17/05/2014

Elections européennes : Chevènement, Grand Timonier des pêcheurs à la ligne

 

union européenne,campagne,élections,politique,FranceAncien ministre de Mitterrand, Jean-Pierre Chevènement se fait l’héroïque héraut des vertus républicaines, de l’engagement citoyen, de la participation active à la vie démocratique. Pour civiliser ceux qu’ils qualifiaient de «sauvageons» – avec ce phrasé caractéristique du pédant en train de manger de la purée de patate – il leur prescrivait une bonne dose de Marseillaise à entonner en classe tous les matins. Ah, avec lui, Madame Taubira[1] aurait marché droit et chanté juste.

Ce donneur de leçon et son parti, le Mouvement républicain et citoyen, mènent actuellement campagne pour les élections européennes. « Ben oui », allez-vous me répliquer (si, si vous allez me répliquer, je vous connais !), « comme tout le monde ! » Ben non, pas comme tout le monde ! Les chevènementistes répandent sur les murs des villes françaises de grandes affiches pour inviter les citoyens à… s’abstenir le 25 mai: « Nous appelons tous les citoyens à consacrer ce dimanche à leurs proches et aux activités qui leur sont chères. » Et d’ajouter : « Notre appel au boycott est un « non » républicain de résistance. » Sauf que les résistants, eux, ne se contentaient pas de bronzer au soleil dominical.

Que le Mouvement républicain et citoyen défende des positions souverainistes et combatte les actuelles institutions européennes, rien n’est plus légitime. Mais qu’un parti qui se prétend « citoyen » prône l’incivisme de l’abstention, voilà qui est aussi incohérent politiquement qu’inacceptable moralement. Le Parlement est la seule institution démocratique et le boycotter favorise ce pouvoir technocratique de Bruxelles que les chevènementistes vilipendent à tours de langues fourchues.

Voilà donc le « Che » du territoire de Belfort qui s’installe dans son nouveau rôle de Grand Timonier des pêcheurs à la ligne. « Un ministre ça démissionne ou ça ferme sa gueule », disait-il autrefois. En écho, Pierre Dac lui répond : « Ceux qui l’ouvrent avant de la fermer feraient mieux de la fermer avant de l’ouvrir».

Jean-Noël Cuénod



[1] Pour les extraterrestres qui viendrait d’atterrir sur la planète France : la ministre de la Justice a été accusée de ne pas avoir chanté la Marseillaise lors d’une cérémonie. Cela a enclenché une de ces ridicules polémiques montées de toutes pièces pour alimenter l’opinion avec des sujets qui ne fatiguent pas la tête.

 

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30/03/2014

François Hollande coupable du Waterloo de la rue de Solférino

 

 Les politologues avaient pronostiqué une courte défaite des socialistes lors des élections municipales françaises. En temps normal, dans ce type de scrutin, les thèmes nationaux sont occultés par les problèmes de rond-point ou de ramassage des ordures. Mais voilà, comme nous ne vivons pas une époque normale, le président «normal» a pris normalement une claque magistrale ! C’est Waterloo, rue de Solférino, siège parisien du Parti socialiste.

 

François Hollande paye au prix fort la déception profonde qu’il a causée, au sein même de son camp. Certes, les Français avaient plutôt écarté l’agité Sarkozy qu’ils ne l’avaient choisi de gaieté de cœur. Mais tout de même, sa volonté de réformer en respectant les impératifs de la justice sociale avait séduit une majorité d’électeurs. Ceux-ci ont vite déchanté. Hollande a, en effet, complètement raté les six premiers mois de son mandat, à l’instar de Nicolas Sarkozy.

 

 Tout d’abord, en nommant comme premier ministre Jean-Marc Ayrault, qui s’est montré incapable de donner à son gouvernement ne serait-ce qu’une esquisse de cohérence. Ensuite, en tolérant que des ministres parlent à tort et à travers plutôt que de faire leur boulot. Enfin et surtout, en acceptant la politique d’austérité voulue par Angela Merkel afin de renforcer la domination économique de l’Allemagne sur l’Europe.

Or, justement, le candidat Hollande avait pourtant bien vu le danger en affirmant qu’il renégocierait le pacte budgétaire européen. Il n’a, en fait, rien négocié du tout et n’a pas eu le cran de résister à la pression de Berlin. La France s’est enfoncée dans l’austérité, avec ses corollaires, restrictions budgétaires et augmentations d’impôts, provoquant hausse du chômage et baisse du pouvoir d’achat.

 

Les socialistes supplient le président Hollande de changer de cap, après ce direct en pleine face. Mais comment le fera-t-il ? Il n’a plus de marge de manœuvre, après avoir accepté la logique du pacte budgétaire. Un changement de gouvernement ne suffira pas à redonner de l’espoir à ceux qui n’attendent plus rien du pouvoir politique. Dimanche soir, le Parti socialiste a perdu plus que des mairies.

 

Jean-Noël Cuénod

 

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19/12/2013

Les Jeudis du Plouc : scandale, un ouvrier candidat PS aux élections européennes

 

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C’est le scandale de la semaine en France. Le métallurgiste Edouard Martin (50 ans) a été désigné tête de liste du Parti socialiste pour la région Grand Est lors des élections européennes de fin mai 2014. Un ouvrier, vous vous rendez compte ? Et, tenez-vous bien, un ouvrier SYNDICALISTE ! Incroyable ! Hallucinant ! Bouleversifiant ! Indécent, pour tout dire…

 

Dans n’importe quel autre démocratie, la nouvelle n’aurait même pas été relevée. Un parti social-démocrate qui choisit pour le représenter un ouvrier issu des rangs du syndicalisme, quoi de plus banal. Après tout, l’un de nos meilleurs présidents de la Confédération, le socialiste Willy Ritschard, était monteur en chauffage de profession et secrétaire syndical.

 

Mais en France, la chose fait événement. Le pauvre Martin, qui appartient à la CFDT (Confédération française démocratique du travail), se trouve attaqué de toutes parts. Son syndicat devrait se féliciter qu’un des siens brigue un siège au Parlement européen. Pas du tout ! Conformément il est vrai aux règles de ce syndicat, Edouard Martin a dû se défaire de ses mandats syndicaux et n’a reçu qu’un bref satisfecit pour son action. Il fut pourtant la figure charismatique de la lutte des métallos pour sauver le site sidérurgique de Florange en Lorraine. 

 

Ses anciens camarades des autres syndicats – FO et CGT – n’hésitent pas à lui coller l’étiquette de « traître », tel l’indigeste Broccoli (FO) qui l’accuse d’avoir utilisé la bataille de Florange « pour servir son ambition personnelle ». Au Front national, qui se revendique comme le seul défenseur des ouvriers français, la rage est à son comble. Son vice-président Florian Philippot crache : « Il est allé à la soupe, comme les autres ! » Parce que Philippot, il n’y va pas à la soupe ? Il se présente, comme Martin, aux élections européennes dans le Grand Est !

 

La réaction la plus arrogante, la plus méprisante vient de Raffarin : « Il y en aura au moins un de recasé à Florange. C’est assez spectaculaire ! » L’ancien premier ministre UMP - élevé dans la ouate protectrice de la bonne bourgeoisie terrienne du Poitou, fils de secrétaire d’Etat, homme d’affaires avant de faire de la politique sa profession fort joliment rémunérée - n’a jamais eu besoin d’être recasé. Il fut bien casé dès sa naissance.

 

On reproche même à Edouard Martin, son indemnité parlementaire (12.000 à 15.000 euros par mois), avant qu’il ne soit élu. On peut la juger importante, mais pourquoi souligne-t-on cet aspect lorsque c’est un ouvrier qui se porte candidat ? Son montant est donc scandaleux dans le cas d’un métallo et normal s’il s’agit d’un politicien professionnel, un comptable ou un médecin ?

 

Certes, le Parti socialiste utilise son charisme pour sa propagande. Mais comme les autres partis, qui n’hésitent pas à mettre en avant leur « pipole » ou leur vedette du sport. Certes, Edouard Martin trahira peut-être les siens, qui peut le savoir ? Mais qu’on le laisse siéger avant de lui faire un procès d’intention qui relève du racisme antiouvrier. Un sentiment qui, d’ailleurs,  persiste en France, ce pays qui reste marqué culturellement par la paysannerie.

 

Lors de sa fondation il y a plus d’un siècle, le Parti socialiste a été créé pour défendre la classe ouvrière. Il s’en est depuis bien éloigné, c'est le moins que l'on puisse écrire. Alors qu’un métallo syndicaliste soit placé au premier plan, au lieu du sempiternel énarque de service, c’est une très bonne nouvelle.

 

Jean-Noël Cuénod

 

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Edouard Martin réplique à ses adversaires et à la Reine de la Gaffe Morano.


BFM Story: Européennes 2014: la contre-attaque... par BFMTV

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09/05/2012

Une force dangereuse qui monte, le social-nationalisme

La crise européenne a fait émerger une force qui prend de l'ampleur à chaque rendez-vous électoral, le social-nationalisme. Précisons d'emblée les termes. Le mot «populisme» - utilisé à tort et à travers pour qualifier l'extrême-droite contemporaine - ne signifie rien. Dans une démocratie, les politiciens doivent forcément s'adresser au peuple, prendre en compte son avis et donc faire du «populisme».

Jusqu'à maintenant, l'extrême droite actuelle relève surtout du national-libéralisme, comme l'UDC blochérienne, le Parti du progrès norvégien, celui de la Liberté aux Pays-Bas, le N-VA flamand et d'autres formations de ce genre, actives surtout au nord de l'Europe.

Ces mouvements politiques défendent des thèmes xénophobes et racistes visant les immigrés et l'islam. Mais aucun d'entre eux ne remet en cause l'ordre démocratique; d'autant plus que, jusqu'à maintenant, ils n'ont pas à se plaindre du verdict des urnes. En outre, ils sont, pour la plupart, des partisans de l'économie libérale. Enfin, ces nationalistes libéraux n'organisent pas de milices. Il s'agit avant tout de formations bourgeoises.

L'autre extrême-droite qui se développe aujourd'hui tient un discours différent et constitue un danger bien plus vif pour la démocratie. Il s'agit du social-nationalisme, le terme de national-socialisme renvoyant à une situation allemande de l'entre-deux-guerres qui ne correspond pas à notre époque. Toutefois, comme le fascisme originel italien et allemand, dont elle est l'héritière en ligne plus ou moins directe, cette extrême-droite mêle dans son idéologie protection sociale, glorification de l'identité «raciale» et affirmation nationaliste. Elle prospère actuellement dans l'Est et le Sud-Est de l'Europe. Son représentant grec, Aube dorée, vient d'entrer au parlement d'Athènes avec 21 députés sur 300. S'appuyant sur les mêmes bases idéologiques et de semblables méthodes violentes, le Jobbik hongrois dispose de 47 parlementaires sur 386 et l'Ataka bulgare, de 21 sur 240.

Sur de nombreux points, cette extrême-droite se situe en rupture avec le national-libéralisme. Plus qu'au sein de la bourgeoisie, elle recrute dans les milieux populaires. Loin de défendre le libéralisme économique, elle le voue aux gémonies. Mais surtout, le social-nationalisme se distingue par l'emploi qu'il fait de ses milices. Aube Dorée et Jobbikdisposent de groupes organisés militairement qui investissent certains villages ou quartiers pour tabasser les immigrés et les Roms. Si le national-libéralisme reste dans les clous de la démocratie, le social-nationalisme en sort carrément. Dans un Etat de droit, le monopole de la violence légitime doit rester dans les mains d'une force neutre, agissant sous le contrôle du pouvoir judiciaire. C'est pourquoi la police et la préservation de son monopole deviennent un thème politique majeur.

Jean-Noël Cuénod

                                      CES EMBLEMES VOUS RAPPELLENT-ILS QUELQUE CHOSE? (à gauche, Aube Dorée; à droite, Ataka)

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02/05/2012

Le Pen fille et son cocktail bleu Marine

Le plouc s'est donc tapé, mardi les trois 1er-Mai, tout d'abord celui de Marine Le Pen entre le Palais-Royal et l'Opéra Garnier, ensuite le Sarkoshow au Trocadéro et enfin le défilé syndical, vers la Bastille. Tous trois ont bénéficié d'une forte affluence. Les métingues en plein air redeviennent ce qu'ils étaient jadis, des rendez-vous indispensables dans l'agenda électoral.

Le plus intéressant reste celui de la famille Le Pen et de sa petite entreprise qui connaît un succès considérable. On pourrait même le qualifier de "croissant" si le terme ne faisait pas trop songer à un minaret. Comme son père, la Marine nationale vogue avec aisance sur le flot des foules. Attendant que l'UMP explose, elle se prépare à récolter les débris de la droite dite "classique" pour devenir l'opposante numéro de François Hollande dont elle espère la victoire. Elle votera blanc, proclame-t-elle. Mais c'est un blanc teinté de rose.

Tout au long de son discours, Le Pen fille nous a présenté son cocktail bleu marine dont le plouc vous donne la recette en inexclusivité Coctail-Bleu-Marine.jpgmondiale:

  • une pincée de laïcité
  • une giclée d'esprit républicain
  • une cuillerée à soupe de social
  • une poignée de xénophobie
  • une rasade d'islamophobie
  • une louche de démagogie

Agitez tous ces ingrédients, réchauffez avant chaque élection et consommez sans la moindre modération.

 

Jean-Noël Cuénod

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Devant la journaliste Anne-Sophie Lapix, Marine Le Pen s'est montrée nettement moins à l'aise que devant l'Opéra, comme en témoigne cette vidéo prise sur Canal + dimanche 15 janvier 2012.

 

 

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25/04/2012

Présidentielle 2012: le centre, espace quantique de la politique française

François Bayrou est l'une des principales victimes du premier tour de l'élection présidentielle française, ne drainant que 9,13% des voix. Il a donc perdu la moitié de ses électeurs par rapport à 2007. Pourtant, ses idées ne cessent de parcourir la campagne actuelle. Depuis plus de cinq ans, le centriste fondateur du MoDem sonne le tocsin devant le tsunami de la dette publique. Cette année, Bayrou a été le premier à pointer du doigt la désindustrialisation de son pays. Alors, pourquoi sa mayonnaise n'a-t-elle pas pris?

 L'explication immédiate est de mettre en cause la personnalité de François Bayrou qui n'a pas été capable de construire une équipe forte. La politique est à l'image du cyclisme, un sport individuel pratiqué collectivement. Même le plus doué des coureurs ne peut gagner le Tour de France sans plusieurs équipiers de valeur. Il y a du Poulidor, chez Bayrou!

 Mais il existe aussi des causes plus profondes. Tout d'abord, il n'y a pas qu'un centre en France mais plusieurs, depuis fort longtemps. Cet espace politique apparaît, en effet, comme une sorte de lieu quantique gouverné par le principe d'indétermination. Le croit-on vers la gauche? Le voilà qui penche à droite simultanément. L'espère-t-on à droite? Il surgit aussitôt à gauche. Il paraît donc bien difficile de mobiliser les électeurs avec cette géométrie variable.

 De plus, le centre a toujours été divisé. Sous la IIIe République, il était écartelé entre les formations proches de l'Eglise catholique et le Parti radical qui mangeait du curé à tous ses banquets républicains. Après la Libération, l'alliance des démocrates-chrétiens du MRP (Mouvement républicain populaire) et des radicaux a été le pivot des multiples gouvernements, alliance fragile dans une IVe République qui l'était tout autant. L'avènement de la Ve a fait voler le centre en éclats. Il n'est pas mort pour autant, mais a servi, sous diverses formes, de force supplétive au gaullisme et à ses avatars.

 Fort de sa troisième place en 2007, François Bayrou a tenté de reconstituer un parti autonome et central entre la gauche et la droite de gouvernement. Mais les divisions anciennes du centre ont alors ressurgi. Une autre forte personnalité est apparue, Jean-Louis Borloo, le patron du Parti radical. Bayrou n'était plus le représentant d'un centre unifié mais le chef de la faction démocrate-chrétienne d'un centre pluriel. L'entente entre les deux dirigeants aurait pu créer une dynamique nouvelle, après avoir surmonté les obstacles entre démocrates-chrétiens et «laïcards». Elle n'a pas été possible en raison de la démesure des ego et des intrigues de Nicolas Sarkozy qui voyait, à juste titre, sa mort politique dans cette alliance.

 

Le centre disparaîtra-t-il au fond d'un trou noir? En tout cas, sa marge de manœuvre étant étroite, le futur président, quel qu'il soit, sera bien forcé de gouverner au centre. Avec ou sans les centristes.

 Jean-Noël Cuénod

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François Bayrou dans son nouveau spectacle d'après-premier tour: "Grognons sous la pluie"

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17/04/2010

Le Front national nouveau est arrivé!

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La mort politique n’est que rarement définitive. C’est bien ce qui la sépare du trépas véritable. Nicolas Sarkozy, avec sa hâte coutumière, s’était glorifié d’avoir enterré le Front national. Or, une analyse que vient de publier l’IFOP (Institut français d’opinion publique) — sous la plume de Jérôme Fourquet et Damien Philippot — démontre que le parti de la famille Le Pen s’est installé confortablement dans le paysage politique français.

 

On sait que ce mouvement d’extrême droite a réalisé de bons scores aux dernières élections régionales de la République voisine. Ce que l’étude de l’IFOP révèle, c’est à quel point il a pris racine. Lors des régionales de 2004, le Front national avait perdu des suffrages au second tour, malgré ses excellents résultats d’ensemble.

 

En mars dernier, pour la première fois, le FN a progressé de plus de 2,5 points entre les deux tours. Le parti de Le Pen n’est donc plus cet épouvantail que l’électeur protestataire brandit au premier tour pour faire peur aux formations de gouvernement mais qu’il range au second tour en reprenant place dans le «cercle de la raison».

 

L’abstention ne profite pas aux frontistes

 

Contrairement à une idée reçue, l’IFOP relève que l’abstention ne bénéficie pas aux frontistes. Au contraire, une partie de leurs électeurs ne s’est mobilisée qu’au second tour. «Tout semble indiquer que le FN disposait parmi les abstentionnistes d’une armée de réserve», soulignent Jérôme Fourquet et Damien Philippot. Ce qui donne à l’extrême droite une appréciable marge de progression. Autre phénomène tout aussi inquiétant pour ceux qui craignent la montée de la démagogie nationaliste. Naguère encore, le plus gros de l’électorat frontiste se recrutait à l’Est de la France. Aujourd’hui, l’IFOP constate que le FN perce aussi à l’Ouest. Si l’écart entre les deux moitiés de l’Hexagone reste important, il tend à se réduire, ce qui ferait du Front national une formation d’envergure véritablement... nationale!

 

Retour au bercail

 

Pour l’IFOP, cette remontée du FN est due en grande partie au retour au bercail frontiste de l’électorat «siphonné» par Nicolas Sarkozy à l’élection présidentielle de 2007 et qui se montre fort déçu par l’action de l’actuel président. Toutefois, ce regain de forme du frontisme est aussi dû aux perspectives offertes par la fille du Chef, Marine Le Pen, qui a fait un «tabac» dans la région Nord-Pas-de-Calais.

 

Comme nous l’avions constaté lors de notre entretien avec elle à Béthune (« Tribune de Genève » et « 24 Heures » du 13 mars), la vice-présidente du FN ne reprend pas la vieille armature fascisante qui corsète la rhétorique de son père; elle se place sur le terrain du mal-être social. L’analyse de l’IFOP remarque que la campagne de Marine Le Pen «a mis l’accent sur des thématiques nouvelles pour le Front national, susceptibles d’attirer un électorat élargi ou de rassembler les déçus du sarkozysme (...) Elle travaille ainsi manifestement à faire du vote FN, un vote d’adhésion et de confiance et non plus seulement un vote protestataire».

 

C’est donc un Front national nouveau que dessine la fille de Le Pen, qui pourrait trouver sa place dans un gouvernement de droite. Elle réaliserait alors ce que l’ex-néofasciste Gianfranco Fini a réussi en Italie.

Jean-Noël Cuénod

(Ce texte a paru jeudi 15 avril 2010 en rubrique "Perspective" de la Tribune de Genève et "Réflexion" de "24 Heures")

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