31/07/2016

A Mimos, la Compagnie Pyramid au sommet

CIE PYRAMID_Index © Label Saison - copie.jpg

 Mimos, Festival international des arts du mime et du geste, s’est terminé samedi soir à Périgueux sur un spectacle enthousiasmant au Théâtre Odyssée. En présentant « Index », la Compagnie Pyramid a démontré à quel point le hip-hop est en passe de devenir la danse classique du XXIe siècle.

Fondée en Charente-Maritime, cette compagnie cherche à sortir des clichés qui réduisent le hip-hop en simple composante chorégraphique de la culture rap.

Les puristes de la culture de rue hurleront à la trahison, démontrant ainsi que les plus rebelles d’apparence n’échappent pas toujours aux pesanteurs du conservatisme. Eh oui, on peut être enfermé dans la rue ! Et parfois, il faut chercher à en sortir.

Tout mouvement artistique d’importance connaît cette évolution : transgression, extension de la transgression et classicisme, lorsque les normes sont fixées. On peut protester contre cette «récupération» par le système culturel majoritaire. C’est aussi attendrissant qu’inutile, comme la nostalgie des lampes à huile et de la marine à voile, pour reprendre l’expression du général de Gaulle.

Il est préférable de choisir un autre pari qui est celui de conserver les éléments de transgression dans une œuvre devenue un classique. Molière a été «récupéré» depuis belles lurettes mais, mises en scène correctement, ses œuvres demeurent subversives. C’est donc ce défi, celui de conserver au hip-hop son cœur subversif sous un corps classique, que la Compagnie Pyramid a relevé.

Avec « Index », Pyramid a poussé la provocation fort loin, puisqu’il s’agit de jouer avec des livres et des bibliothèques, symboles de cette culture élitaire honnie par la culture rap. Ils vont se faire encore des amis chez les « rapeurs », les gars de Pyramid ! Provocation aussi vis-à-vis des tenants de la culture dominante pour lesquels les bouquins sont objets de vénération. Pensez donc, des livres qui explosent, qui brûlent, qui se lancent, qui se mangent, qui se lèchent, des livres-jeux, des livres-danse, des livres-passions… Mais quelle horreur, quelle indécence !

Pourtant, la Compagnie Pyramid, grâce à « Index », a rendu à l’écrit le plus beaux des hommages en mouvement. Le public de l’Odyssée – salle comble – l’a bien compris en offrant aux danseurs une ovation debout fort méritée.

Danseurs : Youssef bel Baraka, Mustapha Ridaoui, Rudy Torres, Tony Baron. Chorégraphie de Youssef bel Baraka, Mustapha Ridaoui, Jamel Feraouch.

Cinq jours sous haute surveillance

Pendant cinq jours, 29 compagnies françaises ont participé à Mimos, plus une vingtaine au off. Les représentations se sont succédées chaque jour, de 11 à 23 heures dans les rues de Périgueux, au sein des théâtres et autres lieux. D’après les organisateurs, les spectateurs sont restés fidèles à ce Festival, malgré les attentats. Et malgré les mesures de sécurité prises pour filtrer le public, avec tireurs d’élite sur le toit du Théâtre de l’Odyssée et infirmerie de campagne dans le hall d’entrée.

Le terrorisme ambiant a rendu nécessaires ces dispositifs. Cela dit, il est tout de même étonnant de constater que les filtrages sur l’esplanade Robert-Badinter n’ont été organisés qu’au moment des spectacles, alors que ce vaste espace situé devant l’Odyssée était laissé libre le reste du temps. Les spectateurs ont ainsi dû passer au moins deux points de contrôle avant de gagner le théâtre, mais un terroriste aurait fort bien pu s’y rendre sans grande difficulté en dehors des heures de spectacles.

Il faudra désormais vivre avec ce genre de situation. Puisse l’art du mime qui surmonte toutes les frontières, celles des pays et celles des langues, ne pas en pâtir.

Jean-Noël Cuénod

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30/09/2011

La France rurale n’est plus ce qu’elle était

La perte par la droite française de «son» Sénat ne se limite pas à un coup de Trafalgar électoral. Il s’agit d’une vague de fond qui vient de loin. Elle traduit les profonds changements de cette France rurale que l’on croyait immuable, malgré les bouleversements subis par le monde agricole au XXe siècle. Au-delà des divisions au sein du camp sarkozyste qui ont facilité la tâche de la gauche, le vote de dimanche illustre la rébellion couvant dans les bourgs et villages depuis plusieurs années.

Au printemps 2008, un an après l’accession de Nicolas Sarkozy à l’Elysée, la grogne commençait déjà à se faire entendre dans son propre camp. Pendant la campagne municipale, j’avais interviewé Pierre Giry, le maire de Nontron, sous-préfecture de la Dordogne. Malgré son appartenance au parti sarkozyste UMP, il laissait exploser sa colère à la suite de la suppression du tribunal de sa petite ville: «A aucun moment, la mairie n’a été consultée. Tout ça s’est fait dans notre dos!» Il récusait déjà l’étiquette de sarkoyzste: «Je suis gaulliste, un point c’est tout.»

Ce qui s’est produit à Nontron a été répété ailleurs. Même centralisme arrogant. Même autoritarisme méprisant. Que l’on soit ou non membre de l’UMP ne change rien à l’affaire, tant qu’on n’est pas dans les petits papiers du président. Des petits papiers que l’on prépare lors des cocktails à Neuilly mais non pas au cours des vins d’honneur d’une sous-préfecture périgordine.

Trois ans et demi plus tard, ces modestes élus de la France terrienne – qui forment la majorité des grands électeurs du Sénat – se sont vengés dans l’isoloir. Quitte à voter pour l’adversaire socialiste.

Sur le plan sociologique, les élus ruraux ont suivi les changements opérés dans la campagne française avec l’apparition des «rurbains» ou des «néoruraux», ces citadins qui ont décidé de s’établir au bon air ou, souvent, de revenir dans leur village d’origine. Il faut y voir, entre autres causes, l’«effet TGV», qui a raccourci considérablement les distances entre Paris et la province, et le télétravail. Aujourd’hui, selon l’Institut national de la statistique et des études économiques, les agriculteurs représentent moins de 8% de la population rurale.

L’élu du village est donc souvent un cadre, un ouvrier, un employé, un instituteur à la retraite ou en activité. Son comportement électoral se distingue de moins en moins de celui des citoyens vivant dans les grandes villes. «Acquis traditionnellement à la droite, le vote rural est devenu de moins en moins automatique au contact d’une population venue des villes, investie dans le milieu associatif plus favorable à la gauche», relève dans son blogue Eric de la Chesnais, journaliste au Figaro (voici le lien)
A cela s’ajoutent les nouveaux moyens de communication qui intensifient les échanges entre villes et campagnes. La France rurale n’est plus ce qu’elle était. Nicolas Sarkozy est en train de l’apprendre à son détriment.

 

Jean-Noël Cuénod

Et si vous venez à Paris ce week-end, montez donc à la Butte-aux-Cailles, charmant village du XIIIe arrondissement qui abrite de nombreux artistes. Ils y ouvrent leur atelier samedi et dimanche. En vedette, la magnifique peintre et sculptrice Mireille Bailly-Coulange dont voici l'invitation.

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19/08/2011

METHODE

                                                                                         

rocher-humain-500426.jpg

 (Photo: Gilbert Jullien)

                                                                                           METHODE


                                                                                  Se fondre dans la poitrine
                                                                                  De la forêt

                                                                                  Se concilier la grâce
                                                                                  Des ronciers

                                                                                  S’humilier sous la poigne
                                                                                  Des falaises

                                                                                 S’endormir au flanc du roc
                                                                                 Puis au réveil
                                                                                 Se fendre pour retrouver l’Un.

                                                                                  Jean-Noël Cuénod

Le Plouc a publié un bouquin de poésie, « Circonstances ». Il est disponible aux
Editions Samizdat
Denise Mützenberg
8 chemin François-Lehmann - 1218 Grand-Saconnex
Tél. 022 734 05 92 Etranger : 00 41 22 734 05 92
sampoesie@gmail.com
http://www.editionsamizdat.ch

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05/02/2011

Bernard Thomas-Roudeix ou les troublantes merveilles de l’art défiguratif

BernardThomaRoudeixdegout.jpgSi votre TGV vous lâche à Paris, ne ratez pas l’exposition d’un artiste qui va au bout de nos rêves, le peintre sculpteur et céramiste Bernard Thomas-Roudeix. Elle se déroule à Sèvres, tout près de Paris dans un lieu nommé SEL (Sèvres-Espace-Loisirs). Ce qui convient fort bien à Thomas-Roudeix, l’homme et son œuvre n’ayant rien de fade. Elle se terminera le 6 mars.

Il est toujours un peu ridicule – et agaçant pour celui qui en est victime – d’enfermer un artiste dans une catégorie. Figuratif ? Abstrait ? Bernard Thomas-Roudeix n’est ni l’un, ni l’autre. Disons que son art est défiguratif. La figure humaine ou animale est déconstruite pour se reconstruire en révélant l’enfant tapi dans l’ombre de celle ou celui qui regarde la sculpture. (illustration de droite, "Le Dégoût" de Bernard Thomas-Roudeix)

 

Une œuvre de Thomas-Roudeix, c’est la vague de l’inconscient qui laisse sur la plage de la conscience des bribes de trésors dérobés par des pirates, le rêve d’un gosse turbulent façonné par les mains les plus expertes qui soient. Le songe multicolore de l’un de ces sales gamins qui crient en pleine messe de couronnement que le roi est à poils et la reine itou. Thomas-Roudeix est un Mai-68 perpétuel. (illustration ci-dessous, "le Fumeur décomposé" de Bernard Thomas-Roudeix)

La force de cet artiste à l’anarchisme cruel et joyeux réside dans sa parfaite maîtrise technique acquise aux Beaux-Arts à Paris et peaufinée dans la restauration des monuments historiques. Il peut ainsi re-présenter ce qui, en d’autres mains, serait irreprésentable. Quel autre artiste est en mesure, comme lui, de sculpter de la fumée ?

Dans cette ère du « tout se vaut », comme le dit son ami et peintre Philippe Rillon,BernardThomasRoudeixfumeur-decompose.jpg où les kooneries et autres fabritudes nous les brisent menus, Bernard Thomas-Roudeix fait tache. Il rappelle, l’insolent, que l’art et la poésie dérivent tous deux du verbe « faire ». Il y a donc les faiseurs qui ne font que du vent et les poètes qui, en « faisant » vraiment, le sculptent.


Jean-Noël Cuénod

Sites à consulter

La Peau de l’Ours, mouvement d’artistes dont Bernard Thomas-Roudeix est membre:

 http://lapeaudelours.free.fr

Le blogue de Philippe Rillon : http://rillon.blog.lemonde.fr

 Celui de l’artiste : http://thomas-roudeix.com

Le site de l'expo: www.sel-sevres.prg

Pratique

Sèvres-Espace-Loisirs – SEL est situé 47 Grand-Rue à Sèvres dans les Hauts-de-Seine. Horaires – Lundi et mardi : de 14 h. à 21 h. ; mercredi : de 10 h. à 18 h. ; samedi et dimanche : de 16 h. 30 à 21 h. Téléphone : 00 33 1 41 14 32 32. 

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