14/04/2010

La Franc-Maçonnerie est-elle soluble dans la politique ?

Ainsi, plusieurs Francs-Maçons ont décidé de créer une association – Dialogue et Démocratie suisse – annonce la « Tribune de Genève » (lire ce lien). Elle se définit ainsi : «Club d’inspiration maçonnique transversal, interobédientiel (1), mixte et accueillant des non-francs-maçons en accord avec notre démarche humaniste». Les fondateurs de DEDS se défendent de lancer un nouveau parti et se refusent à présenter des candidats à des élections. Ils veulent mener débats sur des thèmes politiques dans l’optique humaniste héritée des Lumières.


Ces Frères et ses Sœurs ont parfaitement le droit de s’organiser ainsi. De plus, la tolérance – mieux, le respect de l’autre – étant l’une des vertus cardinales prônée par la Franc-Maçonnerie, Le Plouc se garde bien de vilipender cette initiative. Cela dit, elle ne correspond pas à l’idée qu’il se forme de cet Ordre initiatique ; il y verrait plutôt une regrettable confusion des plans.


La politique relève de l’exotérisme dont l’action est dirigée vers l’extérieur de l’être humain. Elle a pour corollaire l’engagement.
La Franc-Maçonnerie appartient à l’ésotérisme dont l’action est dirigée vers l’intérieur de l’être humain. Elle a pour fondement l’initiation.
Il s’agit donc de deux termes, complémentaires certes, mais rigoureusement opposés.


Il est impossible de donner une définition succincte d’un ensemble aussi vaste et complexe que constitue la Franc-Maçonnerie. Esquissons-en quelques traits.


La Franc-Maçonnerie moderne, née à Londres en 1717, revendique l’héritage, au moins moral,  de la Franc-Maçonnerie, dite opérative, qui avait pour vocation d’initier les hommes – et les femmes dans certains cas ! – à la construction des cathédrales. Mais au fil du temps, nos sociétés n’ont plus érigé ces prières de pierres qui enchantent encore l’Europe. A l’aube du XVIIIème siècle, une nouvelle forme de Franc-Maçonnerie, dite spéculative, est née. Le Temple qu’elle se propose d’élever se situe dans le cœur de l’humain, un Temple qui demeure toujours à l’état de chantier. Les outils sont devenus des symboles dont la mise en œuvre aide chaque initié, à son rythme et de son propre gré, à se construire, à réunir ce qui, en lui, est épars pour donner à sa conscience un champ nouveau.


Ces outils symboliques lui permettront aussi de méditer sur ces questions qui le taraudent dès que les besoins vitaux sont satisfaits : qui suis-je ? Pourquoi suis-je sur cette terre ? L’initiation, peut-être, lui ouvrira l’œil intérieur qui capte la réalité suprême et véritable de chaque être, au-delà des formes changeantes.


Cela ne signifie pas que le Franc-Maçon se claquemure dans sa recherche intérieure. Il n’a pas de vocation monastique et reste plongé dans la vie active. Simplement,  - si l’on ose dire ! - son travail en Loge lui offre la possibilité de retrouver ce silence fraternel qui le revivifie.
Son activité sociale et politique s’en trouvera peut-être changée. Mais ce n’est pas à sa Loge d’en diriger le cours ni à gauche, ni à droite, ni au centre ! Ce qu’il a capté tout au long de sa démarche, il le restituera dans la société mais à l’extérieur du contexte maçonnique qui doit rester un lieu de ressourcement et non de débats partisans.


Comme le conseille un sage adage : « Médite dans le Temple et agit sur le forum. Mais ne prend pas le Temple pour le forum ». Ni le forum pour le Temple, est tenté d’ajouter Le Plouc.

Jean-Noël Cuénod

(1) Les Francs-maçons appellent « obédiences » les fédérations de Loges qui se constituent sur une base territoriale ou qui partagent la même conception de la Franc-Maçonnerie.

22:00 | Lien permanent | Commentaires (35) | Tags : franc-maçonnerie, ésotérisme, exotérisme, politique | |  Facebook | | |