11/07/2010

A l’Opéra-Bastille, Kaguyahime et la lumière resplendit dans la nuit

 Il kaguyahime.jpgserait vain de coller un adjectif à « Kaguyahime », ballet chorégraphié par Jiri Kylian sur une musique du compositeur japonais Maki Ishii (1936-2003) et présenté à l’Opéra-Bastille. Ce serait le profaner, comme si l’on avait l’idée de barrer La Joconde d’un autocollant publicitaire. Cette œuvre s’élève au-delà des mots pour créer un espace sacré. Elle dure une heure et demi. Mais Le Plouc et La Plouquette se sont regardés, interdits, à la fin de ce rituel dansé. Il leur avait semblé qu’à peine un quart d’heure s’était écoulé. Espace sacré hors du temps. Telle est la définition d’un rite initiatique. Car c’est bien de cela qu’il s’agit et non d’un spectacle. Un rituel accomplit par la maîtrise de tous ses célébrants (voir l'extrait vidéo à la fin de ce texte qui représente Fiona Lummis du Nederlands Dans Theatre).

L’argument du ballet est tiré de l’un des plus anciens contes japonais, matrice de la littérature du Soleil Levant. Un vieux coupeur de bambou fend une tige et y découvre en son milieu une fillette minuscule qui rayonne. Il l’élève chez lui et à force d’amour, l’enfant – nommée Kaguyahime, soit « Lumière qui resplendit dans la nuit » - grandit et devient jeune femme d’une éblouissante beauté.

L’homme étant ce qu’il est, les aristocrates et les villageois se lancent dans des batailles pour conquérir Kaguyahime. Le Mikado (l’empereur) se rend au village du coupeur de bambou pour s’informer des causes de ces troubles. Il est aussitôt embrasé d’amour pour Kaguyahime et veut l’épouser. Mais la jeune femme lui explique qu’elle ne vient pas de ce monde mais de la Lune et qu’elle doit y retourner. Malgré le déploiement de toutes ses forces, le Mikado ne peut empêcher Kaguyahime de rejoindre son astre.

Pour personnifier cette fille de la lune, il fallait bien une « étoile », Marie-Agnès Gillot (Agnès Letestu dans la deuxième distribution des rôles) qui, en compagnie de ses co-célébrants du Ballet de l’Opéra de Paris, a vécu le moindre mouvement de son corps avec la plénitude de la grâce. Ordinairement reléguée, la fosse d’orchestre a participé de plein pied à cet office ; à l'exception de trois instrumentistes à vent japonais en costume traditionnel, la part belle était réservée aux percussionnistes, dont les célèbres tambourinaires nippons du groupe Kodo. A la chorégraphie des danseurs répondait celle des musiciens dans une harmonie impressionnante de densité.

Lorsque Kaguyahime-Marie-Agnès Gillot rejoint la Lune, le verset de l’Evangile de Jean  ‑ « La lumière est venue dans les ténèbres et les ténèbres ne l’ont pas comprise » - se dévoile. Les ténèbres sont incarnées par nous autres, les humains. Et la lumière, où se niche-t-elle la lumière ? Dans la tige d’un bambou ? Dans l’âme d’un petit ?

Jean-Noël Cuénod

Voici un extrait vidéo de "Kaguyahime" (l'"étoile" en scène est Fiona Lummis du Nederlands Dans Theatre et non Agnès Letestu comme indiqué par erreur par Le Plouc décidément très plouc. Et grand merci à l'internaute correcteur )

 

 

13:46 | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : vidéo, japon, ballet, opéra de paris, kodo, jiri kylian | |  Facebook | | |