11/09/2011

Les musulmans, autres victimes du Nine-Eleven

Les 2976 hommes et femmes qui ont péri dans les Twin Towers le 11 septembre 2001 ne sont pas les seules victimes de feu Oussama Ben Laden et de ses 19 séides qui ont détourné et piloté les avions pour les lancer contre leurs objectifs. Les terroristes islamistes ont aussi pourri la vie des millions de musulmans vivant en Occident et ne demandant qu’une chose: faire prospérer leur famille en bonne intelligence avec les voisins.

Du jour au lendemain, le regard sur eux a changé. Ils sont devenus les adversaires de l’intérieur, la cinquième colonne du terrorisme mondial ; au pire des ennemis irréductibles, au mieux des suspects encombrants. A cet égard, les scènes de joie qui ont éclaté à Beyrouth, à Gaza et dans de nombreuses villes arabes ont causé au moins autant de tort aux musulmans que les attentats eux-mêmes.

Ainsi, même s’il cherche à effacer ce sentiment, Le Plouc ne peut s’empêcher de songer à l’islam chaque fois qu’il doit subir les interminables mesures de sécurité dans les aéroports ou les bâtiments officiels. Bien sûr, il relativise aussitôt, Le Plouc. Se dit qu’il ne faut pas confondre l’islam majoritaire et pacifique avec l’islam ultraminoritaire et radical. Mais le mal est fait. La confusion, malgré tout, s’insinue; la moindre barbe hérisse le poil et la bourka le défrise.

Auparavant, la mosquée était vue comme un lieu de prière parmi d’autres dans nos rues européennes. Désormais, en passant devant elle, ces questions s’insinuent: «Prient-ils ou complotent-ils? Le prédicateur prône-t-il la concorde ou prêche-t-il la violence?». Le Plouc les chasse aussitôt. Il se dit qu’après tout les pseudo-évangélistes américains et les intégristes papistes doivent être jetés au fond du même sac d’opprobre que les nazislamistes. Mais rien à faire. La méchante petite musique islamophobe revient dans les oreilles.

A cet égard, le but visé par Ben Laden et les islamoterroristes a pleinement réussi. Le fossé entre musulmans et non-musulmans n’a jamais été aussi profond. D’autant plus qu’en réponse au rejet dont ils sont victimes, certains fidèles de l’islam en ont rajouté dans l’application stricte de leurs préceptes, notamment à l’encontre des femmes. Et en réponse à cette réponse, les non-musulmans ont monté encore d’un cran leur hostilité contre la religion du prophète Mohamed.

Pourtant, dans notre société mondialisée, les communautés sont condamnées à cohabiter. Pour ce faire, la seule solution durable est d’instaurer ou de renforcer la laïcité, puis de la faire respecter par tous. Et si quelqu’un en déniche une meilleure que celle-ci, qu’il ne se gêne surtout pas pour la proposer!


Jean-Noël Cuénod

 

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05/05/2011

Ben Laden exécuté, justice est-elle faite?

En annonçant la mort d’Oussama Ben Laden, le président Barack Obama a lâché ce commentaire qui, désormais, restera dans l’Histoire: «Justice est faite». Alors, justice est-elle vraiment faite ? Non, car cette opération militaire qui s’est terminée par la liquidation du fondateur d’Al-qaida constitue un acte de guerre, légitime certes, mais en aucun d’un acte de justice. Que l’on ne se méprenne point.

Nous n’allons pas ajouter une seule larme à l’océan qui a englouti le corps de ce terroriste. Mais les mots ont un sens et celui de «justice» est des plus malvenus en l’occurrence. En multipliant les attentats depuis vingt ans et, surtout, en organisant le massacre des «Twin Towers», Oussama Ben Laden a franchi un palier de plus dans le terrorisme. C’est bien un acte de guerre qu’il a commis le 11 septembre 2001. L’intégriste a été tué autant par la mécanique qu’il a enclenchée de sa propre volonté que par les soldats américains. Le fou d’Allah a récolté la mort qu’il a semée.
Les Etats-Unis ont agi en position de légitime défense, mais celle-ci n’est pas synonyme de justice. La justice la reconnaît pour un état qui rend excusable un acte qui, hors de ce contexte, ne le serait pas. Mais la légitime défense n’est pas un auxiliaire de la justice. Cette dernière obéit à des règles et à des procédures, mène des débats qui aboutissent à une prise de décision dont la plupart peuvent être contestées par une instance supérieure. Cette construction complexe ne saurait être érigée en terrain guerrier.

Aurait-il fallu capturer Ben Laden pour le juger en bonne et due forme? Tout d’abord, le tueur intégriste n’avait, selon toute vraisemblance, nulle intention de se rendre. Il est difficile de l’imaginer se faisant menotter pendant qu’un flic-soldat lui lit ses droits en vertu de l’arrêt Miranda. Ensuite, un procès de ce genre n’aurait pas apporté grand-chose, sinon une tribune au chef d’Al-quaida. Avec pour conséquence possible, d’offrir un regain d’énergie à une organisation terroriste à bout de souffle, de la replacer pour un bon moment dans l’actualité alors qu’elle se trouve actuellement ringardisée par les révolutions arabes démocratiques.

Sa mort n’est donc pas la plus mauvaise solution, même si le fait d’avoir immergé son cadavre sans l’exposer suscite de nombreux commentaires dubitatifs sur la réalité de ce trépas. Ce corps qui n’est plus visible alimente d’ores et déjà l’usine à fantasmes des théoriciens du complot et le fantôme d’Oussama Ben Laden hantera la Toile pendant de nombreuses années.

En parlant de «justice» à propos d’une opération militaire qui lui est étrangère, le président Obama ajoute à cette confusion sémantique qui ne cesse de polluer le discours politique.

D’aucuns diront que c’est jouer avec les mots, que peu importe le terme, l’essentiel est que ce terroriste majuscule débarrasse enfin le globe de sa sanglante présence. C’est oublier que les mots ne sont pas innocents. Que le président assume cette guerre contre le terrorisme qu’il a été contraint de mener. Mais qu’il n’en fasse pas une œuvre de justice. Lorsque celle-ci se marie avec le canon, c’est plus souvent pour le pire, l’une servant de masque à l’autre.

Jean-Noël Cuénod

La Maison-Blanche refuse de montrer la photo de Ben Laden mort, non sans en avoir débattu (vidéo tirée de France 24)

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02/05/2011

La vraie mort d’Oussama Ben Laden

Oussama Ben Laden fait partie de ces rares criminels de l’Histoire dont l’annonce du trépas est saluée. Il a vécu par l’épée. Et c’est par l’épée qu’il a péri. Mais la vraie mort du chef d’Al Qaïda n’est pas le fait d’une section hyperprofessionnelle de l’armée armée des Etats-Unis. Ce sont les révolutions arabes qui ont porté un coup fatal à son programme de haine régressive. Les peuples en colère du Maghreb et du Proche-Orient n’ont pas appelé à la destruction d’Israël, du Grand Satan américain et des Petits Satan français et britanniques, ni hurlé des slogans intégristes. Ils se sont soulevés pour établir, non pas un califat rétrograde, mais la démocratie et l’Etat de droit, toutes notions défendues par l’Occident.

Certes, ce qui reste d’Al Qaïda frappera encore ici ou là, notamment au Maghreb, comme l’attentat de Marrakech l’a démontré. Raison de plus pour les Occidentaux de ne pas réitérer les erreurs de jadis. Qu’elles soutiennent politiquement et économiquement les jeunes démocraties arabes. Si nous ratons ce train-là, alors des clones de Ben Laden risquent fort de ressurgir.

La vidéo de l'annonce par le président Obama de la mort d'Oussama Ben Laden

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