10/12/2016

Les femmes à la reconquête des cafés machos!

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La France célébrait, vendredi, la Journée de la Laïcité. Comment se porte-t-elle? Moins bien dans la réalité que dans les discours. (Photo: groupe de femmes s'installant dans un café monopolisé par les hommes à Aubervilliers en 2013)

Ce principe, prônant la liberté de conscience et la neutralité de l’Etat vis-à-vis des communautés religieuses, est gravé dans le marbre de l’article 1 de la Constitution. Il orne toutes les allocutions politiques, de Jean-Luc Mélenchon à Marine Le Pen.

Dans la réalité, c’est une autre paire de manche. L’idéologie salafiste ne cesse de porter des coups à cette laïcité qu’elle abhorre. Cette vision particulièrement rétrograde de l’islam, prône l’imitation des mœurs pratiquées par l’islam des débuts. En premier lieu, le salafisme instaure la soumission de la femme à son père, à ses frères, puis à son mari. Pas question de sortir seule dans la rue ou alors de façon fugace et dûment voilée. Et encore moins de mettre le pied dans un café. Un ancien membre des Renseignements généraux de la police française, Bernard Godard, a décrit la progression inquiétante du salafisme dans son ouvrage La question musulmane en France (Fayard). 

Cette idéologie se diffuse dans la vie quotidienne de certaines cités comme l’illustre un reportage diffusé mercredi au 20 Heures de France 2. Les caméras ont suivi deux courageuses militantes de la Brigade des Mères à Sevran, près de Paris, Nadia Remadna et Aziza Sayah. Leur but: tenter d’entrer dans un bistrot qui, comme bien d’autres, est l’apanage exclusif des hommes. Le rejet est patent. Le patron interpelle les deux femmes: «Ici, il n’y a que des hommes, le mieux c’est d’attendre dehors.» Et si la femme veut boire un café avec la cousine? «La cousine, elle reste à la maison. Ici, il n’y a pas de mixité». Les deux militantes ne s’en laissent pas compter et imposent le dialogue. Pas facile: «Ici, c’est pas Paris, c’est Sevran. C’est comme au bled». Sauf que l’on n’est pas au bled mais à une heure de la capitale en voiture!

France 2 a braqué l’attention sur Sevran qui n’est pas la seule cité à vivre cette phobie, loin de là. A Villiers-le-Bel, le groupe Genre et Ville, sous l’impulsion du maire socialiste Jean-Louis Marsac, milite aussi pour que les femmes reconquièrent l’espace public. En juillet dernier, douze militantes de ce groupe avaient investi le café «Au petit chasseur» à la clientèle uniquement masculine. Là aussi, le dialogue entre les clientes et les clients était tout sauf aisé. De nombreuses autres cités connaissent pareilles initiatives. Mais la reconquête des femmes dans l’espace public ne va toujours pas de soi. Nombre de ces militantes avouent que, seules, elles n’auraient jamais osé entrer dans ce genre d’établissement.

Les cafés ne sont pas seuls en cause. Une jeune musulmane nous avait expliqué que dans sa cité, elle devait faire profil bas, porter des pantalons, se voiler, baisser les yeux, se déplacer rapidement, ne pas flâner. Quitte à se changer sitôt arrivée à Paris pour son travail. Et à reprendre son accoutrement couleur muraille pour rentrer à la maison.

Comparée aux avancées du féminisme dans la société française depuis un demi-siècle, cette situation marque une régression que nombre de femmes ne supportent plus. Et parmi elles, de nombreuses musulmanes. Les médias commencent enfin à découvrir leur combat quotidien contre une idéologie religieuse extrémiste.

COMMENTAIRE

France, une laïcité ambiguë

«France qu’as-tu fait de ton baptême?» proclamait le pape Jean-Paul II en 1980 avant de s’envoler vers Paris. «France, qu’as-tu fait de ta laïcité?», pourrait-on lui répondre en écho. Elle a inventé le mot paru pour la première fois dans un journal de la Commune de Paris, le 11 novembre 1871. Elle l’a inscrit dans sa Constitution. Elle lui a consacré une journée, le 9 décembre.

Dans les discours de son personnel politique, la laïcité est une figure imposée dans les discours. Mais aujourd’hui, elle est mise à mal par l’idéologie salafiste qui se développe parmi les Français musulmans. Le principal fautif de cette situation est l’Etat laïc lui-même. Pendant des décennies, les gouvernements successifs ont délaissé les quartiers et les cités où s’entassaient la partie la plus pauvre de sa population, dont de nombreux musulmans. «Territoires perdus de la République», selon le cliché habituel. Territoires perdus pour la laïcité aussi.  Les autorités françaises ont laissé les prêcheurs les plus rétrogrades, les plus intolérants de l’islam accomplir leur mission, à savoir structurer idéologiquement ces populations à l’abandon et lutter pied à pied contre les idées impies qui ont pour nom liberté de conscience, démocratie, égalité entre hommes et femmes.

De même, la France officielle pratique cette laïcité qu’elle chérit tant non sans ambiguïté. Ainsi, elle subventionne l’enseignement privé ­– la plupart des écoles sont catholiques ­– pour près de 7 milliards d’euros par an. Plus haute juridiction administrative française, le Conseil d’Etat vient d’autoriser l’installation de crèches dans les mairies, s’il s’agit «d’un évènement artistique, culturel ou festif». Or, il est impossible de séparer Noël du christianisme!

La laïcité doit s’appliquer à tous. Ou alors, elle périclitera, au risque de désunir nos sociétés.

Article et éditorial parus samedi 10 décembre 2016 dans la Tribune de Genève

Jean-Noël Cuénod

17:40 Publié dans Laïcité | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : salafisme, islam, banlieue, femme, machisme | |  Facebook | | |

02/06/2014

Le Djihad des banlieues, un mal français

 

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Qui n’a pas passé un dimanche après-midi à Rosny-sous-Bois ne sait pas ce qu’est l’ennui. Il suinte de partout et, surtout, des barres d’immeubles. Elles ne sont même pas dégradées d’ailleurs,  ces boîtes à dormir. Elles sont simplement moches et mornes, comme de grands cercueils posés ça-et-là, à la va-comme-je-te-crève. Le silence serpente comme un petit vent aigrelet sur les maigres pelouses pelées où aucun enfant ne joue.

 

 

 

Dans les allées, personne, sinon quelques jeunes noirs, portant des maillots du Barça ou du Réal, qui tentent de réparer un tacot hors d’âge. Où sont-ils, ces habitants? «Devant la télé ou au centre commercial, non pas pour acheter mais seulement pour regarder», explique cette habituée des cités de la Seine-Saint-Denis, département de la banlieue  parisienne plus connu sous son matricule façon cellule: le 9-3.

 

 

 

Le djihad apparaît alors aux déclassés comme une échappée vers un monde fait d’aventure, d’héroïsme, de fraternité d’armes. Un monde où, enfin, on se sent vivre quitte à tuer, quitte à en mourir. Qu’attendraient-ils de la France qui, pour eux, symbolise leurs échecs scolaires ou professionnels? Rien.

 

 

 

Ce n’est sans doute pas par hasard que Mohamed Merah a vécu dans un quartier toulousain du même genre, cité Bellefontaine au Mirail, ni que Mehdi Nemmouche, le suspect du massacre au Musée Juif de Bruxelles, a poussé comme il a pu Cité Bourgogne à Tourcoing. Que ce soit au Sud ou Nord de l’Hexagone, la météo des banlieues est toujours au gris.

 

 

 

 

 

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Le Djihad en Syrie a formaté Merah comme il l’a fait pour Nemmouche. De retour en France, ils se sont mués en bombes à retardement, allumées par des idéologues comme Adam Gadahn, ressortissant des Etats-Unis, né dans une famille judéo-protestante (les Pearlman) et converti à l’islam à 17 ans.

 

 

 

Cette nouvelle génération d’islamoterroristes, –­souvent musulmans de fraîche date –, constatant que des opérations comme celles du 11-Septembre ne sont plus possibles, table désormais sur des actions individuelles, menées à peu de frais et visant des cibles, généralement juives, peu protégées. C’est une sorte de 11-Septembre rampant qui est ainsi mis en œuvre.

 

 

 

Tous les pays occidentaux sont visés. Et chacun est touché en fonction des propres faiblesses de son Etat. Ainsi, les affaires Merah et Nemmouche offrent un concentré des souffrances qui accablent la France.

 

 

 

Malgré les multiples «plans banlieue» et les centaines de millions d’euros qui y ont été investis en pure perte (200 millions en 2008 d’après le Sénat et 600 millions annoncés en avril dernier par la ministre Najat-Belkacem, sans compter les autres plans), la situation dans les cités, dites par euphémisme «sensibles», s’est détériorée. Nombre d’entre elles se trouvent gouvernées de facto par l’économie criminelle – qu’on ne peut même pas appeler souterraine puisqu’elle agit au grand jour.

 

 

 

Ces zones de non-droit ne cessent de s’élargir. Les services de l’Etat sont remplacés par les structures délinquantes qui s’organisent autour des trafics d’armes et de stupéfiants, notamment. Dans ces cités où vous ne trouverez ni poste ni commissariat ni bureau d’aides; ce sont les trafiquants qui assurent le gros de la redistribution sociale, évidemment dans l’inégalité et l’arbitraire.

 

 

 

Ainsi, de vénérables grands-mamans servent-elles de «nourrices» à ces bandes, c’est-à-dire qu’elles leur ménagent des planques pour y stocker la drogue. Bien sûr, cette prestation est rémunérée. Les gamins sont aussi sollicités dès le plus jeune âge pour servir de guetteurs et prévenir toute présence hostile. «Qu’est-ce tu feras plus tard quand tu seras grand, mon petit?» «Ben dileur, comme mon grand frère, c’te question!»

 

 

 

Pourquoi cet échec constant? Comme toujours, les causes sont multiples. Mais l’idéologie centralisatrice – qui traverse tous les courants politiques de l’extrême-droite à l’extrême-gauche – en constitue une qu’on ne saurait qualifier autrement que de … centrale.

 

 

 

Le centralisme français n’est pas qu’un mode de gouvernement, c’est une sorte de mentalité collective qui s’est progressivement installée dès la royauté avec la place centrale du Roi, qui a été forgée à la Révolution par la victoire des Jacobins sur les Girondins, le 2 juin 1793,  puis peaufinée par le Premier Empire et consolidée au fil des régimes.

 

 

 

Il s’en est suivi la création d’une caste d’«ingénieurs de l’administration» basée à Paris qui s’est progressivement, par effet entropique, dégradée en bureaucratie. Au nom de l’égalité, il s’agissait – et il s’agit toujours – pour le Centre (c’est-à-dire Paris) de concevoir des cadres juridiques, administratifs, sociaux dans lesquels tous les éléments de la France doivent se débrouiller pour s’y insérer.

 

 

 

Le Centre décide, la périphérie exécute. La base du centralisme est donc autoritaire par essence, fût-ce dans une démocratie. Toutes les tentatives de décentralisations, même si elles ont apporté quelques améliorations secondaires, sont condamnées à l’échec, car on ne peut pas réformer un  système aussi rigide. Le Centre ne veut pas abandonner sa primauté dans la mesure où il parvient à persuader une majorité de Français que lui seul peut assurer l’unité de la France.

 

 

 

Les banlieues pauvres se situent à la périphérie des périphéries, sorte de rebut en bout de ligne où le Centre exile tout ce qui ne peut pas s’inscrire dans ses cadres. Alors que le discours officiel en France condamne le communautarisme et encense la laïcité, l’Etat central a fait exactement l’inverse dans les cités déshéritées.

 

 

 

Le Centre devant s’occuper de tout, il fixe ses priorités dans son proche environnement.  C’est là qu’il s’investit, parce que c’est là que se trouvent ses électeurs, ses contribuables, ses zones d’activités principales. Dès lors, il était commode pour lui de laisser les cités aux mains d’imams autoproclamés, de petits trafiquants qui ne le gênaient pas trop et de laisser deux pétromonarchies, Qatar et Arabie Saoudite, y investir massivement.

 

 

 

Bien entendu, ces Etats islamistes particulièrement rétrogrades et antidémocratiques, ont financé diverses officines salafistes, celles qui prônent le retour à l’Islam médiéval et le rejet des idées issues des Lumières. Pris par son mouvement centralisateur, le Centre n’a rien vu venir. Ou plutôt n’a rien voulu voir venir, malgré les émeutes de 2005 à Clichy-sous-Bois et 2007 à Villiers-le-Bel.

 

 

 

Cet humus, formé d’intégrismes et de trafics, fait naître une génération qui n’a pour signe d’appartenance à la France qu’une carte d’identité. Mais elle reste foncièrement étrangère à ce qui fait ce pays, puisque le Centre l’a laissée croupir dans sa périphérie des périphéries.

 

 

 

Le Centre, aujourd’hui, s’étonne de ce surgissement sauvage d’islamoterrorisme et s’agite alors qu’il en est l’auteur par dol éventuel. Il n’a pas voulu le résultat de son absence d’acte mais n’a rien fait pour changer de pratique et de politique.

 

 

 

Jean-Noël Cuénod

 


ESPACE VIDEO

Ce débat évoque une autre affaire intervenue en octobre 2012.


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