02/12/2016

François Hollande: la malédiction française

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François Hollande est donc le premier président français de la Ve République à ne pas solliciter un nouveau mandat, sans que la mort – comme ce fut le cas pour Georges Pompidou – n’intervienne. Mais il n’est pas le seul à avoir subi les jeux de massacre de la présidence. Pas un seul chef d’Etat n’a été épargné. Plongée dans l’histoire du masochisme élyséen.

Même la plus grande figure historique de la France du XXe siècle a reçu son lot de baffes. En décembre 1958, Charles de Gaulle est élu président de la République par un collège de grands électeurs (plus de 80.000 parlementaires et autres élus). Comme un vulgaire sénateur. Enfin presque. Dimanche 28 octobre 1962, il gagne son référendum qui attribue au suffrage universel direct le soin de désigner le chef de l’Etat. La France bascule définitivement vers le système présidentiel et la personnalisation du pouvoir. Désormais, le président est oint par la légitimité populaire comme l’Assemblée nationale, tout en disposant, contrairement au parlement, des leviers de commande de l’exécutif.

La première élection présidentielle par le peuple tout entier est donc fixée au 5 et 19 décembre 1965.

Certes, il y avait déjà eu une élection d’un président de la République par scrutin populaire le 10 décembre 1848. Mais à l’époque, seuls les Messieurs avaient la possibilité de glisser dans l’urne le bulletin de leur choix. Or, en 1965, les femmes disposaient aussi du droit de vote qu’elles avaient obtenu à la Libération en 1944. Il faut dire aussi que l’élection de 1848 n’avait pas laissé que de bons souvenirs. Son vainqueur, Louis-Napoléon Bonaparte – neveu suisse du Grand Autre – s’est transformé en empereur quatre ans plus tard à la suite d’un coup d’Etat qui a guillotiné la IIe République.

Charles-le-Balloté

En novembre 1965, donc un mois avant l’élection, un sondage IFOP donne le général de Gaulle, vainqueur dès le premier tour, avec 61%. Et comment pourrait-il en aller autrement ? Le président en exercice a sorti la France de l’enfer algérien, redonné à son pays une place majeure sur la scène internationale, remis l’économie en état de marche et, sous couleur de décolonisation, maintenu l’influence prépondérante de Paris sur le continent africain.

Face à lui, François Mitterrand, incarnation de la IVe République honnie, et Jean Lecanuet, un démocrate-chrétien peu connu hors de son parti MRP, ne font pas le poids. De Gaulle ne se donne pas la peine de faire campagne. Il renonce même à son temps de parole à la télévision qui devient alors l’acteur majeur pour convaincre le public

(Vidéo: François Mitterrand rame devant les caméras de 1965!)


Au soir du 5 décembre, Charles de Gaulle est sonné. Le Général est mis en ballotage par Mitterrand, ce traineur de casseroles, et Lecanuet, ce clone provincial de Kennedy.

Arrivé en deuxième position, François Mitterrand a su fédérer autour de lui toute la gauche, des radicaux jusqu’aux communistes, en passant par les deux partis socialistes (SFIO et PSU). Quant à Jean Lecanuet, le troisième homme, il a privé de Gaulle de nombreuses voix du centre-droit en se faisant le défenseur de l’Alliance atlantique que de Gaulle juge trop liée aux Etats-Unis. Peut-être aussi, les rapatriés d’Algérie l’ont-ils préféré à la Grande Zohra qu’ils accusent d’avoir trahi leur cause.

Le second tour oppose donc le Général à François Mitterrand. Vu avec nos lunettes actuelles, le score obtenu par de Gaulle semble net 55% contre 45%. Mais à l’époque, ce résultat est pris pour une gifle infligée au « sauveur du pays ». Comment continuer à prétendre incarner la France, alors que l’on ne représente qu’un peu plus de la moitié de ses citoyens ? Le Canard Enchaîné se… déchaîne : « Charles-le-Balloté », « Monsieur Tiers[1] ». Des proches du Général témoigneront plus tard de sa grosse déprime. Il voit dans ce score étriqué la marque d’une désinvolte ingratitude. Trois ans après, Mai-68 éclate. Et en 1969, Charles de Gaulle interrompt son second mandat en démissionnant après avoir été désavoué par son référendum sur la régionalisation et la réforme du Sénat. En fait, il ne se sera jamais vraiment remis de qu’il a ressenti comme une mauvaise élection en 1965.

Le septennat de Georges Pompidou a, lui aussi, été interrompu mais par sa mort en 1974, après quatre ans de pouvoir. Cela dit, ses relations houleuses avec son premier ministre Chaban-Delmas, cacique du gaullisme, auraient pu laisser présager une fin de mandat inconfortable.

Giscard, le premier sortant sorti

Son successeur, Valéry Giscard d’Estaing, est le premier président sortant à être sorti. Pourtant, sous son septennat, nombre de réformes populaires, et parfois audacieuses, ont été votées, telles la loi libéralisant l’avortement. Mais ces succès sont éclipsés par plusieurs affaires politico-financières qui touchent son entourage et même sa propre personne. Le Canard Enchaîné révèle que Giscard a reçu une plaquette de diamants de la part de Bokassa, le sanguinaire dictateur centraficain. Lors de la campagne électorale de 1981, des mains ennemies avaient collé sur le portrait en affiche de Giscard d’Estaing des yeux en forme de diamants. Sans doute des mains socialistes, voire même gaullistes. Car si, après le premier tour de la présidentielle, Jacques Chirac, arrivé troisième, appelle, du bout des lèvres, à voter Giscard pour le second tour, son parti RPR fera une campagne souterraine qui a sans doute contribué à l’élection de François Mitterrand, comme le proclamera plus tard dans ses mémoires, Valéry Giscard d’Estaing.

Celui-ci avait battu Mitterrand en 1974. Et c’est donc à lui qu’il devra remettre les clefs de l’Elysée en 1981. On se souvient du départ de Giscard d’Estaing, ridiculement mis en scène (voir vidéo) à la télévision.

Mitterrand sauvé par une défaite

Humiliation suprême pour Giscard, son rival François Mitterrand parviendra, lui, à se faire réélire. Mais grâce à une … cuisante défaite. Le 16 mars 1986, le parti de Jacques Chirac, RPR, remporte les élections législatives. C’est la première cohabitation entre un président de gauche et un premier ministre de droite. Dès lors, dans l’optique de la présidentielle de 1988, ce n’est plus Mitterrand qui porte les responsabilités gouvernementales. Mais comme il reste à son poste de président, il fera jouer toutes les ficelles à sa disposition. Et Dieu sait si elles sont nombreuses ! Il va donc nous ficeler Chirac comme un rôti de bœuf. Et le premier ministre sortira tout cuit du four élyséen. En 1988, le président socialiste décroche un second mandat. Mais l’aurait-il obtenu s’il n’avait pas perdu les élections législatives de 1986 ? On peut en douter.

Chirac mal élu au premier tour

Finalement, Jacques Chirac obtiendra sa revanche en devenant président de la République en mai 1995. Aussitôt, la machine à recevoir des claques se met en marche. Son premier ministre Juppé provoque des grèves monstres par ses réformes de la sécurité sociale et de la retraite. Chirac, qui dispose pourtant d’une large majorité au parlement, dissout l’Assemblée nationale en avril 1997 et se tire ainsi une balle dans le pied. Le président perd les élections qu’il a lui-même provoquées ! C’est une cohabitation à l’envers qui s’instaure avec un président de droite et un premier ministre de gauche. Pendant cinq ans, Jacques Chirac regardera le socialiste Lionel Jospin gouverner en imposant ses réformes, comme les 35 heures de travail hebdomadaire, la couverture médicale universelle et le PACS.

Pour Chirac, sa réélection en 2002 est tout sauf assurée. La France va plutôt bien sur le plan économique et enregistre même une légère baisse du chômage. Mais une série de faits-divers sont exploités par la chaîne TF1, proche de Chirac. Jospin ne voit pas le danger et fait une très mauvaise campagne sur l’insécurité alors qu’il se voit déjà à l’Elysée. Au premier tour, le 17 avril 2002, le candidat socialiste est éliminé au profit de Jean-Marie Le Pen, parvenu à la deuxième place. Mais Jacques Chirac n’a guère brillé et n’obtient que 19,88% des suffrages. A l’époque, c’est le plus mauvais score au premier tour d’un président sortant. Finalement, la mobilisation du centre-droit et de la gauche contre Le Pen, permettront à Chirac de l’emporter largement. Il doit donc son élection plus à un incroyable concours de circonstances qu’à ses propres mérites.

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Le palais des mille et une claques

Le quinquennat (Chirac a raccourci la présidence de 7 à 5 ans) de Nicolas Sarkozy est encore dans toutes les mémoires. Inutile donc d’y revenir sinon pour rappeler les boas que le mari de Carla Bruni a dû avaler. Alors que François Hollande, candidat socialiste, ne suscitait guère l’enthousiasme, Sarkozy a tout de même perdu contre lui en 2012. Et l’on sait le sort humiliant qui est le sien, après sa récente élimination au premier tour de la primaire de la droite.

Il y a donc une malédiction qui s’abat sur les présidents français. S’ils sont réélus, c’est par raccroc. S’ils sont battus, ils ne peuvent plus revenir au pouvoir. Et pourtant, les masochistes ne manquent pas pour conquérir ce Palais des mille et une claques.

Ce système, qui consiste à mettre un maximum de pouvoirs dans les mains d’un seul homme, fait converger vers celui-ci tous les espoirs et donc toutes les déceptions et enfin toutes les colères. C’est un métier de fou. Et à voir l’état de la France, il serait temps d’adopter un régime plus raisonnable, moins autocentré, avec une répartition des pouvoirs plus démocratiques. Les présidents s’en porteront mieux et leurs citoyens aussi.

Jean-Noël Cuénod

 

 

[1] Allusion au fait qu’en comptant les abstentions, le président n’a été élu qu’avec un tiers du corps électoral. Ce sobriquet renvoie aussi à la figure détestée de « Monsieur Thiers », soit Adolphe Thiers, premier président de la IIIe République, qui avait ordonné le massacre des insurgés de la Commune en mai 1871.

 

19:33 Publié dans Politique française | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : elysée2017, hollande, sarkozy, de gaulle, giscard, mitterrand | |  Facebook | | |

01/01/2014

Les vrais vœux cachés de François Hollande

 

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 Légende: Jean-Luc Mélenchon et François Hollande se tournent le dos, plus que jamais.

Depuis que Charles de Gaulle en a inauguré la pratique en 1958, chaque président français doit accomplir la cérémonie des vœux. Parfois, elle est le vecteur d’annonces lourdes de conséquences historiques. Ainsi, le 1er janvier 1961 (voir la première vidéo), le Général avait prévenu les Français que s’ils n’acceptaient pas l’autodétermination du peuple algérien en vue de son indépendance, « par un oui franc et massif », il démissionnerait aussitôt de ses fonctions présidentielles. Une semaine après, le corps électoral lui donnait satisfaction. Un an et demi plus tard, l’Algérie n’était plus française.

 Mais la plupart du temps, les vœux présidentiels sont aussi passionnants à suivre qu’un programme de figures imposées en patinage plus ou moins artistique.

 

Si François Hollande ne saurait être comparé à de Gaulle, ni par l’époque ni par la stature, il n’en demeure pas moins que ses vœux pour 2014 n’ont rien d’anodins (voir la seconde vidéo). Ils annoncent clairement que le gouvernement socialiste accentuera encore plus son mouvement vers la droite.

 

Il est tout de même fort rare d’entendre sortir de la bouche d’un chef d’Etat socialiste de telles prises de position :

 

–      « les impôts sont devenus lourds, trop lourds, à force de s’accumuler depuis de nombreuses années » (mais alors pourquoi les a-t-il augmentés ? Pourrait-on lui rétorquer) ;

–      « je veux réduire la dépense publique » ;

–      « la sécurité sociale (…) doit en terminer avec les excès – nous les connaissons – et les abus » ;

–      « je veux simplifier (…) les démarches administratives  (…) c’est une condition pour que nous puissions être plus attractifs, plus modernes, plus souples ».

 

La mesure phare présentée par Hollande se situe dans la droite ligne de… cette ligne à droite ! Il s’agit du « pacte de responsabilité aux entreprises » : « Il est fondé sur un principe simple, moins de charges sur le travail, moins de contraintes sur leurs activités et, en contrepartie, plus d’embauches et plus de dialogue social », praeses dixit !

D’ailleurs, le Medef, syndicat patronal français, a aussitôt approuvé cette proposition, par la voix de son président Pierre Gattaz : « Le Medef est prêt à participer et à s’impliquer activement pour bâtir concrètement le pacte annoncé par le président de la République. Il faut cependant avancer rapidement car il y a urgence». Le Medef revendique même la paternité  de cette idée qu’il avait émise mi-novembre dernier.

 

Il reste à savoir si le patronat va vraiment jouer le jeu hollandais ou s’il se contentera de ramasser la mise en faisant fi de ses contreparties. La faiblesse des syndicats français pourrait l’y inciter. En ce cas, l’Etat tapera-t-il du poing sur la table patronale ?

 

Lors de ses vœux, le président français a donc confirmé que les ponts avec la gauche de la gauche étaient définitivement coupés, comme le confirme la violence du commentaire diffusé par François Delapierre, secrétaire national du PG de Jean-Luc Mélenchon : « Pour 2014, les intentions exprimées par François Hollande lors de ses vœux  sont claires, continuer d'arroser les puissants et de maltraiter le peuple. Le président nous a resservi un pot-pourri des poncifs néolibéraux qu'il a appliqués cette année ». En comparaison, la réaction du secrétaire général adjoint de l’UMP, Geoffroy Didier, paraît presque tendre : « Si ces vœux  étaient sincères, ils étaient surtout stériles ». Et au sein de l’aile gauche du Parti socialiste la gêne est perceptible.

 

Dès lors, les vœux de François Hollande en cacheraient-ils d’autres ? Relevons tout d’abord que, contrairement à l’an passé, le président n’a pas prononcé une seule fois le nom de son premier ministre Jean-Marc Ayrault. Serait-ce l’indice d’une prochaine éviction ? Sans doute puisqu’après les élections municipales et européennes (mars et  mai prochains), le chef de l’Etat changera son équipe gouvernementale. Si les socialistes peuvent éviter une déroute totale aux municipales ­– du fait de l’attachement des électeurs aux premiers magistrats de leurs communes et des triangulaires PS-Front national- UMP ­– ils risquent fort un Waterloo aux Européennes.

 

Dès lors, en plaçant la barre aussi à droite, le président socialiste ne prépare-t-il pas un gouvernement de coalition avec le centre-droit ? Certes, la Cinquième République n’a guère l’usage de ce mode de gouvernement. Mais rien n’est éternel en politique. Et la situation périlleuse que connaît la France pourrait induire une telle alliance. A ce propos, lors d’une interruption de séance à l’Assemblée nationale, lors du vote sur le budget en décembre dernier, Jean-Louis Borloo avait déclaré, devant des journalistes, qu’il était prêt à aider le gouvernement à mener sa réforme fiscale.

 

Si Hollande n’est plus du tout compatible avec Mélenchon, il le devient de plus en plus avec Borloo.

 

Jean-Noël Cuénod


ESPACE VIDEO

Les voeux de 1961...

Et ceux de 2014.


Le direct de la Présidence de la République by Présidence de la République

06/05/2013

Un an de France hollandaise : la Ve République est hors d’usage

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L’uniforme du général de Gaulle n’est plus adapté aux modestes mesures de ses successeurs les plus récents (dessin: Acé) . En cinq ans, Nicolas Sarkozy n’était pas parvenu à entrer dans ce costume taillé pour un homme hors du commun à l’occasion d’une situation historique exceptionnelle, la guerre d’Algérie et la décolonisation.

 

Aujourd’hui, c’est François Hollande qui se noie dans les oripeaux de la Ve République, après un an d’exercice présidentiel.

 

Dans aucune autre démocratie, le chef de l’Etat ne détient autant de pouvoirs qu’en France. Même le président de la superpuissance américaine doit composer avec son Congrès qui se montre souvent rétif, voire hostile. François Hollande, lui, est maître de son parlement et de son gouvernement. Une partie essentielle de la justice - les Parquets - est hiérarchiquement soumise à son ministre de la Justice, autant dire à lui-même. Paradoxe apparent, cette hypertrophie aboutit à la paralysie. Dès qu’un phénomène est poussé à l’exagération, il dégénère en son contraire. Trop de pouvoirs entraînent l’impotence.

 

Le président français étant responsable de tous et comptable de tout, il devient l’unique cible vers laquelle convergent toutes les flèches. Et son propre camp n’est pas le moins prompt à décocher ses traits. Le peuple n’a donc nul besoin de se sentir responsable de son destin puisqu’il dispose d’une tête de Turc à trancher tous les cinq ans. Il peut même actionner chaque jour ou presque sa guillotine virtuelle, les sondages se chargeant d’en aiguiser la lame.Dès lors, n’osant plus entreprendre de réformes fondamentales, le président se réfugie derrière les écrans de fumée de la politique communicante.

 

La Ve République est devenue un fardeau pour la France, un fardeau qui l’empêche de se montrer réactive dans la tourmente de la mondialisation. Certes, changer de République est un processus qui réclame du temps et de la concertation. Mais autant ne pas trop tarder à l’amorcer.

 

Jean-Noël Cuénod

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22/11/2012

Juppé,l’ultime chance de l’UMP

 

L’UMP est devenue un cirque où des meutes de nabots hystériques se flanquent des tartes à la crème à la figure dans un concert de glapissements. Entre Jean-François Copé et François Fillon, le fossé est devenu infranchissable, d’autant plus que cette commission de contrôle à la noix, la COCOE, a reconnu, hier, avoir oublié trois fédérations départementales en décomptant les suffrages. Dans une élection censée élire le président du grand parti de la droite française, cet amateurisme laisse pantois.

 

De ce magma en fusion et confusion, un seul homme d’Etat émerge, Alain Juppé. Sa proposition de présider une commission hors-statut chargée d’examiner les résultats verra-t-elle vraiment le jour? Mais au fond quel est l’intérêt de compter, de recompter, de rerecompter des suffrages dans un tel contexte? Ni François Fillon ni Jean-François Copé ne peuvent désormais exercer pleinement la présidence. A cet égard, l’UMP est piégée par son essence même, qui est celle d’une formation bonapartiste, jadis taillée pour la haute stature du général de Gaulle. Ce genre de parti a pour moteur principal le culte du chef. Du chef, mais non pas des chefs!

 

Nicolas Sarkozy pourrait-il redevenir le patron du parti? Ce serait fort de café; Sarkozy est tout de même l’un des principaux coupables de cette désintégration de l’UMP. C’est lui qui a poussé Copé au détriment de Fillon. C’est lui qui a tracé la ligne politique hyperdroitière qui a mené aux outrances. Après avoir abîmé la France, Nicolas Sarkozy est en train de détruire son propre pari. Qu’il se concentre sur ses dossiers judiciaires, la besogne ne lui manque pas dans ce domaine.

 

Dès lors, la chance ultime pour l’UMP réside dans la désignation d’Alain Juppé comme président ad interim. Lui seul dispose de l’envergure nécessaire pour tenter de réanimer ce parti à bout de souffle.

 

 

Jean-Noël Cuénod

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06/06/2012

François Hollande victime d'«élysopathie»?

François Hollande voulait être un «président normal». C'est raté. Un mois après son élection, le voilà rejeté hors du cercle de la normalité. Ce qui est normal, compte tenu de la lourde charge symbolique qui pèse sur les épaules d'un président de la République française.

 

 Lors de sa première intervention télévisée, mardi 29 mai, il aurait prononcé 108 fois les mots «je» et «moi, je», selon des journalistes. Un linguiste français, Jean Véronis, a dénombré 22 «je» pour mille mots. François Hollande dépasse même Nicolas Sarkozy (17 pour mille) et s'approche de Dieu - c'est-à-dire François Mitterrand -, le recordman absolu (24 pour mille).

 

Ainsi, la malédiction de l'Elysée a-t-elle frappé une fois de plus. Car le diagnostic est sans pitié: François Hollande présente les premiers symptômes d'«élysopathie». Ce mal se caractérise par sa progression foudroyante: les chevilles enflent, le crâne gonfle, la myopie politique se transforme au fil du quinquennat en cécité, et la surdité gagne chaque jour du terrain. Seul l'organe de la parole n'est pas affecté. Au contraire, il se déploie façon perroquet.

 

 

Sur le plan psychique, le malheureux patient est sujet à des hallucinations. Chaque fois qu'il se rase, l'«élysopathe» voit Napoléon surgir du miroir. Chaque fois qu'il contemple son nombril, l'univers le salue avec révérence.

 

 

A l'exception peut-être de Georges Pompidou, décédé trop tôt en fonction, tous les présidents de la Ve République furent atteints. Même le généralTN-3402-Photo-officielle-du-President-De-Gaulle.jpg de Gaulle, dont on aurait pu penser que la stature historique le mettrait à l'abri de cette affection. En raison d'une atteinte aiguë d «élysopathie», il n'avait rien vu venir en Mai-68. (photo: élysopathe historique)

IM-3405-Photo-officielle-du-President-Giscard-D-Estaing.jpg Passons sur Giscard, dont l'«élysopathie» brillait comme sa calvitie sous le grand lustre du palais présidentiel. (photo: élysopathe luminescent)

 

Mitterrand fut un «élysopathe» assumé, tellement soucieux de prolonger les délices du pouvoir qu'il a cultivé le non-agir propre à la sagesse chinoise.TN-3403-Photo-officielle-du-President-Mitterrand.jpg (Photo: élysopathe mandarin)

Grand connaisseur de l'Asie, Chirac, «élysopathe» glouton, l'a suivi sur cette voie qui concilie Tao et tête de veau sauce gribiche. (photo: gastro-élysopathe )

 

IM-3401-Photo-officielle-du-President-Chirac.jpgA contrario, Nicolas Sarkozy a développé une «élysopathie» énervée. Mais énervante aussi. Lassés, les Français lui ont prescrit un arrêt de travail prolongé. (photoIM-3400-Photo-officielle-du-President-Sarkozy.jpg: élysopathe hystérique)

 

 

François Hollande (photo: élysopathe pluriel) n'a donc pu éviter de contracter ce virus, malgré les précautions prises,  tels voyages en train et en voiture, sans recours à la flotte aérienne. Mais ces mesures prophylactiques n'ont pas servi à endiguer la propagation des cellules malignes dites «moi-je» dans le nouvel organisme présidentiel.photo-officielle-hollande-bataillon-de-hollande.jpg

 

 

Il serait pourtant nécessaire que François Hollande trouve une potion magique pour terrasser ce mal. Car les temps ont changé. Le président annoncera bientôt de sévères mesures d'économie. Et celui qui s'est fait élire en se présentant comme un rassembleur devra réapprendre à dire «nous».

 

 

Jean-Noël Cuénod

20:47 | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : france, politique, sarkozy, chirac, de gaulle | |  Facebook | | |

27/10/2011

Violences entre la France et l’Algérie, mémoire en double aveugle

Il y a cinquante ans, le 17 octobre 1961, une manifestation d’indépendantistes algériens était réprimée à Paris, dans le sang. Et en silence. Ce massacre a été occulté pendant des lustres, jusqu’au procès de Maurice Papon (1998) qui a dirigé la police parisienne entre 1958 et 1967. Cité à la barre des témoins, l’historien Jean-Luc Einaudi a saisi l’occasion de cette tribune pour réveiller la mémoire collective.

La manif de ceux que le langage de l’administration policière groupe alors sous le sigle FMA (Français musulmans d’Algérie) commence pacifiquement avec femmes, enfants et hommes endimanchés. Ils protestent contre le couvre-feu que Maurice Papon a décrété envers les musulmans de la région parisienne.

 Dans le climat de tension créé par les attentats de l’OAS (les Français d’Algérie opposés à l’indépendance) et du FLN (les indépendantistes qui prendront le pouvoir à Alger en 1962), les policiers se déchaînent. La répression dégénère en massacre. Le préfet de police Papon jettera le voile sur ces exactions en affirmant dans un communiqué que les agents ont été contraints de tirer, causant la mort de deux personnes.

Tout sera mis en œuvre pour cacher la vérité. Aujourd’hui encore, on ignore le nombre exact de victimes. Mais on sait à quel point le communiqué de Papon était mensonger. Les estimations les plus basses font état de 30 à 50 morts et les plus hautes dépassent les 200 cadavres.

Du massacre de Sétif le 8 mai 1945 à celui de Paris il y a un demi-siècle, la France éprouve une peine infinie à faire parler sa mémoire algérienne. Mais ce constat, on doit aussi le dresser à l’égard de l’Algérie indépendante. Les mouvements progressistes des années 60 ont vu un seul aspect — essentiel — de la guerre de libération menée par le FLN, à savoir la victoire sur le colonialisme. Mais les indépendantistes présentaient d’autres facettes, moins sympathiques.

 Ainsi, il est impossible de qualifier autrement que de «purification ethnico-religieuse» la politique du FLN visant à expulser les «pieds noirs» de leur terre natale, ainsi que les Juifs qui vivaient dans ce pays depuis 2000 ans.

Pour les convaincre de choisir entre «la valise ou le cercueil», les indépendantistes se sont eux aussi livrés à des massacres, comme celui du 5 juillet 1962 à Oran où un nombre encore indéterminé d’Européens d’Algérie ont été tués. De même, des attentats ciblés contre des Algériens juifs ont convaincu ces derniers qu’il fallait partir. Ainsi, lorsque le plus Algérien des musiciens traditionnels, cheikh Raymond Leyris, un Juif de Constantine, a été abattu d’une balle dans la nuque le 22 juin 1961, ses coreligionnaires — et parmi eux son gendre Enrico Macias — ont compris que le temps de l’exil était venu.

La France et l’Algérie vivent leur mémoire en double aveugle. Lorsque ces deux pays étrangers et si proches accepteront enfin de se confronter à ces ombres, leurs relations ne seront plus parasitées par les non-dits. Les nombreux Algériens qui vivent en France ne s’en porteront que mieux.

(Ce texte a paru jeudi 27 octobre 2011 en page Opinions, rubrique Perspective de la Tribune de Genève et de 24 Heures, rubrique Réflexion


Jean-Noël Cuénod

Pour mieux comprendre les rapports entre les Juifs et l'Algérie, voici une émission de France-Inter évoquant le travail d'historien de Benjamin Stora, l'un des meilleurs spécialistes français de cette question.

 

 

 

 

Les Juifs d'Algerie - Watch more Videos at Vodpod.

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08/11/2010

Le jour où de Gaulle est vraiment mort

 Le 9 novembre 1970, peu avant 20 h. un chêne s’abat au domaine de la Boisserie à Collombey-les-deux-Eglises. En vingt minutes, le général de Gaulle est terrassé par une crise cardiaque. Chaque Français de plus de quarante ans se rappelle aujourd’hui ce qu’il faisait au moment où la nouvelle de sa mort a frappé ses oreilles. Il en va ainsi de tous les grands moments historiques.

 degaulle.jpgPour Le Plouc, le jour où Charles de Gaulle est vraiment mort remonte au 8 janvier 2008. Nicolas Sarkozy organise alors sa première conférence de presse à l’Elysée. Impressionné, Le Plouc a mis son plus beau costume pour ne pas trop faire tache sous les ors et les lustres de la grande salle de l’Elysée.

 

Il imagine l’imposante silhouette du Général donnant ses célèbres conférences de presse menée de main de maître. C’est là que le fondateur de la Cinquième République, avec un art consommé du théâtre, a expliqué comment il allait sortir la France de son cauchemar algérien, pourquoi lui, l’homme de la France Libre, se dressait contre l’allié américain et comment il entendait faire de la France une puissance nucléaire.

 

Mais voilà Le Plouc tiré de sa rêverie dans les altitudes. Entre deux tics d’épaule, le président Sarkozy lâche cette sentence: « Avec Carla, c’est du sérieux ! »Sarkocarla2.jpg

 

La vraie rupture était consommée. Passant du théâtre classique à la discothèque, la grandeur de la France devenait une vieille lune.

 

Jean-Noël Cuénod

20:49 | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : de gaulle, général, nicolas sarkozy, carla bruni-sarkozy | |  Facebook | | |

22/07/2010

Sarkozy signe-t-il la fin de la Ve République?

sarko-grimace.jpgL’actuelle Constitution, base de la Ve République, a permis à la France de se sortir des guerres coloniales qui, de 1945 à 1962, ont fait perdre à ce pays des milliers d’hommes. La caste militaire française — assoiffée de revanche et de gloriole — avait précipité cette nation dans de ruineux conflits perdus d’avance. Il fallait l’immense figure du général de Gaulle pour venir à bout de cette camarilla en képi. La faiblesse des institutions de la IVe République — avec sa valse des gouvernements aussitôt nommés, aussitôt déchus — ne le permettait pas. D’où cette constitution gaullienne qui réconcilie la lettre républicaine avec l’esprit monarchique.

 

Après la disparition du Général, la Ve République a tenu le coup mais en s’étiolant un peu à chaque changement de président. Georges Pompidou est décédé trop tôt pour que l’on tire un enseignement de sa présidence. Giscard d’Estaing a — déjà! — voulu marquer une rupture avec le style empesé du gaullisme traditionnel. Avec l’insuccès que l’on sait. Par l’élection de François Mitterrand, la Ve a prouvé qu’elle pouvait être présidée par un socialiste qui, grand procureur de la Constitution lorsqu’il était dans l’opposition, s’en est fait l’habile avocat durant ses quatorze ans de règne.

 

Ses deux premières années de présidence ont été marquées par des trains — que dis-je? Des TGV! — de réformes qui se sont écrasés sur le mur de l’économie. Surnage de ces années de mitterrandisme à dose concentrée, la suppression de la peine de mort, qui a valeur historique. Dès 1983, après son «tournant de la rigueur», le président socialiste a adopté cette tactique que son successeur Jacques Chirac a élevée au rang des beaux-arts: en faire le moins possible pour durer le plus longtemps possible. Mission accomplie dans les deux cas.

Rompre avec l'omnipotence impuissante

Nicolas Sarkozy a voulu rompre avec l’oxymore chiraco-mitterrandien, l’omnipotence impuissante, en piétinant de ses talonettes courroucées la couronne des Rois fainéants. Il a donc concentré sur sa personne tous les pouvoirs. Mises à part quelques heureuses exceptions comme Christine Lagarde, Pierre Lellouche ou Bruno Le Maire, les ministres étaient choisis en fonction de critères médiatiques, voire télégéniques plus que pour leurs compétences.

 

 Quant aux corps constitués, le nouveau président a d’emblée saccagé leurs plates-bandes, comparant les magistrats «à des petits pois», humiliant le plus haut gradé de l’armée, traitant les préfets comme des larbins à son service, méprisant les diplomates. Il s’est aussi transformé en prince des médias, nommant les dirigeants des chaînes publiques, intervenant auprès des patrons de presse, réclamant souvent des têtes et les obtenant parfois.

 

Les jouets du pouvoir sont usés

Sa modeste réforme du Parlement, sa désignation de deux socialistes à la direction de la commission des finances de l’Assemblée nationale et de la Cour des comptes ne suffisent pas à briser son image d’autocrate «criseux». Comme un enfant grisé par l’avalanche de jouets à Noël, il a usé de tous les pouvoirs, directs et indirects, que lui offre la Constitution. Même de Gaulle s’est bien gardé de tomber dans ce travers en se consacrant à l’essentiel.
Par cet emploi frénétique, ces jouets paraissent aujourd’hui esquintés. La magie de l’hyperprésidence s’efface. Dès lors, Nicolas Sarkozy n’est-il pas en train de signer la fin de la Ve République? La France devra éviter de recourir aux errements de la IVe République. Mais en donnant trop de pouvoirs à un seul homme, l’actuelle Constitution a atteint ses limites. Les Français, à court ou moyen terme, se reposeront la question de leurs institutions.

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