03/11/2017

La Catalogne en pleine histoire belgo-suisse

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Le couple infernal Rajoy-Puigdemont continue à multiplier les décisions lamentables. Entre le Catalan qui reçoit l’appui des pires xénophobes de Belgique puis de Suisse et Madrid qui entame des procès politiques contre les membres du gouvernement catalan déchu, impossible de trancher dans le duel de la nullité.

Rien ne justifie de jeter en prison huit des quatorze ministres régionaux catalans et d’organiser contre eux des procès politiques. Madrid les accuse d’avoir fomenté un coup d’Etat. Quel coup d’Etat ? En Espagne postfranquiste, on sait pourtant en quoi consiste un coup de d’Etat. A-t-on vu les forces de police catalanes tirer sur les flics de la Guardia Civil ? A-t-on entendu Puigdemont et ses camarades appeler à la haine et aux armes pour bouter le Castillan hors les murs de Barcelone ? Y a-t-il eu la moindre tentative de prendre le pouvoir par la force ? Non. Alors ?

Alors, Madrid veut absolument judiciariser la question catalane pour éviter de poser la question politique fondamentale des rapports entre le centre et les régions qui sont dotées de statuts fort différents les unes des autres, contrairement à une structure véritablement fédérale. Autre avantage de cette judiciarisation : elle fait écran aux graves accusations de corruption qui pèsent sur l’entourage de Rajoy et de son Parti populaire.

Mais en plaçant sur le terrain judiciaire ce qui relève du débat politique, Madrid ne fait qu’aggraver la crise en excitant les ressentiments, en provoquant un cycle d’accusations-contre-accusations qui risque d’embourber l’Espagne pendant plusieurs années.

Grâce à l’incompétence de l’ex-président catalan Puigdemont et de ses ministres, le gouvernement Rajoy était sorti vainqueur de l’affrontement. Or, c’est justement à ce moment-là que le vainqueur doit faire preuve de modération pour ne pas écraser son adversaire en multipliant les poursuites judiciaires. C’est ce qu’avaient fait les radicaux progressistes suisses du XIXe siècle en intégrant dans le circuit démocratiques les cantons catholiques conservateurs qui avaient échoué dans leur tentative de sécession par la force en 1847. Cette modération dans la victoire a permis à la Suisse de réaliser son unité pour longtemps.  L’acharnement judiciaire de Rajoy, s’il se poursuit, menace plus l’unité de l’Espagne que les rodomontades de Puigdemont.

Tiens, Puigdemont, parlons-en ! Il aurait eu l’occasion de transformer les attaques judiciaires dont il est l’objet en procès de rupture contre Madrid. Il a préféré partir discrètement à Bruxelles. On ne saurait reprocher à quiconque de ne pas être un héros. Mais en Belgique, Puigdemont continue à mariner dans l’ambiguïté. Avant c’était : « je prononce l’indépendance de la Catalogne, tout en ne la proclamant pas mais je n’en pense pas moins, suivez mon regard ». Aujourd’hui, c’est « je ne demande pas l’asile politique mais peut-être que…En fin de compte… Suivez mon regard ». On a beau suivre le regard de Puigdemont, on n’y perçoit que les brumes du néant.

Le plus troublant dans cette histoire belge des indépendantistes catalans est le soutien qu’ils ont reçu de l’extrême-droite nationaliste flamande qui fait tout permettre à Puigdemont d’obtenir l’asile politique en Belgique. Et si celle-ci, le refuse, une autre porte s’ouvrira, celle de la Suisse. Et qui fait office de gentil huissier laxiste ? L’extrême-droite xénophobe et raciste de l’UDC !  Ainsi le conseiller national (membre du parlement) de cette formation, Andreas Glarner a-t-il fait des appels du pied à l’ex-président catalan dans le journal alémanique Aargauer Zeitung : « Persécuté politiquement, c’est un vrai réfugié ». Or, Glarner est le « Monsieur Asile de l’UDC ». C’est lui qui n’a pas de mots assez durs contre les étrangers, les migrants, les réfugiés. Et ceux-là peu importe qu’ils crèvent de faim ou soient torturés dans leurs pays d’origine : « Dehors ! Raus ! Subito ». C’est bien la première fois que ce grand humaniste prend fait et cause publiquement pour un réfugié potentiel. Evidemment, Carles Puigdemont a l’immense avantage de ne pas être Africain…

Mais au-delà de cette ridicule anecdote, la sympathie exprimée par l’extrême-droite flamande et suisse est révélatrice d’un phénomène de fond. Le nationalisme peut revêtir différentes couleurs idéologiques, celles-ci relèvent du marketing électoral et changent d’un pays à l’autre. Ainsi, le parti de Puigdemont (PDCAT-Parti démocrate européen catalan) europhile et libéral s’est-il allié avec le CUP, formation d’extrême-gauche indépendantiste. Cela n’empêche nullement les partis d’extrême-droite en Flandre et en Suisse de passer outre ce vernis de gauche pour apporter leur soutien aux indépendantistes catalans car ils ont bien perçu ce qui fait l’unité entre eux : le nationalisme. C’est-à-dire l’affirmation d’une entité aux dépens des autres. Qui s’assemblent se ressemblent.

Jean-Noël Cuénod

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27/10/2017

La Catalogne indépendante et sous tutelle!

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Le Parlement régional a donc voté cet après-midi la résolution déclarant que la Catalogne sera « un Etat indépendant prenant la forme d’une République ». Dans la foulée, le Sénat espagnol a déclaré la mise sous tutelle de cette région. Les deux logiques opposées entrent dans le dur.

Le Parlement de Catalogne compte 135 députés. La résolution déclenchant le processus de l’indépendance a été approuvée par 70 d’entre eux, 10 s’y opposant et deux ayant voté nul. Mais 53 parlementaires anti-indépendantistes ont refusé de participer à ce vote. Dès lors, 65 députés n’ont pas accepté l’indépendance, d’une manière ou d’une autre. Une minorité, certes mais importante, sur laquelle ne manquera pas de s’appuyer Madrid pour souligner que la séparation n’est pas unanimement partagée par tous les Catalans.

 C’est d’ailleurs l’une des rares cartes que le pouvoir castillan possède. Car pour le reste, le gouvernement de la droite espagnole paraît plutôt mal loti. En théorie, Madrid possède un imposant arsenal juridique. La procédure de mise sous tutelle de la Catalogne étant engagée, la région sera placée sous le contrôle direct du gouvernement central. Cela signifie que la police catalane, les Mossos d’Esquadra, sera placée sous le commandement direct du gouvernement de Mariano Rajoy, de même que les finances mais aussi les chaînes publiques de radio et de télévision, afin qu’elles livrent une « information véridique, objective et équilibrée ». Lorsqu’un gouvernement est chargé de contrôler l’information pour qu’elle soit « véridique, objective et équilibrée », le pire n’est même plus à redouter, il est certain !

Pour mes compatriotes suisses, imaginez la situation : Genève voit sa police cantonale dirigée par Berne, de même que son département des finances et surtout, la radio et la télé-romande. De quoi ressortir son fusil d’assaut du placard !

Catalogne indépendante, une vieille revendication

Les Mossos d’Esquadra ne vont sans doute pas obéir à Madrid au garde-à-vous. Dès lors, le gouvernement Rajoy devra déléguer en Catalogne la police nationale et la Guardia Civil, risquant de réveiller les ressentiments nés de l’époque où la dictature franquiste pesait de tout son poids de fer sur Barcelone. De plus, cette police de Madrid sera perçue comme une force d’occupation avec tout ce que cela comporte de violences potentielles.

En France, la volonté d’indépendance des Catalans est souvent perçue comme émanant d’une région riche, soucieuse de ne pas payer pour les autres, moins bien pourvue financièrement. La Catalogne est ainsi fourrée dans le même sac d’opprobre que la Lombardie et la Vénétie. Or, la revendication catalane à devenir un Etat-nation est tout sauf nouvelle. La première tentative d’indépendance s’est déroulée le 17 janvier 1641 et l’avant-dernière le 6 octobre 1934. Elles furent de courtes durées. Mais elles ont laissé des traces dans les mémoires. En trente-six ans de dictature, Franco n’était pas parvenu à éradiquer ce sentiment.

Il est douteux qu’un premier ministre aussi contesté que Mariano Rajoy y parvienne. Tout d’abord, il porte une lourde part de responsabilité dans l’actuelle cacade. Ensuite, son nom est souvent cité dans la presse espagnole dans des affaires de pots-de-vin. Qu’il soit coupable ou innocent, ce n’est pas à nous d’en juger. Mais force est de reconnaître que ces scandales nuisent à sa légitimité. Pas très fringant, l’Hidalgo en chef !  Et il n'est pas certain que les élections anticipées en Catalogne que Rajoy a annoncées pour le 21 décembre résolvent quoique ce soit, tant la crise, qui ne date pas d'hier, laissera de profondes traces.

Pour le président catalan Carles Puigdemont, la conjoncture n’est pas plus rose. Il espère que la Catalogne sera reconnue par d’autres Etats. On ne voit pas lesquels. Les grands groupes ont quitté Barcelone pour Valencia d’où un climat économique qui a tourné à l’orage. Et lorsque les Catalans auront moins de travail, ils ne manqueront pas d’en rendre Puigdemont responsable.

Tant Madrid que Barcelone se sont réfugiés derrière des arguments juridiques, au lieu d’aborder les questions politiques et budgétaires qui sont au cœur de la polémique. Catalans et Espagnols vont en payer le prix. Il suffira d’une manif qui dérape pour que la situation, déjà tendue, devienne incontrôlable.

Jean-Noël Cuénod

ESPACE VIDEO

 

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13/10/2017

Catalogne: les deux mulets dans l’impasse

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Quelle que soit l’issue de l’affrontement entre Barcelone et Madrid, on connaît déjà les perdants: l’Espagne et la Catalogne. Le premier ministre Rajoy, comme le président de la Generalitat Puigdemont ont déployé toute l’étendue de leur incompétence. Il devient donc urgent de remiser ces deux mulets dans leurs écuries, avant de s’occuper de réensemencer les prés qu’ils ont ravagés.

Carles Puigdemont s’est lancé dans son entreprise séparatiste avec une légèreté qui laisse pantois. Quoi, c’est aujourd’hui qu’il apprend qu’une partie des Catalans ne veut pas de l’indépendance ? Quoi, c’est aujourd’hui qu’il se rend compte que les grands groupes économiques et financiers[1], convergent vers Valence pour ne pas sortir de l’euro ? Quoi, c’est aujourd’hui qu’il se rend compte que Madrid n’allait pas dérouler le tapis vert des négociations pour lui faire plaisir ?

Ce n’est pas à nous mais aux Catalans de décider s’ils veulent ou non l’indépendance. Contrairement à ce que nombre de médias, surtout en France, prétendent, le séparatisme n’est pas forcément illégitime et condamnable en toute circonstance. Il n’empêche que déclencher un tel processus demande une stratégie particulièrement fine, en s’assurant tout d’abord que l’aspiration indépendantiste répond aux vœux d’une très large majorité ; en se ménageant des alliés, notamment dans les autres régions espagnoles, et en prenant langue avec les décideurs économiques pour les rassurer.

Au lieu de cela, Puigdemont a sauté du jet d’Air Ibéria en ayant oublié de prendre son parachute. Le voilà maintenant condamné à balbutier un discours inaudible proclamant l’indépendance tout en la suspendant, ce qui facilite le travail de Rajoy et rend furieux ses alliés d’extrême-gauche du CUP qui exigent la séparation hic et nunc.

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Côté Mariano Rajoy, la situation est tout aussi consternante. Envoyer la Guardia Civil pour matraquer des citoyens en train de voter, c’est prendre le risque de réveiller les vieux démons, de rouvrir les plaies profondes qui ont été mal cicatrisées dans un pays qui a poussé les années franquistes sous le tapis.

Surtout, le premier ministre de la droite hispanocentriste a réduit un problème politique à sa seule dimension juridique et constitutionnelle. A l’instar du Shabbat vu par le Christ, la Constitution est faite pour l’humain et non l’humain pour la Constitution. Ce n’est pas un Coran descendu du ciel, une Constitution. C’est un texte fondamental certes, mais qui est le fruit des rapports de force d’un pays à un moment donné. Elle s’amende, elle se corrige, elle abroge ici, elle ajoute là. C’est un organe politique vivant.

Le gouvernement central aurait dû entamer depuis fort longtemps de discrètes discussions avec les indépendantistes en vue de la modifier. En donnant, par exemple, à la Catalogne la même capacité budgétaire que celle qui a été attribuée au Pays Basque. Il est probable qu’une partie des nationalistes catalans se serait satisfaite de cette réforme. Mais maintenant, c’est trop tard. Les événements se sont enchaînés trop vite pour revenir en arrière.

Mariano Rajoy va brandir l’article 155 de la Constitution pour demander au Sénat (la droite y est largement majoritaire) de placer les autorités catalanes sous tutelle. Cela ne manquera pas de renforcer l’influence des nationalistes les plus radicaux en Catalogne. Et que fera-t-il, Rajoy, comme tuteur des Catalans ? Emploiera-t-il la force au risque de déclencher un mécanisme infernal de répliques et contre-répliques ?

Les solutions paraissent toutes plus mauvaises les unes que les autres, Rajoy et Puigdemont s’étant placés dans la nasse sans la capacité d’en sortir. Le moins pire serait de les y laisser et de confier à un personnel politique plus capable le soin d’entamer le déminage.

 Jean-Noël Cuénod

[1] Sur sept grandes sociétés barcelonaises cotées à l’Ibex 35, l’indice boursier espagnol, six ont quitté la Catalogne.

 

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08/10/2017

Catalogne-Espagne, vers le bord du gouffre

 

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Le Plouc a causé dans le poste à France-Info, dans l’émission de Marie-Christine Vallet, Micro Européen. Echanges à propos de la Catalogne et de ses velléités d’indépendance entre le journaliste espagnol Juan-José Dorado et son confrère suisse Jean-Noël Cuénod, sous la houlette de leur consoeur française. Ici, l’émission, ci-dessous la présentation de l’émission par France-Info

Aux manifestations en faveur de l'indépendance de la Catalogne succèdent les cortèges s'y opposant. La grave crise en Espagne, après le référendum catalan, peut-elle déboucher sur une transformation du pays ? C'est l'une des questions auxquelles répondent les deux invités : Juan Jose Dorado, correspondant du groupe de presse espagnol La Region et Jean-Noël Cuénod, l'un des correspondants à Paris de La Tribune de Genève et de 24 Heures à Lausanne.

Des erreurs politiques

Selon Juan Jose Dorado, il va falloir attendre encore quelques jours pour voir si l'Espagne tombera dans l'abîme. Depuis 2006, quand un nouveau statut a été décidé pour la Catalogne par la Cour constitutionnelle, les tensions ont commencé, et les gouvernements des deux côtés n'ont jamais cherché à dialoguer. Il y a donc eu des erreurs politiques.

Les indépendantistes catalans veulent s'inspirer de la Suisse et aller vers une sorte de fédération. Mais selon Jean-Noël Cuénod, les deux modèles sont totalement différents, notamment parce que les cantons suisses ont tous les mêmes pouvoirs, alors qu'en Espagne, les provinces n'ont pas les mêmes autonomies. Le Pays basque, par exemple, a une capacité budgétaire que la Catalogne n'a pas.

Négocier et transformer ?

La crise actuelle va pousser l'Espagne à transformer son modèle territorial actuel mais cela passe par une négociation. Ce serait bien si elle était menée par des juristes. En tout cas, cette négociation ne peut être qu'interne, l'Union européenne n'a aucun pouvoir d'intervenir dans les affaires espagnoles et la souveraineté de l'Espagne ne se négocie pas.

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