12/01/2014

Ariel Sharon, d’une nuit à l’autre

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Sauveur de la patrie israélienne ? Criminel de guerre ? A chacun son Ariel Sharon. Un homme est mort, avec ses verses et controverses. L’histoire jugera, sans doute. Mais elle est un magistrat qui change ses verdicts au fil du temps. Alors, laissons le silence ouvrir le chemin à cette âme qui s’en va comme des millions d’autres au même moment.

 

C’est moins la vie de ce combattant, pour le pire et le meilleur, qui nous interpelle aujourd’hui que son entre-vie-et-mort, long de huit années. Peu importe les raisons qui ont poussé familles et médecins à prolonger ce coma. A notre place, nous ne pouvons que les ignorer. Les progrès éblouissants de la pratique médicale place l’humain devant des énigmes d’un type radicalement nouveau. Pour les résoudre, les expériences passées ne nous servent à rien. Naguère encore, il y avait un moment-clé précis où la vie se terminait et la mort commençait son ouvrage de destruction-reconstruction. Il n’appartenait à aucun humain de le déterminer. Aujourd’hui, nous pouvons jouer les prolongations. Mais pour quel match ? Qui donnera le coup de sifflet final ? Et quelle responsabilité ! Car il n’est pas facile à l’humain de se prendre pour Dieu.

 

Durant ces huit ans, quelle fut la vie intérieure d’Ariel Sharon ? L’an passé, il a été transporté à l’Hôpital Soroka de Beer-Sheva pour y passer une batterie de tests. Un examen IRM avait montré, selon le communiqué officiel, « une activité cérébrale significative, ce qui témoigne d’une mise en œuvre de l’information sensorielle ». En revanche, les médecins ignoraient si Sharon était ou non conscient de se passait autour de lui. 

 

A-t-il souffert, plus ou moins confusément, d’être ainsi enfermé dans cet entre-deux avec l’incapacité de rejoindre les siens ou de partir vers un autre rivage de nous inconnu ? Le saurons-nous un jour ?

 En tout cas, si souffrance il y a eu, elle reste indicible, dans tous les sens du terme. Indicible parce qu’il est impossible de la décrire. Indicible par son caractère rendu d’autant plus douloureux que celui qui l’éprouve ne peut, justement, pas la dire.

 

L’humain est assez avancé pour reculer l’heure de la mort. Mais il reste ignorant de ce qui fait le grand mystère de la vie qui va et qui vient. Les mortels feraient mieux de ne pas oublier qu’ils le sont, mortels, et de s’abstenir de prolonger des instants qui, dans cette dimension qui est la nôtre, ne seront jamais éternels.

 

Jean-Noël Cuénod

Photo Max Brice-CERN

11:46 | Lien permanent | Commentaires (16) | Tags : israël, coma, mourir, sharon, ariel | |  Facebook | | |