14/06/2017

Bayrou, comme un petit air de Cahuzac

648x415_francois-bayrou-garde-sceaux-veut-mettre-hola-certains-derives-nuisent-confiance-citoyens-elus.jpg

jerome-cahuzac-fraude-fiscale_5510931.jpg

Comme ministre de la Justice François Bayrou présente ce mercredi sa loi sur la moralisation de la vie publique. Et comme président du MoDem, le voilà embarqué dans une vilaine affaire de financement de son parti qui aurait bénéficié d’emplois fictifs payés par le Parlement européen.

Un ministre de la justice qui veut moraliser la vie politique alors que le parti qu’il dirige fait l’objet d’une enquête du Parquet de Paris pour «abus de confiance et recel de ce délit», cela ne vous rappelle pas quelque chose? Cherchez bien! Jérôme Cahuzac, voooiiilà! Le ministre délégué au Budget chargé de lutter contre la fraude fiscale alors qu’il avait planqué son trésor en Suisse, puis lorsque les lois helvétiques ont changé, à Singapour.

«Ce sont deux affaires d’intensité dolosive fort différente», couineront les communicants, petit doigt levé en tenant l’anse de leur tasse de Darjeeling. Pour le citoyen sirotant son pastaga sur le zinc, ce sera bonnet sale et sale bonnet:  Faites ce que je dis mais ne faites pas ce que je fais. Et si vous faites ce que je fais, vous êtes faits!»

«Et la présomption d’innocence, vous vous asseyez dessus, c’est ça?» glapiront ces mêmes communicants. Bayrou et son MoDem seront peut-être innocentés. Ou peut-être pas. Il n’empêche que le ministre de la Justice n’est pas un justiciable comme les autres puisque le Parquet chargé d’enquêter sur lui dépend de son ministère qui reçoit des Parquets généraux les notes de synthèse des dossiers sensibles politiquement. Dans un tel cas de figure, une seule solution s’impose : démissionner. Ce ne serait que pure décence. Billevesées et calembredaines!

Les naïfs auraient pu penser qu’avec un président tout neuf, porté par une vague rafraichissante vouée à balayer les vieux débris de la scène politique, un tel cynisme n’aurait plus cours. C’était sans compter sur la persistance d’habitudes tellement ancrées chez les politiciens français que, sûrs de leur impunité, ils n’ont même pas conscience du caractère choquant de leur comportement.

De plus, l’ego-montgolfière de Bayrou, déjà fort élevé en altitude, atteint des couches stratosphériques depuis qu’il a été nommé par le président Macron «Ministre d’Etat, Garde des Sceaux, Ministre de la Justice ». Ainsi, a-t-il téléphoné à Jacques Monin, directeur de la cellule investigations de Radio France, pour protester contre ses journalistes qui avaient eu l’idée incongrue d’enquêter sur les soupçons d’emplois fictifs du MoDem. François Bayrou s’est fait publiquement remettre à l’ordre par le premier ministre Edouard Philippe. Sèche réplique du rebelle qui rétorque : «Je ne sais pas vivre sans liberté de parole». Dans ce cas, il ne faut pas faire ministre et encore moins ministre de la Justice. Sa parole n’engage pas que lui mais son ministère, les magistrats de l’Ordre judiciaire, les justiciables et son pays.

Qu’il la reprenne, sa liberté. En quittant le gouvernement.

Le nouveau président de la République n’aura sans doute pas besoin du MoDem pour disposer de la majorité absolue. Dès lors, si Bayrou continue à être aussi encombrant, nul doute que l’Elysée l’éjectera sans pitié. Après avoir pulvérisé le Parti socialiste, assommé le Front national, démoli Les Républicains, Emmanuel Macron peut fort bien continuer en rejetant le MoDem dans les limbes. Il n’y aurait alors pas foule entre lui et Jean-Luc Mélenchon.

Jean-Noël Cuénod

17:29 Publié dans Politique française | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : bayrou, moralisation, politique, france, c | |  Facebook | | |

23/01/2014

Coup de boule contre un cheminot et 150 000 Parisiens mis à pied - VERSION ACTUALISEE

 

Unknown.jpeg

Photo : une pub de la RATP contre les incivilités dont l’efficacité reste à démontrer.

Scène ordinaire de la vie parisienne mardi vers 21 h. 30. Un train de banlieue est encore à l’arrêt, gare Saint-Lazare ; le départ est imminent. Le conducteur s’apprête prendre place dans sa cabine lorsqu’il remarque un voyageur qui tire sans vergogne sur sa clope. Il rappelle au tabagique l’interdiction de fumer dans une voiture. Refus de l’accro du mégot. Le cheminot réitère. Fumer rend sourd, apparemment. Comme certaine pratique solitaire. Le conducteur insiste. Le fumeur se lève et lui balance un coup de boule à la tête. Le cheminot y laisse toutes ses dents de devant et doit être transporté pour recevoir des soins. Le furieux est interpellé par la police peu après.

 

Le lendemain matin, les collègues du conducteur blessé arrêtent le travail pour protester contre cette agression en particulier mais aussi contre toutes les incivilités que ces travailleurs subissent chaque jour.

Les 150 000 banlieusards qui utilisent les lignes qui mènent à la gare Saint-Lazare sont ainsi privés de déplacements et doivent se débrouiller comme ils le peuvent pour rejoindre leur lieu de travail à Paris. Pour certains, un retard au boulot peut signifier la fin d’un CDD, contrat de travail à durée déterminée. Une catastrophe, en ces temps où la courbe du chômage résiste aux ordres d’infléchissement que lui intime le président Hollande.

 

Pourquoi punir tous les usagers pour une agression commise par un individu ?

 

Eh bien, la décision des grévistes n’est pas si injuste que cela !

 

Le Plouc a eu l’occasion de constater à quel point les utilisateurs des transports publics parisiens manquent de solidarité à l’égard des conducteurs et acceptent passivement les multiples incivilités dans le métro ou les RER. Lorsque Le Plouc réagit pour faire cesser le trouble provoqué par des d’jeunes et des moins d’jeunes (et même des d’vieux !), chaque fois, c’est le même constat. Les autres voyageurs regardent ailleurs ou alors plongent dans la contemplation intense de leurs godasses, voire continuent à dodeliner du chef en écoutant leur daube grâce à leur casque d’extraterrestres demeurés. Ils laissent Le Plouc se démerder avec le ou les perturbateurs, comme autant de Ponce Pilate aux mains douteuses.

 

Certes, ils ont peur de recevoir un mauvais coup, à l’exemple du malheureux cheminot de la gare Saint-Lazare… Ce n’est pas une réponse valable, car si tous les passagers d’une voiture se rebiffaient contre les malfaisants, ceux-ci fileraient doux aussitôt.

 

«Mais on n’a pas à faire le boulot des keufs ! » C’est l’argument-matraque du passager lambda. Réponse : les flics ont d’autres chats de gouttière à fouetter. Etre citoyens, ce n’est pas seulement utiliser les biens publics, c’est aussi veiller sur eux. Cette disposition d’esprit est très loin d’être partagée par les Parisiens. C’est dommage. S’ils se prenaient plus en main, ils pleurnicheraient moins sur la dégradation de leur cadre de vie.

 

C’est peut-être le message que les cheminots grévistes de la gare Saint-Lazare ont voulu faire passer.

 

DERNIERE MINUTE: le Tribunal de Paris a jugé l'agresseur du cheminot en comparution immédiate. Il a été condamné, jeudi soir, à six mois de prison ferme et trois mois supplémentaires avec sursis. 

Jean-Noël  Cuénod 

 


11:52 | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : incivilités, métro, rer, ratp, grèves, c | |  Facebook | | |