10/11/2016

Trump met l’Europe au pied du mur…de la caserne

DonaldTrump-No-to-NATO-21WIRE-SLIDER.jpg

Respecter l’élection de Donald Trump est la moindre des choses. Cela dit, tout vote peut être blâmé, désapprouvé, encensé ou glorifié. Cela s’appelle la liberté d’opinion, n’en déplaise aux tenants de la nouvelle pensée unique qui veulent empêcher toute discussion, tout débat pour s’aligner – garde à vous, fixe ! ­– sur l’unique avis de la majorité.

Une majorité d’ailleurs relative, puisqu’en nombre de voix[1], Hillary Clinton compte 200 000 suffrages de plus que Trump. Le système complexe des institutions américaines explique ce phénomène qui avait déjà accablé en 2000 le démocrate Al Gore et permis à George W. Busch de l’emporter pour le plus grand bonheur de l’humanité.[2]

Maintenant que le temps de la sidération est passé, il faut tirer les leçons de la victoire de Trump. Il y en a pléthore. En voici une, parmi les plus vitales pour tous les pays européens

 «Le bonjour aux armes» de l’Europe

Comme l’a fort bien dit, hier au micro de France-Info, l’ancien premier ministre français Dominique de Villepin, la victoire de Trump met l’Europe au pied du mur. Du mur de la caserne. En effet, le nouveau président américain a toujours proclamé au cours de sa campagne que les Européens devaient financer leur défense et cesser de se blottir sous le parapluie militaire des Etats-Unis. Il avait d’ailleurs qualifié l’Alliance Atlantique de structure «obsolète». Certes, Trump n’ayant pas la moindre expérience de gestion politique et proclamant tout et son contraire en fonction de son public, on ignore si ces propos relèvent des paroles verbales ou de la menace concrète. Toutefois, le second terme d’alternative semble probable, dans la mesure où les précédents locataires de la Maison-Blanche tenaient, en mode mineur, le même discours.

Poutine et les missiles de Kaliningrad

Or, les menaces ne manquent pas en Europe. Poutine a installé le mois dernier des missiles Iskander, compatibles avec l’installation de têtes nucléaires, à Kaliningrad. Cette enclave russe, annexée par l’URSS en 1946, se trouvait jadis en Prusse orientale et avait pour nom, Königsberg, patrie des Chevaliers teutoniques et d’Emmanuel Kant. Elle fait frontière directe avec deux Etats membres de l’Union européenne et de l’OTAN, la Pologne et la Lituanie. Comme Poutine rêve de reconquérir les territoires perdus par l’ancienne Union soviétique, les Européens ne sauraient compter sur les seules armes de la diplomatie pour se défendre.

Erdogan bientôt Calife ?

En Turquie, Erdogan transforme chaque jour un peu plus son pays en dictature islamiste, jetant aux poubelles de l’Histoire l’héritage laïque d’Atatürk. Sa démarche semble viser cet objectif, réinstaurer le Califat ottoman sur les ruines prochaines de l’Etat islamique au Moyen-Orient et en profitant de l’affaiblissement du Royaume saoudien qui ne dispose plus de la même masse de pétrodollars que naguère pour assurer son ascendant sur le monde musulman. Une Turquie «ottomanisée» aux portes de leur continent n’est pas la meilleure des nouvelles pour les Européens. Certes, la Turquie reste membre de l’OTAN, mais si les Etats-Unis considèrent l’Alliance Atlantique comme «obsolète», cet obstacle à l’agressivité turque risque d’être levé.  

Il faut ajouter la menace islamoterroriste qui prendra d’autant plus d’ampleur que l’Etat Islamique perd du terrain en Syrie, en Irak et en Libye. Les djihadistes vont donc retourner en France, en Belgique ou ailleurs en Europe, autant de terroristes en puissance qui auront été bien formés aux techniques militaires.

L’Europe de la défense aux calendes grecques ?

Dès lors, une Europe de la défense est plus que jamais d’actualité. L’ennui, c’est que les structures actuelles de l’Union sont tellement fragiles qu’on ne saurait trop compter sur elles pour faire quoique ce soit.  C’est donc une autre Europe qu’il s’agit de bâtir, une Europe reposant plus sur la défense et la diplomatie que sur l’unique socle de l’économie. Par conséquent, les nationalistes des pays européens qui ont applaudi à l’élection de Trump, l’homme du retour aux frontières barbelées, risquent fort de déchanter. Assurer une défense crédible a toujours pesé lourdement dans les budgets nationaux. Mais le perfectionnement technique des armements atteint maintenant un tel degré que les finances nationales ne peuvent plus suivre. La France et la Grande-Bretagne – les deux seuls Etats européens à disposer d’une armée de bon niveau – ont atteint leurs limites. Dès lors, si rien ne se passe, la faiblesse militaire des pays européens risquent d’attirer encore plus qu’aujourd’hui les terroristes djihadistes. Et en ce cas, Poutine serait tenté de «sauver les Européens» en intervenants militairement sur la partie occidentale du continent. Le pire n’est jamais sûr mais il est toujours possible. 

Au grand dam des nationalistes, il faudra donc mettre la question d’une défense européenne en débat. Trump nous y oblige. Le gros obstacle sur cette route : construire une Europe de la défense réclame du temps, une denrée que nous n’avons plus en réserve.

Jean-Noël Cuénod

 

[1] 59.624.426 pour la candidate démocrate contre 59.424.248 pour le républicain.

[2] Les citoyens votent pour un collège de 538 grands électeurs ; ce sont eux qui désignent le président ; chacun des Etats dispose d’un nombre variable de grands électeurs en fonction de celui de ses habitants.

17:29 Publié dans Politique internationale | Lien permanent | Commentaires (21) | Tags : trump, usa, poutine, erdogan, europe | |  Facebook | | |

28/06/2016

Le Plouc cause Brexit dans le poste

 

Euro-England.jpg

L’onde de choc du Brexit n’en finit pas de balayer les médias. Dimanche, notre consoeur Sophie Larmoyer, sur les ondes d’Europe1, lui a consacré son « Club de la presse étrangères », séquence de l’émission « Les Carnets du Monde ». Autour d’elle, trois journalistes de la presse étrangère parisienne : il maestro Alberto Toscano, journaliste et écrivain italien en général et piémontais en particulier, Philip Turle, journaliste britannique à RFI qui paraissait très déprimé par le vote d’une majorité de ses concitoyens et enfin, Le Plouc, comme Suisse de service. Le thème : le poids des consultations populaires. Traduction suisse : le poids des votations.

L’émission à écouter ci-dessous. Et vous aurez reconnu, ci-dessus, la patte de l’ami Acé qui évoque un autre Brexit.

20:00 | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : brexit, europe | |  Facebook | | |

23/03/2016

Après les attentats de Bruxelles, quelqu’un a-t-il vu l’Europe ?

96170516-1.jpg

Jamais nous n’avons eu autant besoin d’Europe et jamais l’Union européenne n’a paru aussi impuissante. La guerre terroriste a sévi une fois de plus. A Bruxelles, au cœur de l’UE. Pour l’Etat islamique, il s’agit de frapper fort sur le maillon faible de ce monde démocratique qu’ils veulent anéantir.

Il existe, certes, des causes internes à la France et à la Belgique pour expliquer la fréquence des attentats et alertes terroristes dans ces deux pays. Mais on ne saurait s’en contenter et occulter l’état agonique des institutions européennes. Elles se sont révélées incapables de juguler le trafic d’armes intense qui fait de l’AK 47 un produit de grande consommation (on peut les acquérir sur internet, de 250 et 3000 euros, en fonction de leur qualité ou des manipulations à accomplir pour les réarmer), incapables de coordonner les services de renseignements nationaux, incapables de créer un Parquet et un FBI européens seuls à même de mener une répression cohérente et efficace contre la cinquième colonne du terrorisme.

L’impotence de l’UE est criante en matière de diplomatie. Alors que les réfugiés syriens se pressent à ses frontières pour fuir les ravages de la guerre, l’Union n’est d’aucun poids dans ce conflit devenu international. De toute façon, sans armée, comment l’Europe pourrait-elle se montrer crédible face aux Russes, aux Américains et même aux Iraniens ?

Le pire a été atteint avec l’accord entre l’Union européenne et la Turquie. N’étant pas parvenu à établir une politique d’asile pour les réfugiés, Bruxelles en a confié la gestion à Ankara qui n’est même pas membre de l’UE. Bien entendu, l’autocrate ottoman Erdogan a obtenu de l’Europe l’essentiel de ce qu’il revendiquait : trois milliards d’euros supplémentaires, en sus des trois autres déjà accordés, la libéralisation des visas pour les ressortissants turcs et l’accélération des négociations pour l’entrée de son pays dans l’Union européenne.

 En quelques semaines, l’Etat turc est devenu le sauveur de l’Europe, alors que la politique d’Erdogan vise à imposer une vision rétrograde de l’islam dans son pays et à détruire les troupes kurdes, fer de lance contre l’Etat islamique avec lequel Ankara s’est d’ailleurs montré fort complaisant pendant trop longtemps. Ce n’est pas une vipère que l’Europe réchauffe dans son sein mais un boa constrictor.

Le vice d’origine

Comment l’Union européenne est-elle tombée aussi bas ? Comme toujours récitons ce mantra avant d’hasarder une réponse : tout effet politique a des causes multiples. Sans doute faut-il remonter à la genèse de la construction européenne. Dans l’esprit de ses concepteurs au début des année 50 – notamment le ministre des Affaires étrangères, Robert Schuman, né Allemand et devenu Français après la restitution de l’Alsace-Lorraine –  il s’agissait de rendre impossible un nouveau conflit entre la France et l’Allemagne en mettant en commun le charbon et l’acier, ces deux poumons de la guerre à cette époque. Le Traité CECA (Communauté européenne du charbon et de l’acier) a été ouvert à d’autres pays. L’Italie, la Belgique, le Luxembourg et les Pays-Bas l’ont rejoint et le Traité fut signé entre les six Etats le 18 avril 1951, jetant les bases de la future Europe communautaire (voir la vidéo à la fin du texte). Celle-ci s’est concrétisée par le Traité de Rome du 25 mars 1957 qui a créé la Communauté économique européenne et le Marché commun.

1101480301_400.jpg

Robert Schuman avait fait la couverture de Time, le 1er mars 1948.

L’union devait donc se construire par l’économie, ce qui, dans le contexte historique, s’expliquait aisément. Mais la démarche recelait un vice initial ; elle obéissait à cette sorte de marxisme mécaniste qui imprégnait la pensée politique de l’époque, même dans des milieux de droite. L’économie est l’infrastructure de la société qui fait naître, comme par reflet, la superstructure, c’est-à-dire le droit, la culture, les politiques intérieures, diplomatiques et militaires. En agissant sur l’infrastructure, on change automatiquement la superstructure. C’est simple. C’est mécanique. Mais c’est faux, comme nous le démontre la situation actuelle de l’Union européenne. Il ne suffit pas de remplir les ventres pour changer les têtes. D’ailleurs, Marx lui-même condamnait cet enchainement mécaniste pour lui préférer le rapport dialectique : l’infrastructure créé la superstructure mais celle-ci, à son tour, influence celle-là.

Dès lors, en ne s’occupant que de l’économie, l’Union européenne a laissé de côté tout ce qui fait peuple, à savoir le sentiment d’appartenir à une communauté humaine solidaire qui s’exprime par la culture, par une idéologie commune et pas seulement par des normes calibrant la courbure des concombres. Cette primauté donnée au commerce a attiré vers Bruxelles la Grande-Bretagne qui a toujours voulu transformer l’Europe en vaste zone de libre-échange, tout en conservant ses liens privilégiés avec les Etats-Unis. Une fois installés dans la place, les Britanniques ont tout fait pour diluer l’Union dans le nombre, sans que les six pays fondateurs de la CEE ne réagissent.

L’UE n’a aucune vision du monde, contrairement à la Russie poutinienne, aux Etats-Unis, à la Chine concurrente. Et à l’entité terroriste qui a pour nom Etat islamique. N’ayant aucune vision du monde, elle est incapable de développer sa diplomatie, sa politique de défense, sa sécurité intérieure et sa justice pénale.

Elle est devenue une sorte de monstre obèse qui erre à l’aveugle sur la planète en feu.

Le Brexit un espoir ou illusion ?

L’UE est donc un échec et l’on voit mal comment elle pourrait le transformer en espoir. La sortie de la Grande-Bretagne de l’Union, à la suite du référendum organisé par Londres le 23 juin prochain, constitue-t-elle un espoir pour reconstruire cette Europe en miettes, comme le suppose l’ancien premier ministre français Michel Rocard dans L’Opinion ?

Outre qu’il est hasardeux de parier sur l’issue d’un tel vote, le Brexit, de son seul fait, ne rendra pas l’Europe à elle-même. Mais il peut, au moins, permettre d’amorcer le développement d’une Europe à plusieurs vitesses ou « à la carte ». Les Etats voulant avancer vers leur fédéralisation se mettant alors ensemble, laissant les autres évoluer à leur rythme. Car pour associer des peuples de cultures différentes, l’humanité n’a encore rien inventé de mieux que le fédéralisme. Mais pour ce faire, il faut plus que décréter des normes sur la qualité des yaourts. Il faut développer une vision du monde commune et accepter de s’engager pour elle, au risque de sa vie. On en est bien loin.

Jean-Noël Cuénod

 

ESPACE VIDEO

16:21 | Lien permanent | Commentaires (14) | Tags : terrorisme, europe, islam | |  Facebook | | |

26/06/2015

La France, la Tunisie et le chi’isme en première ligne de la guérilla mondiale

 

14136829.jpg

 

Un homme décapité et une attaque dans l’usine à gaz de Saint-Quentin-Fallavier (Isère, à 24 kilomètres de Lyon) ; 38 personnes abattues à la kalachnikov sur la plage d’un hôtel de Sousse ; 25 morts et 202 blessés provoqués par un attentat-suicide – revendiqué par l’Etat islamique – dans une mosquée chi’ite de Koweït-Ville (photo). Voilà le bilan de ce nouvel épisode de la guérilla mondiale qui s’est déroulé ce vendredi.  

Si ces trois attentats islamoterroristes ont visé la France, la Tunisie et le chi’isme cela ne doit rien au hasard. Certes, il est bien trop tôt pour savoir si les trois attaques ont été coordonnées par l’Etat islamique ou un autre groupe du même tonneau de dynamite. Mais le choix des deux pays et du chi’isme comme cibles privilégiées obéit à la logique développée par l’islam radical. Faut-il rappeler qu’aux massacres de janvier dernier à Paris ont succédé ceux du Bardo à Tunis en mars et que les chi’ites sont persécutés par l’Etat islamique avec la même cruauté que les chrétiens d’Orient et les autres communautés non-sunnites ?

 

La Tunisie exsangue

 

La Tunisie est l’unique Etat arabo-musulman à vivre dans le respect de la femme, de la démocratie et des droits humains. Affaibli économiquement par les années Ben Ali et le contrecoup de la Révolution de 2011, ce pays n’a guère que le tourisme pour commencer à sortir la tête de l’eau. Dès lors, les islamoterroristes ne cessent d’attaquer ce secteur faisant ainsi d’une balle deux coups : ils tuent des «infidèles» et détruisent tout espoir de reprise économique en Tunisie. Ils espèrent ainsi qu’accablés par la misère, les Tunisiens finirons par les rejoindre.

 

La France ex-coloniale

 

La France abrite la plus grande communauté musulmane d’Europe avec 3,5 millions de personne, à en croire le Zentralinstitut Islam-Archiv-Deutschland. Elle aussi constitue un maillon faible, dans la mesure où ses gouvernements successifs ont laissé croître des ghettos caractérisés par le chômage de masse, irrigués par l’économie souterraine et animés par l’islam radical. De plus, le passé colonial de la France fait de ce pays une cible idéale pour «vendre» idéologiquement l’islam radical dans les pays arabes.

 

Le chi’isme ennemi numéro 1 de l’Etat islamique

 

Quant au chi’isme, il est l’objet de la part du sunnisme d’une guerre interislamique qui remonte à la mort du prophète Mohammed, c’est dire que nous ne sommes pas près d’en voir la fin. L’Etat islamique a été tout d’abord créé contre les chi’ites d’Irak puis, par la suite contre les différents avatars du chi’isme en Syrie. Eradiquer le chi’isme de l’islam est le premier objectif de l’Etat islamique. L’explosion de la mosquée chi’ite de Koweït-Ville fait partie de cette stratégie.

 Il faut donc tenir compte de ces trois cibles – Tunisie, France, chi’isme – avant d’élaborer une stratégie contre celui qui est désormais notre ennemi principal : l’Etat islamique. Dans cette optique, la police et l’armée ne constituent qu’une composante parmi d’autres.

 

Les limites de la réponse militaire

 

Certes, la police française, dans l’ensemble, fait très bien son travail et a pu arrêter ou mettre hors d’état de nuire de nombreux terroristes. De même, son armée a su réagir de façon efficace aux agressions intégristes au Mali. Mais la réponse militaire et policière n’est jamais déterminante dans une guérilla. Or, c’est bien de cela qu’il s’agit. Non pas de la troisième guerre mondiale, mais de la première guérilla mondiale de l’Histoire. Ce ne sont plus des armées qui combattent front contre front. Mais des guérilleros qui frappent ici ou là, de préférence dans le dos, se replient ou laissent des pseudo-martyrs sur place et réattaquent ailleurs de façon tout aussi brève et explosive, avec utilisation accrue des images médiatiques fortes.

En privilégiant l’option militaire contre la guérilla, les Etats-Unis ont perdu le Vietnam et la France, l’Algérie. Répéter la même erreur contre l’Etat islamique aurait des conséquences catastrophiques. La réponse doit donc aussi se situer sur les plans politiques et économiques. Et c’est là que le bât blesse car les deux entités qui disposent du poids démographique nécessaire pour répondre à l’islam radical – les Etats-Unis et l’Union européenne – montrent d’inquiétants signes de faiblesse.

 

Obama l’Asiatique

 

Obsédé par la Chine et l’extrême-orient et se désintéressant des vielles problématiques européennes et moyen-orientales, Obama n’a pas élaboré une stratégie cohérente et convaincante face à l’islam radical. Cela restera l’énorme point noir de sa présidence. Tardivement, le président des Etats-Unis a compris qu’il était impossible d’avoir deux ennemis musulmans à combattre en même temps, à savoir l’Iran chi’ite et l’Etat islamique. D’où son changement de pied vis-à-vis de Téhéran. Mais il lui reste bien peu de temps, son mandat tombant à échéance dans un an et demi.

 

L’Epicière berlinoise et son carnet du lait

 

Quant à l’Europe, c’est le vide politique qui la caractérise. Sa principale dirigeante – l’Epicière berlinoise – est obnubilée par son carnet du lait et n’a pas d’autres perspectives que comptables. Or, pour apporter une aide concrète à la France – qui doit affronter la hausse exponentielle de ses dépenses militaires – et organiser le sauvetage économique de la Tunisie exsangue, l’Europe doit se trouver en capacité de prendre des mesures rapides, ce qui n’est pas le cas actuellement. De même, c’est aussi sur le plan européen qu’il faut entreprendre une politique idéologique digne de ce nom pour convaincre les jeunes musulmans du continent, souvent fraîchement convertis, de ne pas combler le vide qu’ils ressentent par un engagement au service de l’islam radical.

 

Jean-Noël Cuénod

ESPACE VIDEO


Attentat en Tunisie : "le terrorisme est notre... par lemondefr

20:01 | Lien permanent | Commentaires (46) | Tags : vidéo, islam, terrorisme, obama, europe | |  Facebook | | |

22/05/2014

Sarko-le-Bref n’aime pas les petits (Les Jeudis du Plouc)

 Sarko-le-Bref a un problème avec les petits. Un problème de taille : il ne les aime pas. Dans sa longuissime 2014.jpgtribune libre qu’il a adressée au Point, ce mépris surgit à maintes reprises comme un démon mal refoulé.

Photo prise au Carnaval de Düsseldorf

Sa grande idée est la création d’une Europe à deux vitesses. Plus d’intégration pour les dix-huit pays de la zone euros et moins d’intégration pour les autres. Ce projet n’a rien de nouveau ; il est partagé par un grand nombre d’acteurs politiques. Il repose sur un évident constat: l’Union européenne ne peut pas poursuivre selon son actuelle configuration. Le fait de partager une monnaie contraint à l’intégration.

Certes, mais quelle intégration ? La famille politique de Nicolas Sarkozy s’est toujours opposée à une Europe fédérale et l’ancien président de la République ne déroge pas à cette règle. L’intégration qu’il propose ménage un espace placé sous la domination conjointe de la France et de l’Allemagne. Citons-le :

 

Je plaide clairement pour la création d’une grande zone économique franco-allemande cohérente et stable au cœur de la zone euro qui nous permettra d’abord de mieux défendre nos intérêts face à la concurrence allemande en gommant nos handicaps fiscaux et sociaux et qui nous permettra ensuite de prendre le leadership des dix-huit pays qui composent notre union monétaire.

 

Voilà qui a au moins le mérite de la franchise, assortie d’une certaine dose de candeur. En effet, si cette zone aurait pour effet ­– comme le soutient Sarkozy – de mieux défendre les intérêts français vis-à-vis de l’Allemagne, il serait étonnant que cette dernière accepte d’entrer dans une zone économique dont l’un des buts serait de réduire ses avantages!

De même, l’ex-président français ne manque pas d’air (il faut dire que cet élément ne lui a jamais fait défaut) lorsqu’il propose aux seize autres pays de la zone d’accepter la domination franco-allemande. Croit-il sérieusement que ce leadership – pour reprendre son sabir – passera comme une lettre à la poste aux Pays-Bas, en Belgique, Italie, Espagne, Danemark, Pologne et auprès de tous les autres Etats de la zone euro ? Il risque fort de se faire rétorquer qu’avant de dominer l’Europe, Paris ferait bien de balayer devant sa porte et de construire des trains aux dimensions de ses gares!

Ce culot ainsi exprimé révèle la persistance au XXIe siècle du vieux fonds impérialiste de la droite bonapartiste. L’héritage culturel, historique et politique que porte Sarkozy veut faire de la France la nation qui dirige les autres. Mais ce rêve s’est écroulé à la fin des guerres napoléoniennes et il s’est définitivement évaporé en juin 1940. Pour cette partie de la droite française, ce rêve pourrait reprendre forme s’il se fixe sur la puissance économique allemande. Berlin aux fourneaux et Paris aux commandes. Et les autres, qu’ils suivent et se taisent. Ils n’existent que pour faire de la figuration. D’ailleurs, Nicolas Sarkozy le leur signifie sans ambiguïté:

 

Ce n’est faire injure ni à Chypre, ni à Malte, ni au Luxembourg que d’affirmer que leurs responsabilités ne sont pas les mêmes (…) Je le dis aux dirigeants français comme allemands, le leadership n’est pas un droit, c’est un devoir. C’est à l’Allemagne et à la France d’assumer la plus grande part de la responsabilité dans la conduite du gouvernement économique de la zone euro.

 

Nicolas Sarkozy montre ainsi à quel point lui et sa famille politique sont incapables de comprendre les principes qui régissent le fédéralisme. Celui-ci puise sa force, non pas dans la domination d’une partie sur les autres, mais dans la concertation entre les parties. Les petites entités peuvent participer à la direction de  l’ensemble grâce à des mécanismes que chaque Etat fédéral a mis au point pour compenser la puissance des entités plus importantes.

 

Basée sur la domination de deux Etats sur les seize autres, l’Europe centralisatrice de Sarkozy se situe donc aux antipodes d’une Europe fédérale, seule à même, si elle voit le jour, d’assurer l’harmonie entre toutes ses composantes.

De plus, le tandem dominateur proclamé par le ci-devant président fait un peu alliance de l’aveugle et du paralytique. Dans ces conditions, on voit mal comment l’Europe sarkozienne pourrait avancer. Surtout, si c’est le paralytique qui porte l’aveugle.

 

 

Jean-Noël Cuénod

 

ESPACE VIDEO

Débat sur I-Télé à propos de la tribune de Nicolas Sarkozy dans Le Point 

 

 

17:33 | Lien permanent | Commentaires (11) | Tags : nicolas sarkozy, france, allemagne, europe | |  Facebook | | |

24/03/2013

En France, la tristesse devient très tendance

départdieu.jpg

Les médias n’ont d’yeux que pour Gérard Depardieu (dessin d'Acé). Lâche-t-il d’une voix pâteuse que la France est triste, que les gens en ont marre, mon bon Monsieur, et que tout ça, c’est la faute au gouvernement? Micros et caméras accourent aussitôt pour se prosterner devant ce prophète déprimé et déprimant.

 

Il faut vraiment que la France soit triste pour que Depardieu préfère à sa superbe maison au cœur de Paris, l’ancienne douane belge de Néchin qui donnerait des envies de suicide au plus joyeux des labradors et la riante Mordovie, capitale des goulags ex-soviétiques et néo-russes.

 

Alors, tristes les Français? Septante-six pour cent des lecteurs du quotidien Le Progrès partagent cette opinion. Les habitants de l’Hexagone le seraient-ils davantage que ceux de la Péninsule qui, désormais, célèbrent plus le «Vaffanculo-Day» que le Carnaval? Jean Cocteau disait des Français qu’ils sont des Italiens de tempérament maussade. Aujourd’hui, les deux sœurs latines sont d’aussi mauvais poil l’une que l’autre. Et ne parlons pas des Espagnols, des Portugais, des Grecs, des Chypriotes, d’humeur carrément massacrante.

 

Le moral se porte donc au ras des chaussettes, selon la dernière mode en France mais aussi dans l’Europe du Sud. Et il n’est pas certain que le Nord reste épargné. Il n’est rien de plus contagieux qu’une dépression. La tristesse se dessine sur un fond européen. Depardieu, tout à sa Sarkolâtrie, l’attribue à sa tête de Turc Hollande. Mais le mal est bien plus profond. Ce n’est pas la crise qui en est la cause. Une crise, ce n’est qu’un sale moment à passer comme chez le dentiste. Ce qui déprime, c’est l’installation d’une permanente précarité et la certitude que notre continent sera rejeté vers la banlieue du monde.

 

Sur cette partition commune, chaque nation décline la tristesse qui lui est propre. En France, elle dirige ses larmes vers l’Etat devenu impuissant. Car rien n’est plus déstabilisant pour les citoyens de ce pays qu’un Pouvoir qui ne peut plus montrer ses muscles. Or, l’Etat n’a plus la taille suffisante pour endiguer le tsunami de la mondialisation. Les Français commencent à s’en rendre compte et regardent tout naturellement vers l’Union européenne. Ils n’y voient qu’usines à gaz et eurocrates assoupis. L’horizon paraît aussi aride que le crâne de Monsieur Van Rompuy et aussi atone que le regard de la baronne Ashton, deux des principaux dirigeants — on ne rit pas! — de l’Union.

 

Comme la notion d’engagement social et politique a été détruite par l’individualisation due aux nouvelles méthodes de travail et aux technologies de la communication, cette tristesse ne peut même pas se muer en colère. Dans son jus, elle marine et profite à… Marine Le Pen. Pour sortir de cette impasse morose, il faudrait que naisse une véritable conscience collective des Européens. Sans elle, il sera impossible de faire bouger les lignes molles de Bruxelles.

 

 

Jean-Noël Cuénod

11:28 | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : depardieu, politique, europe, ras-le-bol | |  Facebook | | |

09/05/2012

Une force dangereuse qui monte, le social-nationalisme

La crise européenne a fait émerger une force qui prend de l'ampleur à chaque rendez-vous électoral, le social-nationalisme. Précisons d'emblée les termes. Le mot «populisme» - utilisé à tort et à travers pour qualifier l'extrême-droite contemporaine - ne signifie rien. Dans une démocratie, les politiciens doivent forcément s'adresser au peuple, prendre en compte son avis et donc faire du «populisme».

Jusqu'à maintenant, l'extrême droite actuelle relève surtout du national-libéralisme, comme l'UDC blochérienne, le Parti du progrès norvégien, celui de la Liberté aux Pays-Bas, le N-VA flamand et d'autres formations de ce genre, actives surtout au nord de l'Europe.

Ces mouvements politiques défendent des thèmes xénophobes et racistes visant les immigrés et l'islam. Mais aucun d'entre eux ne remet en cause l'ordre démocratique; d'autant plus que, jusqu'à maintenant, ils n'ont pas à se plaindre du verdict des urnes. En outre, ils sont, pour la plupart, des partisans de l'économie libérale. Enfin, ces nationalistes libéraux n'organisent pas de milices. Il s'agit avant tout de formations bourgeoises.

L'autre extrême-droite qui se développe aujourd'hui tient un discours différent et constitue un danger bien plus vif pour la démocratie. Il s'agit du social-nationalisme, le terme de national-socialisme renvoyant à une situation allemande de l'entre-deux-guerres qui ne correspond pas à notre époque. Toutefois, comme le fascisme originel italien et allemand, dont elle est l'héritière en ligne plus ou moins directe, cette extrême-droite mêle dans son idéologie protection sociale, glorification de l'identité «raciale» et affirmation nationaliste. Elle prospère actuellement dans l'Est et le Sud-Est de l'Europe. Son représentant grec, Aube dorée, vient d'entrer au parlement d'Athènes avec 21 députés sur 300. S'appuyant sur les mêmes bases idéologiques et de semblables méthodes violentes, le Jobbik hongrois dispose de 47 parlementaires sur 386 et l'Ataka bulgare, de 21 sur 240.

Sur de nombreux points, cette extrême-droite se situe en rupture avec le national-libéralisme. Plus qu'au sein de la bourgeoisie, elle recrute dans les milieux populaires. Loin de défendre le libéralisme économique, elle le voue aux gémonies. Mais surtout, le social-nationalisme se distingue par l'emploi qu'il fait de ses milices. Aube Dorée et Jobbikdisposent de groupes organisés militairement qui investissent certains villages ou quartiers pour tabasser les immigrés et les Roms. Si le national-libéralisme reste dans les clous de la démocratie, le social-nationalisme en sort carrément. Dans un Etat de droit, le monopole de la violence légitime doit rester dans les mains d'une force neutre, agissant sous le contrôle du pouvoir judiciaire. C'est pourquoi la police et la préservation de son monopole deviennent un thème politique majeur.

Jean-Noël Cuénod

                                      CES EMBLEMES VOUS RAPPELLENT-ILS QUELQUE CHOSE? (à gauche, Aube Dorée; à droite, Ataka)

Ataka_logo_transparent.png                                aubedoréée.png                                                                                                 

18:52 | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : élections, europe, grèce, extrême-droite | |  Facebook | | |

08/05/2012

François Hollande au pied de la citadelle Merkel

François Hollande n'a pas le temps de souffler. Il sera investi dans sa fonction présidentielle mardi prochain. Mais dès maintenant, les dirigeants des principaux pays européens le poursuivent de leurs appels téléphoniques. Voilà le nouveau président français sommé de prendre position sur le pacte budgétaire adopté par vingt-cinq Etats membres de l'UE. Les fameux marchés financiers s'impatientent, ce qui rend nerveux les dirigeants d'une Europe fragile.

François Hollande veut renégocier ce pacte qui prône l'austérité budgétaire. Jusqu'à maintenant, la chancelière allemande refusait même d'entrer en matière. Mais l'échec de son allié Nicolas Sarkozy, s'ajoutant aux six autres changements à la tête de pays membres de l'Union, change la donne. Désormais, Angela Merkel sait qu'elle peut connaître à son tour la défaite aux élections législatives allemandes de septembre 2013.

François Hollande a donc un petit atout à jouer afin d'ajouter au «pacte d'austérité» un volet destiné à prendre des mesures en faveur de la croissance. Alors que Nicolas Sarkozy avait brûlé toutes ses cartouches en acceptant d'emblée les positions allemandes, le nouveau président français peut arguer de sa victoire pour persuader Angela Merkel d'accepter un protocole «croissance» à ce pacte budgétaire. Mais il devra s'allier à d'autres dirigeants européens, à commencer par Mario Monti.

Certes, le président du Conseil italien souhaite, lui aussi, que l'Allemagne assouplisse sa position et accepte d'allier croissance et rigueur. Mais le libéral italien et le socialiste français parlent-ils de la même croissance? Quand l'un s'efforce de libéraliser l'économie, l'autre veut financer des grands travaux. François Hollande et Mario Monti devront donc se mettre d'accord sur leur définition du mot «croissance» avant de monter à l'assaut de la citadelle berlinoise.

 

(Cet éditorial a paru mardi 8 mai dans la Tribune de Genève. Le plouc le reprend à l'attention, notamment, de ses amis français)

15:22 | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : france, italie, allemagne, europe, crise | |  Facebook | | |

22/09/2010

Ces mauvais chemins qui mènent aux Roms

Ainsi, la France est accusée de discriminer les Roms, qui forment ce peuple de lointaine origine indienne, naguère nomade et sédentarisé de force sous le régime communiste en Roumanie, notamment. La commissaire européenne à la Justice Viviane Reding a employé – en anglais, pour bien remettre une couche d’opprobre – les mots qui fâchent vis-à-vis de Paris. L’objet de son ire: la circulaire ministérielle désignant les Roms comme cible prioritaire de la destruction des camps illégaux.

Ici, les moulinets

Et la commissaire — une Luxembourgeoise sociale-chrétienne d’ordinaire fort modérée — de tracer un parallèle avec la Seconde guerre mondiale. La comparaison fait hurler Paris. Se rendant jeudi à Bruxelles pour participer au sommet de l’Union européenne, Nicolas Sarkozy s’est pris de bec avec le président de la Commission Barroso. Le président français a ensuite provoqué un incident avec la chancelière  Angela Merkel en prétendant que Berlin allait également prendre des mesures anti-Roms, ce qui lui a valu un cinglant démenti. Sarkozy a donc mouliné ses petits bras et bombé son bréchet de moineau persuadé d’avoir  gagné des voix pour l’élection présidentielle de 2012 en insultant ses partenaires européens.

 L’éternel candidat, une fois de plus, ne parvient pas à devenir président. Sans doute son cas est-il désespéré. Et désespérant.

Basse politique

Même si elle obéit à des raisons de basse politique, on peut comprendre la réaction du gouvernement français. Lorsque les nazis et leurs collaborateurs français ou d’autres Etats occupés expulsaient des Roms, ce n’était certes pas pour les ramener dans leur pays d’origine mais afin de les exterminer. Et il n’était vraiment pas question de leur donner — comme le fait la France actuellement — un pécule de 300 euros par adulte et de 100 euros par enfant. En l’occurrence, comparaison est déraison.

Nazisme à toutes les sauces

Brandir à tout bout de champ le nazisme et la collaboration pour illustrer le présent provoque deux effets pervers: on brouille le réel et on banalise l’horreur.
 
Si la commissaire Viviane Reding a déraillé, le gouvernement français lui a tout de même offert un fagot de verges pour se faire fouetter. Le ministre de l’immigration Eric Besson et le secrétaire d’Etat aux affaires étrangères Pierre Lellouche avaient expliqué fin juillet à Bruxelles que les expulsions d’Européens clandestins en France s’effectueraient sans discrimination contre tel ou tel groupe ethnique. Or, un mois et demi plus tard, la commissaire Reding apprend en lisant la presse l’existence de circulaire du ministère de l’Intérieur qui ordonne clairement de prendre des mesures discriminatoires vis-à-vis d’un groupe particulier, les Roms. On comprend la colère de la commissaire européenne devant cette attitude, pour le moins, légère.

Circulaire indéfendable

Ensuite, la circulaire ministérielle est indéfendable sur le fond. Il y aurait donc en France, plusieurs sortes de clandestins et il faudrait les soumettre à une manière de tri en fonction de leur appartenance ethnique. On expulserait ainsi les Roms en priorité. Pourquoi les Roms? Parce que les chemins de l’opinion publique mènent à eux actuellement? Pour le ministre de l’Intérieur Brice Hortefeux, c’est une nouvelle bévue qui s’ajoute à son impressionnante collection. Le premier responsable de cette situation n’est autre que le président Sarkozy. Quelle idée de nommer Gaston Lagaffe à un poste aussi sensible, où le doigté doit toujours s’associer à la fermeté!

Cela dit, la France n’a pas le monopole de la «romophobie» qui affecte nombre d’autres nations, y compris la nôtre. Dans les pays de l’Europe riche, les Roms se sont «nomadisés» à nouveau, en quête de ce pain qu’ils ne trouvent pas dans leurs pays d’origine. Ils ont ainsi réveillé le vieil antagonisme qui les oppose aux sédentaires.

L’Europe doit désormais apprendre à maîtriser cette question de façon intelligente. Et les feux de bouche n’apporteront aucune lumière.

Jean-Noël Cuénod

Pour donner une autre image des Roms, voici cet extrait du film de Tony Gatlif "Latcho Drom".

15:07 | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : roms, sarkozy, hortefeux, europe, vidéo | |  Facebook | | |