25/05/2016

Les écoliers musulmans devront serrer la main de leur enseignante

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 Rappelez-vous, l’affaire avait fait grand bruit à Therwil, en Suisse et même au-delà. Le 7 avril dernier, Le Plouc commentait la décision prise par la Commission scolaire de cette petite ville de Bâle-Campagne d’exempter deux collégiens musulmans de la traditionnelle poignée de mains entre profs et élèves au début des cours. Ces deux adolescents de 14 et 15 ans avaient refusé ce salut sous le prétexte que l’islam leur interdisait de « toucher la main d’une femme ».

Or, ce mercredi, les autorités cantonales de Bâle-Campagne ont annulé cette exemption en décidant qu’une enseignante peut exiger d’un élève qu’il lui serre la main. En cas de refus, les parents risquent un avertissement et, en cas de récidive, une amende pouvant atteindre 5000 francs (4520 euros).

Voilà qui est clair. L’islam n’est pas un motif pour refuser de serrer la main de son enseignante. Et les premiers à se féliciter de cette salutaire décision bâloise sont les nombreux démocrates musulmans suisses, comme le signale cette interview, parue dans la Tribune de Genève, de Saïda Keller-Messhali, présidente du Forum pour un Islam progressiste (pour la lire cliquer ici).

Voilà qui est clair, disions-nous. En effet, c’est de clarté dont nous avons besoin dans les rapports entre musulmans et non-musulmans au sein des pays européens. Les musulmans ont le droit de pratiquer leur religion, d’exprimer leur foi publiquement en respectant la paix publique. Mais dans les relations entre citoyens, ils doivent se plier aux us et coutumes de ceux qui les ont précédés. Chez nous, on serre la main des profs en guise de respect mutuel. Qu’ils soient hommes ou femmes. Point final.

Jadis, nos contrées reléguaient la femme à un rang de mineure. Aujourd’hui, elles rejettent cette discrimination. Que d’aucuns exigent un retour en arrière en infligeant à la femme des marques de mépris est inacceptable. Et qu’ils obéissent à des mobiles religieux ne rend pas leur comportement moins odieux.

Cette clarté, seule la laïcité est à même de la porter dans nos sociétés. Or, Bâle-Campagne, comme la plupart des cantons suisses – à la notable exception de Genève et de Neuchâtel – n’est pas laïque. Il reconnaît comme collectivités de droit public, l’Eglise protestante et les deux Eglises catholiques (romaine et chrétienne ou vieille-catholique). En revanche, les autres institutions religieuses ne disposent pas de cette reconnaissance officielle[1]. Dès lors, sans un mur séparant la religion de l’Etat, le flou s’installe là où devrait régner la clarté. Ce déséquilibre entre les communautés religieuses risque fort de susciter un sentiment de frustration chez les citoyens qui professent une confession non-reconnue. Et cette sorte de « mise à l’écart » ne concerne pas que les musulmans. Les pratiquants d’autres religions mais aussi les athées seraient en droit de douter de la neutralité d’un canton qui aurait « ses » Eglises officielles.

Perpétuer le système des religions d’Etat (ou de canton), c’est perpétuer une configuration malsaine par essence.

 Jean-Noël Cuénod

 

[1] Plusieurs cantons reconnaissent aussi la Communauté juive comme collectivité de droit ou d’intérêt public. Mais aucun d’entre eux n’accorde cette reconnaissance à l’islam, au bouddhisme ou au christianisme orthodoxe, pourtant bien représentés en Suisse.

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07/04/2016

Une école bâloise baisse les bras devant l’intégrisme musulman

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Il y a une belle tradition à l’Ecole secondaire de Therwil, à Bâle-Campagne. En entrant dans sa classe chaque élève serre la main du prof. Ce signe de respect mutuel risque d’appartenir à un passé révolu. Fin 2015, deux écoliers de 14 et 15 ans ont refusé ce salut traditionnel à leur enseignante. Motif: leur religion musulmane interdirait aux garçons de «toucher la main d’une femme». A une autre époque, on aurait applaudi la main de l’enseignante qui aurait touché la joue de ces sales gosses d’une baffe bien sonore. Mais nous vivons des temps procéduriers. L’affaire a donc été examinée par la Commission scolaire, l’ensemble des enseignants et la direction de l’Ecole secondaire. Celle-ci a récemment donné sa bénédiction aux deux élèves en les exemptant du salut, à la condition que leur refus s’étende à tous les enseignants, y compris les hommes, «afin d’éviter la discrimination entre sexes». On ne rit pas !

Ajoutons que les parents des deux jeunes sont établis en Suisse depuis 14 ans ; leur père, d’origine syrienne, travaille dans une entreprise de transport. En outre, il officie comme imam au Centre islamique du roi Fayçal de Bâle, mosquée qui avait attiré l’attention sur elle en 2013 à la suite de prêche haineux contre les non-musulmans. Toutefois, selon l’administrateur de ce Centre interrogé par Le Temps (6 avril), leur père ne serait pas à l’origine de ce refus. Les deux collégiens auraient été intoxiqués par la propagande intégriste que diffuse sur Internet un Allemand converti à l’islam, Pierre Vogel, qui est interdit d’entrer en Suisse.

C’est peu dire que la direction de l’Ecole de Therwil a pris une décision aussi calamiteuse que dangereuse. Et le fait que les deux jeunes musulmans sont priés d’être aussi grossiers avec les enseignants qu’ils le sont avec les enseignantes relève de la plus ridicule tartufferie. Le comportement des deux jeunes est d’autant plus inexcusable qu’il ne s’agit pas de nouveaux arrivants encore peu au fait de nos us et coutumes. Ils ont toujours vécu en Suisse, non pas à l’intérieur d’un ghetto de banlieue, mais dans une jolie petite ville prospère et ouverte.

En outre, le président de la Fédération des organisations islamiques de Suisse (FOIS), Montassar BenMrad, a rappelé qu’il n’y a rien dans le Coran qui interdise à un homme de serrer la main d’une femme[1]. En accordant cette dispense, la direction de l’Ecole secondaire de Therwil n’a donc pas respecté la liberté religieuse, elle a donné son blanc-seing à une vision sectaire de l’islam qui alimente l’idéologie mortifère des djihadistes. Les premières victimes de cette lamentable décision seront les musulmans soucieux de vivre en harmonie avec leurs concitoyens. Alors qu’ils doivent contrer l’influence des intégristes qui ne cessent d’enfumer les jeunes têtes via internet, voilà qu’une école suisse donne gain de cause aux islamistes radicaux.

Contrairement à Genève, Bâle-Campagne n’est pas un canton laïque puisqu’il reconnaît trois confessions comme collectivités de droit public (les Eglises protestante, catholique-romaine et catholique-chrétienne appelée aussi Vieille-Catholique). Néanmoins, il devrait s’inspirer de certains principes de la laïcité pour assurer l’harmonie sociale entre citoyens de croyances ou non-croyances diverses. A savoir, respecter la liberté d’expression des religions, comme des associations athées, mais ne rien céder aux revendications des sectaires qui tentent d’élever des murs entre citoyens partageant une même communauté de destin.

L’intégrisme musulman n’est pas seul en cause. Le sectarisme infecte aussi d’autres religions. Et ces comportements intolérants restent particulièrement visibles en milieu scolaire comme le confirme ce conflit qui a opposé aux autorités scolaires du canton de Zurich, un père et une mère fondamentalistes chrétiens[2]. Ces parents voulaient interdire à leur fils de participer à des séances de yoga lors d’une leçon donnée dans une école enfantine, car il s’agissait, selon eux, d’une pratique relevant de la religion hindoue. Le 14 février 2012, le Tribunal fédéral a rejeté le recours du couple en précisant que ces cours n’avaient pour but que la relaxation et qu’ils ne véhiculaient aucun contenu confessionnel.

Devant le tollé que la décision de Therwil a provoqué en Suisse, il est probable que les autorités cantonales bâloises annulent en fin de compte cette «dérogation au salut manuel». Le plus tôt, en toute clarté, sera le mieux.

Jean-Noël Cuénod

 

[1] Cela dit, si l’on consulte des hadiths (consignation des paroles et actes du prophète) à ce propos, certains soulignent clairement que Mohamed refusait de serrer la main des femmes, comme l’indique ce site.

[2] Affaire évoquée dans le livre Ne retouche pas à mon dieu ! Un bilan de la laïcité, rédigé par l’auteur de ce blogue et publié en 2015 chez Slatkine. 

15:19 | Lien permanent | Commentaires (14) | Tags : islam, suisse, ecole, intégrisme | |  Facebook | | |