19/09/2011

DSK a de la peine à se déboutonner

Treize millions de téléphages au début, quatorze millions à la fin. Dominique Strauss-Kahn peut se vanter d’avoir battu Nicolas Sarkozy, dimanche soir lors de son demi-effeuillage devant Claire Chazal à TF1. En tout cas, dans la bataille des audiences télévisuelles. Jeudi 10 février dernier, l’actuel président n’avait réuni que 8,3 millions de téléspectateurs lors de l’émission Paroles de Français menée de main de valet par Jean-Pierre Pernaut sur cette même chaîne TF1 dédiée au vernissage d’escarpins présidentiels et assimilés. En revanche, il est impossible de départager Chazal de Pernaut dans le championnat de la lèche toutes catégories. Disons qu’ils ont fait match nul.

Il est vrai qu’en matière de flagornerie, Jean-Pierre Pernaut paraît imbattable. Son talent pour négocier les virages, surtout à droite, son art consommé de rester dans les petits papiers des grands et d’évoquer la Foire aux célibataires d’Uzès pour faire paravent aux rues en colère resteront un exemple pour tous les jeunes journalistes soucieux d’être introduits au sein sain du Saint des Saints.

C’est dire si Claire Chazal a mis le paquet pour tenter de déboutonner Dominique Strauss-Kahn. «Alors que s’est-il passé dans la chambre 2806 avec la femme de chambre?» «Une relation inappropriée». Qu’en termes pudiques ces choses-là sont énoncées! Un journaliste mal élevé aurait demandé: «Qu’est-ce qu’une relation inappropriée?». Mais Claire Chazal est bien éduquée et laisse Strauss-Kahn plaider sa défense en soulignant l’absence de violence attestée par le procureur lui-même. C’est Le Monde - vive la presse écrite ! – qui posera la bonne question : «Comment une relation de neuf minutes, non tarifée, entre un homme aisé et une femme de chambre peut-elle avoir lieu sans une forme de contrainte ?» Bonne question mais sans réponse.

 

Claire Chazal trouve alors qu’il n’y a pas assez d’émotion dans tous ça: «Avez-vous souffert?» Sur ce boulevard, DSK roule en Ferrari (aucune allusion à l’autre clone de Chazal de TF1): «J’ai eu peur, j’ai eu très peur. J’ai été piétiné, humilié, avant même de pouvoir dire un mot. Quand vous êtes pris dans les mâchoires de cette machine, vous avez l’impression qu’elle peut vous broyer». Dominique Strauss-Kahn se rappelle alors le dernier conseil de sa femme Anne Sinclair: «A ce moment-là, tu te places au bord des larmes, mais sans laisser tomber une goutte. Faut quand même pas en faire trop. N’oublie pas hein?» A l’évocation de l’enfer judiciaire new-yorkais, on voit une vaguelette clapoter au bord des cils strauss-kahniens. Sans pour autant tomber. Du grand art.

Claire Chazal attend que DSK termine sa séquence émotion. On évoque, vite, la plainte de Tristane Banon. Mais surtout, ne pas s’y attarder puisque c’est justement ça qui fait mal. Et on remet une couche d’émotion avec Anne Sinclair, l’épouse courageuse – et qui, ça tombe bien, est l’une des meilleures amies de Claire Chazal. Beau numéro de violon tzigane pour restaurant russe: «C’est une femme exceptionnelle. J’ai eu une chance folle de l’avoir à mes côtés.»

Attention, il ne faut pas oublier la séquence «hypercompétence économique»! «Que pensez-vous de la crise de l’euro ?» Là, DSK se fait gros matou ronronnant de bonheur. De gamin pris la main au panier, le voilà transformé en professeur dictant ce qu’il faut penser de la monnaie européenne, de la dette, de la stagnation, des politiques de relance. Du nanan. Il s’agit aussi de créer dans le cœur des Français un vif regret: «Tu vois Germaine, ce type-là aurait pu nous sortir de la merde. Ah, quel gâchis!» C’est alors que l’on glisse tout en douceur vers les ambitions, encore lointaines mais qui se dessinent déjà dans les mirages de sa traversée du désert. Avec ce mot de la fin dûment répété: «On verra».

Jean-Noël Cuénod

11:22 | Lien permanent | Commentaires (64) | Tags : dominique strauss-kahn, anne sinclair, claire chazal, tf1 | |  Facebook | | |

07/07/2011

La saga DSK et les zombies sidérés

Nous vivons des temps fabuleux. Au sens premier de ce terme qui vient du latin fabula, soit «fable» en français. Naguère encore, les séries télévisées s’inspiraient de la réalité. Aujourd’hui, la réalité copie les séries télévisées. L’an passé, le feuilleton Woerth-Bettencourt avait de quoi nous esbaudir, nous autres les gobeurs d’images, en faisant parade de ses rebondissements, son Scapin avec enregistreur incorporé, son Turlupin pour vieilles dames emperlousées, sa Gérontine aux mille châteaux, sa digne fille indigne, son ministre intègre et désintégré.

C’était de la jolie confection française. Mais la grosse production américaine a relégué cette saga de Neuilly-sur-Seine dans ces greniers où l’on entrepose les dentelles du temps jadis. L’affaire DSK, c’est tout de même autre chose en matière de coups de théâtre.

Premier épisode: le riche, vilain et pervers, souille de son ADN élitaire l’immigrée pauvre et méritante. La plaignante est alors dépeinte comme un Sainte coranique ayant bravé les océans pour y trouver de quoi nourrir son enfant.

Deuxième épisode: la voilà prostituée, complice de trafiquants et menteuse professionnelle.

Troisième épisode: celui que les tabloïds new-yorkais surnommaient le «perv» se mue en victime d’un odieux complot, en agneau immaculé promis au poignard sacrificiel.

 Quatrième épisode: déboule sur la scène française, une plaignante, fille d’une «camarade» de DSK, qui saisit la justice huit après. Strauss-Kahn redevient aussi noir que les truffes qui ont garni ses pâtes lors de son festif repas de libération.

Plus la fable est énorme, plus son succès est assuré. Dans ce contexte, la vérité — qui manque de talent, c’est bien connu — reste une emmerdeuse avec ses zones grisâtres où le salaud cohabite avec le brave type, où la femme pauvre se débrouille comme elle le peut pour s’en sortir. Impossible d’être sidérés par un tel scénario.
Nous voilà donc réduits à l’état de zombies errant à la recherche d’un rebondissement. Pendant ce temps, le monde globalisé tourne à l’envers. Les Etats-Unis s’enfoncent dans la dette et s’apprêtent à y engloutir la planète, la Chine fait un grand écart toujours plus douloureux pour relier Staline au capitalisme, l’Europe Unie se désunit, la Russie s’empoutine.

Faut-il voir dans la monopolisation strauss-kahnienne, un complot de plus ourdi par des financiers sans visage qui tissent cette tapisserie médiatique pour faire paravent à leurs manœuvres? Là encore, la vérité est sans doute plus banale. Même les décideurs les plus hauts placés ne comprennent plus rien à la complexité du monde globalisé. La finance est désormais un marteau sans maître, comme celui du poète René Char. Sans maître mais pas sans profiteurs. Qui d’ailleurs risquent de recevoir un coup sur la tête à la prochaine crise. La puissance capitaliste ne s’incarne plus dans les «200 familles» et ces trognes patronales dans lesquelles étaient fichés les cigares-totem.

Aujourd’hui, devant l’impossibilité de déchiffrer le réel, l’âme humaine, par un mouvement naturel, s’attache aux contes à rêver couché et délaisse les comptes à dormir debout.

Jean-Noël Cuénod

ET maintenant, un peu de détente avec cette vidéo sur la campagne présidentielle française qui, paraît-il, fait bien rigoler l'équipe de François Hollande.


Fun - 2012, Mission Elysée par Ali-Fredo

 

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01/07/2011

Dominique Strauss-Kahn et la justice américaine : entre brutalité et loyauté

Dans son blogue, Le Plouc s’était montré dubitatif concernant la justice américaine et la guerre qu’elle suscite entre l’accusation et la défense. Il doit aujourd’hui souligner un autre de ses aspects qui n’enlève d’ailleurs rien à sa brutalité intrinsèque : la loyauté.

Si l’accusation agit, au cours des premiers jours de la procédure, comme un char Patton qui écrase tout sur son passage, elle n’en demeure pas moins contrainte à respecter certains principes.

L’un d’entre eux bénéficiera peut-être à Dominique Strauss-Kahn. Le district attorney (procureur chargé de soutenir l’accusation) Cyrus Vance junior aurait trouvé des indices mettant en doute la fiabilité de la femme de chambre qui accuse DSK de viol. En effet, l’accusation a l’obligation de donner au jury tous les éléments de l’enquête, y compris ceux déchargeant l’accusé. Si le procureur cache un atout dans sa manche, il perdra la partie, le procès étant annulé.

Le rôle du procureur est de convaincre le jury – au-delà du « doute raisonnable » - que les preuves qu’il a récoltées démontrent la culpabilité de l’accusé. Dans l’Etat de New-York en tout cas, si un seul des vingt-trois jurés doute de la culpabilité de l’accusé, celui-ci est alors acquitté. L’accusation doit donc se présenter au tribunal avec un dossier « bétonné » comme l’Empire State Building et éviter les témoins ou plaignants douteux.  Le poste de district attorney étant soumis à élection populaire, ce magistrat ne saurait accumuler les échecs devant le jury. Ils feraient très mauvais genre.
Dans l’affaire DSK, le procureur Vance multiplie les actes d’enquête afin d’éviter d’être « explosé » en audience publique par le talentueux et très cher Benjamin Brafman, défenseur de Strauss-Kahn, ce qui pourrait lui coûter sa réélection. Si la plaignante présente des failles dans sa personnalité ou ses propos, il vaut mieux alors réduire la voilure de l’accusation et transiger avec la défense.

Cette « obligation de loyauté » est-elle toujours respectée ? Il existe des affaires où la police d’un Etat américain n’a pas fourni les preuves qu’elle détenait et qui se sont achevées par un verdict entaché d’erreur judiciaire. Mais dans la plupart des cas de ce genre, la faute en revient à l’avocat de la défense qui a manqué d’énergie, de talent ou de motivation pour accomplir son travail de façon satisfaisante. On retrouve ainsi l’inégalité que secrètent les procédures américaines. Les pauvres qui ne peuvent pas  payer les honoraires d’un bon défenseur risquent plus que les autres de tomber dans le piège de l’erreur judiciaire.

 « Selon que vous serez puissants ou misérables, les jugements de Cour vous rendront blanc ou noir ». Depuis La Fontaine, il n’y a rien de nouveau sous le soleil voilé de la justice.

 

Jean-Noël Cuénod

 

 

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