21/03/2017

Marine Le Pen, sa guerre de retard contre le djihadisme

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Si au soir du 7 mai, Marine Le Pen est élue présidente de la France, les djihadistes pourront faire sauter les bouchons de jus de pomme allal. Sa prestation de mardi soir lors du grand débat de TF1 a démontré, une fois de plus, à quel point son discours monomaniaque sur la frontière est inadapté pour affronter le terrorisme (dessin d'Acé)

Pour s’opposer à l’islamisme radical, la tenancière du clan Le Pen réitère son mantra : récupérer la maîtrise totale des frontières nationales. Ce qui est une illusion ­pour plusieurs raisons. Illusion d’autant plus dangereuse qu’elle peut donner aux citoyens un fallacieux sentiment de sécurité.

Primo, cette « maîtrise totale » est impossible à garantir sérieusement. Aucun Etat n’y est parvenu. Même en 1944, au plus fort des affrontements entre les nazis et les résistants savoyards, la Gestapo n’avait pas pu rendre imperméable la frontière franco-suisse dans la région genevoise. Et même le Mur de Berlin ne fut pas étanche à 100%, puisqu’entre 1961 et 1989, 5 075 personnes réussirent à s'évader de l'Est pour rejoindre Berlin-Ouest.

Secundo, Marine Le Pen refuse de tenir compte de cette réalité : les candidats à l’islamoterrorisme n’ont pas forcément besoin de passer une frontière puisque, pour la plupart, ils vivent en France et en ont la nationalité.

Tertio, cette crispation pathétique sur une frontière mythologisée est le signe que la frontiste a une guerre de retard vis-à-vis du djihadisme. Les idéologues de l’islamisme radical font la promotion de l’Oumma, ce sentiment d’appartenance à une communauté de foi qui transcende les frontières. Or, pour des jeunes en déshérence (provenant des milieux les plus divers), cette notion est porteuse de séduction. Ils appartiennent enfin à une immense famille sans frontière. C’est la force de l’Etat islamique que de s’appuyer sur cette notion d’Oumma pour créer une sorte de nation par-delà les nations. «Où que tu sois, tu es mon sujet», suggère cette idéologie totalitaire.

Dès lors, pour l’islamoterrorisme, la frontière est moins un obstacle qu’une opportunité. Elle lui permet d’utiliser les différences de procédures judiciaires et de méthodes policières entre les Etats pour se glisser entre différents pays pour y semer la terreur. De plus, les pesanteurs bureaucratiques de chaque Etat s’additionnent provoquant de graves défaillances dans la coordination entre des forces de sécurité nationales qui n’ont pas l’habitude de travailler ensemble.

La lutte contre le terrorisme ne saurait se satisfaire de discours simplistes. Il s’agit d’un combat à long terme à mener sur tous les fronts : social, politique, idéologique, diplomatique, policier, judiciaire, militaire. Marine Le Pen a prouvé mardi soir, sur ce chapitre essentiel de sa rhétorique, toute l’étendue de son incompétence.

Jean-Noël Cuénod

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16:45 Publié dans Politique française | Lien permanent | Commentaires (10) | Tags : marinelepen, terrorisme, djihadisme, france, présidentielle2017 | |  Facebook | | |

15/07/2016

NiceAttentat: retour du service militaire?

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Charlie-Hebdo, le Bataclan. Et maintenant Nice. Une fois de plus, la France est frappée par le terrorisme. Vers elle, doivent converger nos élans du coeur. Hélas, ce ne sera pas le dernier attentat. Et à chaque fois, la question se pose, lancinante, comment répondre ?

Croire que l’on éradiquera l’islamoterrorisme par les rodomontades d’une caste politique qui ne pense pas plus loin que le calendrier électoral relève du non-sens. Le gouvernement aura beau prolonger l’état d’urgence, faire tomber des têtes dans les organismes de renseignements, nommer un Xème comité qui coordonnera les coordinateurs qui coordonnaient déjà les organismes de coordination des Services, cela ne fera que de la mousse.

Force est de reconnaître qu’elle est payante, la stratégie de l’Etat Islamique ou des autres organisations terroristes. Trois attentats (Charlie-Hebdo, Bataclan, Nice), trois scénarios différents : délinquants convertis au djihadisme en prison, attaque de type militaire et maintenant, acte accompli – apparemment – en solitaire, par un Tunisien établi officiellement en France qui n’était pas connu en tant que musulman radical. Samedi matin, l'Etat Islamique revendiquait d'ailleurs le massacre de Nice. Dès septembre 2014, cette stratégie avait été largement diffusée par les médias – la communication est un champ de bataille – par le porte-parole de l’Etat islamique, Abou Mohammed Al-Adnani:

Si vous ne pouvez pas faire sauter une bombe ou tirer une balle, débrouillez-vous pour vous retrouver seul avec un infidèle français ou américain et fracassez-lui le crâne avec une pierre, tuez-le à-coup de couteau, renversez-le avec votre voiture, jetez-le d'une falaise, étranglez-le, empoisonnez-le.

Le coup peut venir de n’importe où, être porté par n’importe qui, n’importe comment. Autant dire que la lutte est de longue haleine. Or, les forces de police et de gendarmerie ne peuvent pas supporter seules cet effort. Avec l’Eurofoot, le Tour de France, les cérémonies du 14-Juillet, les tâches quotidiennes, elles sont à bout d’effectifs. Quant à l’armée française, elle est principalement active contre le terrorisme, hors des frontières. Dans ces conditions, on peut se demander si le retour à la conscription, autrement dit à l’armée des citoyens, ne devrait pas être envisagé par la France qui l’a supprimée durant la présidence de Jacques Chirac. Oh, certes, on ne saurait transformer en potion miracle, le retour du service militaire obligatoire ! Le combat contre la guérilla globalisée de l’islamoterrorisme est tout à la fois politique, économique, social, culturel, géostratégique, diplomatique et militaire. De plus, il faudra du temps pour former ces conscrits. Cela dit, répétons-le, cette guérilla globalisée est installée pour durer.

Cette force d’appoint citoyenne sera bien utile pour permettre aux militaires de carrière, aux policiers, aux gendarmes de se concentrer sur les secteurs où leur professionnalisme est indispensable. Elle sera aussi utile aux jeunes Françaises et Français pour apprendre à devenir pleinement citoyen.

Jean-Noël Cuénod

17:30 | Lien permanent | Commentaires (22) | Tags : attentat, nice, djihadisme, daesh, terrorisme | |  Facebook | | |

08/08/2014

Persécution des chrétiens d’Irak : où sont les manifestants ?

 

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Deux poids, deux mesures. C’est le reproche formulé par les manifestants européens propalestiniens – principalement français – à l’endroit de la politique occidentale dans le conflit israélo-palestinien. Les démocraties européennes et américaine soutiennent Israël et laissent tomber les Palestiniens. Pendant la bataille de Gaza – qui vient de reprendre feu – des dizaines de milliers de manifestants ont ainsi protesté contre cette politique «deux poids deux mesures». A Paris, ces démonstrations ont été marquées par la violence antisémite.

Aujourd’hui, les chrétiens d’Irak sont persécutés par les djihadistes, de même que les yézidis, fidèles d’une religion monothéiste issue de la Perse antique. Obligés de quitter leurs maisons, leur travail, leur ville natale par l’Etat Islamique qui veut se former entre l’Irak et la Syrie.

Les djihadistes leur ont laissé ce choix : soit ils se convertissent, soit il payent un impôt spécial en tant que sujets de seconde zone, soit ils sont passés «par le glaive». Sans oublier les Eglises détruites et le riche patrimoine des Arabes chrétiens et des yézidis réduit systématiquement en cendre, au nom d’un islam dévoyé mais diablement virulent.

Et où sont les manifestants de la semaine passée ? Les rues de Paris et d'ailleurs n’ont jamais été aussi calmes. Mais que voulez-vous, cette fois-ci, les victimes sont ces mécréants de chrétiens et de yézidis, alors que les bourreaux figurent parmi les combattants du Calife. Alors, ça change tout, forcément. Qui a dit, deux poids deux mesures ? Le sang des chrétiens et des yazidis serait-il moins purs que celui des musulmans ?

 L’actuel silence des musulmans d’Europe n’est pas supportable. Certes, des voix se font entendre ici ou là, parmi les fidèles les plus éclairés de l’islam. Mais elles n’ont pas suffisamment d’ampleur pour percer ce mur de silence. Où sont les démonstrations de solidarité ? Que font les grandes voix autorisées qui clameraient leur indignation devant ces persécutions commises au nom de l’Islam ?

Ce silence risque d’être interprêté comme un acquissement muet aux violences antichrétiennes et antiyazidies, mais aussi d’approfondir et d’élargir le fossé entre les musulmans et les autres citoyens des pays européens.

Aux musulmans d’Europe de démontrer qu’eux, au moins, refusent le « deux poids, deux mesures ».


PS: n'ayant ni le temps ni l'envie de vérifier chaque IP et compte tenu du nombre d'anonymes qui utilisent des pseudos qui ne sont ordinairement pas les leurs, je ferme les commentaires concernant ce texte ainsi que l'autre sur le même sujet. Mille excuses pour ceux qui sont de bonne foi.

 

Jean-Noël Cuénod

 

ESPACE VIDEO

 

Cette jeune femme appartenant à la religion yézidie dénonce devant le parlement irakien les persécutions dont les siens, mais aussi d’autres minorités, sont les victimes.

12:56 | Lien permanent | Commentaires (35) | Tags : islam, christinanisme, irak, proche-orient, djihadisme, vidéo | |  Facebook | | |