01/04/2010

Guillon et Zemmour: un vent de censure souffle sur le Sarkoland

Le Plouc ne peut pas encadrer le polémiste Figaroïde Eric Zemmour et l’amuseur France-interrien Stéphane Guillon le fait bailler. Cela dit, les poursuites judiciaires et les attaques du pouvoir qui pourfendent l’un et matraquent l’autre relèvent de l’inacceptable. Elles sont autant d’effluves délétères portés par le vent de censure qui souffle actuellement sur le Sarkoland.

 

Eric Zemmour est accusé d’avoir dérapé lors d’une émission de Thierry Ardisson  sur Canal + en affirmant : "les Français issus de l'immigration sont plus contrôlés que les autres, parce que la plupart des trafiquants sont noirs et arabes... C'est un fait" (voir la vidéo).


Certes, le propos est d’une bêtise confondante.  Si les blancs se faisaient contrôler autant que les noirs, il est évident que les policiers trouveraient plus de trafiquants parmi eux ! La cocaïne serait-il un produit inconnu dans les quartiers chicos de Neuilly-sur-Seine ou sous les Tours de la Défense qui abritent les courtiers et autres traideurs ?

 

Les keufs cherchent de la drogue dans les quartiers déshérités. Et ils en trouvent. S’ils la traquaient avec autant d’ardeur dans  le XVIe, ils en dénicheraient aussi. Mais alors, les fouineurs devraient s’expliquer avec leur supérieur aux prises avec les coups de téléphones courroucés de Papa-bien-placé-et-qui- a-le-bras-long. Mauvais pour l’avancement, ça ! En arrêtant les dileurs de Garges-lès-Gonesse, les flics dopent leurs statistiques et reçoivent les félicitations de leur hiérarchie. S’ils s’avisaient de faire la même chose à Auteuil, ils ne récolteraient qu’une gerbe d’emmerdements.

 

De plus, le trafic de drogue est une activité dont la complexité dépasse les propos de bistrots ou de Canal +. Elle fait vivre des mafieux au teint très clair, passe par des financiers tout aussi pâles et la demande provient en majorité des pays occidentaux. Or, sans mafias, sans intermédiaires financiers et sans demande, pas de trafic.

 

Alors, faut-il punir Zemmour d’avoir proféré une idiotie ? S’il en était ainsi, autant transformer la planète en prison. On doit répondre à ce genre de propos raciste, plutôt que de traîner leurs auteurs en justice.  Débattre avec des personnes qui sont de notre avis n’a aucun intérêt. Ce n’est plus un débat mais une aimable conversation qui ne produit rien d’autre que la mutuelle satisfaction des participants. On débat donc avec des adversaires, voire des ennemis.  Si le juge devient l’arbitre, le débat meurt aussitôt et avec lui, un élément essentiel de la démocratie.

 

Stéphane Guillon  batifole sur la rive opposée avec la légèreté d’un rhinocéros qui, à heure fixe, serait pris d’une crise de paludisme sarkophobique. Il n’aime pas Eric Besson qui a trahi son parti d’origine – le PS -  pour une belle gamelle gouvernementale. Et lors d’une chronique à France-Inter (voir la vidéo), Guillon met évidence « les yeux de fouine » et le « menton fuyant » du ministre, ce qui lui donnerait « un profil à la Iago, idéal pour la traîtrise ».

 Besson monte sur ses grands chevaux et le patron de Radio-France, Jean-Luc Hees, doit présenter à Monsieur le Ministre de l’Immigration et de l’Identité Nationale, ses excuses les plus ampoulées.

 

Utiliser les traits physiques dans un portrait charge est une méthode périlleuse qui mène parfois à l’injure raciste. On pense aux descriptions  des Juifs par les antisémites. Lorsqu’elle vise un homme dans son identité collective, la caricature peut alors verser dans cette inacceptable ornière. Dans le cas présent, Guillon décrit le physique de Besson -  comme individu et non en tant que membre de telle ou telle communauté -  à la manière d’un dessinateur. Imaginerait-on notre formidable Hermann renoncer à brosser la coupe bol de Micheline Calmy-Rey ou dessiner la lippe pendante de Blocher ? Tant qu’on y est, pourquoi ne pas obliger son confrère du Monde Plantu à représenter Sarkozy avec la taille d’un pivot de basket ?

 

Ces deux affaires interviennent à un moment où la presse française craint d’évoquer la vie privée du président de la République, alors que celui-ci a toujours voulu la mettre en scène, à sa façon et selon ses intérêts politiques. 
Défendre Zemmour et Guillon relève donc de l’hygiène démocratique, à opposer aux miasmes que colporte ce vent de censure.

Jean-Noël Cuénod

16:13 | Lien permanent | Commentaires (19) | Tags : guillon, zemmour, sarkozy, ardisson | |  Facebook | | |