24/05/2013

Georges Moustaki, éternel métèque, tire sa révérence

La poésie en chanson porte le deuil de Georges Moustaki, décédé, mercredi à Nice, d’une affection des bronches. Il venait de fêter ses 79 ans. Depuis plusieurs mois, les habitués de l’île Saint-Louis, au cœur de Paris, ne le côtoyaient plus dans les rues ou chez le glacier Berthillon. Il avait choisi le climat de la Côte d’Azur pour apaiser les symptômes de sa maladie pulmonaire qu’il savait irréversible.

Georges Moustaki a tiré sa révérence en enregistrant, avec la chanteuse franco-israélienne Orlika, ce titre éloquent: « Il est trop tard », qui est sorti en disque au mois de mars.

Sa passion pour les voyages et sa faculté de s’adapter à des styles de musique de toutes provenances ont pour source Alexandrie, où il est né le 3 mai 1934. A cette époque, la ville égyptienne est la quintessence du cosmopolitisme. Dans ce chaudron grouillent les cultures juives, musulmanes, chrétiennes, italiennes, arabes, turques, arméniennes, maltaises britanniques et françaises. De son vrai nom Youssef Mustacchi, le futur chanteur est le fils d’un couple grec de religion juive. Son père Nessim parle cinq langues et sa mère Sarah, six. Ils inscrivent Youssef à l’Ecole française d’Alexandrie, qui l’initie à notre culture.

Les succès de Charles Trenet l’éblouissent. Alors qu’il a 13 ans, sa mère l’accompagne au tour de chant d’Edith Piaf, dont il deviendra le fugitif compagnon onze ans plus tard.

Bedos, Brassens…

La tête pleine de chansons françaises, Moustaki s’installe à Paris dès 1951, où son beau-frère le poète Jean-Pierre Rosnay l’embarque dans son groupe, le JAR (Jeunes auteurs réunis), dont les membres s’appellent par dérision les «jarivistes». Parmi eux figure Guy Bedos. Peu après, Georges Brassens les rejoint. Convaincu par les premières chansons de Moustaki, il devient son mentor. Youssef abandonne son prénom pour choisir celui de Georges, en hommage à son modèle et soutien.

Vendeur de livres de poésie au porte-à-porte — une nourriture plus spirituelle que calorique —, chanteur de rue et de terrasse, Georges Moustaki devient pianiste de bar, activité qui lui permet de pousser parfois sa propre chansonnette. Il parvient à se faire engager dans les cabarets parisiens des années 50, lieux d’éclosion des plus grands talents de la poésie chantée. Il enrichit son répertoire qu’il propose à des vedettes comme Henri Salvador, et collabore avec le sublime guitariste Henri Crolla. Après son mariage avec la seule femme que ce séducteur a épousée, Moustaki devient en 1954 père de Pia, qui choisira, elle aussi, de faire carrière dans la chanson.

Intense rencontre avec Piaf

Sa rencontre, grâce à Crolla, avec Edith Piaf en 1958 va bouleverser sa vie. La liaison de Georges Moustaki avec ce volcan à la voix d’or ne tiendra qu’une année mais elle lui a semblé «avoir duré dix ans», avouera-t-il plus tard, tant la vie avec la Piaf est trépidante. Il compose pour elle les paroles de l’un des plus grands succès de la star,Milord.

Malgré quelques essais discographiques comme interprète, Georges Moustaki, au début des années 60, est surtout apprécié en tant qu’auteur et compositeur. L’acteur devenu chanteur Serge Reggiani lui doit ses meilleurs tubes. En tout, Moustaki a écrit 300 titres pour Yves Montand, Juliette Gréco, Barbara… Ce travailleur aura l’élégance de paraître paresseux.

Le métèque sort de l’ombre

Georges Moustaki connaît la gloire en tant qu’auteur-compositeur-interprète en 1969, avecLe métèque. Sa voix sourde et lumineuse à la fois, solaire mais voilée de brume marine séduit enfin. Surtout, la chanson correspond à l’air du temps — celui de Mai 68, auquel Moustaki participe avec enthousiasme — en évoquant un monde sans borne, fait de liberté pour chacun et de pain pour tous. Un engagement qui dure, puisque l’an passé, ce doux révolutionnaire appelle à voter Philippe Poutou, le candidat trotskiste du NPA, à l’élection présidentielle. Le voilà un an après qui part ailleurs avec sa guitare.

Jean-Noël Cuénod

Ecoutons-le

Je vous chante ma nostalgie

Ne riez pas si je rougis

Mes souvenirs n’ont pas vieilli

J’ai toujours le mal du pays

Alexandrie.  

Dir’ qu´il faudra mourir encor

Moi qui suis souvent déjà mort

Oui, mort d´amour et de plaisir

De quoi pourrais-je mieux mourir?

 

ESPACE VIDEO

17:56 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : vidéo, moustaki, chanson, poésie | |  Facebook | | |