07/02/2014

L’extrême-droite s’agite - février 1934-février 2014 (2) : les lourdes responsabilités de la gauche

 

 

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Lors du dernier blogue, Le Plouc évoquait les ressemblances et les dissemblances entre l’émeute nationaliste à Paris du 6 février 1934 et les récentes manifs violentes de l’extrême droite. Après avoir mis en exergue cette sorte de fascisme démocratique qui progresse aujourd’hui un peu partout sous diverses formes, voyons donc si la gauche n’y aurait pas sa – grande – part de responsabilité.

C’est l’une des principales dissemblances entre février 1934 et février 2014 : il y a 80 ans, la gauche était solidement implantée dans le monde ouvrier et pouvait offrir une alternative au capitalisme. Le communisme s’appuyait sur le modèle soviétique pour écrire la partition de ses lendemains qui chantent. Certes, Staline avait transformé son empire en immense village Potemkine, mais les moyens d’information étaient encore trop peu développés pour le contredire avec certitude. Les dénonciations visant le régime étaient assimilées à de la vile propagande bourgeoise.

Le socialisme démocratique, malgré la vive concurrence exercée par les partis communistes, connaissait également ses premiers succès. En Suisse, les syndicats avaient réussis à contraindre le patronat à signer des conventions collectives qui ont amélioré le sort très peu enviable des ouvriers. En France, le gouvernement de front populaire du socialiste Léon Blum avait réalisé ce rêve caressé par des millions de femmes et d’hommes : les congés payés. Bref, la gauche parvenait à convaincre les classes populaires qu’elle s’occupait d’eux.

 

Depuis, le vermoulu village Potemkine s’est effondré ; le modèle communiste autoritaire ne peut même plus convaincre les staliniens les plus endurcis. Quant au modèle social-démocrate, il a eu son moment de gloire lors des Trente Glorieuses. La stratégie visant à faire pression sur le patronat pour augmenter les salaires et utiliser l’impôt comme moyen de redistribuer les richesses a bien fonctionné. Du moins, tant que les puissances capitalistes se limitaient aux pays occidentaux et que - sur la lancée de la reconstruction après les dévastations de la Seconde Guerre mondiale – les industries tournaient à plein régime.

Toutefois, la mondialisation des échanges économiques a pulvérisé cette donne. L’industrie occidentale s’est considérablement réduite; les délocalisations dans les pays pauvres et émergent ont accentué le phénomène. La social-démocratie n’a  donc plus de grains à moudre pour ses troupes de salariés. Quant aux impôts, ils jouent à saute-mouton par-dessus les frontières, sans qu’aucune force nationale ne puissent les capturer. Après l’effondrement du modèle communiste, celui de la social-démocratie menace ruine.

 

Privé de ses deux modèles, la gauche en cherche donc un nouveau. Pour l’instant, elle cherche toujours!

Après la défaite du candidat socialiste Jospin au premier tour de la présidentielle 2002, Le Plouc avait parié que de tous les mouvements social-démocrates, le Parti socialiste français se trouverait le mieux placé pour forger une nouvelle conception du socialisme. En effet, après une telle claque, on aurait pu supposer que le PS d’outre-Jura allait se remettre en question et, que de ce travail d’introspection collective, allait ressortir un nouveau modèle qui permettrait à la gauche de rester ancrée dans le peuple.

 

Le moins que l’on puisse écrire, est que Le Plouc s’est magistralement flanqué le doigt dans l’œil! Au lieu de chercher à conserver son socle populaire, le Parti socialiste français n’a eu de cesse de la détruire. Il a tout misé sur les problèmes de société au détriment des revendications sociales. Certes, le PACS, le mariage pour tous, la défense des minorités sont des sujets on ne peut plus dignes d’être défendus. Mais l’erreur du PS a été d’en faire le principal moteur de son action politique, donnant ainsi l’impression à son électorat populaire qu’il ne s’intéressait plus à lui.

En fait, le Parti socialiste français n’est aujourd’hui qu’une formation d’élus et  de technocrates, sans lien avec ce qui a toujours fait la force vive de la gauche, à savoir les syndicats.

 

Les autres partis social-démocrates d’Europe n’ont pas cherché, eux non plus, à définir un nouveau contenu politique. Le SPD de Schröder et les travaillistes de Blair se sont contentés de s’aligner sur les exigences du capitalisme ultralibéral et mondialisé.

 

Dans ces conditions, comment s’étonner que les classes populaires abandonnent cette gauche qui les ignore? Les salariés craignant pour leur emploi se réfugient tout naturellement dans les bras des nationalistes qui prétendent les protéger. Protection illusoire puisque, de toute façon, l’Etat-nation est en train d’être emporté par le tsunami de la mondialisation.

 

Pour s’opposer au fascisme démocratique – qui veut promouvoir le libre choix par le peuple de ses boucs émissaires ­– la gauche doit redevenir crédible auprès des classes populaires. Comment procéder ? Ce n’est pas en un blogue que l’on résout pareille équation. Mais lorsque tout va mal, il faut «retrouver les fondamentaux» comme l’on dit dans les vestiaires après avoir été relégué en division inférieure. Et les fondamentaux pour la gauche, c’est la défense des travailleurs.

 

Jean-Noël Cuénod 

 

 

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 L’économiste Daniel Cohen évoque la crise de la social-démocratie lors d’une interview donnée par Mediapart (www.mediapart.fr)
Daniel Cohen - La crise de la gauche (Mediapart) par Mediapart


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12/06/2013

Extrême droite et extrême gauche, même violence?

Après la mort en France d’un jeune militant antifasciste frappé par un membre des Jeunesses nationalistes révolutionnaires, le président de l’UMP Jean-François Copé a mis l’extrême droite et l’extrême gauche dos à dos.

 

Les violences de ces deux extrémismes sont-elles de nature identique et doivent-ils être jetés dans le même panier de crabes aux pinces tranchantes? Non. Une fois encore, les politiciens français parlent plus vite qu’ils ne pensent. Du moins, quand ils pensent.

 

Certes, recevoir un coup provenant d’un néofasciste ou d’un anar du «Black Bloc» fait mal dans les deux cas. L’auteur de ces lignes peut témoigner, dans sa chair, de la brutalité du service d’ordre de la CGT, à l’époque où ce syndicat servait de courroie de transmission au Parti communiste. De même, les méthodes des hitlériens et des staliniens se rejoignent dans le totalitarisme.

 

Mais nous ne vivons plus dans les années 1920-1930, lorsque l’extrême gauche et l’extrême droite étaient de taille à peu près équivalente dans de nombreux pays d’Europe. Aujourd’hui, l’extrême droite atteint un volume plus important que celui de l’extrême gauche et la dépasse nettement en virulence. En France, l’extrême gauche n’a que rarement débordé les manifs mises sur pied par les syndicats, notamment contre le régime des retraites. En revanche, la plupart des défilés menés par les catholiques et la droite contre le mariage homosexuel se sont terminés en violences organisées par des groupes néofascistes qui ont cherché, de façon systématique, l’affrontement avec la police.

 

Aujourd’hui, en France et partout en Europe, le danger, c’est l’extrême droite. La Hongrie nous en offre un sinistre exemple. Mais le phénomène magyar ne se circonscrit pas qu’à ce pays.

 

Certes, les «Black blocs» qui sévissent dans les cortèges de gauche ne sont pas des bisounours aux auréoles couleur pastel. Mais on ne saurait les comparer aux meutes bien entraînées, organisées, dressées des groupes néofascistes. Leur idéologie centrée sur le chef constitue d’ailleurs un gage quant à l’efficacité de leur violence. Alors qu’en face, c’est plutôt l’anarchie qui règne. Par ce seul aspect, confondre les deux violences relève donc de l’absurde.

 

Pour les extrémistes de gauche non pacifiques, la violence est un moyen et non pas une fin, le but idéal étant d’atteindre la justice sociale. Cette attitude est périlleuse et erronée, comme l’Histoire nous l’a montré, des moyens violents conduisant à instaurer une société violente.

 

Mais l’état d’esprit qui la guide n’est pas le même que celui qui anime les extrémistes de droite pour qui la violence est toujours une fin. Elle est revendiquée comme le ferment d’une société organisée en fonction d’une hiérarchie rigide et fondée sur la discrimination raciste et sexiste, cette violence des violences.

 

Jean-Noël Cuénod

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L'avis d'un spécialiste de l'extrême droite interviewé par France 3. A noter son constat: les policiers français se sont plus occupés des extrémistes de gauche que de ceux de droite.

 

13:03 | Lien permanent | Commentaires (16) | Tags : fascisme, communisme, néofascisme, vidéo | |  Facebook | | |

10/01/2013

Georges Guingouin, une tragédie française

Qui se souvient de Georges Guingouin en France? Bien peu de monde, à la notable exception du Périgord et du Limousin, où le nom de ce héros de la Résistance reste ancré dans les mémoires. Heureusement, le téléfilm «Le grand Georges», diffusé mardi soir sur France 3, l’a extirpé de l’oubli. Il a été tourné par François Marthouret sur un scénario de Patrick Rotman.

 

Mêler, comme le fait cette œuvre, Histoire et fiction, reste une opération périlleuse. Le trait devient très appuyé et les zones grises sont soigneusement évitées. Même en couleur films et téléfilms privilégient le blanc et le noir. Mais ces considérations demeurent secondaires en regard de l’essentiel. Grâce à Marthouret et Rotman, l’un des destins les plus représentatifs du XXe siècle français a été remis en lumière.

 

Petit instituteur limousin, Georges Guingouin est entré au Parti communiste en 1934. Simple soldat en 1939, il évite d’être fait prisonnier par les troupes allemandes lors de la défaite de juin 1940. Alors que les dirigeants communistes français, englués dans le pacte germano-soviétique, attendront l’invasion nazie de l’URSS le 22 juin 1941 pour entrer en Résistance, le «grand Georges» l’a fait dès l’été 1940 et prend définitivement le maquis en avril 1941, contre l’avis du PCF. Il manifestera cette indépendance d’esprit tout au long de l’occupation et deviendra le chef de l’un des plus importants maquis de France, malgré les entraves de son propre parti.

 

Après la guerre, les dirigeants communistes lui feront payer très cher ce manque de souplesse stalinienne et l’acculeront à déchirer sa carte en 1952. Durant les années 50, Georges Guingouin subit l’assaut de ses anciens camarades mais aussi celui des ex-collabos de la police pétainiste, bien vite réhabilités par la IVe République. Après avoir été calomnié, accusé à tort, jeté en prison, passé à tabac, poussé vers la folie, rejeté de tous, sauf de ses plus proches, Guingouin est lavé de tout soupçon en 1959. Mais le Parti communiste français ne l’a réhabilité qu’en… 1998 dans la totale indifférence du héros, qui était redevenu le petit instituteur de sa jeunesse.

Le destin de Georges Guingouin symbolise à lui seul les illusions perdues de la France de l’après-Résistance. A la solidarité contre l’adversité a succédé la veulerie des compromissions.

 

Une fois de plus, le parallèle est établi entre fascisme et communisme. Même organisation pyramidale. Même obéissance aveugle. Même méthode de dénigrement. Même pression physique et psychique. Même ambition de soumettre le peuple à une entité totalitaire.

 

Cette proximité dans l’action ne doit pas pour autant masquer les différences idéologiques entre les deux formes de totalitarisme du XXe siècle. On serait bien en peine de trouver parmi les nazis et les SS, une figure qui possède la même trempe morale que Georges Guingouin.

 

Jean-Noël Cuénod

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Reportage sur la présentation de ce téléfilm

 

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