10/06/2016

L’Eurofoot, un concentré de contradictions. Comme la vie

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Dans le foot, il y a tout et son contraire. Souvent le pire mais aussi, plus rarement, le meilleur. Chacun peut y faire son marché au gré de ses besoins électoralistes, commerciaux, idéologiques, médiatiques.  

D’un côté, le sport le plus populaire de la planète ouvre la vanne aux idées et aux comportements les plus répugnants de l’humanité : le nationalisme, le racisme, la course au fric sans frein, les magouilles majuscules, la connerie élevée au rang de vertu mondialisée. Bref, tout ce que nous adorons détester.

Mais à chacun de ces éléments négatifs, le football fait correspondre son antidote.

Le nationalisme ? Il est indéniable. Mais cela n’empêche nullement un Français de vibrer pour le Brésil ou un Suisse, pour l’Angleterre. Comme nous sommes tous, peu ou prou, attachés par des liens divers à d’autres pays que celui de notre passeport, c’est à côté d’un drapeau français ou suisse que nous attacherons celui de l’Italie, de l’Espagne, du Portugal ou de l’Argentine. Sur la planète Foot, le nationalisme est à géométrie variable.

Le racisme ? Comment pourrait-on le nier ? Les cris de singe ou les jets de bananes sur le passage des joueurs noirs nous le rappellent régulièrement. Mais les équipes nationales, elles, sont de toutes les couleurs et les sélectionnés ont des origines les plus diverses. D’ailleurs, le Front National, ne s’y est pas trompé. Depuis 1998, date de la victoire de la France et de ses « Blacks, Blancs, Beurs », le parti du clan Le Pen ne plus voir les Bleus en peinture. L’entraîneur français Didier Deschamps a été, comme personne ne peut l’ignorer, traité de « raciste » parce qu’il a renoncé à sélectionner Karim Benzema. A consulter la liste des joueurs retenus en équipe de France, il est évident que l’on a fait à Deschamps le plus injuste des procès.

Et que dire de l’équipe suisse où les noms ont des consonances albanaises, yougoslaves, turques, espagnoles, africaines ? Cela n’empêchera pas l’électeur UDC de bondir de son fauteuil si « ses » joueurs parviennent (enfin !) à marquer des buts.

La course au fric sans frein ? Salaires exorbitants… Surenchère délirante entre oligarques russes et pétromilliardaires du Golfe pour s’arracher les vedettes, alors que l’on ne parvient pas à éradiquer nombre de maladies tropicales… Le constat est accablant. Mais au fond d’une cour à Lisbonne, des petits Portugais tapent dans un ballon en se prenant pour leur glorieux compatriote Ronaldo (phiti du haut). Le bonheur dans un pays livré à l’austérité. L’énergie suscitée par l’espoir que l’on peut s’en sortir. Peut-être pas comme Ronaldo mais avec ce qu’il faut de dignité pour devenir un homme.

Les magouilles majuscules ? Au niveau de tripatouillages atteint par les organismes internationaux du foot, on ne peut plus parler de magouilles, mais de grandes manœuvres corruptrices. Pourtant, le foot, c’est aussi ces milliers d’éducateurs bénévoles qui, chaque mercredi, prennent en charge les footeux en herbe. Combien de lascars ont-ils quitté le chemin de la délinquance grâce à ces travailleurs sociaux qui ne touchent pas un rond ?

Camus_PremierHomme.jpgLa connerie élevée au rang de vertu mondialisée ? Les propos ineptes débités par des supporteurs marinés dans la bière et leurs gadget plus grotesques les uns que les autres nous en administrent la preuve, de la plus consternante des façons.

Mais alors si le foot est bête comme ses pieds, pourquoi de grands philosophes ou écrivains ont-ils tant écrit à son propos ? La liste est longue : Camus, Montherlant, Dard (tous les trois furent gardiens de but, à méditer…), Sartre, Peter Handke, plus récemment, Yves Laplace (arbitre et romancier suisse), Jean-Philippe Philippe Toussaint (ah, quelle merveille son « Football » à écouter tous les soirs sur… France- Culture !) et bien d’autres encore.

C’est ça la force du foot : un concentré de contradictions. Comme la vie. Et comme la vie, il est inévitable.

Jean-Noël Cuénod

11:16 | Lien permanent | Commentaires (15) | Tags : eurofoot, football, ronaldo, camus | |  Facebook | | |

29/07/2010

Prière de ne pas enterrer la France, elle bouge encore

Prière de ne pas enterrer la France, elle bouge encore. Elle s’agitera même beaucoup à la rentrée sous l’incandescent soleil social. Toutefois, c’est plus en profondeur que l’on sent vraiment ses forces se ranimer, alors qu’en surface tout va de travers.

Comme chacun peut le constater, la France vit des moments calamiteux. Avec l’un des plus importants ministres du gouvernement obligé tous les deux jours de clamer son innocence en manière de mantra, un système de connivences politico-financières qui s’étale dans toute son obscénité, un hyperprésident dont les batteries semblent à plat, une équipe de France qui paraît plus en jambes dans les lupanars que sur les terrains, une situation économique à rendre déprimé le plus joyeux des lurons et des mesures de rigueur à refroidir les canicules, la République traîne une sacrée gueule de bois et cherche avec une frénésie accablée son tube d’Alka-Seltzer. Sans le trouver.

Mais ce sont là des maux quotidiens. Le trouble est plus général, traverse toutes les catégories sociales et se traduit par le sentiment d’échec collectif, l’absence de perspective, l’impression d’appartenir à une société en déclin.

Cela dit, nous vivons dans le règne de l’impermanence, comme l’exprimeraient les bouddhistes. Tout passe en ce bas monde. Même le pire. Non pour se consoler mais afin de puiser dans leur histoire les forces qui s’y nichent, les Français feraient bien de se souvenir que leurs ancêtres ont subi des chutes encore plus vertigineuses, ce qui ne les a nullement empêchés de rebondir de plus belle.

La chute du Second Empire

Ainsi, en perdant la guerre de 1870 contre la Prusse, la France a connu la famine à Paris, la répression sanglante de la Commune, l’effondrement du Second Empire et la douloureuse amputation de deux provinces importantes, l’Alsace et la Lorraine, conquises par le Deuxième Reich. Puis, prenant conscience de ses faiblesses, la France les a surmontées. Le Paris vaincu et famélique d’hier devint, quelques années à peine après cette cuisante défaite, la ville phare de la planète. Sur le plan culturel, l’Hexagone donnait naissance à une école qui bouleversa de façon définitive la peinture, l’impressionnisme, et un style littéraire, le symbolisme, qui influença jusqu’à la poésie russe. En sciences, Pasteur et son vaccin contre la rage changèrent la face du monde médical. Et la France fut, à l’aube du XXe   siècle, l’un des pays de pointe de l’industrie automobile et aéronautique.

La débâcle de 1940

De même, il est difficile d’imaginer naufrage plus humiliant que celui de juin 1940, lorsqu’en quelques semaines, l’armée de la République a sombré face à la Wehrmacht. Pourtant, dès la Libération, la poésie française s’était refait une beauté et le monde se passionnait pour les débats entre Sartre et Camus. Un lustre à peine après l’effondrement historique, la France se replaçait au centre de la pensée. Elle est même parvenue à devenir une puissance nucléaire vingt après sa débâcle militaire.

Un trait commun apparaît à la lecture de cette histoire française en forme de montagnes russes: chaque renaissance s’est accompagnée d’un sursaut culturel. Il en sera donc ainsi lorsque le désarroi actuel déclinera. Contrairement à ce que prétendent les médias américains, la pensée française est riche. Les travaux d’Edgar Morin, de Michel Maffesoli (1) et de tant d’autres le démontrent. Et la danse, entre autres disciplines, fourmille de talents dans les villes et banlieues françaises. Ces forces demeurent encore souterraines. Elles jailliront, un beau jour.

Jean-Noël Cuénod

(1) Voici une vidéo d'amateur qui présente une conférence de Michel Maffesoli sur le réenchantement du monde.

09:49 | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : france, histoire, sarte, camus, morin, maffesoli, renaissance, chute, déclin, vidéo | |  Facebook | | |