19/06/2013

Sous Hitler, des blagues qui en disent long

Evoquer les «blagues chuchotées» qu’échangeaient les Allemands sous la dictature de Hitler paraît d’une insoutenable indécence, compte tenu de la Shoah. Pourtant, le rire est révélateur d’un comportement collectif qu’il est utile de décrypter, au moment où le courant brun qui a empoisonné le XXe siècle ressurgit sous des formes diverses.

 

 Les éditions Michalon à Paris viennent de sortir un livre document fort éclairant dans ce contexte: «Rire et résistance, humour sous le IIIe Reich» du cinéaste allemand Rudolph Herzog (le fils du réalisateur Werner Herzog). Cet ouvrage est tiré d’un film documentaire qui a remporté un grand succès outre-Rhin.

 

Dès son arrivée à la Chancellerie allemande, par les voies légales, le 30 janvier 1933, Hitler a détruit la démocratie et instauré sa tyrannie en quelques semaines. Aussitôt, les «blagues chuchotées» ont fleuri. Parmi bien d’autres éléments, ce phénomène met en évidence deux aspects.

 

Tout d’abord, le pouvoir nazi utilisait souvent ces plaisanteries à son profit. Elles «n’étaient pas une forme de résistance active et servaient plutôt de soupape permettant à la colère refoulée du peuple de s’exprimer (…) Tout cela ne pouvait que convenir au régime nazi (…)», note Rudolph Herzog. Bien entendu, selon les événements, cette tolérance très relative se muait aussitôt en féroce répression.

 

Ensuite, ces «witze» démontrent le caractère fallacieux de l’argument avancé par nombre d’Allemands après la chute du IIIe Reich, comme le relève le livre de Herzog: «La génération de ceux qui avaient vécu la guerre persista à soutenir qu’elle ne s’était doutée de rien. Les blagues de l’époque de la prise de pouvoir prouvent au contraire que cette affirmation était déjà fausse en ce qui concerne les premières années de domination nationale-socialiste».

 

L’autre leçon à tirer de ce livre est que le fait d’être conscient de l’horreur consubstantielle à tout régime totalitaire n’est pas suffisant pour se soulever contre lui. «De larges cercles de la population devinaient déjà à l’époque quelle escroquerie Goebbels et consorts tentaient de leur faire gober. Cela ne changea toutefois rien au fait que leur pays fut emporté dans un tourbillon criminel en l’espace de quelques années seulement», souligne «Rire et résistance, humour sous le IIIe Reich».

 

Lorsque le pouvoir totalitaire a étendu sa toile, il est trop tard pour le contrer. Il suit alors sa pente inexorable vers l’inhumain. C’est avant qu’il faut agir, ne serait-ce qu’en refusant de confier les clés du pouvoir à n’importe qui.

 

Jean-Noël Cuénod

 

ESPACE VIDEO

 

Le philologue juif Viktor Klemperer a décortiqué la langue utilisée par les nazis pour asseoir leur pouvoir. Son journal a été présenté par Arte au cours d'un documentaire  de Stan Neumann "La langue ne ment pas".


LA LANGUE NE MENT PAS - 1/4 par ESTETTE  

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26/07/2012

L'Iran poursuit méthodiquement ses persécutions religieuses

Les persécutions religieuses ne cessent de croître en Iran. L'actuel régime nazislamiste use de la force brutale et procède aussi à l'éradication culturelle des groupes et communautés qui lui déplaisent. La plus récente victime connue a pour nom Aziz Samandari, un informaticien de 40 ans, qui a été arrêté le 7 juillet dernier. Il est incarcéré à la prison d'Evin, sise au nord de Téhéran, pénitencier réservé aux prisonniers politiques. Son père l'avait précédé il y a juste vingt ans, avant d'y être pendu le 18 mars 1992. Les Samandari père et fils ont commis un «crime» impardonnable aux yeux des damnés du turban: professer la foi baha'ie, une religion qui a la non-violence pour principe d'action. Les ayatollahs lui reprochent d'avoir été créée en Iran par Baha'u'llah au XIXe siècle. Or, pour les musulmans, Mohamed clôt le cycle de la prophétie et aucune religion révélée ne peut légitimement apparaître à la suite de l'islam. Dès lors, si les juifs et les chrétiens sont - théoriquement - tolérés en Iran, il n'en va pas de même pour les baha'his qui sont systématiquement poursuivis.

 

Cela dit, fort de 300 000 fidèles en Iran (chiffre communiqué par la communauté internationale de cette religion), le baha'isme  ne peut être aisément effacé par la dictature chiite. Dès lors, la tyrannie cléricale tente de l'éradiquer culturellement en interdisant aux baha'his l'accès aux universités. Pour leur permettre de recevoir tout de même un enseignement supérieur, le père d'Aziz Samandari a participé à la fondation d'un institut. Il l'a payé de sa vie. Impliqué, lui aussi, dans cet «Institut baha'i pour l'enseignement supérieur», son fils a donc été incarcéré pour le même motif. En outre sept baha'is, au moins, ont été condamnés, il y a peu, à des peines de 4 à 5 ans de prison, à la suite d'une descente de police dans les locaux de cet institut. (Le site ci-joint donne de plus amples renseignements).

 

En outre, les persécutions du régime s'abattent aussi sur des communautés qui, selon la loi islamique, devraient être «protégées». Ainsi, les protestants iraniens sont-ils visés. Leur pasteur Youssef Nadarkhani attend depuis octobre 2009 d'être exécuté pour avoir quitté l'islam et converti des musulmans au christianisme. Sa condamnation à mort a été suspendue. Il devra repasser en jugement le 8 septembre prochain.

 

Les confréries ésotériques, comme les «tariqa» soufies, sont également pourchassées car l'islam qu'elles proposent est considéré comme «déviant» par le clergé chiite. S'attachant à l'esprit plus qu'à la lettre, les ordres soufis ne peuvent que déplaire au pouvoir qui considère la religion, non comme une voie vers la vérité, mais en tant qu'instrument destiné au bourrage de crâne. Accusés de penser trop librement, quelque cent derviches gonabadi ont été arrêtés durant l'automne 2011.

 

D'une manière plus générale, ce rapport 2012 d'Amnesty International décrit l'étendue de la répression en Iran.

 

Les moyens pour s'opposer à la dictature nazislamiste restent limités. Mais Téhéran est soucieux de son image, comme la plupart des pays dans un monde globalisé. C'est là le point faible de la dictature enturbannée. Dès lors, la circulation de plus en plus intense de ce genre d'informations devient l'une des rares armes pour entamer, ne serait-ce qu'à long terme, sa superbe.

 

 

Jean-Noël Cuénod

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