne touchent pas un rond ?

Camus_PremierHomme.jpgLa connerie élevée au rang de vertu mondialisée ? Les propos ineptes débités par des supporteurs marinés dans la bière et leurs gadget plus grotesques les uns que les autres nous en administrent la preuve, de la plus consternante des façons.

Mais alors si le foot est bête comme ses pieds, pourquoi de grands philosophes ou écrivains ont-ils tant écrit à son propos ? La liste est longue : Camus, Montherlant, Dard (tous les trois furent gardiens de but, à méditer…), Sartre, Peter Handke, plus récemment, Yves Laplace (arbitre et romancier suisse), Jean-Philippe Philippe Toussaint (ah, quelle merveille son « Football » à écouter tous les soirs sur… France- Culture !) et bien d’autres encore.

C’est ça la force du foot : un concentré de contradictions. Comme la vie. Et comme la vie, il est inévitable.

Jean-Noël Cuénod

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22/06/2014

Coupe du Monde (suite): mini-traité zen à usage footballistique

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Il existe de multiples voies pour parvenir à la sagesse. Toute expérience est bonne à prendre dans ce contexte. En ces temps de Coupe du Monde, Le Plouc vous propose d’utiliser les passions  footballistiques comme exercice de zénitude.

 

Première étape. Préparez-vous à assister au match sans vous préoccuper de rien d’autres que de la rencontre qui va se dérouler. Piquez une petite bière (voire une grande, voire plusieurs) dans le réfrigérateur, si vous le désirez. Affalez-vous sur le canapé, sans complexe. Ne fuyez pas le ridicule. Au contraire, recherchez-le. La panoplie du supporteur comprend en masse maillots grotesques, chapeaux de bouffon à clochettes, casques de viking en fer blanc avec corne de vache en plastique ou perruques aux couleurs criardes qui feraient passer Achille Zavatta pour un pasteur méthodiste. Puisez dans cet arsenal clownesque de quoi vous transformer en parfait crétin. Non, ne reculez pas! Votre recherche de la sagesse exige que vous ne zappiez point cette épreuve.

 

Deuxième étape, version exaltée. La suite des événements est conforme à vos souhaits. Votre équipe a marqué et prend le pas sur votre adversaire. Laissez alors parler ce monstre intérieur que, d’ordinaire, vous muselez avec ce qui vous reste d’éducation. Hurlez votre joie de la façon la plus provocante ; lancez à l’endroit (mais surtout à l’envers) de l’équipe adverse les épithètes les plus méprisantes, les plus insultantes et les plus grossières. Joignez même le geste à la parole en faisant divers bras d’honneur devant votre téléviseur. Vous aurez l’air assez couillon, certes. Mais justement, cette étape nécessite que vous assumiez votre couillonnade, expression de ce monstre intérieur qu’il vous faut, littéralement, déchaîner.

 

Deuxième étape, version déprimée. Rien ne va plus. Votre équipe joue comme un troupeau de chèvres anémiques. Votre attaque est ectoplasmique et votre défense se transforme en passoire poinçonnée à la kalachnikov. N’insultez pas tout de suite vos favoris. Lâchez tout d’abord votre monstre intérieur aux basques des arbitres et de certains joueurs adverses. Là, vous les traitez de tous les noms, les plus orduriers, les plus ignobles, les plus révoltants. Point de filtre. Du brut de brute.  Puis, lorsque votre répertoire sera épuisé, retournez-vous contre vos joueurs. Ne lésinez pas sur les allusions malveillantes quant à leurs capacités sexuelles, voire à l’absence de leur appareil reproducteur. Si vous doutez de cette absence pour une raison ou une autre, promettez de passer ledit appareil au hachoir de boucher.

 

Troisième étape. Le match est terminé. Laissez-vous aller à la joie ou au désespoir. Ne cherchez surtout pas à brider l’un ou l’autre de ces sentiments. Vous commencerez ensuite votre processus de rumination. Au fur et à mesure que votre monstre intérieur donne des signes de fatigue, une légère sensation de honte monte en vous, rafraîchissante d’abord, avant de devenir froide, puis glaciale. Concentrez-vous sur les différentes phases de votre comportement durant le match. Vous y verrez alors le vrai visage de votre monstre intérieur: haineux, raciste, xénophobe, sexiste. Tout ce que vous avez recouvert d’un épais vernis de bienséance craque et tombe en poussière. Vous prenez conscience que vous n’êtes pas toujours ce gentil social-démocrate qui cotise à Amnesty International ou ce sympathique libéral qui finance le WWF.

 

Quatrième étape. Vous savez désormais que vous abritez le pire en vous. Un pire prêt à s’éveiller lorsque l’émotion collective le secoue. Ce monstre intérieur est du genre coriace. Il semble se faire oublier, mais c’est pour mieux déchiqueter votre raison à la première occasion. Vous n’allez pas vous en débarrassez comme ça,  avec une petite prière ou un sermon raisonneur. Il faut le fatiguer, comme le fait un pêcheur à la truite qui épuise le poisson qu’il a ferré avant de l’amener sur la rive. A chaque match, vous répéterez ce processus, en laissant au monstre libre course afin de l’essouffler, avant de vous livrer à l’introspection.

 

Cinquième étape. Quand vous pourrez assister à un match sans que votre cœur ne s’emballe lorsque votre équipe gagne ou perd, ce sera le signe que votre monstre intérieur se sera éteint. La sagesse alors pourra prendre sa place. Mais restez sur vos gardes. Ce monstre intérieur dispose d’un grand nombre de vies.

 

Jean-Noël Cuénod

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04/03/2014

Le football s’empêtre dans le voile islamique

 

 

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Amis de la bigoterie en crampons, bonjour! La FIFA ­– qui est au football ce que la Curie romaine est au catholicisme – a fulminé une bulle qui autorise désormais les footballeuses musulmanes à s’affubler du voile islamique durant leurs matchs. Certes, afin de donner à cette mesure une couleur plus universaliste, elle s’étend aux hommes. Les Sikhs pourront donc garder leur turban sur le terrain. Pour faire une «tête» dans les seize mètres, ce ne doit pas être pratique. A moins de placer une plaque d’acier sous le voile ou le turban. Mais justement la FIFA a prévu cette triche éventuelle en édictant le Saint Canon footballistique du voile:

 «Il doit être collé à la tête, être en accord avec la tenue du joueur, ne pas être attaché, ne pas constituer un danger pour autrui, exempt de partie qui dépasse comme des épinglettes pour attacher les cheveux».

Le diable se cache dans les détails, même chez les dieux du stade.

 

Cette mesure était réclamée depuis quelques années par les Fédérations de pays musulmans.  Surtout après la plainte déposée par l’Iran contre la FIFA ; Téhéran se plaignait que ses footballeuses fussent empêchées de participer aux qualifications pour les Jeux Olympiques de 2012, faute de pouvoir jouer voilées. Après une période d’essai autorisée par le «Board», l’ange gardien des Ecritures du foot, le voile a donc reçu la bénédiction de la FIFA et de son pape haut-valaisan Sepp Blatter.

 

A ce propos, Le Plouc est partagé en deux parts égales, ce qui est d’un inconfort manifeste. Examinons donc les deux parties du problème.

 

Côté face

 

De prime abord, ce voile islamofooteux hérisse le poil. Celui des dirigeants français du football, par exemple. Frédéric Thiriez, patron de la Ligue de football professionnel, a vraiment la tête près du bonnet:

«Alors que la Charte olympique exclut tout signe religieux, cette autorisation va à l’encontre du droit des femmes et menace la neutralité d’un football préservé des querelles religieuses et politiques». D’ailleurs, la Fédération française continuera d’interdire le port du voile sur ses terrains et ses joueuses, même musulmanes, ne porteront pas cet attribut religieux lors des rencontres internationales.

En effet, comment ne pas voir dans ce blanc-seing de la FIFA une lamentable régression ? L’emblème de la soumission de la femme devient ainsi un signe tout à fait acceptable pour les plus hautes instances internationales du sport. Le machisme au front bas de certains dirigeants musulmans vient de marquer un but décisif. Au moment où le football féminin se développe, la FIFA accepte que les joueuses soient forcées de s’enchiffonner le crâne, même sous des chaleurs torrides. Alors que les messieurs, eux, peuvent jouer la tête libre.

Sauf les Sikhs, vous allez me dire. Oui, sauf les Sikhs. Heureusement qu’ils sont là pour servir  de prétexte au jésuitisme de cette sacrée FIFA. Même si le Sikh est, si l’on ose s’exprimer ainsi, l’arbuste en turban qui cache une forêt de sexisme voilé.

 

Côté pile

 

Pour les jeunes musulmanes, le sport est une fenêtre ouverte sur un monde plus libre. La possibilité leur est ainsi offerte de s’exprimer sur un terrain qui, jusqu’alors, n’était réservé qu’aux seuls mollets poilus. Elles démontrent à leurs coreligionnaires qu’une femme n’est pas seulement vouée à la procréation et à l’entretien du potentat domestique, mais qu’elle peut s’imposer dans l’espace public. C’est un premier pas vers une égalité encore très lointaine. Un premier pas timide, certes, mais qu’on ne saurait qualifier de négligeable, compte tenu de l’aura universelle du football.

D’autant plus que pour les Iraniennes, le foot féminin est devenu un moyen de défier l’ordre des Mollahs, comme l’indique le sociologue français Pascal Boniface dans une interview aux Inrocks.

 

Si la FIFA avait maintenu l’interdiction de jouer voilé, le football féminin ne serait pas développé en terre d'Islam. Et cette fenêtre vers un monde plus libre pour les femmes se serait refermée. Espérons qu’un jour, les footballeuses musulmanes oublieront leur voile au vestiaire. Mais pour l’instant, il peut leur servir de viatique vers le grand large. Et c’est à elle seule de décider quelle route prendre.

 

Jean-Noël Cuénod

 

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15/05/2013

Emeute du PSG : le foot parisien entre Qatar et Clignancourt

 

PSG.jpgLe football occupe à Paris une place étrange. Dimanche passé, lorsque le Paris Saint-Germain (PSG) a conquis son titre de champion de France – ce qui n’était plus arrivé depuis dix-neuf ans –, les rues populaires du XIIIe arrondissement ne vibraient d’aucune ferveur particulière. Elles frissonnaient plutôt sous l’effet d’un printemps glacial. On imagine sans peine l’explosion de joie qui aurait parcouru tout Marseille, des quartiers Nord au Vieux-Port, si l’OM avait remporté le championnat.

 

Le lendemain soir, c’est une mau- vaise fièvre qui a saisi Paris, et plus particulièrement le Trocadéro. L’équipe du PSG devait y recevoir son trophée et, loin de la liesse, c’est l’émeute qui a éclaté dans ces beaux quartiers. Passons sur la nauséabonde récupération politique des événements par l’UMP et la pitoyable transformation de bedonnants conservateurs en agitateurs «djeunes» qui tapent sur le gouvernement en épargnant les casseurs. Il est vrai qu’on prend moins de coups à ce petit jeu de massacre.

 

Le plus intéressant réside dans la provenance sociale et géographique des émeutiers. L’un d’entre eux, au micro de France-Info, met cartes sur table: «On est venu fêter la victoire des Clignancourt. C’est un prétexte, en fait. C’est un prétexte pour faire la guerre sur les Champs (ndlr: les Champs-Elysées). On va tout casser. On s’en fout du foot.» Pourquoi cette allusion à Clignancourt? Il s’agit de l’un des derniers quartiers parisiens restés populaires.

 

L’émeute exprimerait-elle la rage du peuple «d’en bas» contre les «bobos», cette nouvelle classe des bourgeois bohèmes mondialisés qui tient désormais le haut du pavé (et bientôt tous les pavés) à Paris? Il faut se garder des apparences et des conclusions hâtives. Après tout, parmi les casseurs, il y avait aussi des jeunes gens bien coiffés et à la mise onéreuse qui sont gentiment rentrés chez papa-maman à Neuilly après s’être défoulés avec la «racaille». Toutefois, on ne saurait écarter l’aspect social de cette revanche de Clignancourt sur le Trocadéro.

 

De création récente (il a été fondé en 1970), le PSG reste un club hors-sol, contrairement à l’Olympique de Marseille qui soude sa ville depuis 1899. Son rachat par le fonds souverain du Qatar a encore accentué cet aspect. Le club parisien constitue un élément parmi d’autres dans le marketing de ce petit émirat qui voit grand, comme l’explique magistralement un livre qui vient d’être publié chez Fayard, Le vilain petit Qatar, de Jacques- Marie Bourget et Nicolas Beau.

 

C’est ainsi que le club de la capitale française est devenu le panneau publicitaire d’un émirat proche-oriental qui soutient à la fois les Frères musulmans et le Credit Suisse (le fonds souverain du Qatar en est l’un des principaux actionnaires). On appelle ça «mondialisation». Et, pour reprendre l’expression locale, Clignancourt «n’en a rien à battre», d’une telle équipe.

 

Jean-Noël Cuénod

 

ESPACE AUDIO

L'interview des "Clignancourt" sur France-Info

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01/06/2011

Servette: la nostalgie redevient ce qu'elle était

En ouvrant son ordinateur, Le Plouc tombe sur le site de la Tribune de Genève. Servette retrouve la... la quoi déjà? Ah oui, la Super League. Jadis, on appelait ça Ligue nationale A. C'était plus clair mais moins anglolâtre. Or, nous vivons des temps aussi anglos que saxons. Tout doit s'y plier.

 Voilà Le Plouc, surpris par l'émotion. Pourtant, son désamour avec le foot et Servette était aussi profond que fut intense son amour pour l'un et l'autre. La succession de présidents calamiteux, la destruction du stade des Charmilles, l'incapacité de Genève à sauver les "Grenat" de la faillite, l'arrêt Bosman et la valse du fric qu'il a composée, tout ce gloubiboulga fangeux avait transmué la passion en indifférence.

 Mais cette brume grise dans la poitrine se dissipe ce matin. Servette retrouve l'Elite. La nostalgie redevient ce qu'elle était. Tous ces magnifiques souvenirs servettiens bombardent le coeur du Plouc. La série incroyable championnnat-coupe de Suisse-coupe de la Ligue-coupe des Alpes. Les corners de Didi Andrey. La victoire à l'arraché contre Young Boys à Berne. Les arrêts de Barlie. Les dribbles de Sinval-le-Malin, Le fabuleux match de Jacky Fatton contre Dukla Prague en Coupe d'Europe des clubs champions qui, avec ses trois buts, transforme le 0-3 en victoire 4 à 3. Et la figure sympathique de l'idôle du Plouc, l'arrière droit Raymond Maffiolo.

Pourquoi lui? Le Plouc jouait à ce même poste dans l'équipe junior de l'US Campagne (évidemment, pour un Plouc!) devenu US Meinier. Dès lors, chaque geste de Maffiolo sur le terrain était analysé, disséqué. Et mal imité. Lorsque Raymond Maffiolo fut - enfin! - sélectionné pour la première fois en équipe Suisse A (était-ce contre la France à Paris, 2-2?), le petit Plouc en fut aussi heureux que le joueur lui-même.

Dès lors, la faillite apparaissait comme une trahison à l'endroit de tous ces joueurs qui, à l'époque, devaient se partager entre le travail et les séances d'entraînement. Même à l'étranger, elle a laissé des traces. Deux amis parisiens ont récemment demandé au Plouc ce qu'était devenu le "Servette de Genève". Aujourd'hui, il peut leur apporter une réponse digne du passé grenat.

Raymond Maffiolo et les autres sont vengés.

 

Jean-Noël Cuénod

 

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24/06/2010

La France souffre de Bleus à l'âme

La déroute sportive et, surtout, morale de l’équipe de France de football relègue toutes les autres informations dans l’ombre, outre-Jura. Même les inondations massives dans le Var ont subi ce sort médiatique. La mort de 25  personnes dans des circonstances effroyables émeut moins que les turpitudes d’une bande de joueurs grossiers et surpayés. Cela en dit long sur notre échelle des valeurs.

Pourquoi la France souffre-t-elle autant de ses Bleus à l’âme? Il faut tout d’abord se rendre compte que le football est devenu une sorte de transcendance païenne dans la société mondialisée. Une transcendance qui génère ses stades-temples, ses dieux, demi-dieux, sa hiérarchie de prêtres avec leurs thuriféraires, ses habits sacerdotaux, ses rituels, ses prières et ses cantiques.

Libre à chacun de juger grotesque cette tendance. Il n’empêche que le foot est devenu l’une des rares activités — peut-être la seule — qui permette au monde de communier avec lui-même. Longtemps réticents, les Etats-Unis se mettent aujourd’hui au diapason, eux qui ont toujours préféré les sports qu’ils étaient les seuls, ou presque, à pratiquer. C’est dire le règne, la puissance et la gloire de la religion Foot.
Dès lors, les sélections qui s’affrontent au Mondial sont devenues le miroir des nations qu’elles représentent. Il est donc inévitable que le comportement lamentable des Bleus révulse les Français puisque ces agissements font apparaître les failles profondes de leur pays. Par l’attitude inacceptable qu’ils ont adoptée — sur le terrain mais surtout hors de la pelouse — ils ont tiré le tapis qui recouvrait ces béances.
Le philosophe Alain Finkielkraut a d’ailleurs réagi en ce sens dans une tribune qu’il a donnée au Journal du Dimanche en écrivant, entre autres:


Cette équipe renvoie à la France le spectacle de sa désunion et de son implacable déliquescence. (A la fin du texte, écouter-voir la vidéo où Alain Finkielkraut parle football en général

C’est bien le modèle français d’intégration multiculturel qui est en cause. Les Bleus n’ont pas constitué une équipe mais un ensemble éclaté en plusieurs clans établis en fonction des origines et des confessions. Après des années de discours sur «l’intégration des cultures dans le moule républicain», il est stupéfiant de lire cette réponse de l’attaquant Bleu Sidney Govou à un journaliste de L’Equipe (16 juin):

Dans la vie de tous les jours, on cherche des affinités, alors en équipe de France aussi. Et quand on cherche des affinités, la couleur, c’est la première chose qui vient à l’esprit.

Cette culture de clans qui a fait imploser les Bleus, elle corrode aussi la France en général. Car ces clans ne divisent pas que les cités des banlieues, ils pullulent aussi dans les hautes sphères de la République. Le clan le plus fermé se situe d’ailleurs au sommet. Les privilèges de la caste politique sont l’objet de régulières dénonciations, chaque mercredi, par le Canard Enchaîné. Or, cette même caste qui exige des citoyens qu’ils s’efforcent de réduire la dette publique se révèle incapable de comprendre en quoi ses prébendes pourraient susciter les révoltes.

 Il y a vraiment un côté Marie-Antoinette chez les gouvernants français! Et il n’y a pas que l’équipe de France qui doit être rebâtie.

 

Jean-Noël Cuénod

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21/06/2010

L’équipe de France de foot fait le bonheur… du rugby !


4172671718-quick-annule-sa-campagne-publicitaire-avec-nicolas-anelka.jpgInsultes obscènes d’Anelka contre son entraîneur Domenech, reproduites dès lendemain dans L’Equipe, expulsion du fauteur de troubles, grève des Bleus qui, du haut de leur montagne d’argent, refusent de s’entraîner. Dans toute l’histoire de la Coupe du Monde de foot, jamais sélection nationale ne s’est montrée aussi lamentable. Et une chaîne de restauration rapide est en train d’enlever à la hâte ses affiches où Nicolas Anelka promeut  l’un de ses produits (photo).

 


Mais en France, ce comportement effarant ne fait pas que des malheureux. Les dirigeants de clubs de rugby se frottent les mains. Et c’est un footeux qui dresse ce constat : Lionel Charbonnier, l’ancien gardien remplaçant de l’équipe de France championne du monde en 1998 et… du Lausanne-Sport vers l’an 2000. Dans une interview au Midi Olympique   bihebdomadaire uniquement consacré au noble jeu rugbystique – Charbonnier confie :

 


Dans mon entourage proche, je connais beaucoup de gens qui retirent leurs enfants des clubs de football pour les inscrire dans les écoles de rugby. Je vois même aujourd’hui dans les cours d’école des gamins jouer au rugby. C’est symptomatique.

 


Il est vrai qu’au parc Montsouris à Paris, les ballons ovales font concurrence aux ballons ronds depuis plusieurs mois.


Certes, le rugby n’a pas encore détrôné le Roi des sports. La complexité de ses règles et sa diffusion limitée sur la planète restent de lourds handicaps. Mais il est en train d’amasser un sacré capital de sympathies en France. Tout d’abord, les familles peuvent assister à un match de rugby sans craindre de se faire occire par des houliganes marinés à la Heineken. Ensuite, les rugbymen n’ont pas cette arrogance bling-bling qui transforme les Bleus en têtes à claque. Compte tenu de la modicité de leurs primes, les sélectionnés du XV de France appartiennent encore au « monde des gens ». Enfin, le rugby, par ses caractéristiques de base, contraint ses adeptes à jouer collectivement : impossible de faire sa vedette en solitaire, sous peine d’être transformé en sole grillée.

 


Le rugby est le dernier grand sport collectif à se professionnaliser. Il garde donc encore – mais pour combien de temps ? – la fraîcheur propre aux amateurs. Cette mutation a donné des résultats : un jeu plus spectaculaire et des performances physiques plus impressionnantes qu’auparavant. Sur l’abdomen des rugbymen, les muscles en forme de tablettes de chocolat ont remplacé la bonne vieille ceinture de cassoulet.
Ce sport familial où les vertus d’effort et de solidarité sont encore pratiquées résistera-t-il à la cupidité fricarde qui a pourri le foot ? Gardons ChabalSébastien.JPGl’espoir. Mais les affiches de pub (photo) mettant en scène Sébastien Chabal le plus médiatique – et non pas le meilleur – rugbyman français font craindre le pire.

Jean-Noël Cuénod

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19/05/2010

Vive les apéros géants !

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En France et en Suisse, tous les sondages l’affirment : la vox populi veut interdire les apéros géants. A l’occasion d’une de ces fêtes spontanées, un jeune homme de 21 ans est mort récemment à Nantes en tombant d’une passerelle. C’est ce coup du sort qui sert de prétexte aux partisans de l’interdiction.

 

Si l’on suit cette logique, dès qu’un accident mortel se produit à la sortie d’une fête trop arrosée, il faudrait aussitôt fermer discothèques, night-clubs, boîtes de nuit. Et - pourquoi pas ? - prohiber les ventes de voiture.

 

De même, lorsque des supporteurs du PSG s’étripent et tabassent à mort l’un d’entre eux, personne n’a proposé de dissoudre le plus antipathique club de foot de l’Hexagone.

 

Et puisque l’on aborde le football, restons-y. En un siècle, 1319 spectateurs sont morts à la suite de mouvements de foule, de bagarres générales ou d’effondrements de tribunes. Le premier accident recensé s’est déroulé le 5 avril 1902 à l’Ibrox Park de Glasgow (26 morts), le plus célèbre reste l’affrontement du Heysel à Bruxelles – 39 morts – le 29 mai 1985 et le plus sanglant – 340 morts   a eu lieu le 20 octobre 1982 au stade Loujniki de Moscou à la suite d'une panique.


A-t-on interdit la pratique du football ? Non. A-t-on prohibé le sport-spectacle de masse ? Pas d’avantage.

Alors pourquoi proscrire les apéros géants ? En raison des troubles à l’ordre public ? A ce compte-là toutes les manifs doivent être bannies. Y compris les défilés militaires, un coup est si vite parti ! A cause de l’absorption d’alcool ? Alors supprimons les bistrots et décrétons la prohibition qui a fait la fortune d’Al Capone aux Etats-Unis dans les années 1930.

 

Ces réunions sauvages organisées par des réseaux sociaux sur internet traduisent le besoin des jeunes de se rencontrer et d’exister collectivement hors des cadres tracés par leurs aînés. A leur âge nous en faisions autant. Et même pire. Alors, lâchons-leur un peu les baskets ! 

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