06/05/2013

Un an de France hollandaise : la Ve République est hors d’usage

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L’uniforme du général de Gaulle n’est plus adapté aux modestes mesures de ses successeurs les plus récents (dessin: Acé) . En cinq ans, Nicolas Sarkozy n’était pas parvenu à entrer dans ce costume taillé pour un homme hors du commun à l’occasion d’une situation historique exceptionnelle, la guerre d’Algérie et la décolonisation.

 

Aujourd’hui, c’est François Hollande qui se noie dans les oripeaux de la Ve République, après un an d’exercice présidentiel.

 

Dans aucune autre démocratie, le chef de l’Etat ne détient autant de pouvoirs qu’en France. Même le président de la superpuissance américaine doit composer avec son Congrès qui se montre souvent rétif, voire hostile. François Hollande, lui, est maître de son parlement et de son gouvernement. Une partie essentielle de la justice - les Parquets - est hiérarchiquement soumise à son ministre de la Justice, autant dire à lui-même. Paradoxe apparent, cette hypertrophie aboutit à la paralysie. Dès qu’un phénomène est poussé à l’exagération, il dégénère en son contraire. Trop de pouvoirs entraînent l’impotence.

 

Le président français étant responsable de tous et comptable de tout, il devient l’unique cible vers laquelle convergent toutes les flèches. Et son propre camp n’est pas le moins prompt à décocher ses traits. Le peuple n’a donc nul besoin de se sentir responsable de son destin puisqu’il dispose d’une tête de Turc à trancher tous les cinq ans. Il peut même actionner chaque jour ou presque sa guillotine virtuelle, les sondages se chargeant d’en aiguiser la lame.Dès lors, n’osant plus entreprendre de réformes fondamentales, le président se réfugie derrière les écrans de fumée de la politique communicante.

 

La Ve République est devenue un fardeau pour la France, un fardeau qui l’empêche de se montrer réactive dans la tourmente de la mondialisation. Certes, changer de République est un processus qui réclame du temps et de la concertation. Mais autant ne pas trop tarder à l’amorcer.

 

Jean-Noël Cuénod

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28/03/2013

François Hollande, le mauvais non-choix entre chômage et déficit


Président de la France… Quel rude métier! Sitôt le pouvoir atteint, l’impopularité vous assomme au coin d’un sondage. Ce jeudi soir devant les caméras de France 2 (20 h. 15), François Hollande devra se surpasser pour tenter de convaincre ses administrés, plus moroses que jamais, de l’existence d’une lumière au bout de cet interminable tunnel qu’ils traversent depuis plusieurs années. Le président n’a certes pas été servi par ses prédécesseurs, de droite comme de gauche, qui ont laissé filer le déficit public. Celui-ci atteint désormais des sommets himalayens.

 

Mais il est impossible de courir deux lièvres marathoniens en même temps. En bonne politique, on réduit le déficit de l’Etat lorsque l’économie est au beau fixe et on investit l’argent public dans des programmes de relance lorsque le chômage sévit. En choisissant de ne pas choisir, en luttant sur deux fronts à la fois — réduire le déficit en même temps que le chômage — le président français s’est mis dans une situation impossible.

 

Au sein même de son Parti socialiste, des voix s’élèvent pour qu’il donne enfin la priorité à la seule lutte pour l’emploi, quitte à réserver la réduction du déficit à des temps meilleurs. C’est le chômage qui fait souffrir la population et divise la société. Mais avant de lancer un vaste programme de relance, la France doit d’abord convaincre l’Union européenne et, surtout, l’Allemagne de l’ardente nécessité de faire une pause dans les politiques d’austérité. Quitte à ce que François Hollande use de cette attitude qui le répugne: taper du poing sur la table.

 

 

Jean-Noël Cuénod

 

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Parmi les voix qui s'élèvent au sein du Parti socialiste français pour que François Hollande abandonne l'austérité, celle du député du XIVe arrondissement de Paris Pascal Cherki perce les oreilles élyséennes

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15/05/2012

Le plouc installe François Hollande à l'Elysée et dit adieu à Sarkozy-Bruni

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Et voilà. Le Plouc regagne son antre de la Butte-aux-Cailles après avoir fait ses plouqueries dans la cour de l'Elysée pour assister, mardi matin, à l'intronisation du président François Hollande et au départ du nouvel «ex» de la République, Nicolas Sarkozy. Avec son confrère et compatriote Alain Menusier, il s'est dégotté un coin bien placé, juste à côté des escaliers. Histoire de faire le badaud accrédité, en attendant les deux grands moments: l'accueil de l'entrant par le sortant, puis la sortie du sortant saluée à l'entrée par l'entrant. Vous suivez le plouc?

Avant cette transmission symbolique sur tapis rouge, les photographes et cadreurs captent l'arrivée des Invités qui traversent la cour et avalent les marches pour être introduits dans le Saint des Saints de la République égalitaire: pipoles aux lunettes noires incorporées et souriant de toutes leurs fausses dents, corps vachement constitués, trognes galonnées faisant tintinnabuler leurs médailles, ecclésiastiques chamarrés et orientaux, gorilles au veston mal ajusté sur leur flingue, à l'oreillette greffée et à la tronche de casier judiciaire, politiciens arrivés mais dans quel état ‑ il y avait même un Gaudin (maire de Marseille) qui semble avoir dépassé largement la date de péremption -, décideurs très décidés, académiciens très caducs, médiacrates cherchant leur meilleur profil. Bref, la harde habituelle des lèche-escarpins.

Puisque le Festival de Cannes commence demain, le plouc a dressé son petit palmarès des invités. Il vous l'offre - internautes chéris - en exclusivité galactique.

La plus sublime. Valérie Trierweiler foule le tapis rouge avec la grâce féline et conquérante d'une Lauren Bacall. Les photographes deviennent fou, c'est tout juste s'ils ne marchent pas sur leur langue pendante comme le loup de Tex Avery. Ils crépitent de tout leur être. Mais ils feraient bien de se méfier. Les photographes, la journaliste et compagne du nouveau président les connaît bien, pour les engueuler avec la régularité d'un métronome courroucé. Manteau blanc cassé, tailleur à l'ample jupe bleu marine, talons interminables qui met en valeur ses mollets hollywoodiens, abondante chevelure blond vénitien (demain, toutes les Parisiennes se feront teindre les cheveux) qui frémit sous la caresse des Saints de Glace, elle monte à l'assaut des marches. A leur sommet, Carla Bruni-Sarkozy attend. Tailleur pantalon noir, teint pâle, souliers plats, sourire plaqué, celle qui est encore Première Dame pour quelques secondes porte le deuil de son statut. Les deux femmes se font la bise, se tournent vers les caméras. «Valérie, Valérie par ici, par ici » crient les photographes. Pour la première fois, Carla est éclipsée.

Le plus vaniteux. Pierre Bergé fait, bien entendu, partie des invités. Comment pourrait-il en aller autrement? Juste avant de monter les marches, il hésite. Et n'y tient plus. Comme happé par un aimant, il se précipite vers les caméras pour prendre un bain de cabotinage. Ah quel nirvâna d'être filmé, photographié ! Mais les photographes se fatiguent assez vite, sous le regard attristé de Bergé qui voit se tarir sa fontaine de Jouvence.

Le plus flagorneur. Dramaturge et directeur du Théâtre du Rond-Point, Jean-Michel Ribes triture le bras de Lionel Jospin, puis celui de la philosophe Sylviane Agacinski (femme de l'ancien premier ministre) pour tenter de les immobiliser, au moins pendant quelques secondes, devant les caméras. Jospin sourit l'air un peu gêné. Sylviane Agacinski cache son agacement. Mais Ribes est heureux comme le ravi de la crèche.

Les plus discrets. Nicolas Sarkozy attend François Hollande au bas des escaliers et s'efforce de se montrer chaleureux en serrant la main de son vainqueur. Le nouveau président a au moins le bon goût d'être de taille aussi brève que l'ancien. Les deux hommes ne s'attardent pas et filent à l'intérieur. Sarkozy va remettre à Hollande les codes de l'arme nucléaire. A la sortie, le nouveau président et sa compagne saluent l'«ex» et son épouse. Et Nicolas Sarkozy prend la main de Carla pour descendre les escaliers, fait un coucou au personnel de l'Elysée, part sans se retourner et s'engouffre dans sa voiture avec chauffeur. François Hollande est déjà à l'intérieur de son palais. Une page est tournée. Il se met à pleuvoir.

Jean-Noël Cuénod

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25/04/2012

Présidentielle 2012: le centre, espace quantique de la politique française

François Bayrou est l'une des principales victimes du premier tour de l'élection présidentielle française, ne drainant que 9,13% des voix. Il a donc perdu la moitié de ses électeurs par rapport à 2007. Pourtant, ses idées ne cessent de parcourir la campagne actuelle. Depuis plus de cinq ans, le centriste fondateur du MoDem sonne le tocsin devant le tsunami de la dette publique. Cette année, Bayrou a été le premier à pointer du doigt la désindustrialisation de son pays. Alors, pourquoi sa mayonnaise n'a-t-elle pas pris?

 L'explication immédiate est de mettre en cause la personnalité de François Bayrou qui n'a pas été capable de construire une équipe forte. La politique est à l'image du cyclisme, un sport individuel pratiqué collectivement. Même le plus doué des coureurs ne peut gagner le Tour de France sans plusieurs équipiers de valeur. Il y a du Poulidor, chez Bayrou!

 Mais il existe aussi des causes plus profondes. Tout d'abord, il n'y a pas qu'un centre en France mais plusieurs, depuis fort longtemps. Cet espace politique apparaît, en effet, comme une sorte de lieu quantique gouverné par le principe d'indétermination. Le croit-on vers la gauche? Le voilà qui penche à droite simultanément. L'espère-t-on à droite? Il surgit aussitôt à gauche. Il paraît donc bien difficile de mobiliser les électeurs avec cette géométrie variable.

 De plus, le centre a toujours été divisé. Sous la IIIe République, il était écartelé entre les formations proches de l'Eglise catholique et le Parti radical qui mangeait du curé à tous ses banquets républicains. Après la Libération, l'alliance des démocrates-chrétiens du MRP (Mouvement républicain populaire) et des radicaux a été le pivot des multiples gouvernements, alliance fragile dans une IVe République qui l'était tout autant. L'avènement de la Ve a fait voler le centre en éclats. Il n'est pas mort pour autant, mais a servi, sous diverses formes, de force supplétive au gaullisme et à ses avatars.

 Fort de sa troisième place en 2007, François Bayrou a tenté de reconstituer un parti autonome et central entre la gauche et la droite de gouvernement. Mais les divisions anciennes du centre ont alors ressurgi. Une autre forte personnalité est apparue, Jean-Louis Borloo, le patron du Parti radical. Bayrou n'était plus le représentant d'un centre unifié mais le chef de la faction démocrate-chrétienne d'un centre pluriel. L'entente entre les deux dirigeants aurait pu créer une dynamique nouvelle, après avoir surmonté les obstacles entre démocrates-chrétiens et «laïcards». Elle n'a pas été possible en raison de la démesure des ego et des intrigues de Nicolas Sarkozy qui voyait, à juste titre, sa mort politique dans cette alliance.

 

Le centre disparaîtra-t-il au fond d'un trou noir? En tout cas, sa marge de manœuvre étant étroite, le futur président, quel qu'il soit, sera bien forcé de gouverner au centre. Avec ou sans les centristes.

 Jean-Noël Cuénod

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François Bayrou dans son nouveau spectacle d'après-premier tour: "Grognons sous la pluie"

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