17/11/2012

L’ado qui a tué sa famille est jugé irresponsable: un verdict juste et incompris

Il a fallu six longues heures de délibérations au jury de la Cour d’assises des mineurs d’Ajaccio pour déclarer Andy pénalement irresponsable, samedi à deux heures du matin. Ce garçon de 19 ans a d’ores et déjà rejoint un hôpital psychiatrique afin d’y recevoir des soins. Personne ne sait quand il en sortira. Alors qu’il n’avait que 16 ans, Andy a tué dans la maison familiale sise en Corse, sa mère, son père et ses deux petits frères avec le fusil à pompe paternel. L’adolescent a immédiatement avoué ses crimes mais n’a jamais été capable d’expliquer les raisons de son acte. Premier de classe, parents aimants, Andy avait tout pour être heureux, du moins si l’on se contente d’un regard superficiel. Mais il avait une faille dans laquelle la folie s’est engouffrée durant un bref instant de sa vie.

 

Pendant cinq jours, les jurés d’Ajaccio ont écouté les experts psychiatres qui ont démontré, une fois de plus, leur incapacité à expliquer ce qui ne peut relever que de l’inexplicable… Cortège de Diafoirus tricotant des théories dont la complexité n’a d’autre fin que de remplir du vide. Cette incapacité s’étend à tous, y compris à Andy lui-même: «J’aimais mes parents, j’aimais mes frères. Je les aime encore. Je sais que c’est moi qui ai fait ça mais je ne le voulais pas.»

 

Dès lors, la Cour d’assises a pris la seule décision légitime en déclarant qu’Andy ne relevait pas des juges mais des médecins. Bien entendu, ce verdict a soulevé des torrents d’indignation. Pourtant, tout autre jugement aurait trahi ce qui forme l’essence de la justice.

 

L’action des tribunaux a pour objet d’interrompre le cycle de la vengeance en imposant l’autorité de la raison sur les diverses expressions de la passion. Un monde sans tribunaux, c’est un monde où chacun règle ses comptes dans un chaos sanglant qui se répercute de génération en génération. Mais la justice a ses limites. Née de la raison et la déployant tout au long de son action, la justice ne peut pas traiter de la folie. Elle doit s’imposer à la passion, mais celle-ci n’est pas la folie. L’humain passionné dispose encore de son entendement. La justice a besoin d’un accusé qui possède les capacités d’utiliser le même langage qu’elle, quitte à la contester. L’humain fou, lui, se situe dans un autre monde où la justice humaine ne peut pas nouer avec lui cet indispensable débat.

 

Ceux qui ne connaissent pas grand-chose à la justice affirment qu’il «est trop facile d’éviter les foudres des tribunaux en mimant la folie». C’est ignorer à quel point il est périlleux de troquer la raison et ses rassurants repères contre la folie et ses souffrances indicibles. On ne joue pas au fou impunément. Dans le cas d’Andy, celui-ci s’est constitué prisonnier, a tout de suite avoué ses crimes et n’a nullement tenté de se faire passer pour un malade mental. Au contraire, il a demandé à suivre des cours par correspondance et réussi son bac avec mention avant d’étudier la médecine dentaire. Serait-ce le comportement d’un comédien de la folie?

 

La société doit admettre que dans le cas d’Andy l’incompréhensible s’est produit. Pendant un court instant, la folie l’a pénétré avant que l’intellect du garçon ne reprenne possession de son être. En d’autres temps, le diable aurait été convoqué sur le banc des accusés. Aujourd’hui, nous ne disposons plus de cet alibi.

 

Il n’en demeure pas moins que ce jeune homme reste potentiellement dangereux pour les autres. Qui dit que la folie ne reviendra-t-elle pas le hanter? Il est donc légitime que la société cherche à s’en protéger. Mais la prison – qui fixe un temps donné à l’enfermement – est le lieu le moins approprié pour assurer cette protection. Certes, la médecine ne constitue pas la panacée, comme l’ont démontré les experts psychiatres. Elle n’est pas encore outillée pour parer à ce surgissement de la violence insensée. Mais elle seule peut nous faire espérer qu’un jour Andy disposera de toutes les forces nécessaires pour quitter ses démons.

 

Jean-Noël Cuénod

16:13 | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : justice, andy, crimes, famille, folie | |  Facebook | | |

28/11/2011

AUDIO Le Plouc cause dans le poste: criminalité spectaculaire et exploitation politique.

Le Plouc a causé dans le poste, samedi 26 novembre 2011 à 8 h. 10, à France-Culture (ce qui, pour un Plouc, va de soi) dans l'émission de Jean-Marc Four "Secrets des Sources". Il s'agissait de décortiquer l'exploitation politique et médiatique des crimes spectaculaire comme celui que la petite Agnès a subi récemment. Voici donc l'enregistrement.
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13:42 | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : crimes, faits-divers, agnès, sarkozy | |  Facebook | | |