21/11/2016

Le bedeau Fillon et ses cathos-trotskistes

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Le triomphe de François Fillon au premier tour de la primaire de droite marque la revanche du mouvement anti-mariage gay. Ce digne représentant de la France des diocèses a misé, mieux que ses adversaires, sur les réseaux du catholicisme qui restent d’importants pourvoyeurs de voix, outre-Jura. Il a reçu l’actif soutien du mouvement Sens Commun, ces cathos-trotskistes qui ont pratiqué l’entrisme au sein du Parti dit « Les Républicains » (LR).

Réaliste, l’ancien premier collaborateur de Sarkozy sait qu’il ne peut pas abolir la loi sur le mariage homosexuel, même si ce n’est pas l’envie qui lui manque. Mais de tous les candidats de la droite – l’extrême-droite comprise, à part le caricatural Poisson –, c’est lui a développé le plus nettement la rhétorique anti-gay. A maintes reprises durant sa campagne, il a promis d’interdire l'adoption plénière aux couples homosexuels.

Parmi les réseaux les plus efficaces, Fillon a pu compter dès septembre sur le soutien du mouvement Sens Commun. Fondé en décembre 2013, il est composé de jeunes gens bien coiffés, bien nés, bien élevés, bien baptisés, bien organisés, bien formés intellectuellement et portant parfois des noms de trombones à coulisse. Une grande partie d’entre eux sont issus des manifs contre le mariage homosexuel. Leur ancien président, Sébastien Pilard, et leur porte-parole, Madeleine Bazin de Jessey — furent les figures les plus en vue des Veilleurs, ces jeunes cathos intégristes qui priaient devant le ministère de la Justice pour qu’une intervention divine vienne interrompre le cours satanique de la Loi Taubira.

Afin de donner un contenu plus terrestre à leur action, ces Taubirophobes ont créé Sens Commun qui ne compterait, selon son site, que 9000 adhérents. Mais au nombre, ils préfèrent la cohérence idéologique. Se développer dans le seul but de grossir le volume des cartes d’adhérents n’a guère de sens pour…Sens Commun. Il s’agit surtout d’assurer à ses partisans une forte ossature politique pour qu’ils soient à même d’investir les postes à responsabilité au sein du parti LR.

Le site de Sens Commun est, à cet égard, fort explicite. Il revendique « 22 élus départementaux et régionaux et plus de 250 élus municipaux ainsi que de très nombreuses personnes œuvrant au sein des Républicains, tant au Conseil National que dans les Comités de circonscription ou encore au sein des délégations de fédération sur l’ensemble du territoire. » Le nouveau président de Sens Commun, Christophe Billan, est d’ailleurs membre du Secrétariat national du parti LR.

Les trotskistes français avaient appliqué la même tactique à l’endroit du Parti socialiste durant les années 1980. L’actuel premier secrétaire du PS, Cambadélis, en est un exemple ainsi que Lionel Jospin et Julien Dray entre autres.

Il est probable que Sens Commun parviendra encore à gravir les échelons du parti de la droite de gouvernement. Il a déjà trouvé son cheval de Troie, en la personne de l’ex-premier ministre : « Nous saluons avec joie la qualification de François Fillon au second tour de la primaire, illustration de sa droiture, cohérence et dignité » a proclamé ce mouvement dans un communiqué.

En abandonnant Sarkozy pour soutenir Fillon, Sens Commun a, semble-t-il, misé sur le bon cheval.

Jean-Noël Cuénod

17:13 Publié dans Politique française | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : fillon, sarkozy, présidentielle, france, catholiques | |  Facebook | | |

25/04/2013

Le droitisme souffle sur l’hivernal printemps français

 

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«Le gauchisme, maladie infantile du communisme», écrivait Lénine. En cet hivernal printemps français - traversé par les giboulées des manifs antimariage gay qui tournent à l’homophobie et à la contestation violente de la présidence socialiste - la formule pourrait changer de rive: «Le droitisme, maladie sénile du conservatisme.»

 

Malgré des buts et des idéaux diamétralement opposés, les gauchistes d’hier et les droitistes d’aujourd’hui ont en commun certains traits. Lesquels? Idéologies radicales, volonté d’affrontement physique avec la police, organisation sous forme de nébuleuses et non sous celle de mouvements structurés à la façon des partis traditionnels.

 

L’actuelle contestation conservatrice en France fait réapparaître à la surface des mouvements qui ne relèvent ni de l’UMP ni du Front national. Il s’agit des rejetons de cette droite catholique, intégriste, bourgeoise qui, au fond d’elle-même, n’a jamais accepté la Révolution et la République, pour laquelle la séparation de l’Eglise romaine et de l’Etat français reste un scandaleux divorce. Cette droite traditionaliste applaudissait jadis Pétain avec son retour à la terre, «qui, elle, ne ment pas», et conspuait le général de Gaulle dans son entreprise de décolonisation.

 

Elle est la résurgence de la droite légitimiste que l’on croyait définitivement éteinte par la prépondérance des autres droites, orléaniste (les libéraux ou centristes) et bonapartiste (les héritiers du gaullisme). On constate aujourd’hui la persistance de ce phénomène décrit dès 1954 par l’historien René Rémond. Du fait de cette longue histoire, il paraît hasardeux de ne voir en ce contre-Mai 68 qu’une traduction française du Tea Party américain.

 

Les droitistes veulent rompre avec le discours social et laïque de Marine Le Pen, avec laquelle ils se sentent bien peu d’affinités. De même, l’UMP actuelle - qui végète dans l’état de mort cérébrale - ne peut guère leur inspirer que du mépris. Toutefois, comme les gauchistes de jadis, les droitistes ne semblent pas en mesure de créer une force autonome apte à prendre, seule, le commandement de la droite. Selon le politologue Jean-Yves Camus (lire aussi nos éditions de lundi), quelque 5000 militants composent cette mouvance. Ce n’est donc pas à ce niveau que les droitistes vont agir.

 

Ils seront sans doute le moteur - ou l’une de ses pièces essentielles - de la recomposition de la droite. A ce titre, leur action consistera surtout à influencer les partis établis. Après tout, nombre de dirigeants des actuelles formations de la gauche sont d’anciens gauchistes. Pourquoi les droitistes de l’hivernal printemps 2013 ne feraient-ils pas la pluie et le beau temps au sein du Front national, devenu principale force de la droite ou d’une UMP qui renaîtrait de ses cendres? Le courant Gollnisch au sein du FN et la Droite forte, l’une des tendances de l’UMP, sont prêts à les accueillir.

 

Jean-Noël Cuénod

10:59 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : droite, extrême droite, catholiques, mariage gay | |  Facebook | | |