24/01/2017

Depardieu-Dussollier, les deux Staline

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Staline continue à hanter les esprits et crever le grand écran. Deux monstres sacrés français, Gérard Depardieu et André Dussollier, ont tenté de se glisser dans la peau du sacré monstre géorgien. Deux façons diamétralement opposées d’approcher un rôle. L’un met tout son talent à s’incarner dans le personnage. L’autre investit toute son énergie à développer sa propre personnalité.

Il serait stupide de mettre ces deux démarches en concurrence et d’attribuer des bons points à l’une, des mauvais à l’autre. Dans leur opposition radicale, elles nous parlent toutes deux de l’Art et de l’Etre.

 

A l’Ogre rouge joué par Depardieu dans le Divan de Staline réalisé par Fanny Ardant et qui sort maintenant en salle, répond le pervers père des peuples représenté par André Dussollier pour le film de Marc Dugain Une exécution ordinaire, diffusé en 2010.

Ceci n’est pas Staline

A aucun moment, Depardieu cherche à ressembler à Staline, même en arborant la moustache-emblème. C’est Depardieu qui joue Depardieu. Pour un peu, ce serait Staline qui joue Depardieu. Le corps blême éclate de partout. Ses chairs débordent. Gros plan sur les vallées et les ravines du nez, sur les yeux rapprochés et vides comme ceux d’un ours. Staline n’est qu’un prétexte pour situer un lieu et marquer une époque, une sorte de véhicule d’expression.

Pour faire contraste, la voix douce se fraie un sentier dans cette montagne carnée pour tomber, à bout de souffle, dans nos oreilles rendues ainsi attentives. Depardieu exprime autant son Etre affalé sur le divan de Fanny Ardant que suant dans le moite motel de Valley of Love.

Sa personnalité a tout envahi. Il n’y a plus de place pour un autre rôle que lui-même. Cela n’a rien à voir avec un quelconque égotisme. Aucune volonté de tirer la couverture à lui. D’ailleurs, à quoi lui servirait une couverture ? Il est nu en permanence même revêtu de la rêche vareuse stalinienne.

Depardieu est mort à son Art, mais c’est par surabondance de son Etre. Il n’est plus un comédien puisqu’il ne « joue » plus. Il est, au sens propre, un acteur. Il se met en acte, bien plus qu’on ne le met en scène. Chaque fois, le spectateur sort fasciné par cette profusion d’Etre. C’est toujours le même film qui tourne avec Depardieu. Toutefois, l’Etre est tellement puissant qu’on ne saurait parler de répétition mais d’une évocation en continu. Comme le calligraphe chinois qui n’a besoin que d’un trait pour figurer un oiseau, Depardieu n’a plus qu’à être pour paraître.

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C’est Staline craché

Passons au versant inverse, tout aussi impressionnant, avec Une exécution ordinaire. Dans le film que Marc Dugain a tiré de la première partie de son livre, André Dussollier s’est tellement immergé dans son personnage que pour le spectateur, nul doute, il a Staline devant lui. Pas le Staline des défilés du 1er-Mai, ni celui des immenses panneaux de propagande. Le vrai Staline, authentique jusqu’à la bouffarde.

André Dussollier se modifie physiquement, se soumettant à de fastidieuses et interminables séances de maquillage. Pour ressentir l’arthrite dont souffrait Staline, il est allé jusqu’à porter des poids sous son uniforme. Etude approfondie des discours de Staline. Ce qui n’a rien d’une sinécure. Contrairement au brillant Trotski, le Coryphée des Sciences était un piètre orateur à la voix monocorde. Ce n’est point par son verbe qu’il s’est imposé dans les Congrès du Parti, mais par sa poigne, sa connaissance des faiblesses des hommes, ses réseaux patiemment tissés parmi les cadres bolchéviques et sa maîtrise du mécanisme de la terreur. Ce manque de brio, il fallait lui trouver une traduction pour le grand écran. Dussollier a su rendre le ton juste. Et pourtant, il est difficile de trouver un comédien aussi éloigné, à tout point de vue, du Tsar bolchévique.

L’Art du comédien s’est attaché à saisir, non seulement l’écorce physique, mais surtout le tronc mental du tyran. Loin des clichés du bolchévique au couteau entre les dents, Staline était lettré. Ancien séminariste, il appréciait la poésie contemporaine en connaisseur – quitte à expédier au Goulag les auteurs jugés trop dangereux – et a défendu maintes fois ce fou de Maïakovski devant Lénine lui-même qui avait en matière de littérature des jugements aussi étriqués que ses costumes de notaire sans pratiques.

Le Staline d’André Dussollier est d’autant plus effrayant qu’il n’a pas l’apparence d’un monstre. Lorsqu’il mime l’empathie, la modestie, la simplicité, c’est pour mieux griffer ses proies et le comédien doit composer avec toutes ces nuances de rouge. Le maquillage intérieur doit sans doute se révéler encore plus épuisant que le maquillage extérieur.

Le gentil Dussollier s’est donc mué en Suprême Salaud par une maîtrise totale, absolue, de l’Art… Comédien qui joue à en donner le vertige. Pour ce faire, il doit mettre de côté, cet Etre qui surabonde chez Depardieu. Ou plutôt, prendre la force de l’Etre pour le transformer en personnage.

Depardieu n’en ressent plus le besoin, son Etre a tout absorbé. Dussollier respire au sommet de son Art. Ne pas choisir. Ce serait de mauvais goût.

Jean-Noël Cuénod

18:50 | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : staline, depardieu, dussollier, cinéma | |  Facebook | | |

24/03/2013

En France, la tristesse devient très tendance

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Les médias n’ont d’yeux que pour Gérard Depardieu (dessin d'Acé). Lâche-t-il d’une voix pâteuse que la France est triste, que les gens en ont marre, mon bon Monsieur, et que tout ça, c’est la faute au gouvernement? Micros et caméras accourent aussitôt pour se prosterner devant ce prophète déprimé et déprimant.

 

Il faut vraiment que la France soit triste pour que Depardieu préfère à sa superbe maison au cœur de Paris, l’ancienne douane belge de Néchin qui donnerait des envies de suicide au plus joyeux des labradors et la riante Mordovie, capitale des goulags ex-soviétiques et néo-russes.

 

Alors, tristes les Français? Septante-six pour cent des lecteurs du quotidien Le Progrès partagent cette opinion. Les habitants de l’Hexagone le seraient-ils davantage que ceux de la Péninsule qui, désormais, célèbrent plus le «Vaffanculo-Day» que le Carnaval? Jean Cocteau disait des Français qu’ils sont des Italiens de tempérament maussade. Aujourd’hui, les deux sœurs latines sont d’aussi mauvais poil l’une que l’autre. Et ne parlons pas des Espagnols, des Portugais, des Grecs, des Chypriotes, d’humeur carrément massacrante.

 

Le moral se porte donc au ras des chaussettes, selon la dernière mode en France mais aussi dans l’Europe du Sud. Et il n’est pas certain que le Nord reste épargné. Il n’est rien de plus contagieux qu’une dépression. La tristesse se dessine sur un fond européen. Depardieu, tout à sa Sarkolâtrie, l’attribue à sa tête de Turc Hollande. Mais le mal est bien plus profond. Ce n’est pas la crise qui en est la cause. Une crise, ce n’est qu’un sale moment à passer comme chez le dentiste. Ce qui déprime, c’est l’installation d’une permanente précarité et la certitude que notre continent sera rejeté vers la banlieue du monde.

 

Sur cette partition commune, chaque nation décline la tristesse qui lui est propre. En France, elle dirige ses larmes vers l’Etat devenu impuissant. Car rien n’est plus déstabilisant pour les citoyens de ce pays qu’un Pouvoir qui ne peut plus montrer ses muscles. Or, l’Etat n’a plus la taille suffisante pour endiguer le tsunami de la mondialisation. Les Français commencent à s’en rendre compte et regardent tout naturellement vers l’Union européenne. Ils n’y voient qu’usines à gaz et eurocrates assoupis. L’horizon paraît aussi aride que le crâne de Monsieur Van Rompuy et aussi atone que le regard de la baronne Ashton, deux des principaux dirigeants — on ne rit pas! — de l’Union.

 

Comme la notion d’engagement social et politique a été détruite par l’individualisation due aux nouvelles méthodes de travail et aux technologies de la communication, cette tristesse ne peut même pas se muer en colère. Dans son jus, elle marine et profite à… Marine Le Pen. Pour sortir de cette impasse morose, il faudrait que naisse une véritable conscience collective des Européens. Sans elle, il sera impossible de faire bouger les lignes molles de Bruxelles.

 

 

Jean-Noël Cuénod

11:28 | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : depardieu, politique, europe, ras-le-bol | |  Facebook | | |

04/01/2013

La Russie et Depardieu, une question de foie


Le plouc apprend comme tout le monde- et sans surprise - que Gérard Depardieu va toujours plus à l'Est. Après avoir planté son menhir en Belgique, le voilà qui hérite d'un passeport russe signé Poutine. Et Brigitte Bardot veut le suivre sur les bords de la Moskova. Tremblez distillateurs de vodka! Frémissez chasseurs de phoques!

La naturalisation russe a inspiré à notre cher dessinateur Acé son premier dessin de l'année, entre deux vapeurs de champagne.

 

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21/12/2012

Après Depardieu, Deneuve & Co, le patriotisme fiscal devient tendance

 

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La polémique fait rage chez les vedettes françaises de la scène et des écrans. Les saltimbanques de droite soutiennent Gérard Depardieu dans son exil fiscal vers la Belgique et ceux de gauche, le vouent aux gémonies. Ce qui pourrait n’être qu’un pia-pia pour dîner parisien devient un sujet hautement politique et culturel. Car le comportement de chaque citoyen, quel que soit son pays d’origine, devant l’impôt entraîne toute une série de remises en cause fondamentales qui touchent aux rapports qu’un individu entretient avec ses proches et ceux qui partagent la même communauté de destin, avec son pays et son histoire. La fiscalité pose la question des liens, essentielle pour tous les êtres humains.

 

Avec la crise économique qui se prolonge, les Etats affrontent une demande pressante d’aides sociales et d’engagements pour combattre le chômage. Or, au même moment, ils doivent réduire la voilure. Diminuer le train de vie de l’Etat est nécessaire mais non pas suffisant. Il faut encore améliorer les recettes. Dès lors, le patriotisme fiscal devient furieusement tendance dans la bouche des dirigeants politiques.

 

Mais l’incitation au civisme a ses limites. Dès lors, la tentation est grande pour les Etats de suivre l’exemple américain en liant l’impôt à la nationalité. Où que vous soyez, vous payez l’impôt de votre pays, après déductions des taxes payées dans l’Etat de résidence.

 

Certes, il est possible d’abandonner sa nationalité d’origine, à la condition toutefois de disposer d’un autre passeport. Outre que la démarche n’est pas toujours aisée sur le plan administratif, le fait de renoncer à sa patrie ne va pas de soi. Est-il si facile de devenir un nomade fiscal hors-sol? Ce faisant, je me coupe non seulement de l’Histoire de mon pays, mais je tire aussi un trait sur tous les miens qui se sont battus pour lui.

 

 

Jean-Noël Cuénod

 

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