18/03/2012

Les guerres à l'intérieur de la guerre d'Algérie

 A LA SUITE DU DERNIER BLOGUE: LE PLOUC S'EST RETROUVE BEAUCOUP MOINS SEUL QU'IL NE LE CRAIGNAIT. MERCI A TOUS LES AMIS QUI SONT VENUS AU SALON DU LIVRE DE PARIS POUR LE "QUINQUENNAT D'UN PLOUC CHEZ LES BOBOS".

 

Le 18 mars 1962, les Accords d'Evian ont mis fin à sept ans et demi de guerre coloniale en Algérie dont la souveraineté sera proclamée le 5 juillet 1962, après 132 ans de domination française. A l'intérieur de la guerre d'indépendance proprement dite, d'autres guerres internes se sont imbriquées. Des guerres qui, aujourd'hui encore, font sentir leurs effets.

Côté algérien, ces «guerres dans la guerre» peuvent être schématisées en deux grands épisodes. Le premier a opposé deux entités indépendantistes, le Mouvement national algérien (MNA) et le Front de libération nationale (FLN). Le premier a été créé par Messali Hadj qui, depuis 1927, luttait contre l'autorité française. Le second a été fondé par des jeunes indépendantistes - souvent d'anciens messalistes - le 1er novembre 1954. Par une série d'attentats perpétrés ce jour-là, le FLN a initié la guerre d'indépendance. Conflits de génération, désaccords stratégiques, ambitions personnelles des dirigeants expliquent cette opposition.

 Entre 1956 et 1961, lorsque le MNA sera définitivement supplanté par le FLN, les règlements de comptes se sont multipliés entre les deux factions indépendantistes. Ils auraient causé la mort de 10 000 Algériens appartenant aux deux camps.

La seconde guerre interne a opposé au sein du FLN, «l'armée des frontières» - bien équipée par l'Egypte nassérienne - aux «moudjahidines» des maquis intérieurs fort démunis. A l'indépendance, Ben Bella s'est appuyé sur l'«armée des frontières» pour instaurer son pouvoir malgré l'opposition des maquis intérieurs qui se sont fait voler la victoire. Le programme démocratique du GPRA (Gouvernement provisoire de la République algérienne) a été aussitôt déchiré.

Etouffés par la tyrannie, ces conflits internes ont ressurgi à la fin des années 80 et abouti à la sanglante décennie 90 dont l'Algérie n'a pas encore fini de cicatriser toutes les plaies. Ces «guerres dans la guerre» ont donc empêché l'instauration d'un régime véritablement démocratique en Algérie. Elles ont aussi permis à la caste militaire de monopoliser le pouvoir et de confisquer la manne pétrolière.

Côté français, les «guerres dans la guerre» ont opposé les gaullistes aux partisans de l'Algérie française et même les chefs militaires entre eux. C'est ainsi que les généraux Salan, Challe, Jouhaud et Zeller - le «quarteron» fustigé par de Gaulle - ont failli faire basculer la France entière dans la guerre civile, lors de leur putsch d'avril 1961 à Alger.

Les attentats antigaullistes de l'OAS - l'organisation des partisans de l'Algérie française - et les convulsions de la décolonisation expliquent, au moins en partie, le caractère autoritaire de la Ve République dont le président est nanti de pouvoirs d'une ampleur exceptionnelle dans une démocratie.

Si la France commence maintenant à se pencher sur ce passé,l'Algérie s'y refuse encore. L'exercice serait pourtant salutaire. Les non-dits ne pourrissent-ils pas aussi les nations?

 

Jean-Noël Cuénod

VIDEO: LES PREMIERS PAS DE LA NEGOCIATION D'EVIAN. LA DELEGATION ALGERIENNE EST PLACEE SOUS LA PROTECTION DE L'ARMEE SUISSE ET DE LA POLICE GENEVOISE. LE CHEF NEGOCIATEUR CÔTE ALGERIEN SE NOMME KRIM BELKACEM. OPPOSANT A BOUMEDIENNE QUI PREND LE POUVOIR A ALGER EN 1965 A LA SUITE D'UN COUP D'ETE MILITAIRE, KRIM BELKACEM A ETE ASSASSINE A FRANCFORT EN 1970.

14:05 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : accords d'evian, rapatriés, algérie, france, vidéo | |  Facebook | | |

01/05/2010

Présenté au Festival de Cannes, "Hors-la-Loi" fait déjà polémique

hors-la-loi_galleryphoto_paysage_std.jpg

 

                              Photo: Cette co-production franco-algérienne réunit quatre des cinq acteurs d’  «Indigènes » qui avaient décroché collectivement le Prix d’interprétation masculine au Festival de Cannes 2006 : Sami Bouajila, Jamel Debbouze, Roschdy Zem et Bernard Blancan

La France éprouve encore de la peine à pacifier sa mémoire algérienne. Une nouvelle polémique le prouve. Le député des Alpes-Maritimes Lionnel Luca — qui appartient à l’aile droite du parti présidentiel UMP — part en guerre contre le film du cinéaste franco-algérien Rachid Bouchareb (1), «Hors-la-loi», et sa sélection officielle au Festival de Cannes qui se déroulera du 12 au 23 mai.

L’œuvre du créateur des «Indigènes» évoque le massacre de Sétif qui a éclaté au Nord-Est de l’Algérie alors française, le 8 mai 1945 et qui a provoqué la mort de milliers d’Algériens musulmans et d’Européens. Le nombre exact des victimes oscille entre 1 165 (version officielle des autorités françaises), 17 000 (estimation des services secrets américains) et 45 000 (version officielle des autorités algériennes actuelles).

De son propre aveu, le député Luca n’a pas visionné le film. Il se fonde sur les interviews de Bouchareb pour attaquer le réalisateur, le traitant «d’irresponsable qui met le feu aux poudres de manière insupportable» et l’accuse de «falsification» de l’Histoire.

Pour alimenter sa colère, l’élu utilise également un rapport du général Gilles Robert, chef du Service historique de la Défense, qui a étudié le scénario de Rachid Bouchareb et le juge truffé «d’erreurs et d’anachronismes». Le général précise: «Le réalisateur veut faire croire au spectateur que le 8 mai 1945 à Sétif, les musulmans ont été massacrés aveuglément par des Européens. Or, ce jour-là, c’est le contraire qui s’est produit.»

Le massacre oublié


Le massacre de Sétif a longtemps été occulté. Si l’on résume le travail des historiens, voilà ce qui se serait passé ce 8 mai 1945, au moment où l’Allemagne nazie signe l’armistice avec les alliés. Emmenés par des militants du PPA clandestin (Parti du peuple algérien), une dizaine de milliers de musulmans défilent pour célébrer la victoire mais aussi, réclamer l’indépendance. Saal Bouzid (26 ans) brandit le drapeau algérien vert et blanc. La police tente d’arracher l’emblème, en vain. Un policier tire. Bouzid est mortellement atteint. Les manifestants sortent des couteaux. Les forces de l’ordre tire encore. D’autres musulmans tombent. C’est alors que, pour se venger, des protestataires poignardent et tuent des Européens.


Sétif est déclaré en état de siège. Durant trois jours, des policiers et les milices de colons vont se livrer à de sanglantes «ratonnades» dans toute la région. Le calme n’est rétabli que le 22 mai après d’humiliantes cérémonies publiques de reddition des musulmans. La première étape vers l’indépendance a été franchie ce jour-là.

C’est dire l’importance de cet événement, tant pour la France que pour l’Algérie. «Hors-la-Loi» et la polémique qu’il suscite offrent donc l’occasion d’éclairer cette zone d’ombre historique.