29/05/2014

Les amanites blondes et le grand vertige (Les Jeudis du Plouc)

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Tout s’écroule. Devant nos pas, un grand vide s’ouvre. Un grand vide sans fond. Fascinés, nous chutons. Affolés, nous nous tentons de nous accrocher aux branches. Des branches situées à main droite (extrême). Certains pays, comme l’Allemagne, semblent épargnés, en raison de leur bonne santé économique. Mais pour combien de temps ? D’ailleurs, la prospérité du Danemark et de la Suisse n’empêche nullement leurs partis nationalistes de s’imposer.  Car la cause du mal n’est pas qu’économique. Il n’y a que François Hollande pour croire qu’en faisant baisser le chômage ­–  la France en est bien loin ­– on éradiquera ipso facto le nationalisme. Ou plutôt les nationalismes, tant ils paraissent divers dans leurs origines et leurs programmes.

 

Les partis nationalistes n’ont pas surgi dans la forêt comme champignons après l’ondée. C’est toute la forêt qui s’est effondrée, laissant apparaître les amanites blondes, genre Marine Le Pen et Geert Wilders. Cette forêt était constituée par les partis qui privilégiaient la raison plutôt que l’émotion.

 

Ces partis de la raison étaient constitués de deux grandes familles : le libéralisme et la social-démocratie. C’est de leur camp respectif que l’un et l’autre ont subi les premiers coups, ceux qui leur ont causé des dégâts irréversibles.

 

L’infernal couple anglo-saxon Reagan-Thatcher a détruit, au nom du libéralisme, ce qui constituait un élément fondamental dudit libéralisme, à savoir la régulation. Le libéralisme avait pour principe de ménager le plus possible d’espace à la liberté d’entreprendre et prônait la libre concurrence. Mais, conscients qu’un laisser-faire absolu allait créer des désordres sociaux considérables, les libéraux de jadis ont encadré cette liberté par la loi et l’Etat de droit. Pour reprendre une vieille image, le renard disposait certes d’une grande liberté dans le poulailler, mais il lui était interdit de tuer toutes les poules. L’ultralibéralisme à la Reagan-Thatcher a fait voler en éclat ce vieux libéralisme permettant au renard de se lancer dans tous les carnages qu’exige son appétit sans frein.

 

Le libéralisme s’efforçait – sans forcément y parvenir – à ce que le meilleur l’emporte en fixant les règles du jeu. Avec l’ultralibéralisme, ce n’est pas le meilleur qui triomphe, mais le plus pervers, celui dont la course folle n’est entravée par aucun scrupule, aucune limite. L’industrie du porc breton paie-t-elle ses ouvriers au salaire minimal ? L’industrie porcine allemande réplique en rémunérant ses ouvriers roumains au lance-pierre pour vendre sa cochonnerie à vil prix. Les tisserands pakistanais des multinationales chinoises et occidentales demandent-ils quelques grains de riz supplémentaires dans leur bol? Leurs collègues bangladais sont prêts à prendre la relève. Le phénomène a été mille fois rabâché. Après la crise des «subprimes» – un sommet dans l’immondice ultralibérale – les partis libéraux ont promis que, cette fois-ci, on allait dresser le renard capitaliste. Qu’a-t-on vu ? Rien.  Ces formations «raisonnables» se sont montrées incapables de faire entendre raison à ce renard enragé.

Et l’on voudrait que le peuple vote pour eux?

 

Côté social-démocrate, ce n’est pas plus brillant, au contraire. Après la chute du Mur de Berlin, les partis socialistes démocratiques ont été privés de leur épouvantail favori : l’Empire rouge. Ils ne pouvaient plus l’agiter au nez des dirigeants économiques et des partis libéraux en leur disant : «Laissez aux travailleurs une part de votre gâteau, sinon ils se tourneront vers le Kremlin qui vous bouffera tout cru.» Au lieu de faire leur aggiornamento idéologique pour s’adapter à la nouvelle donne, les sociaux-démocrates ont continué comme si de rien n’était. La classe ouvrière, qui formait leur base, a été éclatée dans les miroirs brisés de l’individualisme induit par le capitalisme nouveau et ses stupéfiants technologiques. Or, sans conscience de classe, il n’y a pas de classe du tout, disait un certain Marx. Au lieu de parer au danger pour reconstituer cette conscience – ce qui est le boulot d’un parti de gauche ­– nombre de formations socialistes ont préféré s’investir dans les sujets de société, plus à la mode communicante. Certaines d’entre elles ont même abandonné leur camp en suivant docilement les traces du renard ultralibéral.

Et l’on voudrait que les travailleurs leur en soient reconnaissants?

 

A cela s’ajoute la sensation d’être emporté par le magma mou de la sous-culture américaine. Dans la pub, dans les conversations, partout, ce sabir américanolâtre s’insinue pour formater ce qui reste de nos neurones aux produits technologiques qu’il est chargé de promouvoir. Cet aspect est loin d’être secondaire, car il fait partie de la sensation d’être dépossédé.

 

 Pour que l’angoisse ainsi créée perde de sa virulence, nous cherchons à lui trouver un point ce fixation. Ayant mille visages, l’ultralibéralisme n’en a aucun. C’est donc l’autre le plus proche qui transformera l’angoisse en colère, à savoir l’immigré, le Rom, le frontalier, le bronzé, celui qu’on ne peut plus sentir. Le racisme devient ainsi un moyen d’expression qui trouve sa traduction politique dans les partis nationalistes qui ont la raison pour ennemie.

 

Or, si le nationalisme permet d’assouvir les passions, de tout temps il n’a créé que guerres et désolations. Ce qui fut vrai en 1914 et en 1939, entre autres, se vérifiera demain, sous d’autres formes.

 

Le libéralisme et la social-démocratie sont morts. Le temple de la raison politique et humaniste est à reconstruire sur leurs ruines. Le défi est à la mesure du grand vertige qui saisit le monde. Mais voilà, nous reste-t-il encore assez de temps? Commençons tout de suite par dresser l’acte de décès des partis de la raison, afin de ne pas se contenter de rafistoler un vieux moteur qui ne tiendra plus la route, et par dénoncer les impostures des partis nationalistes.

 

Jean-Noël Cuénod

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26/10/2012

Les classes moyennes et l’étranger obsédant

A quoi ressemblent-elles, ces classes moyennes que les gouvernements caressent dans le sens du poil électoralement, pour mieux les tondre fiscalement? Entre le patron d’une petite boîte et son informaticien, les intérêts diffèrent quand ils ne divergent pas. Pourtant, ils partagent tous deux cette caractéristique propre aux classes moyennes: d’une part, leurs revenus sont trop importants pour qu’ils bénéficient des aides sociales réservées aux « superpauvres »; d’autre part, leurs revenus et leur fortune sont trop réduits pour qu’ils évitent les rigueurs de leur fisc d’origine en jouant à saute-frontières, à l’instar des « superriches ».

 

Pour les gouvernements confrontés aux crises et, pour les moins prévoyants, au poids de la dette publique, les classes moyennes constituent donc les gibiers privilégiés quand il s’agit de remplir les caisses de l’Etat. Les «gens de la moyenne» se considèrent à juste titre comme visés. D’où la naissance chez eux d’un fort sentiment d’injustice à l’égard des catégories qui échappent aux rigueurs fiscales, les « superriches » et les « superpauvres ». Dans les deux cas, l’étranger, sous ses différentes formes, est visé. Comme point d’arrivée des « superriches » qui s’y réfugient pour fuir leurs responsabilités fiscales. Comme point de départ des « superpauvres » qui fuyant la misère et la guerre, cherchent à trouver dans nos pays européens une terre pour vivre, voire survivre.

 

La colère contre les « superriches » s’épuise vite. Tout d’abord, ils ne sont plus là, «sous la main». Et les tentatives pour les faire cracher au bassinet collectif ont été, jusqu’à maintenant, vouées à l’échec. Dès lors, la colère des classes moyennes se tourne vers les « superpauvres » qui, eux, partagent le même espace local ou national. Les voilà supposés délinquants, islamo-intégristes, terroristes en puissance et profiteurs des aides sociales.

 

 Toutes les analyses, toutes les démonstrations pour démontrer la fausseté de ces allégations n’ont aucun effet. Lorsque la colère sociale a trouvé un os à ronger, comment le lui retirer des mâchoires? Les diverses versions de l’extrême-droite européenne l’ont fort bien compris. Il faut chasser les « superpauvres », clament-elles. C’est le thème sous-jacent de l’actuelle islamophobie. Ce discours rencontrant une audience de plus en plus élargie, il peut fort bien mener au pouvoir ceux qui le répètent façon mantra. Que feront-ils alors? Retour aux frontières murées? Ce n’est plus possible tant nos économies nationales sont imbriquées les unes dans les autres. Expulsions massives? Mais il faudrait passer des accords avec les pays d’origine. Et pourquoi ces derniers le feraient-ils? Pour les beaux yeux de Marine Le Pen et de ses «coreligionnaires» suisses?

 

Si le succès des mouvements d’extrême-droite en Europe est possible voire probable, leur échec est donc inscrit dans leur idéologie. Se posera alors la seule vraie question: comment faire payer les « superriches 

 

Jean-Noël Cuénod

10:31 | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : étranger, islamophobie, extrême-droite, classes moyennes | |  Facebook | | |

09/05/2012

Une force dangereuse qui monte, le social-nationalisme

La crise européenne a fait émerger une force qui prend de l'ampleur à chaque rendez-vous électoral, le social-nationalisme. Précisons d'emblée les termes. Le mot «populisme» - utilisé à tort et à travers pour qualifier l'extrême-droite contemporaine - ne signifie rien. Dans une démocratie, les politiciens doivent forcément s'adresser au peuple, prendre en compte son avis et donc faire du «populisme».

Jusqu'à maintenant, l'extrême droite actuelle relève surtout du national-libéralisme, comme l'UDC blochérienne, le Parti du progrès norvégien, celui de la Liberté aux Pays-Bas, le N-VA flamand et d'autres formations de ce genre, actives surtout au nord de l'Europe.

Ces mouvements politiques défendent des thèmes xénophobes et racistes visant les immigrés et l'islam. Mais aucun d'entre eux ne remet en cause l'ordre démocratique; d'autant plus que, jusqu'à maintenant, ils n'ont pas à se plaindre du verdict des urnes. En outre, ils sont, pour la plupart, des partisans de l'économie libérale. Enfin, ces nationalistes libéraux n'organisent pas de milices. Il s'agit avant tout de formations bourgeoises.

L'autre extrême-droite qui se développe aujourd'hui tient un discours différent et constitue un danger bien plus vif pour la démocratie. Il s'agit du social-nationalisme, le terme de national-socialisme renvoyant à une situation allemande de l'entre-deux-guerres qui ne correspond pas à notre époque. Toutefois, comme le fascisme originel italien et allemand, dont elle est l'héritière en ligne plus ou moins directe, cette extrême-droite mêle dans son idéologie protection sociale, glorification de l'identité «raciale» et affirmation nationaliste. Elle prospère actuellement dans l'Est et le Sud-Est de l'Europe. Son représentant grec, Aube dorée, vient d'entrer au parlement d'Athènes avec 21 députés sur 300. S'appuyant sur les mêmes bases idéologiques et de semblables méthodes violentes, le Jobbik hongrois dispose de 47 parlementaires sur 386 et l'Ataka bulgare, de 21 sur 240.

Sur de nombreux points, cette extrême-droite se situe en rupture avec le national-libéralisme. Plus qu'au sein de la bourgeoisie, elle recrute dans les milieux populaires. Loin de défendre le libéralisme économique, elle le voue aux gémonies. Mais surtout, le social-nationalisme se distingue par l'emploi qu'il fait de ses milices. Aube Dorée et Jobbikdisposent de groupes organisés militairement qui investissent certains villages ou quartiers pour tabasser les immigrés et les Roms. Si le national-libéralisme reste dans les clous de la démocratie, le social-nationalisme en sort carrément. Dans un Etat de droit, le monopole de la violence légitime doit rester dans les mains d'une force neutre, agissant sous le contrôle du pouvoir judiciaire. C'est pourquoi la police et la préservation de son monopole deviennent un thème politique majeur.

Jean-Noël Cuénod

                                      CES EMBLEMES VOUS RAPPELLENT-ILS QUELQUE CHOSE? (à gauche, Aube Dorée; à droite, Ataka)

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18:52 | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : élections, europe, grèce, extrême-droite | |  Facebook | | |

07/04/2011

Les deux faces de l'extrême-droite

Tout au long de son histoire, l’extrême-droite présente deux faces. Ou plutôt, il existe deux extrêmes-droites d’origine différente.

doriot.jpgEn France, l’extrême-droite de Charles Maurras (photo à droite) et de l’Action Française n’avait guère de points communs avec celle du principal parti fasciste de l’entre-deux-guerres, le PPF de Charles-Maurras.jpgl’ex-communiste Jacques Doriot (photo à gauche). Maurras avait réuni autour de lui moult représentants de l’aristocratie intellectuelle, Maurice Barrès, Jacques Bainville, Léon Daudet. On y cultivait la fleur de lys. Le style était élégant et la moustache, cirée.

Pendant ce temps, sur une autre galaxie, le chef du PPF Doriot turbinait en usine et possédait pour quartiers de noblesse ceux de Saint-Denis, cette ville de la banlieue ouvrière de Paris dont il fut le maire. Un écrivain passé comme lui de gauche à l’extrême-droite, Ramon Fernandez, le décrit ainsi: «Doriot est grand, gros et fort; il sue beaucoup» (cité par Dominique Fernandez dans «Ramon» paru aux Editions Grasset). Chez Maurras, personne n’aurait eu l’idée de suer.

Ces deux extrêmes-droites qui se méprisaient se retrouveront dans la collaboration durant l’occupation nazie de la France, non sans que plusieurs maurrassiens refusent le nazisme pour s’engager à Londres aux côtés du général de Gaulle.

marine-le-pen2.jpgToutes proportions gardées, le congrès de Tours du Front national en janvier dernier a fait émerger au grand jour ces deux extrêmes-droites. D’un côté, les partisans de Bruno Gollnisch, des jeunes gens aux crânes rasés, à la mise coûteuse, portant souvent des noms à particules. De l’autre, plus nombreux mais moins bien organisés, les supporteurs de Marine Le Pen, à l’allure nettement plus prolétarienne. Dans les discours aussi, la différence se fait sentir, alors que Gollnisch salue le souvenir de l’émeute antirépublicaine du 6 février 1934, Marine Le Pen célèbre la République. L’un en appelle à la tradition chrétienne, l’autre à la laïcité. La tendance «sociale» l’a donc emporté sur la mouvance «traditionnelle».
 Si Marine Le Pen parvient à réunir ces deux extrêmes-droites, le Front national deviendra, de façonbruno-gollnisch.jpg durable, une force politique majeure. Mais cette cohabitation est prête à voler en éclats aux premiers coups de Trafalgar, car ses bases demeurent fragiles du fait même de cette hétérogénéité sociale.

On retrouve aussi, sous d’autres formes, ces deux extrêmes-droites à Genève, avec le MCG au discours nettement plus social que celui de l’UDC qui reste fort soumis aux intérêts économiques.
Malgré leurs différences d’origine, les deux extrêmes-droites partagent une idéologie commune, celle qui privilégie un cercle humain contre les autres, perçus comme des entités à rejeter. Cercle aristocratique ou élitaire pour l’une, cercle nationaliste et populaire pour l’autre. Quand les deux cercles se superposent, l’extrême-droite unie devient un adversaire redoutable pour la démocratie. Mais dès qu’ils ne coïncident plus, elle implose.

 

Jean-Noël Cuénod

09:18 | Lien permanent | Commentaires (14) | Tags : extrême-droite, fascisme, populisme, le pen | |  Facebook | | |

10/03/2011

Comment endiguer la vague Marine Le Pen

marine-le-pen Langue.jpgQuel que soit le candidat socialiste, Marine Le Pen apparaît en tête du premier tour de la présidentielle 2012 en France, à en croire deux sondages de l’Institut Harris Interactive. Le dernier révèle même que Nicolas Sarkozy pourrait ne pas être qualifié pour le sprint final. Dès lors, une averse de réactions politiciennes inonde les médias.

 
Les uns s’acharnent à démonter les ressorts de ce sondage pour en dénoncer les vices cachés. C’est une attitude aussi efficace que de balancer à la poubelle le baromètre qui vous annonce un temps exécrable pour dimanche. Les autres s’affolent et renchérissent en matière de xénophobie sur le discours du Front national. Ainsi, la députée UMP Chantal Brunel a répété, façon merle des Indes, les propos de Marine Le Pen promettant de bouter hors des eaux européennes les Libyens et autres immigrés qui auraient l’étrange dessein d’échapper aux massacres et à la famine. Voilà donc le message de la frontiste banalisé par l’ancienne porte-parole officielle du parti sarkozyste.

 

Quant aux socialistes, personne ne les entend. Ils marchent à côté de leurs escarpins en priant un ciel incertain que leur sauveur Dominique Strauss-Kahn daigne descendre de son Olympe washingtonien pour se confronter à la rugueuse réalité hexagonale.

 
Marine Le Pen vit actuellement ces moments de grâce où quoi que fassent ou disent ses adversaires, elle engrange des suffrages. Un bémol tout de même dans le concert pour Front national solo, ces sondages flatteurs interviennent trop tôt, treize mois avant l’élection présidentielle. En 2002, Jean-Marie Le Pen avait pu se hisser au second tour par surprise, personne ou presque ne l’attendait à cette place. Aujourd’hui, chacun est averti des risques encourus.

 
Toutefois, même si la vague Marine n’a pas encore englouti l’Elysée, il n’en demeure pas moins que l’extrême-droite se renforce partout en Europe. Il faut donc s’attendre à ce qu’un jour ou l’autre, ici ou là, les partis racistes et xénophobes l’emportent. Contrairement aux années 1930, ils ne disposent pas de milices armées et ne se mobilisent pas contre la démocratie. Les traiter de «fascistes» relève donc de l’anachronisme. Il appartient maintenant aux partis qui rejettent toute politique basée sur l’exclusion de tirer les leçons de ce constat: les idéologies du XXème siècle — communisme, social-démocratie, libéralisme — sont mortes.

Sur ces ruines, il faut reconstruire une pensée politique qui prenne en compte la globalisation, le besoin de protection d’une population européenne toujours plus vieille, la sauvegarde de l’environnement. L’extrême-droite évoque ces problématiques en offrant des solutions sans issue. Aux partis de l’ «arc humaniste» de tracer des voies nouvelles. Le peuple se détournera des démagogues dès qu’il aura la certitude qu’on le prend, pour une fois, au sérieux.

 

Jean-Noël Cuénod

Ce texte est paru jeudi 10 mars en rubrique "Réflexion" de 24 Heures et, en version plus courte, en rubrique "Perspective" de la Tribune de Genève. 

15:00 | Lien permanent | Commentaires (13) | Tags : marine le pen, front national, extrême-droite | |  Facebook | | |

17/04/2010

Le Front national nouveau est arrivé!

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La mort politique n’est que rarement définitive. C’est bien ce qui la sépare du trépas véritable. Nicolas Sarkozy, avec sa hâte coutumière, s’était glorifié d’avoir enterré le Front national. Or, une analyse que vient de publier l’IFOP (Institut français d’opinion publique) — sous la plume de Jérôme Fourquet et Damien Philippot — démontre que le parti de la famille Le Pen s’est installé confortablement dans le paysage politique français.

 

On sait que ce mouvement d’extrême droite a réalisé de bons scores aux dernières élections régionales de la République voisine. Ce que l’étude de l’IFOP révèle, c’est à quel point il a pris racine. Lors des régionales de 2004, le Front national avait perdu des suffrages au second tour, malgré ses excellents résultats d’ensemble.

 

En mars dernier, pour la première fois, le FN a progressé de plus de 2,5 points entre les deux tours. Le parti de Le Pen n’est donc plus cet épouvantail que l’électeur protestataire brandit au premier tour pour faire peur aux formations de gouvernement mais qu’il range au second tour en reprenant place dans le «cercle de la raison».

 

L’abstention ne profite pas aux frontistes

 

Contrairement à une idée reçue, l’IFOP relève que l’abstention ne bénéficie pas aux frontistes. Au contraire, une partie de leurs électeurs ne s’est mobilisée qu’au second tour. «Tout semble indiquer que le FN disposait parmi les abstentionnistes d’une armée de réserve», soulignent Jérôme Fourquet et Damien Philippot. Ce qui donne à l’extrême droite une appréciable marge de progression. Autre phénomène tout aussi inquiétant pour ceux qui craignent la montée de la démagogie nationaliste. Naguère encore, le plus gros de l’électorat frontiste se recrutait à l’Est de la France. Aujourd’hui, l’IFOP constate que le FN perce aussi à l’Ouest. Si l’écart entre les deux moitiés de l’Hexagone reste important, il tend à se réduire, ce qui ferait du Front national une formation d’envergure véritablement... nationale!

 

Retour au bercail

 

Pour l’IFOP, cette remontée du FN est due en grande partie au retour au bercail frontiste de l’électorat «siphonné» par Nicolas Sarkozy à l’élection présidentielle de 2007 et qui se montre fort déçu par l’action de l’actuel président. Toutefois, ce regain de forme du frontisme est aussi dû aux perspectives offertes par la fille du Chef, Marine Le Pen, qui a fait un «tabac» dans la région Nord-Pas-de-Calais.

 

Comme nous l’avions constaté lors de notre entretien avec elle à Béthune (« Tribune de Genève » et « 24 Heures » du 13 mars), la vice-présidente du FN ne reprend pas la vieille armature fascisante qui corsète la rhétorique de son père; elle se place sur le terrain du mal-être social. L’analyse de l’IFOP remarque que la campagne de Marine Le Pen «a mis l’accent sur des thématiques nouvelles pour le Front national, susceptibles d’attirer un électorat élargi ou de rassembler les déçus du sarkozysme (...) Elle travaille ainsi manifestement à faire du vote FN, un vote d’adhésion et de confiance et non plus seulement un vote protestataire».

 

C’est donc un Front national nouveau que dessine la fille de Le Pen, qui pourrait trouver sa place dans un gouvernement de droite. Elle réaliserait alors ce que l’ex-néofasciste Gianfranco Fini a réussi en Italie.

Jean-Noël Cuénod

(Ce texte a paru jeudi 15 avril 2010 en rubrique "Perspective" de la Tribune de Genève et "Réflexion" de "24 Heures")

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