22/02/2017

Bayrou centre sur Macron !

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 Lucide, François Bayrou ne briguera pas l’Elysée. Il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis. En septembre dernier, le patron du Modem étrillait Emmanuel Macron. Aujourd’hui, il soutient sa candidature à la présidentielle en lui proposant une alliance.

En choisissant le siège du son parti centriste, le MoDem, pour faire sa conférence de presse, François Bayrou avait donné un petit signe, ce mercredi après-midi. Il y a plus solennel comme cadre pour annoncer que l’on se porte candidat à la Suprême Magistrature. En revanche, pour expliquer que l’on renonce à concourir tout en lançant une proposition d’alliance avec l’un des principaux concurrents de l’épreuve, le lieu était adéquat.

Visiblement, se présenter une quatrième fois démangeait l’« éternel troisième ». Mais la menace d’une victoire possible de Marine Le Pen a servi d’onguent émollient à ce prurit compétiteur. Sans doute aussi, la prudence a sa part dans ce choix. Partir si tard dans la campagne, avec tous les frais que cela suppose pour un résultat qui s’annonçait plus ou moins médiocre, pouvait mettre en cause l’existence même de son MoDem.

Cela dit, lorsque François Bayrou dénonce « la parole politique qui ne vaut plus rien », il doit s’inclure dans cette critique. En septembre dernier, lors d’une interview diffusée par BFMTV, il n’avait pas de mots assez durs pour qualifier Emmanuel Macron, stigmatisé comme « l’homme des puissances financières ». Voici un passage assez croquignolet :

« Il y a là une tentative qui a déjà été faite plusieurs fois par plusieurs grands intérêts financiers et autres, qui ne se contentent pas d'avoir le pouvoir économique, mais qui veulent avoir le pouvoir politique. On a déjà essayé plusieurs fois… On a déjà essayé en 2007 avec Nicolas Sarkozy, et ça n'a pas très bien marché. On a essayé en 2012 avec Dominique Strauss-Kahn… Et ce sont les mêmes forces qui veulent réussir avec Macron ce qu'elles ont raté avec Strauss-Kahn ».

On peut considérer ce revirement sous deux angles. Soit, on qualifie Bayrou de girouette qui grince n’importe comment. Soit on considère qu’il a eu le courage de surmonter sa méfiance de vieux paysan catholique vis-à-vis de l’argent en choisissant de soutenir « l’homme des puissances financières » contre « la femme des puissances obscures ».

Pour sauver la face, Bayrou a proposé à Macron une alliance ponctuée de quatre exigences qui ne mangent pas de pain : primo, créer une « véritable alternance » en rejetant « un recyclage des vieilles idées », secundo, « rédiger une loi de moralisation de la vie publique », tertio, revaloriser de la rémunération du travail pour les salariés et les indépendants, quarto, introduire la proportionnelle aux élections législatives. Toutes ces propositions, Emmanuel Macron peut les signer sans barguigner, elles vont toutes dans son sens. Et bien entendu, l’ex- « homme des puissances financières » a accepté cette alliance quelques minutes après avoir été lancée.

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Cela dit, pour spectaculaire qu’elle soit, cette entente n’en demeure pas moins fragile. Le MoDem a perdu sa substance militante et ne compte, selon les estimations des médias, qu’entre 10 000 et 15 000 membres. Quant au mouvement En Marche de Macron, il revendique 192 000 adhérents. Mais comme on peut s’y inscrire en quelques clics, ce nombre peut tout aussi bien se dégonfler en un clin d’œil. Ou de souris. Or, jusqu’à maintenant, aucun président n’a été élu sans l’aide de grandes machines électorales. Le centriste Giscard d’Estaing – dont le profil est un peu semblable à celui de Macron – l’avait, certes, emporté en 1974 mais grâce à Jacques Chirac qui lui avait apporté, clef en main, le soutien du puissant mouvement gaulliste.

Toutefois, les temps ont changé. Les grands appareils politiques se sont grippés, à gauche comme à droite. Ils n’ont plus auprès des électeurs l’aura qui fut la leur, naguère encore.

  C’est le pari que tente Macron, avec Bayrou comme garant moral : donner au social-libéralisme une incarnation politique dont l’attractivité soit basée sur les nouvelles formes de sociabilité crées par la technologie communicante. Il est jouable, ce pari. Cela dit, à trop miser sur le virtuel, on risque de perdre de vue le réel.

Jean-Noël Cuénod

LA VIDEO DE LA CONFERENCE DE PRESSE DE BAYROU

19:29 Publié dans Politique française | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : bayrou, macron, présidentielle2017, france, vidéo | |  Facebook | | |

25/04/2012

Présidentielle 2012: le centre, espace quantique de la politique française

François Bayrou est l'une des principales victimes du premier tour de l'élection présidentielle française, ne drainant que 9,13% des voix. Il a donc perdu la moitié de ses électeurs par rapport à 2007. Pourtant, ses idées ne cessent de parcourir la campagne actuelle. Depuis plus de cinq ans, le centriste fondateur du MoDem sonne le tocsin devant le tsunami de la dette publique. Cette année, Bayrou a été le premier à pointer du doigt la désindustrialisation de son pays. Alors, pourquoi sa mayonnaise n'a-t-elle pas pris?

 L'explication immédiate est de mettre en cause la personnalité de François Bayrou qui n'a pas été capable de construire une équipe forte. La politique est à l'image du cyclisme, un sport individuel pratiqué collectivement. Même le plus doué des coureurs ne peut gagner le Tour de France sans plusieurs équipiers de valeur. Il y a du Poulidor, chez Bayrou!

 Mais il existe aussi des causes plus profondes. Tout d'abord, il n'y a pas qu'un centre en France mais plusieurs, depuis fort longtemps. Cet espace politique apparaît, en effet, comme une sorte de lieu quantique gouverné par le principe d'indétermination. Le croit-on vers la gauche? Le voilà qui penche à droite simultanément. L'espère-t-on à droite? Il surgit aussitôt à gauche. Il paraît donc bien difficile de mobiliser les électeurs avec cette géométrie variable.

 De plus, le centre a toujours été divisé. Sous la IIIe République, il était écartelé entre les formations proches de l'Eglise catholique et le Parti radical qui mangeait du curé à tous ses banquets républicains. Après la Libération, l'alliance des démocrates-chrétiens du MRP (Mouvement républicain populaire) et des radicaux a été le pivot des multiples gouvernements, alliance fragile dans une IVe République qui l'était tout autant. L'avènement de la Ve a fait voler le centre en éclats. Il n'est pas mort pour autant, mais a servi, sous diverses formes, de force supplétive au gaullisme et à ses avatars.

 Fort de sa troisième place en 2007, François Bayrou a tenté de reconstituer un parti autonome et central entre la gauche et la droite de gouvernement. Mais les divisions anciennes du centre ont alors ressurgi. Une autre forte personnalité est apparue, Jean-Louis Borloo, le patron du Parti radical. Bayrou n'était plus le représentant d'un centre unifié mais le chef de la faction démocrate-chrétienne d'un centre pluriel. L'entente entre les deux dirigeants aurait pu créer une dynamique nouvelle, après avoir surmonté les obstacles entre démocrates-chrétiens et «laïcards». Elle n'a pas été possible en raison de la démesure des ego et des intrigues de Nicolas Sarkozy qui voyait, à juste titre, sa mort politique dans cette alliance.

 

Le centre disparaîtra-t-il au fond d'un trou noir? En tout cas, sa marge de manœuvre étant étroite, le futur président, quel qu'il soit, sera bien forcé de gouverner au centre. Avec ou sans les centristes.

 Jean-Noël Cuénod

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François Bayrou dans son nouveau spectacle d'après-premier tour: "Grognons sous la pluie"

19:42 | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : élections, bayrou, elysée, vidéos | |  Facebook | | |

19/04/2012

présidentielle 2012: le rêve français, illusions et espoir

C'est fou ce que l'on rêve durant la campagne présidentielle française! Au fil des meetings, les candidats inscrivent dans les songes de fabuleux destins, quitte à traiter leurs adversaires de «rêveurs». Comprenne qui pourra.

 

Certes, en Suisse, le rêve ne fait pas partie de notre vocabulaire électoral. Même le plus échevelé des poètes surréalistes ne pourrait envisager un seul instant de rêver après un discours de ce brave Schneider-Amman ou un entretien avec la déprimante Eveline Widmer-Schlumpf. Quant à Blocher, il ne saurait susciter que ces cauchemars provoqués par les lourdeurs stomacales. En matière d'onirisme politique, la France est donc bien mieux pourvue. Toutefois, elle n'en détient pas le monopole.

 

Aux Etats-Unis, l'«American dream» deviendrait presqu'une marque déposée. Leur équipe de basket avait été surnommée «dream team» lors des Jeux olympiques de 1992. Et le fameux «I have a dream» du pasteur Martin Luther King résonne encore dans toutes les âmes. D'ailleurs, le rêve des Américains a excellente presse. Alors que les voisins de l'Hexagone, surtout anglo-saxons, raillent celui des Français. Le rêve d'outre-Atlantique fait rêver. Celui d'outre-Jura fait ricaner. Il y a là une certaine injustice.

 

Bien sûr, les candidats à la présidence française chantent à leurs électeurs de jolies berceuses aux illusoires refrains. Aucun d'entre eux - sinon de temps en temps François Bayrou dont la voix ne porte guère - n'a le courage d'expliquer à ses électeurs à quel point la situation de la France approche de la catastrophe.

Il est sidérant de constater que la réforme du permis de conduire et la viande halal ou pas halal ont éclipsé la hausse massive de la dette publique. Or en 2011, le service de cette dette a obligé la France à verser aux banques un montant supérieur (près de 47 milliards d'euros) au budget de l'Education nationale.

 

Toutefois, le rêve français n'est pas tissé que de calembredaines pour banquets républicains. Il a sa noblesse populaire. Et si Jean-Luc Mélenchon parvient à déplacer les foules, c'est sans doute moins à son programme plutôt fumeux qu'il le doit qu'à cet appel au rêve fraternel qu'il a su faire vibrer dans les cœurs d'une partie des Français.

 

Ce monde s'épuise à suivre les délires du capitalisme financier et à subir l'hystérie de la société de consommation - avec de moins en moins de consommateurs et de plus en plus de frustrés -, ce monde disais-je, a soif. Soif de partage et de solidarité; soif d'échanges gratuits et non plus de relations marchandes; soif de rencontres réelles et non plus de rendez-vous virtuels.

 

Un jour peut-être, les Français débarrasseront leur rêve de sa gangue d'illusions. Alors, leur pays ne fera plus ricaner. Et redonnera au monde ce qu'il lui avait jadis offert, un espoir de fraternité.

 

Jean-Noël Cuénod

12:24 | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : sarkozy, hollande, bayrou, mélenchon, élection | |  Facebook | | |

13/01/2012

La France à la recherche du président "triple A"

La perte du triple A de la France était attendue, elle n’en constitue pas moins une punition sévère pour Nicolas Sarkozy, qui achève son mandat dans les pires conditions sur le plan économique. Est-il mort politiquement, comme lui-même le laissait entendre, il y a quelques mois, en évoquant la dégradation de la note française?

Tout d’abord, il ne faut jamais enterrer un politicien français. Cette espèce particulière semble posséder, à l’égal des chats, neuf vies. Au moins. Alain Juppé est là pour le démontrer.

Ensuite, Sarkozy donne toute la mesure de son énergie lorsqu’il est assiégé par l’adversité. Ce coup du sort va sans doute agir sur lui à la manière d’un produit dopant. Il mènera sa campagne présidentielle avec encore plus d’agressivité qu’auparavant. Les missiles voleront plus bas que jamais.

Enfin, l’alternative offerte par ses adversaires n’enthousiasme pas les Français. François Hollande et les socialistes n’ont pour l’instant guère expliqué leur programme, ou alors de façon confuse, comme ce fut le cas avec la réforme du quotient familial. Marine Le Pen grimpe dans les sondages, mais personne ne la voit prendre en main le destin économique de la France. Taper sur les immigrés musulmans est une chose, sortir une vieille nation de l’ornière en est une autre.

Il reste François Bayrou qui, lui aussi, a réussi une percée spectaculaire dans les sondages. Incontestablement, le patron du MoDem (centriste d’opposition) a conduit son début de campagne de façon convaincante en dénonçant la désindustrialisation de la France. Sur le plan économique, il a démontré sa crédibilité en décrivant les ravages de la dette, dès 2007. Mais Bayrou reste un homme seul. Face aux gros bataillons sarkozystes et socialistes, les troupes de son MoDem font petite figure.

Avec angoisse, les électeurs français cherchent encore un président triple A.

 

Jean-Noël Cuénod

(Texte de l'édito paru samedi 14 janvier 2012)

23:37 | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : aaa, france, sarkozy, hollande, le pen, bayrou | |  Facebook | | |