07/02/2017

François Fillon: Calvin redevient Français

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Lors de sa conférence de presse, François Fillon a constaté que certaines mœurs politiques ne sont aujourd’hui plus acceptées par les Français. Il y a mis du temps! Ajoutons d’emblée, qu’il n’est pas, de loin, le seul politicien à accuser un tel retard à l’allumage moral. Mais pour un candidat qui brigue l’Elysée, ce manque de lucidité est tout de même inquiétant.

Il démontre ainsi que, décidément, les plus hauts responsables de l’Hexagone continuent à vivre dans leur bulle. Et lorsqu’elle crève, ils tombent de l’armoire. A moins que ce ne soit l’armoire qui leur tombe sur la tête.

Pourtant, cela fait tout de même une dizaine d’années que les Français sont devenus plus exigeants en matière de morale politique. Les conséquences de l’affaire Bettencourt ont sans doute tenu un rôle important dans l’échec de Nicolas Sarkozy en 2012. Et l’affaire Cahuzac a plombé le début du quinquennat Hollande. Certes, ces dossiers s’oublient plus ou moins vite. Mais il en reste désormais quelque chose dans la conscience publique.

La France des élus n’a pas encore adhéré aux vertus scandinaves. Mais elle sait maintenant que l’emploi, même légal, des fonds publics à usage familial insupporte les citoyens qui sont confrontés à la difficulté à trouver ne serait-ce qu’un stage pour leurs enfants. D’autant plus que la population est priée – par le candidat François Fillon ­– de se serrer la ceinture. Si l’on promet l’austérité, autant prêcher par l’exemple, sinon l’électeur s’en va déserter l’isoloir ou butiner ailleurs.

Quelques gouttes d’éthique protestante sont ainsi giclées dans les rouages d’une machine électorale qui n’a guère l’habitude de recevoir un tel adjuvant. Sous les yeux écarquillés de Fillon, les temps ont changé. La transparence devient tendance et sera bientôt exigence. Les Français l’ont oublié, mais enfin «notre» Calvin est né sur leur sol ! 

Jean-Noël Cuénod

Editorial paru dans la Tribune de Genève et 24 Heures de mardi 7 février 2017

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02/02/2017

Fillon et le syndrome de la Rolex

 

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Chacun se rappelle l’aérienne formule de Chirac : «Les emmerdes volent en escadrille». Pour François Fillon, ce n’est plus une escadrille qui le vise mais un pont aérien avec tapis de bombes. Lorsqu’il ne s’enferre pas dans de nouveaux mensonges, c’est un média qui sort le dernier scoupe ravageur. Qui sera suivi d’autres.

Lorsqu’une campagne politique déraille dès son début, il est bien difficile de la remettre sur les rails. La faute initiale du candidat de la droite «loden-mocassins à glands» ne concerne pas Pénélope et ses emplois fantômes mais son programme de démantèlement de la sécurité sociale, suivi d’un rétropédalage très laborieux.

Alors qu’il fut premier ministre pendant cinq ans, Fillon n’a toujours pas compris que s’attaquer à la sécu en France, c’est allumer un barbecue de vaches sacrées sur la place centrale de Bénarès.

Dès lors, toutes les accusations qu’il a subies par la suite ont été encore plus vivement ressenties par les citoyens qui tremblent pour leur système de soins. D’autant plus que les prêches austères de ce Savonarole bien coiffé étaient démentis par les largesses qu’il s’octroyait ainsi qu’à sa famille. Sang et larmes pour les poires, champagne et caviar pour ma pomme.

Cela dit, l’affaire Fillon n’est qu’un épisode parmi d’autres dans la grande saga qui lie, souvent pour le pire, argent et pouvoir. Eternelle question mais qui, aujourd’hui, prend une acuité particulière.

Avant que les Trente Glorieuses n’emballent le monde occidental dans le Tout-Economique et sa société de surconsommation, une sorte de statut non-écrit régnait dans de nombreuses démocraties européennes : les magistrats, les députés, les ministres étaient mal payés mais jouissaient d’une position prestigieuse aux yeux du public. Certes, il s’est toujours trouvé des petits malins et des gros corrompus dans ces hautes sphères mais dans l’ensemble, les détenteurs du pouvoir respectaient cette manière de contrat social. Bonne renommée valait mieux que ceinture dorée.

Il en allait de même pour d’autres émetteurs d’influence au sein de l’Etat, comme les instituteurs et professeurs. Ils ne roulaient qu’à vélo mais au village, dans le quartier, chacun levait son chapeau à leur passage. Pour leurs voisins, ils étaient des Messieurs. Pour la plupart de ces hommes de pouvoir et de savoir, le prestige suffisait à leur donner une belle estime de soi et leur permettre d’avancer dans la vie du pas assuré de celui qui se sait reconnu.

Aujourd’hui, ce genre de considération est balayée par l’unique valeur qui ne soit pas relative, celle incarnée par le Veau d’Or. Moïse n’a pas fini de briser de rage les Tables de la Loi.

Le publicitaire Séguéla fut naguère vilipendé pour avoir énoncé, à propos de Sarkozy, sa célébrissime tirade: «Un président qui, à 50 ans, n'a pas de Rolex a raté sa vie.» Il ne formulait pourtant qu’une évidence. Les écoliers ricanent maintenant devant leur prof qui gagne en un mois, ce qu’un dileur empoche en trois jours. Quant aux politiciens, s’ils font du vélo, c’est pour la galerie écolo. Ces hommes, ces femmes qui ont souvent accompli de longues études, voient leurs anciens condisciples faire fortune dans la haute finance ou les grands groupes industriels, alors qu’ils doivent se contenter de revenus qui, en comparaison, relèvent de la roupie de sansonnet. D’où les empilements de mandats. Et les magouilles pour rendre plus valorisantes leurs rémunérations. Histoire de ne pas paraître trop plouc dans les réunions des anciens de HEC ou d’autres grandes écoles.

L’affaire Fillon n’est pas seulement la faillite d’un homme, ni même d’une caste politique. Elle est la conséquence directe de l’effondrement des cadres moraux voulu par la société de l’hypercapitalisme.

Jean-Noël Cuénod

Et pour détendre un peu l’atmosphère, voilà la vidéo d’une chanson de Frédéric Fromet «Femme de François Fillon». A se tordre ! 


Femme de François Fillon - La chanson de... par franceinter

 

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28/11/2016

Contre Fillon, Marine Le Pen en Jeanne d’Arc prolo

« C'est le pire programme de casse sociale qui ait jamais existé ! » Marine Le Pen donne le ton d’emblée lundi matin au micro d’Europe1. Elle sera la Jeanne d’Arc des prolétaires français contre François Fillon. La gauche, elle, contemple ses nombreux nombrils en éruption.

Le succès de François Fillon à la primaire de la droite est d’une telle ampleur qu’il est devenu, dans son camp, le seul dispensateur des gamelles. Dès lors, ceux qui le trouvaient trop libéral, trop catho, trop conservateur feront désormais bloc derrière lui. Pour mener sa politique, il aura un vaste appareil à sa main et pléthore de courtisans à sa botte.

Et quelle politique ! Car Marine Le Pen touche juste, hélas, lorsqu’elle dénonce une « casse sociale » sans précédent.

Au fil de la Ve République, la droite de gouvernement a toujours fait attention de tempérer un tant soit peu sa politique en faveur des classes possédantes et conservatrices qui l’avaient élue au pouvoir. De Gaulle avait signé en 1967, « la participation des salariés aux fruits de l'expansion des entreprises ». Giscard s’est lancé dans des réformes sociétales qui auraient pu être le fait d’un gouvernement de gauche, telle la loi sur l’avortement. Jacques Chirac a été élu en promettant de réduire la « fracture sociale ». Promesse non tenue, certes, mais l’avoir énoncée traduisait au moins un certain souci de ne pas s’adresser qu’aux nantis. Même Sarkozy n’avait pas osé toucher aux 35 Heures, malgré ses tartarinades ultracapitalistes.

François Fillon, lui, jette les derniers masques effilochés du gaullisme social. Son mentor Philippe Seguin doit se retourner dans sa tombe. En lisant son programme (une légère recherche Google suffit à le trouver ), on y apprend que Fillon avantage systématiquement les ménages aisés[1], supprime l’Impôt sur la fortune[2], augmente la TVA (taux normal) de 20 à 22% afin de compenser la baisse des charges patronales. Or, la TVA est un impôt particulièrement injuste socialement puisque chacun l’assume au même taux.

Mais il y a encore plus pernicieux. Outre la suppression des 35 Heures, Fillon lancera un assaut quasi-thatchérien contre les organisations de salariés en supprimant le monopole syndical au premier tour des élections professionnelles, ce qui aura pour effet de favoriser les candidatures individuelles qui, ainsi, n’auront plus besoin de l’affiliation à un syndicat. Fillon veut donc rendre encore plus faibles les syndicats français qui sont déjà mauvais état. Or, on sait la difficulté que connaît la France à organiser un véritable dialogue social, faute, justement, de syndicats vitaminés. Fillon ne veut avoir en face de lui qu’une organisation, sans tiers inopportun, soit le MEDEF (pour les non-Français, l’organisation patronale) afin de mener une sympathique collaboration entre lui et ceux qui l’auront fait élire.

Devant ce programme d’une agressivité antisociale inouïe, les syndicats semblent anesthésiés. Or, c’est pourtant leur existence qui est en jeu. Quant à la gauche, elle ne parvient pas à sortir la tête de son tout-à-l’égo et son électroencéphalogramme a la platitude des mornes plaines. Face à une offensive antisociale de grande envergure, vers qui les classes populaires vont-elles se tourner à la présidentielle 2017 ? Poser la question, c’est y répondre. Si les partis de gauche continuent leur marche vers le suicide collectif, ils seront éliminés dès le premier tour. Et lors d’un second tour entre François Fillon et Marine Le Pen, il est fort possible que la patronne du Front national reçoive moult suffrages provenant des électeurs de gauche révulsés par le programme Fillon. On aura beau dire que la touche populaire du discours frontiste n’est que de la frime propagandiste, que dans le sud de la France le Front sauce Marion Maréchal-Le Pen développe une politique ultralibérale, ce discours ne passera pas, tant sont fortes les menaces que font peser les propositions Fillon sur les équilibres sociaux.

Jean-Noël Cuénod

 

[1] Relèvement du plafond de l'avantage fiscal tiré du quotient familial, de 1510 euros à… 3.000, soit un cadeau fiscal aux familles nanties de 10 milliards d'euros.

[2] Signalons en passant que même la Suisse connaît un impôt sur la fortune.

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23/11/2016

Fillon et Juppé, un vrai désert… rural !

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Connaissez-vous Champeaux-la-Chapelle-Pommier ? Non ? Vous avez tort. Avec ses deux Eglises romanes et son Château des Bernardières, cette commune vaut le détour. Elle présente aussi un autre aspect, plus troublant.

Avec ses 148 habitants, elle se situe au centre du Périgord Vert, au Nord du Département de la Dordogne, dans le canton de Brantôme. On y cultive son verger. On y chasse la palombe. On y traque les sangliers qui vous massacrent les cultures, ces sagouins de cochons ! Ses bois touffus de châtaigniers, de chênes, de pins, ses sentiers où les noisetiers égrènent leurs chapelets, ses prés d’un vert tellement lumineux qu’il font pâlir le soleil, cachent un désert qui n’est pas fait de sable mais de vide républicain.

Tranquilles, les Champenois ? Tranquilles car on n’est pas des furieux dans le coin. Tranquilles mais la colère rentrée comme un sanglot qu’on étouffe. Toutefois, elle commence à sortir, cette colère, et à prendre le chemin des urnes. Au premier tour des élections régionales de 2010, la liste du Front national parvenait tout juste à dépasser la barre des 5% à Champeaux-La-Chapelle-Pommier. Lors de la même élection en 2015, le candidat frontiste y est arrivé largement en tête avec 46,27% des voix. Une progression supérieure à 40% en cinq ans !

Or, l’extrême-droite n’a pas de racine sur cette terre périgordine dont les habitants ont été façonnés par le radicalisme anticlérical, le communisme rural et le gaullisme social. Le Parti socialiste avait progressivement capté le vote communiste en déclin. Pendant des années, le Front national ne mordait pas sur cet électorat profondément républicain.

« On cherche médecins, désespérément ! »

Les choses ont commencé à changer à la fin de la première décennie 2000. Pourquoi ? Celui qui ne désigne qu’une cause est certain de se tromper. Mais lorsqu’on partage un pineau avec les habitants du lieu, un motif de plainte revient souvent sur la toile cirée : « Ici, c’est le désert. Il n’y a plus rien. Tenez, à Mareuil (un bourg de plus de 1000 habitants) – ils en sont réduits à planter une banderole pour chercher un médecin ! » (Voir la photo).

 Il y a une trentaine d’années, j’allais le dimanche chercher ma tarte chez le boulanger de Champeaux. Tout le village embaumait le gâteau juste sorti du four. Quant à la poste, elle était à côté, à Rudeau. Puis, la poste a fermé. Et le boulanger s’en est allé à Nontron, la sous-préfecture. Les gendarmes ? On pouvait se rendre à leur poste de Mareuil, il y a encore quelques années. Aujourd’hui, la caserne est bouclée. Ailleurs, des classes ferment et des écoles menacent de disparaître. La justice ? Naguère, Nontron disposait de son Tribunal d’Instance. C’était pratique pour trancher les différends entre propriétaires forestiers ou régler les nombreuses embrouilles de voisinages. Et puis, ça faisait vivre les commerces et les bistrots. Depuis la réforme Dati, le Tribunal est rayé de la carte judiciaire et la salle d’audience n’accueille plus que des concerts. Les dossiers des justiciables de la région s’empilent au Palais de Justice de Périgueux, déjà fort embouteillé.

L’essence du problème

La moindre démarche administrative provoque la perte d’une journée pour accomplir les 40 ou 50 kilomètres qui séparent ces villages de Périgueux, le chef-lieu du Département. Et comme il manque TOUJOURS une pièce ou un document, c’est une journée supplémentaire qui sera fichue. Bonjour la facture de carburant !

Internet ? N’en bénéficient que ceux dont la ligne est « éligible » par un opérateur. Les autres – la majorité – sont bons pour ramer au lieu de surfer.

Bref, le désert rural s’est désormais installé dans le Périgord Vert qui n’est d’ailleurs pas forcément le plus mal loti de la province. Car ce phénomène se vérifie un peu partout dans ces immenses espaces qui s’étendent entre les métropoles régionales surpeuplées. Que disent les candidats à l’élection présidentielle ? Sous Sarkozy, le désert rural n’a cessé de s’accroître. Mais la gauche avec Hollande n’a pas fait mieux. Quant aux deux candidats de la droite, Alain Juppé et François Fillon, on ne peut pas dire qu’ils prêchent dans le désert rural ! Il faut fouiller dans leurs programmes pour trouver bien peu de biscuits. Aucun d’entre eux n’a prévu un chapitre entier sur la ruralité.

Fillon et Juppé peut diserts sur le désert

Chez Fillon, des mesurettes figurent sous la rubrique « collectivités locales », mais qui recouvre aussi les grandes villes. La moins anodine de ses propositions : « Donner aux communes une véritable autonomie fiscale, c’est-à-dire des ressources fiscales propres dont elles puissent faire varier les taux. » Une méthode à l’Helvétique mais qui est formulée en termes tellement vagues qu’elle a la consistance d’une motte de beurre oubliée au soleil.

Chez Juppé, c’est pire. En rubrique « numérique », on déniche une vague promesse d’améliorer la couverture du haut débit sur tout le territoire.

Il ne fait aucun doute que Marine Le Pen, elle, va s’engouffrer dans la brèche laissée béante par les autres dirigeants pour s’adresser à ces ruraux qui sont sortis des radars politiciens.

Au-delà des ennuis quotidiens qu’il suscite, le désert rural sape aussi, peut-être surtout, le moral. L’impression d’être abandonné, délaissé, ignoré, méprisé prend le dessus. Quand on parle des banlieues, les médias évoquent « ces territoires perdus de la République ». Il est d’autres « territoires perdus de la République ». Leurs habitants ne brûlent pas de voitures. Mais ils votent Front national. On peut les désapprouver. Mais on doit les comprendre.

Jean-Noël Cuénod

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21/11/2016

Le bedeau Fillon et ses cathos-trotskistes

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Le triomphe de François Fillon au premier tour de la primaire de droite marque la revanche du mouvement anti-mariage gay. Ce digne représentant de la France des diocèses a misé, mieux que ses adversaires, sur les réseaux du catholicisme qui restent d’importants pourvoyeurs de voix, outre-Jura. Il a reçu l’actif soutien du mouvement Sens Commun, ces cathos-trotskistes qui ont pratiqué l’entrisme au sein du Parti dit « Les Républicains » (LR).

Réaliste, l’ancien premier collaborateur de Sarkozy sait qu’il ne peut pas abolir la loi sur le mariage homosexuel, même si ce n’est pas l’envie qui lui manque. Mais de tous les candidats de la droite – l’extrême-droite comprise, à part le caricatural Poisson –, c’est lui a développé le plus nettement la rhétorique anti-gay. A maintes reprises durant sa campagne, il a promis d’interdire l'adoption plénière aux couples homosexuels.

Parmi les réseaux les plus efficaces, Fillon a pu compter dès septembre sur le soutien du mouvement Sens Commun. Fondé en décembre 2013, il est composé de jeunes gens bien coiffés, bien nés, bien élevés, bien baptisés, bien organisés, bien formés intellectuellement et portant parfois des noms de trombones à coulisse. Une grande partie d’entre eux sont issus des manifs contre le mariage homosexuel. Leur ancien président, Sébastien Pilard, et leur porte-parole, Madeleine Bazin de Jessey — furent les figures les plus en vue des Veilleurs, ces jeunes cathos intégristes qui priaient devant le ministère de la Justice pour qu’une intervention divine vienne interrompre le cours satanique de la Loi Taubira.

Afin de donner un contenu plus terrestre à leur action, ces Taubirophobes ont créé Sens Commun qui ne compterait, selon son site, que 9000 adhérents. Mais au nombre, ils préfèrent la cohérence idéologique. Se développer dans le seul but de grossir le volume des cartes d’adhérents n’a guère de sens pour…Sens Commun. Il s’agit surtout d’assurer à ses partisans une forte ossature politique pour qu’ils soient à même d’investir les postes à responsabilité au sein du parti LR.

Le site de Sens Commun est, à cet égard, fort explicite. Il revendique « 22 élus départementaux et régionaux et plus de 250 élus municipaux ainsi que de très nombreuses personnes œuvrant au sein des Républicains, tant au Conseil National que dans les Comités de circonscription ou encore au sein des délégations de fédération sur l’ensemble du territoire. » Le nouveau président de Sens Commun, Christophe Billan, est d’ailleurs membre du Secrétariat national du parti LR.

Les trotskistes français avaient appliqué la même tactique à l’endroit du Parti socialiste durant les années 1980. L’actuel premier secrétaire du PS, Cambadélis, en est un exemple ainsi que Lionel Jospin et Julien Dray entre autres.

Il est probable que Sens Commun parviendra encore à gravir les échelons du parti de la droite de gouvernement. Il a déjà trouvé son cheval de Troie, en la personne de l’ex-premier ministre : « Nous saluons avec joie la qualification de François Fillon au second tour de la primaire, illustration de sa droiture, cohérence et dignité » a proclamé ce mouvement dans un communiqué.

En abandonnant Sarkozy pour soutenir Fillon, Sens Commun a, semble-t-il, misé sur le bon cheval.

Jean-Noël Cuénod

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22/11/2012

Juppé,l’ultime chance de l’UMP

 

L’UMP est devenue un cirque où des meutes de nabots hystériques se flanquent des tartes à la crème à la figure dans un concert de glapissements. Entre Jean-François Copé et François Fillon, le fossé est devenu infranchissable, d’autant plus que cette commission de contrôle à la noix, la COCOE, a reconnu, hier, avoir oublié trois fédérations départementales en décomptant les suffrages. Dans une élection censée élire le président du grand parti de la droite française, cet amateurisme laisse pantois.

 

De ce magma en fusion et confusion, un seul homme d’Etat émerge, Alain Juppé. Sa proposition de présider une commission hors-statut chargée d’examiner les résultats verra-t-elle vraiment le jour? Mais au fond quel est l’intérêt de compter, de recompter, de rerecompter des suffrages dans un tel contexte? Ni François Fillon ni Jean-François Copé ne peuvent désormais exercer pleinement la présidence. A cet égard, l’UMP est piégée par son essence même, qui est celle d’une formation bonapartiste, jadis taillée pour la haute stature du général de Gaulle. Ce genre de parti a pour moteur principal le culte du chef. Du chef, mais non pas des chefs!

 

Nicolas Sarkozy pourrait-il redevenir le patron du parti? Ce serait fort de café; Sarkozy est tout de même l’un des principaux coupables de cette désintégration de l’UMP. C’est lui qui a poussé Copé au détriment de Fillon. C’est lui qui a tracé la ligne politique hyperdroitière qui a mené aux outrances. Après avoir abîmé la France, Nicolas Sarkozy est en train de détruire son propre pari. Qu’il se concentre sur ses dossiers judiciaires, la besogne ne lui manque pas dans ce domaine.

 

Dès lors, la chance ultime pour l’UMP réside dans la désignation d’Alain Juppé comme président ad interim. Lui seul dispose de l’envergure nécessaire pour tenter de réanimer ce parti à bout de souffle.

 

 

Jean-Noël Cuénod

21:26 | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : sarkozy, fillon, copé, de gaulle | |  Facebook | | |

20/11/2012

Copé l’emporte sur Fillon mais pourquoi un tel «petchi » ?

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Jean-François Copé a donc emporté la présidence de l’UMP avec 98 voix d’avance, au terme d’un psychodrame où le comique se disputait au lamentable. Dépasser en ridicule le congrès socialiste de Reims paraissait mission impossible. Mais en politique française le pire est toujours probable. L’élection à la présidence de l’UMP a démontré que si la gauche est souvent maladroite, la droite sait se montrer gauche. Le spectacle cocasse des deux concurrents, François Fillon et Jean-François Copé, revendiquant chacun la victoire, le feuilleton des magouilles réciproques, le «petchi» — cet helvétisme nous permet d’éviter un mot plus gaulois — des opérations électorales internes ont décrédibilisé l’UMP, fer de lance fort émoussé de l’opposition.

 

Pourquoi les deux grands partis de gouvernement français sombrent-ils dans le grotesque chaque fois qu’il s’agit d’élire leurs dirigeants? L’an passé, le Parti socialiste nous avait offert un petit espoir en organisant avec succès sa primaire pour désigner le candidat de la gauche à la présidentielle. Mais peu après, le PS retombait dans ses vilaines manières en nommant son premier secrétaire au terme d’une désignation digne du Parti communiste chinois.

 

Ce travers chronique traduit l’incapacité de la classe politique française — de gauche comme de droite — à comprendre la société mondiale globalisée qui est aujourd’hui la nôtre, qu’on s’en lamente ou qu’on s’en loue. Caciques blanchis sous le harnais des médiocres ambitions personnelles, accumulant les mandats afin de conserver leurs gamelles bien remplies, ne parlant d’autre langue qu’un anglais à la Raffarin et écorchant la leur à force d’en faire du bois pour pipeaux, les hommes politiques français ne quittent pas du regard leur nombril hexagonal, sans se rendre compte qu’il devient toujours plus petit.

 

Les institutions de la Ve République ne créent plus de géants et ne fabriquent que des nains. Il est donc temps de les changer afin qu’émergent les forces vives qui sauront préparer la France à faire ce grand saut dans la société globalisée qu’elle redoute tant.

 

 

Jean-Noël Cuénod avec un dessin d'Acé

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31/10/2012

L’UMP ou l’irrésistible tentation du hara-kiri

Par son appel à recourir aux manifs si le mariage homosexuel et le vote des étrangers aux municipales sont adoptés par le parlement français, le secrétaire général de l’UMP Jean-François Copé a rajouté ce week-end, une épaisse couche «droitiste» à son discours. Elle survient après l’épisode du pain au chocolat arraché de la bouche des petits Français par de vilains islamistes.

 

Comment une figure importante d’un grand parti conservateur peut-elle en appeler au désordre de la rue? La raison en est simple, Jean-François Copé doit rattraper François Fillon dans la course à la présidence de l’UMP. Et pour l’instant, son langage musclé plaît aux militants et aux sympathisants qui, toutefois, semblent préférer François Fillon, puisqu’il paraît être le seul à pouvoir mener son camp à la victoire lors de l’élection présidentielle en 2017.

 

Par ses discours extrémistes, Jean-François Copé lance des passerelles vers le Front national. Plusieurs facteurs l’y engagent. D’une part, 30% des sympathisants de l’UMP se déclarent favorables à des alliances électorales, selon un sondage d’OpinionWay. D’autre part, nombre d’élus locaux de l’UMP poussent leur parti à conclure des accords régionaux avec les frontistes de Marine Le Pen afin de sauvegarder leurs sièges. A court terme, la tactique de Copé paraît cohérente. A moyen et long terme, elle trahit l’inconfortable position de l’UMP sur l’échiquier politique français.

 

Tout d’abord, Marine Le Pen ne conçoit une alliance avec l’UMP que dans la mesure où le Front national se trouve en position hégémonique. Ensuite, les opinions des deux partis sont tellement éloignées sur des sujets majeurs comme l’Europe et l'économie, qu’un accord sur le plan national conduirait la formation de Copé et de Fillon à se faire hara-kiri.

 

En effet, l’électorat de l’UMP n’est pas homogène. Un autre sondage OpinionWay démontre qu’il est divisé en quatre grandes familles: les «gaullistes» (31% des sympathisants de l’UMP), les «conservateurs antilibéraux» (24%), les «libéraux» (21%) et les «progressistes» (24%). La part la plus favorable au Front national se trouve au sein des «conservateurs antilibéraux». En revanche, les «libéraux» et les «progressistes» seraient enclins à rejoindre les rangs du nouveau parti de Jean-Louis Borloo, l’UDI (centre-droit), en cas d’alliance avec le Front national. Dans cette configuration, le groupe «gaulliste» se partagerait sans doute entre pro et antifrontistes. Dès lors, l’UMP réduite à sa part la plus droitière risquerait fort d’être avalée par le Front national. Le champ serait ainsi laissé libre à l’UDI qui affiche clairement sa volonté de devenir le grand parti de la droite modérée et de gouvernement.

 

Borloo et Marine Le Pen ont au moins un point commun, ils veulent tous deux dévorer l’UMP. Le nouveau président de ce parti devra donc affronter des adversaires résolus et bien organisés au sein même de l’opposition.

Jean-Noël Cuénod

 Lors de la fête de l'Aït-el-Kébir, les musulmans français ont distribué un petit pain au chocolat en forme de croissant qu'ils ont, si l'on ose dire, baptisé le "Copé". Le secrétaire général  de l'UMP s'est au moins fait un nom dans la viennoiserie allal.

 

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10/02/2011

Voyages des ministres, la bulle et les bulles

Devenir ministre en France vous introduit dans un monde magique. Vous voilà lové dans la chaleur d’une bulle sur laquelle le quotidien glisse comme une flaque sale sur la vitrine d’une bijouterie. Dans cet univers enchanté, le métro 13 surpeuplé, les rackets à Clichy-sous-Bois, la dernière classe d’un village creusois qui se ferme, les médecins qu’on appelle en vain au fin fond de la Dordogne, les SDF qui grelottent sur le trottoir, les chômeurs qui s’énervent à Pôle Emploi se métamorphosent en quelques lignes d’un rapport que personne n’aurait l’idée de lire.

Pourquoi briserait-on ce charme? Au paradis ministériel, les enfers n’ont point leur place. Les statistiques se révèlent toujours encourageantes et l’action du gouvernement reste positive, quoi qu’il advienne.

Dans cette bulle, le ministre oublie ces deux contingences ennuyeuses: la décence et le bon sens. Se faire inviter par un dictateur durant ses vacances de Noël? Voler au-dessus de la Tunisie en pleine révolution, aux frais d’un ami du tyran, quoi de plus normal? Après tout, le Grand Maître de la Bulle en personne a passé les premiers jours de sa présidence sur le yacht d’un richissime homme d’affaires qui l’avait invité. Sans la moindre arrière-pensée, bien sûr.

L’ennui avec la bulle, c’est qu’elle vous en fait commettre, des bulles. Naguère encore, les Français acceptaient, en râlant, que leurs gouvernants prissent leurs aises. Aujourd’hui, ils éprouvent une furieuse envie de faire crever cette bulle devenue maudite. La crise qui persiste et l’impuissance du pouvoir face à la tourmente de la mondialisation ont changé la grogne en colère.

Qui en récoltera les raisins? Ayant gambadé durant des lustres dans la bulle et se perdant en disputes égolâtres, les socialistes paraissent fort mal placés. S’ils ne redeviennent pas crédibles, le vote en faveur de Marine Le Pen en 2012 s’annonce massif.

(Cet éditorial est paru jeudi 10 février 2011 dans la Tribune de Genève et 24 Heures)

 

Jean-Noël Cuénod

Voici la vidéo filmée par Europe1 et captée par le Télégramme de Brest. On y apprend que la ministre des affaires étrangères passe aux aveux après des jours de dénégations.

 

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15/11/2010

Editorial: l’adieu à la rupture selon Sarkozy

 

Il est difficile d’imaginer autobut plus spectaculaire. En annonçant, en juin dernier, la nomination d’un nouveau gouvernement, Nicolas Sarkozy pensait donner un coup de fouet à l’action gouvernementale après les affaires Woerth-Bettencourt et la réforme des retraites. Cinq mois plus tard, voilà le président français contraint par les députés de son parti, l’UMP, à reconduire, hier, François Fillon à Matignon, et à accepter le retour aux affaires d’un poids lourd chiraquien, Alain Juppé. Le fouet est tombé des mains de Sarkozy. Et le premier ministre s’en est aussitôt emparé.

Ce remaniement mollasson signifie la fin de la rupture sarkozyste et de l’omniprésidence ainsi que le retour de l’actuel président dans le sillon des institutions. Avant lui, aucun élu suprême de la Ve République – y compris le général de Gaulle – ne s’était transformé à ce point en «super-premier ministre», décidant de tout et dans tous les détails, ravalant le chef de son gouvernement au rang de collaborateur subalterne.

 A ce jeu, l’«omniprésident» s’est épuisé en multipliant les erreurs sur le plan intérieur, entre la calamiteuse gestion des affaires Woerth, le maintien de l’impopulaire bouclier fiscal et le passage en force, sans aucune pédagogie, de la réforme des retraites. Désormais, les rôles traditionnels seront distribués. Au président le soin de représenter la France à l’étranger, notamment à la tête du G20 pendant un an. Au premier ministre, la tâche de mener à bien la politique intérieure.

Enfant de Neuilly, cette banlieue privilégiée de Paris, Nicolas Sarkozy est en train de payer sa méconnaissance de la France qui compte, celle de la province. Sans précaution, il a voulu bousculer ce vieux peuple rebelle et conservateur. Or, même la droite qui le soutenait préfère maintenant François Fillon, qu’elle reconnaît pour l’un des siens et qui la réconforte par sa tranquille assurance.

 

Jean-Noël Cuénod

(Editorial paru lundi 15 novembre 2012 dans la Tribune de Genève et 24 Heures)

09:47 | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : remaniement, fillon, sarkozy, gouvernement | |  Facebook | | |

Editorial: l’adieu à la rupture selon Sarkozy

 

Il est difficile d’imaginer autobut plus spectaculaire. En annonçant, en juin dernier, la nomination d’un nouveau gouvernement, Nicolas Sarkozy pensait donner un coup de fouet à l’action gouvernementale après les affaires Woerth-Bettencourt et la réforme des retraites. Cinq mois plus tard, voilà le président français contraint par les députés de son parti, l’UMP, à reconduire, hier, François Fillon à Matignon, et à accepter le retour aux affaires d’un poids lourd chiraquien, Alain Juppé. Le fouet est tombé des mains de Sarkozy. Et le premier ministre s’en est aussitôt emparé.

Ce remaniement mollasson signifie la fin de la rupture sarkozyste et de l’omniprésidence ainsi que le retour de l’actuel président dans le sillon des institutions. Avant lui, aucun élu suprême de la Ve République – y compris le général de Gaulle – ne s’était transformé à ce point en «super-premier ministre», décidant de tout et dans tous les détails, ravalant le chef de son gouvernement au rang de collaborateur subalterne.

 A ce jeu, l’«omniprésident» s’est épuisé en multipliant les erreurs sur le plan intérieur, entre la calamiteuse gestion des affaires Woerth, le maintien de l’impopulaire bouclier fiscal et le passage en force, sans aucune pédagogie, de la réforme des retraites. Désormais, les rôles traditionnels seront distribués. Au président le soin de représenter la France à l’étranger, notamment à la tête du G20 pendant un an. Au premier ministre, la tâche de mener à bien la politique intérieure.

Enfant de Neuilly, cette banlieue privilégiée de Paris, Nicolas Sarkozy est en train de payer sa méconnaissance de la France qui compte, celle de la province. Sans précaution, il a voulu bousculer ce vieux peuple rebelle et conservateur. Or, même la droite qui le soutenait préfère maintenant François Fillon, qu’elle reconnaît pour l’un des siens et qui la réconforte par sa tranquille assurance.

 

Jean-Noël Cuénod

(Editorial paru lundi 15 novembre 2012 dans la Tribune de Genève et 24 Heures)

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