22/04/2011

Pâques (3): la Résurrection à Fukushima


Pâques, c’est Noël débarrassé de ses Chalandes pour grandes surfaces et sa sensiblerie mercantile. C’est la vraie fête chrétienne qui déborde du christianisme, comme un vin généreusement offert, puisqu’elle fait vivre cette question qui touche tous les humains : comment cohabiter avec la mort? Que l’on croit ou non au récit de la Résurrection du Christ reste secondaire. L’important n’est pas la lettre mais le cœur palpitant de l’Esprit.

La Résurrection n’est pas, à mon humble avis — dans ce domaine, tous les avis sont humbles par vocation — le triomphe de la vie sur la mort. Il n’y a pas concurrence, bataille, guerre, compétition qui aboutiraient à la défaite de l’une et à la victoire de l’autre.

La Résurrection remet la mort à sa place, celle d’un lieu de passage qui permet à la vie de s’épurer, de se ressourcer, de renaître, de changer de formes tout en restant elle-même, fondamentalement. La mort fortifie la vie. Elle est ce vide sans lequel il serait impossible de garnir un vase de fleurs. Pour le démontrer, l’Eternel s’est fait mortel, Dieu a revêtu sa peau d’homme, en acceptant le pire de la condition humaine, la trahison, l’injustice, la douleur morale, la torture physique, l’angoisse devant le trépas, la solitude des ultimes instants. Malgré les innombrables tentatives pour le défigurer, pour l’embarquer sous les bannières de la haine, pour l’embrigader pour les causes les moins nobles, la figure du Christ injurié, battu, mourant, ressuscitant demeure inaltérée, 2000 ans après le passage sur la Terre de cet être de Lumière. Le vrai — peut-être le seul — miracle du Christ est d’avoir triomphé de l’usure du temps et de la caricature des hommes. Devenu symbole, Jésus demeure à jamais souffrant, cherchant et consolateur.

Il vit dans ces 304 travailleurs de la centrale nucléaire de Fukushima qui, connaissant les risques majeurs pour leur vie, s’exposent à des irradiations afin de juguler les fuites radioactives provoquées par le séisme du 11 mars. A leur propos, l’ingénieur en physique nucléaire français Bruno Chareyron constate:
A partir du moment où à l’extérieur de la centrale, il y a déjà des taux de radiation de 4 millions de fois plus élevés que le niveau naturel, cela signifie qu’en quelques heures de présence les personnes ainsi exposées peuvent subir des doses potentiellement mortelles à court terme (...).De ce point de vue, leur combat est un sacrifice.

Non seulement ces héros anonymes risquent la mort mais encore, ils sont menacés de subir les souffrances provoquées par des cancers. Pourquoi se sacrifient-ils ainsi? Il serait vain de parler à leur place. Leur action suffit à porter témoignage.

Venant d’une culture différente, ces Japonais ne connaissant peut-être rien de l’Evangile. Mais ils le vivent. Le Christ, c’est le meilleur de l’homme en acte.

 

Jean-Noël Cuénod

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18/04/2011

Pâques 2011(2): VERS L’INVISIBLE

DronneChalard.JPG

Homme portant
Les entrailles
Tous ses muscles
En révolte

Charpente
Au travail

Par la charrue
Des prophètes
Marquer la boue
Sillon de sang

Charpente
Etablie

Retrouver l’eau
Prendre le vent
Et naviguer
A l’estime.

 

 

Jean-Noël Cuénod

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14/04/2011

Pâques 2011 (1): ce pardon qui a mauvaise presse


Après la découverte des crimes, les micros affamés se tendent vers les proches, les amis, les familles. A chaque fois revient cette phrase, ou plutôt ce cri de douleur: «Impossible de pardonner!» Et comment pourrait-il en aller autrement? Un être cher vous est arraché par la violence, par la perversité, par la cruauté sans borne et il faudrait pardonner au monstre?

Parler de pardon en de telles circonstances est inaudible: «On viole, on torture, on tue et on se fait pardonner? Trop facile!»

Le pardon a de plus en plus mauvaise presse dans les médias. Il est perçu comme la marque d’une faiblesse coupable devant le mal, d’un état d’âme fait de lâcheté et de complicité. L’acte le plus pur célébré par les Evangiles est devenu un sentiment vil et stupide.

Sans doute, est-ce la marque d’une époque qui se déchristianise et de l’inversion des valeurs en ce début de XXIème siècle qui élève au rang de vertus ce que naguère nous considérions comme des vices: la cupidité et l’égoïsme, entre autres. D’autres raisons expliquent ce mépris de fer pour le pardon, la ronde infernale des faits-divers. Chaque jour lance à la volée son lot d’horreurs. Sont-elles plus nombreuses aujourd’hui que jadis? Rien n’est moins certain. La lecture de la chronique judiciaire au XIXème démontrerait plutôt le contraire. Mais les crimes d’antan ne franchissaient guère les frontières. Désormais, leurs récits font le tour du monde à la vitesse du son.

De plus, après la Shoah, chacun sait maintenant qu’une société de haute culture peut puiser en elle la barbarie nécessaire pour tenter — avec une froide méthode — d’éliminer une partie de l’humanité. Comment pardonner à Hitler? Le seul fait d’aborder cette question nous révulse.

Vilipender les monstres rassure. Plus on leur jette de pierres, plus on s’éloigne de notre culpabilité. C’est oublier que nous avons tous une part de monstruosité en nous. En la projetant sur le criminel, je crois m’en débarrasser. Dangereuse illusion. Le monstre est toujours, là, tapi dans l’ombre. Dans mon ombre. Prêt à surgir.

Pardonner, c’est donc en premier lieu se pardonner. C’est-à-dire prendre conscience de la possibilité d’un monstre en nous. Ne pas le rejeter mais le transformer en une force positive et créatrice. Cette alchimie intérieure réclame un effort sur soi, alors que tout dans cette société du bruit nous en dissuade. Mais le jeu en vaut la chandelle, puisqu’il s’agit d’apprendre à tourner une page douloureuse pour re-vivre.

Pardonner n’est en aucun cas passer le crime par pertes et profits. C’est au contraire
le désigner et le juger comme tel. Le pardon est une force qui permet de se libérer de son statut de victime. Un statut qui est aussi une prison.

Jean-Noël Cuénod

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