13/03/2013

Déplaçons l’Académie française à Dakar!

 

A Paris, le franglais a désormais acquis son droit de cité, à défaut de recevoir ses lettres de noblesse. Métro, bistrots, salles de rédaction bruissent de ces termes anglo-mollassons tels que l’omniprésent «cool», le flasque «just (prononcez: «djeuste») pour le fun», le sciant «you see?» le tendance «brainstormer», l’ambigu «le pipe» (prononcez: «païpe»; il se rapporte à un projet dans le «païpe-laïne»), l’agaçant «surbooké», l’angoissant «outplacement» (reclassement professionnel), le couple festif «after work» et «happy-hour» (il s’agit des «drinks» proposés à bon marché par les bars à certaines heures lorsque les cadres mal rasés s’imbibent après le travail). Et la ville de Toulouse a choisi pour slogan « So Toulouse » (« to loose » ?)

 

Lorsque la ministre Christine Lagarde régnait sur Bercy, le signataire de ses lignes recevait des communiqués en anglais. Les banques françaises continuent d’en faire de même. Dans les deux cas, le but serait de satisfaire les correspondants étrangers. Merci, pour les journalistes africains, québécois, belges, suisses et autres francophones! Un grognon réclame-t-il des Français qu’ils parlent français? Le voilà aussitôt rangé au rayon «ringards», pardon, «has been».

 

Que fait la gardienne de la langue, l’Académie française? Elle roupille dans ses habits verts, au lieu de monter au créneau et de proposer des mots nouveaux pour franciser les termes issus des nouvelles technologies. Les Québécois, eux au moins, ont pris des mesures énergiques en imposant le français sur leur territoire, ce qui a permis à une île francophone de subsister dans un océan anglo-saxon.

 

Délocalisons donc l’Académie à Québec ou, mieux, à Dakar ou dans une autre grande capitale de l’Afrique francophone puisque l’avenir de notre culture se joue dans ces métropoles émergentes. On y parle un français vivant, chatoyant, vibrant et qui se révèle d’une bien plus grande richesse que le lamentable sabir des Parisiens du XXIe siècle. Les Africains savent adapter la langue aux usages actuels en choisissant des formules à la fois efficaces, drôles et poétiques. Ainsi, un «digaule» désigne-t-il un homme de grande taille, en référence au général de Gaulle. Le «smartphone» est appelé «le circulaire» (on peut circuler partout grâce à lui), une «station-service» devient une «essencerie», les «tongs» sont des «sans-confiance» ou des «en-attendant» (en attendant d’acheter de véritables chaussures). Et un Africain ne soigne pas son «look», il «fait la beauté».

 

Contrairement au français des Africains, le franglais n’a rien d’inventif, il n’est qu’une copie servile de l’idiome dominant. Pour s’enrichir, le français doit certes se frotter à d’autres langues, mais tout en restant lui-même. Amis du Québec et de l’Afrique, sauvez notre langue!

 

Jean-Noël Cuénod

 

ESPACE VIDEO

Premier président du Sénégal, le poète Léopold Sedar Senghor a siégé à l’Académie française.


Léopold Sedar Senghor lit deux Poèmes par mouche45

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24/05/2010

Fête rue Doudeauville

montmartre0510.jpgC’est la fête, dimanche de Pentecôte, rue Doudeauville, dans le quartier de la Goutte d’Or, au pied de Montmartre. Paloma et Didier Royant inaugurent leur « Gamin de Paris », un bistrot qui réveille la tradition du genre. L’assiette est auvergnate, donc copieuse et goûteuse, avec la cochonnaille du Père Miton qui est au boudin noir ce que le maillot jaune est au cyclisme. Les produits chimico-dopants en moins. Et le parrain de l’établissement est le célébrissime cabaretier Michou au brushing de neige bleutée.

 


Le décor évoque le folklore montmartrois, sans pour autant faire dans le faux vieux, grâce aux remarquables peintures murales et sur vitre de Gabriel Szeles qui est un peu le Diego Riviera des restaus parisiens qu’il décore en s’inspirant de l’âme des lieux. Szeles est aussi un remarquable peintre « de tableaux » mais qui, en loup libertaire, préfère le secret de son atelier aux pia-pias des vernissages et le piano de sa compagne Caroline Cuny à la grosse caisse médiatique. Un homme libre, quoi. Un spécimen dont la rareté serait à préserver s’il y avait un WWF pour les bipèdes.

Photo: "C'est la fête à tout le monde, ici!" 


Ce bistrot détonne dans ce quartier aux allures africaines où l’on slalome sur les trottoirs entre les superbes fessiers des mamas en boubous multicolores, qui marchandent âprement le régime de bananes plantains,  et les étals branlants des vendeurs, qui opposent la patience commerciale à l’impétuosité économe de leurs clientes. Mais ce « Gamin de Paris » trouve parfaitement sa place dans ce Sud transplanté au Nord de la Ville-Lumière.

 


D’ailleurs, en ce dimanche festif, tout le monde se mélange Maghrébins, Africains noirs, Parisiens couleur navet, lorsque les « Petits Poulbots » en costumes (photo) font battre tambours en l’honneur du nouveau bistrot. Les gamins de toutes couleurs sont ravis, pendant que leurs parents tchatchent et photographient dans la bousculade et la chaleur d’un mois de mai jusqu’alors frileux.
Dans l’épicerie africaine d’à côté, c’est aussi la fête, celle de la patronne, qui danse avec ses copines. Hop, une petite photo ! Mais voilà qu’un grand escogriffe s’avance, menaçant, vers Le Plouc et son modeste portable : « Pas de film. Compris ? ». Mais l’épicière le renvoie aussitôt dans l’arrière-boutique : « Le magasin, il est à moi. Et la patronne, c’est moi, personne d’autre ! Alors, si vous voulez photographier, allez-y. Pas de problème. C’est la fête à tout le monde, ici ! »

 


Le soir tombe sur un personnage étonnant aux baskets d’un jaune doré pétant, le poète Rabah Medhaoui. Devant « Au Gamin de Paris », il récite, comme personne, le poème en prose de Baudelaire « L’Etranger ».


Jean-Noël Cuénod

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