21/04/2017

Présidentielles: double naufrage d’un monde

a6VvlnIRTJTPUnyf1tIV9kEJO27-770x472.jpg

Jadis, les Etats-Unis et la France allumaient les réverbères du monde. Ces deux pays développaient des discours qui s’adressaient à tous les humains dans le but de les libérer. Aujourd’hui, leur universalisme a sombré dans l’indécence ordinaire. Triste constat né de deux campagnes présidentielles plus viles l’une que l’autre.

Bien sûr, les accusations d’hypocrisie n’ont cessé d’accabler au fil de siècles l’Amérique et la France. Après tout, le cynisme tranquille et hautain de la politique anglaise avait le mérite de ne pas révéler d’écart entre leçons de morale et exemples d’immoralité. L’Empire britannique ne se posait pas en champion de la liberté des peuples et se contentait de prélever leurs richesses. Alors que la France républicaine exerçait sa prédation coloniale en brandissant le drapeau des droits de l’homme ; alors que les Etats-Unis exploitait la planète en diffusant du rêve américain jusque dans les contrées les plus reculées.

Rêve, le mot est lâché. Les Etats-Unis et la France, mieux qui quiconque, ont su donner à leur pouvoir un récit propre à enthousiasmer les foules, bien au-delà des frontières. Ce récit a pour source les révolutions française et américaine, deux bouleversements majeurs dans l’Histoire de l’Humanité et dont les effets se sont fait sentir beaucoup plus longtemps que ceux de la révolution soviétique.

Le bonheur, clé des songes américains

Avec la révolution américaine, pour la première fois, des citoyens se sont érigés en république pour bouter le roi le plus puissant du globe hors de leur sol. Imagine-t-on l’onde de choc qui avait saisi les peuples enténébrés de rois lorsque cette formule de la Déclaration d’Indépendance fut prononcée le 4 juillet 1776 à Boston ?

Nous tenons pour évidentes par elles-mêmes les vérités suivantes : tous les hommes sont créés égaux; ils sont doués par le Créateur de certains droits inaliénables ; parmi ces droits se trouvent la vie, la liberté et la recherche du bonheur.  

La recherche du bonheur… Les Etats-Unis en ont fait leur clef des songes. Des millions d’humains ont bravé vents, marées et contrôles douaniers à Ellis Island pour tenter de trouver une serrure à cette clé. Pays de toutes les inégalités, de toutes les discriminations, les Etats-Unis n’en ont pas moins traduit en droits démocratiques ces aspirations au bonheur venues de tous les horizons.

L’abolition des privilèges… La France en a fait sa raison d’être. Dans la nuit du 4 août 1789, l’Assemblée constituante mettait fin à l’inégalité due à la naissance :

 L'Assemblée nationale, considérant que le premier et le plus sacré de ses devoirs est de faire céder les intérêts particuliers et personnels à l'intérêt général ; Que les impôts seraient beaucoup moins onéreux pour les peuples, s'ils étaient répartis également sur tous les citoyens, en raison de leurs facultés ; Que la justice exige que cette exacte proportion soit observée ; Arrête que les corps, villes, communautés et individus qui ont joui jusqu'à présent de privilèges particuliers, d'exemptions personnelles, supporteront à l'avenir tous les subsides, toutes les charges publiques, sans aucune distinction, soit pour la quotité des impositions, soit pour la forme de leurs perceptions (…)

En une nuit, une structure pluriséculaire s’effondrait. La France trahira ses promesses, bien sûr, comme les Etats-Unis. Mais sans ces deux lumières à éclipses, le monde serait encore dans l’errance.

Et il n’est pas interdit de rappeler qu’un Genevois a tenu le rôle capital d’inspirateur pour ces deux révolutions : Jean-Jacques Rousseau. Un philosophe d’expression française mais né juste hors de France, élevé dans le protestantisme comme la jeune Amérique. Idéal trait d’union, tracé par le promeneur solidaire.

La marque d’une agonie

Qu’on le veuille ou non, qu’on s’en glorifie ou qu’on s’en lamente, la France et les Etats-Unis ne seront jamais des pays comme les autres. Une campagne électorale en Amérique, et même dans l’Hexagone, sera particulièrement suivie par les médias internationaux, plus que pour d’autres grandes nations démocratiques.

Dès lors, le niveau pathétique – à tous points de vue – des campagnes présidentielles américaine et française illustre plus qu’un simple malaise passager. Jamais nous n’avons assisté, dans les deux cas, à un tel déferlement de mensonges grossiers, aussitôt démentis, aussitôt réitérés, de cynisme abrutissants, d’arguments pour marketing de papier hygiénique.

Si les médiacrates et les politiciens sont tombés aussi bas, ce n’est pas uniquement en raison de la faillite de ces corporations, cela démontre surtout que le modèle universaliste porté par les deux nations est à l’agonie. L’hypercapitalisme mondialisé règne désormais. Plus besoin de nous faire rêver à un monde meilleur, ça nous empêche de consommer. Bonne nuit.

Jean-Noël Cuénod

648x415_lampadaire-sous-coucher-soleil-illustration.jpg

18:55 Publié dans Politique française | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : présidentielles2017, france, etats-unis | |  Facebook | | |

31/01/2017

Quand Trump sert la soupe aux islamistes

 

684x384_327471.jpg

Il voulait faire un gros coup bien gras pour marquer son territoire. Avec ses mesures contre l’immigration visant les musulmans, Trump a réussi au-delà de ses espérances. Il s’est mis une grande partie du monde à dos, à commencer par les chrétiens d’Orient qu’il voulait avantager.

Certes, les remontrances de François Hollande et d’Angela Merkel lui en ont touché une – et encore – sans faire bouger l’autre, pour reprendre l’expression favorite de Jacques Chirac. Des couinements de souris, pas plus.

Une pétition lancée sur le site Avaaz  est en train de réunir des millions de signatures (4,1 millions, ce mardi à 14h35), voilà qui n’empêche pas Donald de roupiller à la Maison-Blanche.

Lorsque les dirigeants des grands groupes de la nouvelle technologie – Apple, Google, Microsoft – l’ont vertement remis à l’ordre en lui rappelant que sans les étrangers ­– dont Steve Jobs, fils d’immigré syrien – les Etats-Unis n’auraient jamais pu occuper la première place dans cette industrie, Trump s’en tamponne l’urne électorale. La Sillicon Valley a toujours voté contre lui et massivement soutenu Hillary Clinton. Au contraire, le nouveau président se présente ainsi comme l’ennemi de cette élite mondialisée qu’une partie importante des Américains poursuivent de leur haine. Et c’est cette Amérique qui l’a élu, pas l’autre, celle des industries du présent et de l’avenir.

La justice s’y met à son tour. Sa ministre ne veut pas exécuter son décret anti-immigration en raison de son illégalité ? Il la vire. En revanche, il ne pourra pas botter les fesses impies de Bob Ferguson, le procureur général de l’Etat de Washington, qui a lancé, lundi, une procédure judiciaire pour annuler le décret anti-immigration en raison de son inconstitutionnalité. « Personne n’est au-dessus des lois, pas même le président » a déclaré le procureur en ajoutant : « Au Tribunal, ce n’est pas toujours celui qui parle le plus fort qui l’emporte, c’est la Constitution » (vidéo).

Voilà qui est plus gênant pour Blabbermouth Donald. Car les contrepouvoirs aux Etats-Unis sont aussi nombreux que solides et tout aussi légitimes que le président qui est moins monarque qu’en France (imaginons un Trump ou une Trumpette à l’Elysée, comme ça, juste pour voir !). Et ils ne vont pas le ménager. Le président immobilier va, un jour ou l’autre, trembler sur ses fondations.

Mais la pire critique portée contre les mesures antimusulmanes provient de ceux-là même que Trump se vante de protéger. Le président américain a souligné à gros traits que les réfugiés chrétiens des pays arabes pourront entrer aux Etats-Unis contrairement à leurs compatriotes musulmans.

Mgr Sako, à propos du décret Trump: "Un piège pour les chrétiens du Proche-Orient"

19bf08bc-0f49-11e0-9e93-d33c91ae8efd.jpg

 « Merci du cadeau !» répond, en substance, le patriarche chaldéen, Mgr Sako (photo), à la tête de la majorité des Irakiens de confession chrétienne. Il ne mâche pas ses mots contre l’offre empoissonnée de Trump qui « représente un piège pour les chrétiens du Proche-Orient ». Dans une déclaration publique prononcée dimanche, il met en pièce cette nouvelle Trumperie :

Toute politique d’accueil qui discrimine les persécutés et les souffrants sur base religieuse finit par nuire aux chrétiens d’Orient parce que, entre autres choses, elle fournit des arguments à toutes les propagandes et à tous les préjudices qui attaquent les communautés autochtones du Proche-Orient en tant que corps étrangers et groupes soutenus et défendus par les puissances occidentales. Ces propos discriminatoires – ajoute-t-il – créent et alimentent des tensions avec nos compatriotes musulmans. Les souffrants qui demandent de l’aide n’ont pas besoin d’être divisés sur la base d’étiquettes religieuses et nous ne voulons pas de privilèges. L’Evangile nous l’enseigne et le Pape François nous l’a montré également en accueillant à Rome des réfugiés ayant fui le Proche-Orient, tant chrétiens que musulmans, sans faire de distinctions.

Donald Trump a donc jeté un jerricane plein d’essence sur les feux du Proche-Orient. En frappant indistinctement tous les musulmans, il confirme la propagande de Daech et autres islamoterroristes qui s’érigent en défenseurs de leurs coreligionnaires. Nul doute que les mesures de Trump contribueront à grossir les rangs des islamistes radicaux au Proche-Orient mais aussi chez nous en Europe. Sa stratégie de la provocation permanente ne peut avoir pour conséquence que de déstabiliser encore plus le monde actuel. Un jour ou l’autre, les grenades de Trump lui sauteront à la figure. Malheureusement, nous ne serons pas épargnés par les éclats.

Jean-Noël Cuénod

15:25 Publié dans Politique internationale | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : trump, islam, christianisme, etats-unis | |  Facebook | | |

09/11/2016

Trump président: l’annonce faite à Marine

150827102252-donald-trump-july-10-2015-super-169.jpg

Impression ce matin de se réveiller dans un vide-ordure. Pourtant, on la sentait venir cette catastrophe, dans l’ambiance d’égout qui nous plombe. Donald Trump règne désormais sur la première puissance mondiale. Victoire des «petits» contre les «grands», clameront les démagogues. Lui, un «petit», ce milliardaire qui se vante de ne pas payer un cent d’impôt ? Victoire de la «base» contre les «élites» ! Parce que Trump, le médiacrate, le fils à papa, il ne fait pas partie des «élites» ? Mais il est en plein dans les «élites», le Trump ! Il marche dedans et ça lui porte bonheur. Car faire partie des élites désormais, c’est être raciste, prôner la violence, mépriser les femmes, emporter la présidence américaine sans s’être donné la peine d’élaborer un programme. Cette victoire est aussi une réaction violente contre une mondialisation qui échappe à tout le monde, sauf aux hyperriches. Mais espérer que Trump  – qui n'a aucune vision du monde – est capable de contrer ce mouvement, c'est croire que Rantanplan va décrocher le Prix Nobel de Physique.

L’élection de Donald Trump va libérer tous les démons de la société. Tous nos démons intérieurs aussi. Cette élection, c’est aussi l’annonce faite à Marine. L’Elysée est à portée de main du Front national. Le pire n’est plus possible, il est probable. Avec Poutine, Erdogan et maintenant Trump à la Maison Blanche, jamais le monde n’a été aussi imprévisible, jamais le monde n’a été aussi dangereux. Quant aux Etats-Désunis, ils sont désormais divisés en deux moitiés qui se haïssent mutuellement. La seule bonne nouvelle est l’effondrement, une fois de plus, des sondages d’opinion qui servent d’oreillers de paresse aux médias.

 

Cet effondrement moral et intellectuel est aussi aussi le nôtre. Nous avons la Rome et les Césars que nous méritons. Nous avons voulu le règne de la quantité, nous y sommes soumis. Nous avons choisi le matérialisme et la cupidité pour moteur, nous voilà embarqués plein pot vers le précipice. Les dirigeants politiques ne sont que l’expression de nous-mêmes. Si le peuple sécrète pareils tordus, c’est le signe qu’il marche de travers. Nous avons tous la tronche de Trump.

De Manille à Washington, en passant par Budapest, Vienne, Varsovie, Amsterdam, Genève, Zurich, Paris, Marseille, Londres et tant d’autres, la marée de la médiocrité ramène toujours sur nos plages du XXIe siècle, les détritus rejetés par l’Histoire : nationalisme, démagogie, racisme, identité fantasmée, fermeture du cœur et du cerveau. Des murs, des murs, partout des murs. A l’extérieur. A l’intérieur. On appelle «populistes» le ramassis de politicards qui ont, comme l’on dit dans les gazette d’une autre âge, «le vent en poupe» . «Populiste» ? Mais du peuple, ils ne veulent qu’une chose, l’agiter avant de s’en servir! Et de servir les copains, une fois parvenus aux bonnes places.    

La question des «migrants» – mot chafouin qui signifie «réfugiés» – est devenue l’obsession qui occulte toutes les questions vitales pour notre avenir : le réchauffement climatique, l’inégalité toujours plus criante entre les hyperriches et les autres, le tissu social qui devient lambeaux, les déserts ruraux asséchés par le simoun du capitalisme sauvage.

C’est tellement facile de désigner cette masse de femmes, d’hommes et d’enfants qui errent sur la planète en fuyant la faim et le feu, plutôt que de s’attaquer au système financier qui a créé ces situations. On ferme les frontières et c’est au voisin de se démerder. Le voisin fait la même chose avec d’autres voisins et ainsi de suite.  Le problème n’est pas réglé ; il est enfoui sous le tapis d’à-côté. Mais, fatalement, il reviendra. Des terroristes parmi les réfugiés ? Il y en a sans doute quelques uns au milieu de ces foules jetées sur les routes. Mais les terroristes ne s’appellent pas tous Mohamed. Ils ont aussi les cheveux blonds, un nom bien de chez nous, comme ce jeune égorgeur normand.  

Trump, le clan Le Pen, Blocher, Orban et tant d’autres ont éveillé le pire en nous. Nous vivons en ère vulgaire et serons, un jour ou l’autre, nos premières victimes.

Jean-Noël Cuénod

07:55 | Lien permanent | Commentaires (23) | Tags : président, etats-unis | |  Facebook | | |

06/08/2011

Perte du triple A : l’hyperpuissance des Etats-Unis est morte

Le symbole se révèle aussi fort que l’effondrement du Mur de Berlin. En dégradant la note triple A de la dette américaine, l’agence de notation Standard & Poor’s a rendu manifeste ce qui était une réalité sous-jacente: l’hyperpuissance des Etats-Unis est morte. Une période de l’histoire – qui a commencé en 1991 avec la fin de l’Empire soviétique – est close. Une nation dont la monnaie vaut désormais moins que celle d’un pays, la Suisse, de huit millions d’habitants ne peut plus prétendre régenter l’économie et la politique mondiales en solitaire.

Bush junior avec ses aventures militaires d’une rare idiotie a donné le coup de grâce à cet imperium. Il faut dire qu’un peuple qui a placé à sa tête – à deux reprises – un politicien aussi nul, n’est plus en mesure intellectuelle d’imposer sa marque dominante sur la planète. Mais le successeur de mini-Bush porte lui aussi une responsabilité dans cette défaite américaine. En 2008, lors de la crise financière, Barack Obama a raté l’occasion de procéder à la régulation des marchés financiers qui sont devenus désormais incontrôlables par les pouvoirs politiques. Il aurait pu l’imposer à ce moment-là, lorsque les banques et les sociétés financières réclamaient à genoux l’aide publique pour les sortir de la catastrophe. Les Etats-Unis et tous les autres pouvoirs politiques leur ont versé des sommes colossales -  puisées auprès des contribuables des classes moyennes - pour se refaire une santé. Mais sans leur fixer contraintes et contrôles. Requinquées, les puissances financières sont reparties de plus belle vers de nouveaux profits, sans autre souci que de satisfaire le démentiel appétit de leurs dirigeants. Nous sommes en train de payer leurs factures.

Alors qui va remplacer la puissance américaine? La Chine? Son heure n’est pas encore venue. Empêtrée dans ses contradictions internes – une dictature stalinienne et un capitalisme sauvage, des villes richissimes et des campagnes misérables, des multimilliardaires et des crève-la-faim – la République populaire reste très fragile. L’Union européenne? Vous rigolez! La Russie? Personne n’y songe. Les pays émergents? Lesquels?

Pour l’instant, la puissance dominante est représentée par les organismes financiers – agences de notation, grandes banques, sociétés d’assurance. Mais savoir faire du fric ne suffit pas pour organiser la vie commune des peuples. Surtout lorsque ce fric, on se le garde dans ses coffres!

PS : Voici une excellente définition des agences de notation offerte par le magazine Alternatives Economiques.


Jean-Noël Cuénod  

22:44 | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : triple aaa, etats-unis, bush, obama | |  Facebook | | |

01/07/2011

Dominique Strauss-Kahn et la justice américaine : entre brutalité et loyauté

Dans son blogue, Le Plouc s’était montré dubitatif concernant la justice américaine et la guerre qu’elle suscite entre l’accusation et la défense. Il doit aujourd’hui souligner un autre de ses aspects qui n’enlève d’ailleurs rien à sa brutalité intrinsèque : la loyauté.

Si l’accusation agit, au cours des premiers jours de la procédure, comme un char Patton qui écrase tout sur son passage, elle n’en demeure pas moins contrainte à respecter certains principes.

L’un d’entre eux bénéficiera peut-être à Dominique Strauss-Kahn. Le district attorney (procureur chargé de soutenir l’accusation) Cyrus Vance junior aurait trouvé des indices mettant en doute la fiabilité de la femme de chambre qui accuse DSK de viol. En effet, l’accusation a l’obligation de donner au jury tous les éléments de l’enquête, y compris ceux déchargeant l’accusé. Si le procureur cache un atout dans sa manche, il perdra la partie, le procès étant annulé.

Le rôle du procureur est de convaincre le jury – au-delà du « doute raisonnable » - que les preuves qu’il a récoltées démontrent la culpabilité de l’accusé. Dans l’Etat de New-York en tout cas, si un seul des vingt-trois jurés doute de la culpabilité de l’accusé, celui-ci est alors acquitté. L’accusation doit donc se présenter au tribunal avec un dossier « bétonné » comme l’Empire State Building et éviter les témoins ou plaignants douteux.  Le poste de district attorney étant soumis à élection populaire, ce magistrat ne saurait accumuler les échecs devant le jury. Ils feraient très mauvais genre.
Dans l’affaire DSK, le procureur Vance multiplie les actes d’enquête afin d’éviter d’être « explosé » en audience publique par le talentueux et très cher Benjamin Brafman, défenseur de Strauss-Kahn, ce qui pourrait lui coûter sa réélection. Si la plaignante présente des failles dans sa personnalité ou ses propos, il vaut mieux alors réduire la voilure de l’accusation et transiger avec la défense.

Cette « obligation de loyauté » est-elle toujours respectée ? Il existe des affaires où la police d’un Etat américain n’a pas fourni les preuves qu’elle détenait et qui se sont achevées par un verdict entaché d’erreur judiciaire. Mais dans la plupart des cas de ce genre, la faute en revient à l’avocat de la défense qui a manqué d’énergie, de talent ou de motivation pour accomplir son travail de façon satisfaisante. On retrouve ainsi l’inégalité que secrètent les procédures américaines. Les pauvres qui ne peuvent pas  payer les honoraires d’un bon défenseur risquent plus que les autres de tomber dans le piège de l’erreur judiciaire.

 « Selon que vous serez puissants ou misérables, les jugements de Cour vous rendront blanc ou noir ». Depuis La Fontaine, il n’y a rien de nouveau sous le soleil voilé de la justice.

 

Jean-Noël Cuénod

 

 

15:10 | Lien permanent | Commentaires (10) | Tags : dsk, dominique strauss-kahn, justice, etats-unis | |  Facebook | | |