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  • Qu’un Christ se lève…

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    En ce jour pascal où la vie surmonte la mort, ce truc à lire si vous le voulez. Passez toutes et tous de belles Fêtes de Pâques. (Christ de Chagall tiré de sa série Exodus)

     La chemise du ciel se déchire

    Eclair de sang de son sol transpercé

    Poitrine ouverte sur le cœur à nu…

                         ***

    Nous marchions sans yeux tête basse

    En secouant nos chaînes d’un air las

    Leurs morsures ne nous faisaient plus souffrir

    Pourquoi donc arracher cet héritage

    Imprimé au fer rouge sur nos chairs ?

    Ne pas prendre le risque de respirer

    D’être aspiré par le vital vertige

    Pour éviter la mort nous périssions

    A tout petit feu à tout petits pas

                        ***

    Parfois nous entrions dans la colère

    Pour en rouler les rochers sur nos routes

    Rage sans espérance sitôt éteinte

    Tout reprenait son cours quotidien

    Certains dansaient en rythme avec leurs chaînes

    Comme des ours à l’anneau dans le nez

    Pour tuer le temps se donner de l’air

    Sans y croire s’ébattre sans se battre

    Remplir en vain une vie toujours vide

                       ***

    Mais qu’un Christ se lève de cette tourbe

    Et le chant du monde change de voix

    La chemise du ciel se déchire

    Eclair de sang de son, sol transpercé

    Poitrine ouverte sur le cœur à nu

    Palpitant comme un animal traqué

    Traqué et riche de ses mille vies

                      ***

    Fourmis d’étincelles sur notre peau

    La morsure des chaînes fait mal enfin

    Jean-Noël Cuénod

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  • 8 BÉATITUDES pour PÂQUES 17 

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    Christ,lumière,mort,vie

    Que vous possédiez ou non la foi, ne passez pas à côté de ce voyage, celui de Jésus le Christ ; c’est du vôtre qu’il s’agit. Injustice, injure, torture, trahison, abandon, angoisse, indifférence, mépris, mort… Autant d’étapes franchies par le Fils de l’Homme. Laissez dans l'ornière les églises et leurs dérives. Que vous guide le nombre 8.

    A lire ci-dessous et/ou à ouïr ce fichier audio du poème dit par l'auteur

     
    podcast

    Et danse le Christ danse danse

    Dense est la pluie sur nos cendres

    Sombre haleine exhalée du sol

    Soleil de sel chauffant l’humus

    Humide des vieilles colères

    Choléra serpent des ruines

    Runes griffées sur les pierres

    Pire menace à l’horizon

     

    Et danse le Christ danse danse

    Dense est la moiteur de la chair

    Parchemin où la peur s’écrit

    Cri surgit du cœur de la gorge

    Forge des paroles de fer

    Fertilité du champ des morts

    « Morts ! Laissez les morts s’enterrer »

    Terre Terre voici la vie !

     

    Et danse le Christ danse danse

    Dense est la vie au sein des morts

    Meurt et revit dans le souffle

    Souffre en creusant ton souterrain

    Sous tes reins palpite le monde

    Monde monstre qui fouille

    Farfouille dans les coffres forts

    L’or pour le transformer en clous

     

    Et danse le Christ danse danse

    Dense est la neuvième heure

    Heurs malheurs bonheurs dans le neuf

    Neuf où tout sera consommé

    Consumé, ce présent vieux

    Plus vieux que tous les passés

    Trépassés aux mémoires vives

    Rive où le futur n’a nul port

     

    Et danse le Christ danse danse

    Dense est le noyau du ciel

    Scellé dans le centre du sol

    Soleil noir des nuits sanguines

    Sang même sang qui s’écoulait

    Coulait de tes mains déjà mortes

    Mordues par tous les clous du monde

    Onde du sang ciel et sol

     

    Et danse le Christ danse danse

    Dense est le son au fond des âges

    Sagesse sans fin ni lieu

    Lien qui libère et relie

    Relit les signes de ta main

    Maintient cap de Bonne-Espérance

    Errance pour mieux veiller

    Réveiller la voix la voie

     

    Et danse le Christ danse danse

    Dense est le pain de nos sueurs

    Sœurs d’eau de sel à fleur de peau

    Pauvre et léger, le fils de l’Homme

    Comme un parfum d’herbe brûlée

    Braise en gerbe sur nos forêts

    Furets porteurs de feu d’enfance

    En tous sens perdus retrouvés

     

    Et danse le Christ danse danse

    Dense est le vin notre partage

    Sage rage de ton Judas

    Justice soit rendue au traître

    Maître qui a rendu possible

    L’impossible divinité

    De l’humanité en dérive

    Rêve désormais éveillé.

     

    Jean-Noël Cuénod

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  • Pâques 2016

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    RembrandtChristDansLaTempetesabella Stewart Gardner Museeum, Boston, USA.jpg

    Es-tu vraiment sûr de vouloir ressusciter ?

    Les flics et leurs délateurs seraient bien foutus de te flanquer en détention administrative pour entrée illégale sur le territoire. Et si tu leur échappes, tu pourrais bien te faire crucifier une deuxième fois. Les bourreaux de Dieu ne manquent pas.

     Es-tu vraiment sûr de vouloir ressusciter ?

     Toi qui as qui a changé la mort en vie, tu verras tous ceux qui, au nom de Dieu, font le chemin inverse avec leur ceinture d’explosifs.

    Toi qui a semé l’amour, tu verras tous les démagogues qui font moisson de haine.

    Toi qui a remis César à sa place, tu verras tous ses petits héritiers se prendre pour des dieux.

    Toi qui a prêché le pardon, tu verras tous les bigots qui n’ont que ton nom à la bouche prôner la vengeance.

    Toi qui n’avais faim que de justice, tu verras tous les prédateurs dont la faim est sans fin.

    Toi qui avais chassé les marchands du temple, tu verras leur retour triomphant.

    Toi qui accueillais l’étranger en quête de pain, tu verras tous les braves gens le rejeter vers son néant.

    Toi qui abattais les murs, tu verras tous tes zélateurs en construire de plus hauts.

    Es-tu vraiment sûr de vouloir ressusciter ?

     

    Jean-Noël Cuénod

     

    Illustration :  Le Christ dans la tempête de Rembrandt, Isabella Stewart Gardner Museum à Boston.

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  • Madame Jésus Christ a-t-elle existé ? La belle affaire !(Les Jeudis du Plouc avec vidéo)

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    Dès qu’il s’agit de revêtir le Christ avec les oripeaux de l’actualité, la planète Média se met à tourner encore plus vite. La récente publication d’une découverte a jeté les Saintes Huiles sur un sacré feu. Le fragment d’un papyrus datant du IVe siècle –rédigé en copte et découvert en Egypte ou en Syrie – révèle la mention suivante: «Jésus leur a dit, ma femme…» 

    Faux forgé par une main sataniquement habile? Document authentique remettant la femme au milieu de l’Eglise? Les historiens se battent comme des diables dans un bénitier. Les prélats se voilent la face devant ce sein peut-être saint qu’ils ne sauraient voir.

     

    La belle affaire! Que Jésus soit ou non marié, qu’il ait connu bibliquement ou non Marie Madeleine, voilà qui ne relève que de l’anecdote. En quoi cela change-t-il le message fondamental du Christ qui a traversé les déserts, les océans, les plaines, les montagnes ainsi que les siècles? Ce message est inscrit dans la célébration de Pâques: Dieu –  l’Etre des Etres ou quel que soit le nom dont on l’affuble – s’est incarné, a subi les violences que l’humanité s’inflige à elle-même, et fait l’expérience de la mort pour en triompher. Dieu s’est fait homme pour que l’homme devienne Dieu, disait Saint Irénée (IIe siècle). En d’autres termes, le Christ a montré la voie pour arracher les chaînes qui attachent l’humain à son angoisse de mourir. Il n’est pas de plus grande liberté.

     

    Les institutions, sous leurs diverses formes, n’ont eu de cesse d’enfermer Jésus Christ dans des normes et des rôles: est-il Dieu ou homme? Est-il Dieu et homme ? Est-il Dieu hominisé? Dieu humanisé? Mais le Christ n’a que faire de nos catégories carcérales. Il est libre. Il est même la Liberté. Celle qui triomphe de tout, de l’injustice et des bourreaux, de l’oppression et des tombeaux. Aucune Eglise, aucun Etat, aucune organisation ne saurait l’enfermer car le Christ est toujours là où on ne l’attend pas. On le croit au ciel? Il partage le quignon de pain du prisonnier. On le croit cloué à sa croix? Il vibre dans notre cœur.  On le croit en majesté? Il reçoit les crachats de la foule. On le croit à la droite de Dieu? Il se proclame Fils de l’Homme. On le croit particule ? Il est onde.

     

    Alors qu’il soit ou non marié ne change rien au fait qu’à une époque où les femmes étaient méprisées, il a choisi l’une d’entre elle, Marie de Magdala, pour annoncer sa résurrection. C’est-à-dire la victoire définitive de la vie sur la mort.

     

    Tout le reste n’est que vain babil.

     

    A toutes et à tous, belles Pâques

     

    Jean-Noël Cuénod


    ESPACE VIDEO

  • Deux beaux films d’amour noir

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    Deux films fort différents l’un de l’autre ont marqué la rentrée sur les écrans parisiens. Deux beaux films d’amour noir: «Des dieux et des hommes» de Xavier Beauvois et «Le bruit des glaçons» de Bertrand Blier. Ou plutôt, deux films d’outrenoir, comme le formule le peintre Pierre Soulages qui nous fait voir la lumière et ses chatoiements derrière les vibrations des ténèbres.

    L’un se confronte au terrorisme; l’autre danse avec le cancer. Le mal collectif et le mal individuel. En les tressant, voilà qu’apparaît la trame du destin tragique de la face riche de la planète. La face pauvre, elle, est submergée par tant d’autres maux...

    Du tréfond de chacun des acteurs, Xavier Beauvois a fait émerger la part divine, ce noyau insecable qui est l’Etre en soi, au-delà de tous les masques. «Des dieux et des hommes» va donc plus loin et surtout plus haut que l’évocation du martyr subi en 1996 par les sept moines du monastère de Tibéhirine, dans l’Atlas algérien. Les assassins sont-ils les terroristes qui tuent les hommes de Dieu au nom de Dieu? Ou les militaires à la solde d’un pouvoir corrompu? Le film ne livre aucune réponse prête à l’emploi. D’ailleurs, aujourd’hui encore, les circonstances du massacre de ces moines de l’Ordre cistercien-trappiste restent floues.

    Placés face à la mort, tant par les djihadistes que par les officiers, les moines doivent lutter avec ce dilemme: partir et survivre ou rester quitte à en mourir. Même pour ces hommes habités par la foi, le débat remue en eux l’effroi, le doute, l’angoisse. Certains seront tentés de regagner la France. Mais aucun ne franchira le seuil du monastère. Ils resteront par fraternité envers les villageois de Tibéhirine  qui, eux aussi, endurent les violences de part et d’autre. Mais ils refuseront aussi de partir pour s’affirmer en tant qu’hommes libres et pour témoigner que l’amour ne fuit pas devant la haine. Les moines sont morts. Qu’ils vivent en chacun de nous et la mort sera terrassée.

    Le triangle vital

    Dans «Le bruit des glaçons», le héros qu’incarne Jean Dujardin n’a, lui, rien de sublime. Du moins en apparence. Il s’agit d’un écrivain alcoolique accroché à son ego et à sa bouteille de blanc nichée dans un seau à glace. Son cancer, interprêté par Albert Dupontel, sonne au portail de sa belle maison. La mort a la mine d’un quadragénaire en costume trois pièces. Le cancer et son hôte s’apprivoisent, se détestent, renouent, s’attendrissent, s’insultent et luttent sans répit.
    Alors que l’écrivain va céder à son ennemi et lui lâcher sa vie comme un objet encombrant, un adversaire se dresse pour barrer la route au cancer: l’amour. Le seul miracle à disposition des humains, pour autant qu’ils l’acceptent.

    La mort recule. Elle reviendra, un jour ou l’autre. Pour l’instant le cancer prend ses cliques et ses claques. Et c’est l’instant qui compte. Toute échappée vers la vie est bonne à saisir. Avec l’amour — qui se trouvait, là, sous ses yeux mais qu’il ne voyait pas — l’écrivain retrouve ce goût de pain qu’a la liberté.

    En usant de styles radicalement étrangers, les deux films nous lancent cette vérité: l’amour, la liberté, la vie... Impossible d’enlever un seul point du triangle.

    Jean-Noël Cuénod

    La bande annonce des deux films

     

  • Pâques, les 7 morts du Christ et la Vie.

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    Perit ut vivat. Il meurt pour qu’il vive. Pour « vivre sa vie », il faut disposer d’un savoir-mourir. C’est le message que, chaque année, Pâques nous délivre.  Hélas,  dans ce tumulte dépressif et déprimant qui nous enténèbre, les oreilles deviennent des murs.  A Pâques 2010, la question des prêtres pédocriminels monopolise les médias.

     

    A juste raison, certes, puisque devant ces monstruosités l’Eglise romaine, en les taisant, a trop longtemps préféré la logique de l’institution à la compassion envers ses victimes et au respect de la justice.  Toutefois, la faillite d’une institution humaine – le Vatican n’est pas autre chose qu’une puissance temporelle non-démocratique – ne devrait pas occulter la leçon de vie que Pâques nous offre, notamment celle-ci : il y a une vie et plusieurs morts. Et toutes ces morts demeurent indispensables à la réactivation vitale.
     Ainsi, avant sa Résurrection, le Christ a connu, au moins, sept morts si l’on se réfère à l’un ou l’autre des Evangiles.

     

    Première mort, l’angoisse. Avant d’être livré, Jésus et ses disciples se rendent au Mont des Oliviers. Jésus est durant un moment « saisi d’effroi et d’angoisse » (Marc  XIV ,33-34).

     

    Deuxième mort, la trahison. Judas, l’un des disciples de Jésus, le dénonce aux sacrificateurs.

     

    Troisième mort,  l’infidélité. Pierre renie trois fois son maître.

     

    Quatrième mort, l’injustice. Le gouverneur Ponce Pilate se lave les mains « du sang de ce juste » alors qu’il n’a relevé aucun crime contre lui et laisse la foule décider du sort de Jésus.

     

    Cinquième mort, l’humiliation.  La populace enfonce sur le crâne de Jésus la couronne d’épine, crache contre lui et l’insulte.

     

    Sixième mort, l’abandon. A la neuvième heure,  Jésus s’écrie « Père, Père pourquoi m’as-tu abandonné ? »

     

    Septième mort : le cadavre. Après avoir subit les affres de la crucifixion, le corps de Jésus « rend l’esprit ».

     

    A chacune de ces morts correspond la rupture d’un lien, avec un ami fraternel, avec le sentiment de la justice. Et même avec l’Eternel.  Mais le Christ a renoué chacun de ces liens rompus. Son angoisse au Mont des Oliviers, Il l’a surmontée dans la prière. La trahison de Judas, Il l’a acceptée comme un élément indispensable à l’œuvre de Résurrection.  L’infidélité de Pierre, Il l’a effacée par la vraie puissance, celle du Pardon. L’injustice et les humiliations ne l’atteignent plus en son âme lorsqu’Il dit à Ponce Pilate : «Mon Royaume n’est pas de ce monde» (Jean XVIII, 36).
    L’abandon dont Il accuse l’Eternel, son Père, se résout dans la confiance retrouvée au moment de la mort : « Père, je remets mon esprit entre tes mains » (Luc XIII, 46). Et au cadavre, succède la Résurrection, le troisième jour.

     

    Sept morts pour transmettre l’Eternité de la Vie… Il serait possible de trouver encore bien d’autres morts précédant la Résurrection. Cela dit, le nombre 7 est le symbole qui correspond le mieux à cette transmission. Il est créé par l’union du  3, symbole du ciel, de l’esprit ou de l’illimité et du 4, symbole de la terre, de la matière ou de la limite.  Le fini ensemence l’infini. Perit ut vivat.

    Ci-dessous, l'extrait d'un chant grégorien de la liturgie pascale enregistré par les moines bénédictins de Santo Domingo de Silos.

     

    Jean-Noël Cuénod