30/07/2018

Pour ne pas en finir avec l’affaire Benalla

Benalla,Macron,Elysée

 La stratégie d’Emmanuel Macron pour conquérir l’Elysée est en train de se retourner contre lui. L’affaire de son chargé de mission en est une illustration. Voilà pourquoi cet épisode risque d’être plus dommageable que ne le laisseraient supposer les faits eux-mêmes.

«Une tempête dans un verre d’eau». Jeudi, le président français Emmanuel Macron a qualifié ainsi l’affaire Benalla. Les faits sont certes graves : un proche du président affublé d’un brassard et d’un casque de policier moleste sans droit deux manifestants du 1er-Mai à Paris. Et les oppositions parlementaires à la majorité macronienne ont trouvé dans ce calamiteux épisode le moyen d’interrompre une série de succès alignée par le président. D’autant plus que le gouvernement et les collaborateurs directs de Macron ont multiplié les explications oiseuses démenties aussitôt et les faux-fuyants.

Néanmoins, ni les faits, ni leur utilisation politique, ni les maladresses ne peuvent expliquer qu’ «une tempête dans un verre d’eau» se soit transformée en tsunami estival. Sans doute, faut-il voir dans ce phénomène la contradiction de plus en plus criante entre la stratégie utilisée par le président français pour conquérir le pouvoir et celle qu’il doit concevoir pour l’exercer.

En lançant sa campagne, le candidat a rejeté d’emblée la structure pyramidale des partis traditionnels : trop lourds, trop verticaux, trop décrédibilisés aux yeux de l’opinion. Il a donc privilégié la structure horizontale en forme de toile d’araignée, Emmanuel Macron en occupant le centre avec un nombre très restreint d’affidés, parmi lesquels Alexandre Benalla qui a réussi à y figurer grâce à son inlassable dévouement dans l’exécution des corvées. Elle se révèle bien pratique, la toile. Au moindre événement, ses réseaux avertissent aussitôt l’Araignée centrale.

Mais une fois parvenu au pouvoir, le nouveau président doit faire face à un type d’architecture éprouvée par les siècles : la Pyramide républicaine. Il en occupe le sommet, certes mais ne saurait impunément en ignorer les étages : parlement, administration, corps intermédiaires (syndicats, organisations patronales). Faire coïncider l’horizontalité de l’Araignée avec la verticalité de la Pyramide est tout sauf aisé.

Benalla coincé entre l’Araignée et la Pyramide

Benalla,Macron,Elysée

D’autant plus, qu’à l’Elysée, Emmanuel Macron a conservé sa position d’Araignée entourée d’une poignée de proches. En octobre 2017 déjà, un compagnon de route du chef de l’Etat soupirait auprès de deux journalistes du Monde : «Sa garde de petits marquis l’isole et verrouille tout». Dès lors, Macron s’est ingénié à démanteler la séculaire Pyramide, en privant de recettes fiscales les collectivités locales, en affaiblissant le parlement avec son projet de réforme constitutionnelle (projet qui a du plomb dans l’aile depuis l’affaire Benalla) et en contournant les corps intermédiaires, même ceux qui lui sont a priori favorables.

Ainsi, le secrétaire général de l’importante centrale syndicale CFDT Laurent Berger – qui était prêt à moudre son grain avec le président –  sonne l’alerte dans les médias: «Le président de la République a conscience qu’il représente une forme de centralité (…). Il considère que lui peut tout et que les corps intermédiaires sont des suppléments d’âme qui ne sont pas forcément nécessaires.» En un an, le président s’est donc mis à dos les collectivités locales, les sénateurs, les syndicats. Ce qui fait beaucoup de monde.

C’est dans ce contexte qu’intervient l’autogoal Benalla. Les Français apprennent qu’un garçon de 26 ans – gendarme réserviste, nanti d’un master de droit (1) et d’une expérience de trois ans dans le service d’ordre du Parti socialiste – donne des ordres à de hauts gradés de la police, participe à l’élaboration de la sécurité présidentielle, est habilité secret-défense, se montre omniprésent auprès du président, proche des proches de l’Araignée centrale, et se substitue à la police pour frapper un manifestant. Il offre ainsi à la Pyramide républicaine l’occasion rêvée pour rappeler à l’ordre le président arachnéen.

Emmanuel Macron éprouve en même temps les limites de sa toile. Jadis, bien installé au sommet de la Pyramide républicaine, François Mitterrand avait pu, pour se tirer d’embarras, sacrifier son ministre Charles Hernu dans l’affaire du Rainbow Warrior[2]. Aujourd’hui, le président ne peut plus compter sur des fusibles et doit assumer seul sa responsabilité.

Pour continuer à présider, Macron devra donc tisser sa toile mais au sein de la Pyramide.

Jean-Noël Cuénod

Cet article est paru le 29 juillet 2018 dans l’hebdomadaire Le Matin Dimanche sauf les dessins qui illustrent ce blogue, dessins dus au talent de l’artiste Bernard Thomas-Roudeix. A consulter son site http://www.thomas-roudeix.com/

(2) Selon le quotidien "La Montagne" Alexandre Benalla a fréquenté en 2013 et 2014 l'Université de Clermont-Ferrand en droit où il a décroché un master 1 en sécurité publique mais n'a pas validé son master 2.

 

[2]Les services français avaient fait couler le 10 juillet 1985 ce navire de Greenpeace provoquant la mort du photographe Fernando Pereira

09:23 Publié dans Politique française | Lien permanent | Commentaires (20) | Tags : benalla, macron, elysée | |  Facebook | | |

24/07/2018

Benalla-Macron ou le syndrome de la maquilleuse

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Et maintenant, qui va déguster ? (Alexandre Benalla, c’est le barbu avec oreillette).

Si vous approchez d’une vedette média-lancée, vous avez certainement rencontré dans son entourage des personnages touchés par le syndrome de la maquilleuse. L’affaire Alexandre Benalla démontre qu’il n’y pas que les petites mains cosmétiques à en être affectées. Les gros bras présidentiels peuvent aussi subir ce mal des altitudes.

Peu d’êtres sont aussi proches d’une star que sa maquilleuse (ou son maquilleur, plus rare). Elle connaît de son visage le moindre point noir. Pas une parcelle de peau n’échappe à son regard. Impossible de lui cacher ces minuscules défauts physiques qui sont la hantise de la Diva (ou du Divo car les célébrités masculines n’échappent pas à ce phénomène). Il n’y a point de grands hommes pour son valet de chambre, disait-on jadis. Il n’y a pas de beauté parfaite pour sa maquilleuse, ajouterait-on aujourd’hui.

On ne cache pas ses secrets intimes à celle qui connaît le moindre de vos comédons et possède le pouvoir de les occulter. Si la maquilleuse n’ignore rien du corps de la star, elle sait tout, ou presque, de son âme, de ses amours, de ses chagrins, de ses angoisses, de ses espoirs. Elle devient sa confidente. Voilà l’artisane de la houppette nantie d’un statut privilégié qu’elle entend bien faire sentir à celles et ceux qui ont la suspecte intention de prendre langue avec la vedette.

Durant sa longue carrière journalistique, il est arrivé au Plouc d’affronter cette redoutable garde du corps starifié. Certaines sont des anges dans un nuage de poudre de riz. Mais il arrive parfois que la maquilleuse soit plus imbue d’elle-même que la star, voire encore plus capricieuse. D’ailleurs, la star, c’est un peu elle. C’est même beaucoup elle. Allez, c’est elle, carrément !

Alors, Alexandre Benalla relève-t-il du même processus ? Tout porte à le croire. Comment ce juvénile militant de La République en marche, un « helper » parmi d’autres au début de l’aventure macronienne, a-t-il pu se hisser à une place ? Les enquêtes l’expliqueront sans doute un jour ou l’autre.

 Dans son cas, deux choses frappent d’emblée : son jeune âge, 26 ans, et sa proximité avec le président Macron. Alors qu’il n’a pas eu le temps d’amasser des expériences dans un domaine si délicat et si complexe, c’est lui qui a organisé le groupe chargé de sécuriser la sphère privée du président et de la première dame. Son titre anodin « adjoint au chef de cabinet » ne traduit pas l’étendue de ses pouvoirs en matière de sécurité. Il côtoyait régulièrement le couple présidentiel, autant lors d’événements publics que familiaux. Il était le Cerbère numéro 1 d’Emmanuel et Brigitte Macron.

Dans ces conditions, il n’est pas étonnant que Benalla fût atteint par le syndrome de la maquilleuse. D’autant plus que l’aura de la présidence est en France particulièrement éblouissante et éclabousse les proches de son nimbe. Comment, à 26 ans, garder la tête froide dans ces conditions ? Les dérives du garde du corps étaient inscrites dès son engagement. Ceux qui ont permis et facilité son ascension – et qui n’hésiteront pas à en faire un pestiféré – portent donc la plus lourde part de responsabilité.

Pour éviter le syndrome de la maquilleuse, il n’existe aucun vaccin. Seulement du bon sens. Mais dans la geste macronienne, le bon sens, ça fait vieux monde.

Jean-Noël Cuénod

VIDEO : AUDITION INTEGRALE DU PREFET DE POLICE MICHEL DELPUECH

12:14 Publié dans Politique française | Lien permanent | Commentaires (16) | Tags : benalla, macron, france, politique | |  Facebook | | |